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Full text of "Oeuvres complètes"

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in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/oeuvrescomp02rons 


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PIERRE  DE  RONSARD 

ŒUVRES   COMPLÈTES 

II 


MAÇON,    PROTAT   FRERES,  IMPRIMEURS. 


SOCIÉTÉ  DES  TEXTES  FRANÇAIS  MODERNES 


PIERRE  DE   RONSARD 


ŒUVRES  COMPLÈTES 

II 

ODES  ET  BOCAGE  DE  1550 

PRÉCÉDÉS     DES      PREMIÈRES      POÉSIES      1547-1549    - 

TOME   II 


EDITION    CRITiaUE 
AVEC    INTRODUCTION   ET   COMMENTAIRE 

PAR 

PAUL    LAUMONIER 


PARIS 
LIBRAIRIE    HACHETTE    ET    O^ 

79,    BOULEVARD     SAINT-GERMAIN,    79 
I9I4 


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TROISIEME  LIVRE  DES  ODES 
DE   PIERRE  DE   RONSARD  VANDOMOIS 


A  CHARLES  DE  PISSELEU  [76  r^] 

EVESQUE    DE    CONDON  ' 

Ode  I 

D'où  vient  cela  (mon  Prélat)  que  les  hommes 
De  leur  nature  aiment  le  changement, 
Et  qu'on  ne  voit  en  ce  monde  où  nous  sommes 
Un  seul  qui  n'ait  un  divers  jugement  ^  ? 

L'un  éloingné  des  foudres  de  la  guerre 
Veut  par  les  champs  son  âge  consumer, 

Éditions.  — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  i),  1550,  1555  ; 
(viii)  1^55.  —  Œuvres  (Odes,  III,  ix),  1560,  1567,  1571,  1573  ;  (xxv) 
1578  ;  (xix)  1584  ;  (xviii)  1587  ;  1592-1630.  En  1587  et  dans  les  éd.  de 
1592  et  1597,  cette  ode  a  été  en  outre  insérée  parmi  les  Elégies  (xxii). 

Blanchemain  (t.  II,  p.  223)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  286). 

Titre.  ôo-'jS  A  Charles  de  Pisseleu.  |  8 4-8 j  sans  titre. 

I.  6o-8j  D'où  vient  cela  (Pisseleu) 

A-  S^~15  '"^  point  après  jugement  (^èd.  suiv.  corr.) 


1.  Sur  ce  personnage,  v.  ci-dessus  Of?e5,  II,  xvni,  n.  i. 

2.  Cette  strophe  est  une  «  contamination  »  du  début  de  la  i'*  Satire 
d'Horace,  Qui  fit  Maecenas,  et  du  proverbe  latin  Tôt  capita,  tôt  studia, 
qu'on  trouve  d'ailleurs  dans  Horace  sous  cette  forme  :  Quot  capitum 
vivunt,  totidem  studiorum  Millia  {Sat.  II,  i,  27).  —  -  Tout  le  reste  de  la 
pièce  est  imité  d'Horace,  Cfln/2.  I,  i,  et  de  Virgile,  Géorg.  II,  $03  et  suiv. 
Cf.  mon  Ronsard  p.  lyr.,  p.  358.  Ronsard  a  repris  ce  thème  dans  son  épître 
à  Hamelin  (Bl.  VI,  236). 

Ronsard,  II.  I 


2  ODES 

A  bien  poitrir  les  mottes  de  sa  terre 
Pour  de  Ceres  les  presens  i  semer. 

L'autre  au  contraire  ardent  aime  les  armes, 
10  Marchant  hardi,  ores  pour  étonner 

Le  camp  Anglois  de  menassans  alarmes. 
Or  pour  l'assaut  à  Boulongne  donnera 

Qui  le  palais  de  langue  mise  en  vente 
Fait  éclater  devant  un  Président, 
1$  Et  qui  picqué  d'avarice  suivente  [76  v»] 

Franchist  la  mer  de  l'Inde  à  l'Occident. 

L'un  de  l'amour  adore  l'inconstance, 
L'autre  plus  sain  ne  met  l'esprit,  sinon 
Au  bien  public,  aus  choses  d'importance, 
20  Charchant  par  peine  un  perdurable  nom. 

L'un  suit  la  court,  &  les  grans  dieus  ensemble, 
Si  que  son  chef  au  ciel  semble  toucher. 
L'autre  les  fuit,  &  est  mort  ce  lui  semble 
Si  voit  le  Roi  de  son  toict  approcher. 


10-12.  /j"  Marchani  la  nuit  hardi,  pour  étonner  Le  camp  Anglois  de 
redoublés  alarmes  Et  pour  le  jour  bataille  lui  donner  |  60  Et  ne  sçauroit 
en  un  lieu  séjourner  Sans  bravement  ataquer  les  alarmes  Bien  que 
jamais  ne  pensse  retourner  |  6'j-8']  Si  qu'en  un  lieu  {jS-Sy  sa  peau)  ne 
sçauroit  séjourner  Sans  bravement  ataquer  les  alarmes  Bien  que  jamais 
{y8  qu'au  logis)  n'en  puisse  retourner  (S4-S'/  Et  tout  sanglant  au  logis 
retourner) 

20.  S^-78  Cerchant  |  84-87  Cherchant 

21.  ^f-ys  ces  grans  Dieus  |  yS  ses  grands  Dieux  |  84-87  les  faveurs 

22.  ^^-8y  Si  que  sa  teste 
24.  yi-8y  S'il  voit  le  Roy 


I.  Allusion  au  siège  de  Boulogne,  que  nos  troupes  tentèrent  de  re- 
prendre aux  Anglais  en  1545  et  en  août-septembre  1549. 


LIVRE   III,    ODE    I  3 

Le  pèlerin  à  l'ombre  se  délasse, 

Ou  d'un  sommeil  son  travail  adoussist, 

Ou  reveillé,  avec  la  pleine  tasse 

Du  jour  tardif  la  longueur  accourcist. 

Qui  davant  l'aube  accourt  triste  à  la  porte 
Du  conseiller  le  sac  au  poin  portant, 
Et  là  rêvant  atend  que  monsieur  sorte 
Pour  lui  donner  le  bon  jour  en  sortant. 

Ici,  cetui  de  la  sage  Nature 

Les  faits  divers  remasche  en  i  pensant. 

Et  cetui  là,  par  la  lineature 

Des  mains,  prédit  le  malheur  menassant.       [77  r^] 

L'un  allumant  ses  vains  fourneaus,  se  fonde 
Dessus  la  pierre  incertaine,  &  combien 
Que  l'invoqué  Mercure  ne  réponde, 
Souffle  en  deus  jours  le  meilleur  de  son  bien  ^ 

L'un  grave  en  bronze  &  dans  le  marbre  à  force 
Veut  le  labeur  de  Nature  imiter. 


26.  ôy-Sy  le  travail  adoucist 

28.  j/-<^7  Des  jours  d'Esté  la  longueur  accoursist 

29.  yi-Sy  Qui  devant  l'Aube 

30-32.  SS~^7  Du  conseiller,  &  là,  faisant  maint  tour  Le  sac  au  poin 
atend  que  monsieur  sorte  Pour  lui  donner  humblement  le  bon  jour 

40.  SS'^7  Souffle  en  deus  mois 

41.  yo  en  bronce  (éd.  suiv.  corr.) 

42.  84-8^  Vent  le  naïf  de  Nature  imiter 


I.  Allusion  à  la  recherche  de  la  pierre  philosophale  par  les  alchi- 
mistes. J.  Tahureau  a  cité  ce  quatrain  dans  ses  Dialogues  (éd.  Con- 
science, p.  144).  —  Rotrou  a  repris  le  jeu  de  mots  dans  la  Sœur,  II,  2  : 
Que  bien  loin  de  l'enfler,  Il  vidoit  sa  finance,  à  force  de  souffler. 


4  ODES 

Des  corps  errans  l'astrologue  s'efforce 
Vouloir  par  art  le  chemin  limiter  : 

45  Mais  tels  estats  inconstans  de  la  vie 

Ne  m'ont  point  pieu,  &  me  suis  tellement 
Eloigné  d'eus,  que  je  n'u  onq  envie  ^ 
D'abaisser  l'œil  pour  les  voir  seulement. 

L'honneur  sans  plus  du  verd  laurier  m'agrée, 
50  Par  lui  je  hai  le  vulgaire  odieus  2, 

Voila  pour  quoi  Euterpe  la  sacrée 
M'a  de  mortel  fait  compagnon  des  Dieus. 

Aussi  el'  m'aime,  &  par  les  bois  m'amuse, 
Me  tient,  m'embrasse,  &  quand  je  veil  sonner, 
55  De  m'accorder  ses  fleutes  ne  refuse 

Ne  de  m'apprendre  à  bien  les  entonner  3 . 

Car  elle  m'a  de  l'eau  de  ses  fontaines  [77  v»] 

Pour  prestre  sien  baptisé  de  sa  main, 

44.  S^-8y  Oser  par  art  |  jo  leur  chemin  {éd.  suiv.  corr.) 

45.  j8-8j  Mais  tels  estats  les   piliers  de  la  vie  |  Bl  Mais  tels  estats, 
inconstants  de  la  vie,  {texte  fautif) 

47.  ^)-6j  que  je  n'us  |  yi-8j  que  je  n'eus 

52.  j'o  Dieux  {corr.  d'après  la  graphie  courante  de  /o) 

53.  j8-8j  La  belle  m'aime,  &  par  ses  bois  m'amuse 

54.  SS~^7  js  "^^^s  {et  veux) 

57-58.  y8-8y  Dés  mon  enfance  en  l'eau   de  ses  fontaines  Pour  Prestre 
sien  me  plongea  de  sa  main  |  Bl  prestre  bien  {texte  fautif  ) 


1.  Pour  la  graphie  ;V  n'u,  cf.  ci-dessus  Odes,  II,  11,  13,  et  ci-après, 
IV,  VI,  40  ;  Bocage,  vi,  44. 

2.  Ce  distique  est  une  «  contamination  »  de  deux  passages  d'Horace, 
Carvi.  I,  I,  29  et  III,  i,  1 . 

3.  Cette  strophe  développe  le  «  neque  tibias  Euterpe  cohibet  »  d'Horace, 
Carm.  I,  i,  32.  Cf.  J.  Lemaire,  Illustr.  de  Gaule,  I,  xxix  :  «  Euterpe  la 
quarte  feit  noble  modulation  de  ses  fluttes,  dont  elle  trouva  première- 
ment l'usage.  » 


LIVRE  III,    ODÉ   II 

Me  faisant  part  du  haut  honneur  d'Athènes, 
Et  du  sçavoir  de  l'antique  Romain. 


HINNE  A  SAINT  GERVAISE,  ET  PROTAISE  ' 

Ode  II 

La  victorieuse  couronne 
Martirs,  qui  vos  fronts  environne, 
N'est  pas  la  couronne  du  pris 
Qu'Elide  donne  pour  la  course. 
Ou  pour  avoir  près  de  la  source 
D'Alphée,  esté  les  mieus  appris  ^. 

Avoir  d'un  indonté  courage 
De  Néron  méprisé  la  rage 
Vous  a  rendus  victoriens, 
Quand  l'un  eut  la  teste  tranchée. 
Et  l'autre  l'eschine  hachée 
De  gros  fouets  injurieus. 


Éditions. — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (\l\,  ii),  1550,1553  ;  (ix) 
1555.  —  Œzi w« (Odes,  III,  x),  1560.  — Supprimée  en  1567.  — Réimpri- 
mée dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  IV,  Hymnes,  p.  258.  — 
Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,   1617,  1623,   1630. 

Blanchemain  (t.  V,  p.  267);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  132). 

Titre.  PR  162^,  Bl,  ML  à.  Saint  Gervais  &  Saint  Protais  (texte  rajeuni) 

7.  j/-^o  Avoir  d'un  inveinqu  courage 

9.  PR  161  j'2^,  ML  Vous  a  rendu  (texte  fautif) 


1.  Patrons  de  l'église  de  Couture,  village  natal  de  Ronsard. 

2.  Cf.  Prudence,  Peristephanon,  hymne  iv,  loi.  A  propos  de  Saint- 
Vincent,  Prudence  fait  là  un  rapprochement  analogue  entre  le  martyre 
et  l'aywv  Olympique  (d'ailleurs  fréquent  chez  les  orateurs  sacrés  :  v.  par 
ex.  l'homélie  de  Saint-Romain  par  J.  Chrysostome).  Cette  source  litté- 
raire est  d'autant  plus  probable  que  Ronsard  a  écrit  son  hymne  pour 


6  ODES 

Ce  beau  jour  qui  vostre  nom  porte  ' 
Chaqu'  an  me  sera  saint,  de  sorte 
15  Que  le  chef  de  fleurs  relié,  [78  r^j 

Dansant  autour  de  vos  images, 
Je  leur  ferai  humbles  hommages 
De  ce  chant  à  vous  dédié. 

Ce  jour,  l'oueille  audacieuse 
20  Erre  en  la  troupe  gracieuse 

Des  loups,  &  si  n'a  crainte  d'eus, 
Ce  jour,  les  villagois  vous  chomment 
Et  oisifs  par  les  prez  vous  nomment 
Leur  douce  espérance  tous  deus. 

25  Regardez  du  ciel  nos  services, 

Et  avocassez  pour  nos  vices. 

Regardez  nous  (disent  ils)  or, 

Doutez  le  péché  qui  nous  presse, 

Et  nous  sauvez  de  toute  oppresse, 
30  Cet  an,  &  l'autre  &  l'autre  encor. 


16-17.  Jj-éo  Dansant  autour  de  vôtre  image,  Je  vous  pairai  de 
l'humble  homage 

19.  60  oùeille  |  PR  160^-16^0  ouaille  (et  oûaille) 

20.  SJ-ôo  Court  par  la  troupe  gracieuse 

21-24.  ^^  Des  loups,  &  n'ha  point  crainte  d'eus...  |  S)-6o  Des  loups, 
&  sans  berger  n'a  peur  :  Ce  jour,  les  villageois  vous  nomment.  Et 
oisifs  par  les  prés  vous  chomment,  Leurs  boeufs  afranchis  du  labeur 

30.  /o  Cette  an  (corrigé  aux  errata) 

29-30.  S ^-60  Et  cet  an  sauvés  nous  d'opresse  Et  les  autres  suivans 
encor 


un   jour  anniversaire,  comme  Prudence  les  siens  (cf.  Puech,  thèse  sur 
Prudevce,  1888,  p.  291). 

I.  Le  19  juin,  jour  de  la  Saint  Gervais.  Uasscvihlée  de  Couture  a  lieu 
encore  le  jour  de  cette  fête  patronale. 


LIVRE   III,    ODE   III 

Faites  que  des  bleds  l'apparance 
Ne  démente  nostre  espérance, 
Et  du  raisin  ja  verdelet 
Chassez  la  nue  menassante. 
Et  la  brebis  aus  champs  paissante 
Emplissez  d'aigneaus,  &  de  laict  ^ 


A  PHEBUS  [78  yo] 

LUI  VOUANT  SES  CHEVEUS  ^ 

Ode  III 

Dieu  crespelu  3  (qui  autrefois 
Bani  du  ciel,  parmi  les  bois, 
D'Admete  gardas  les  taureaus, 

34-35.  jo  menassente  ei  au  champs  (éd.  suiv.  corr.  sauf  ç2)  \  PR 
i6op-i6^o,  Bl  au  champ  (texte  fautif) 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  m),  1550.  —  Suppri- 
mée en  1553.  —  Rétablie  en  1355  (III,  x).  —  Œuvres  (Odes,  III,  x=xi) 
1560;  (x)  1567,  1571,  i$73  ;  (ix)  1578.  —  Supprimée  définitivement  en 
1584.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  406. 
—  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  413);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  78). 

I.  S)~7^  Dieu  perruquier 
3.  jo  Atmete  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Les  quatre  dernières  strophes  sont  une  imitation  originale  d'Ho- 
race, Carm.  III,  xviii,  où  le  poète  s'adresse  au  dieu  Faune,  le  priant  de 
protéger  son  champ  et  son  troupeau.  Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  440. 

2.  Phébus  était  le  dieu  invoqué  par  les  jeunes  gens  sous  le  nom  de 
KouooToocDOç.  Ils  lui  faisaient  des  offrandes,  entre  autres  celle  de  leurs 
premiers  cheveux  ou  de  leur  première  barbe  (Homère,  Od.  XIX,  86  ; 
Hésiode,  Thëog.,  346;  Ca.\\imsi({\xe,  Hymne  de  Délos,2(^S  ;  AnthoLgr.,épigr- 
votives,  n°^  155  et  198). 

5.  Cf.  Pindare,  Pyth.  ix,  début:  ô  yaizdziç,  AaxoiSaç.  Avant  Ron- 
sard, le  rhétoriqueur  J.  Bouchet  avait  déjà  dit  :  Apolle  (5îc) chevelu,  — 
et  Marot:  Phebus  à  la  barbe  dorée. 


ODES 

Fait  compaignon  des  pastoureaus  ^) 
Mes  cheveus  j'offre  à  tes  autels, 
Et  bien  qu'ils  ne  soient  immortels, 
Ils  te  seront  dous  &  plaisans. 
Pour  estre  la  fleur  de  mes  ans  2. 
Mainte  fille  par  amitié, 
En  a  désiré  la  moitié 
Pour  s'en  orner,  mais  tu  ne  veus 
(O  l'honneur  des  crespes  cheveus,) 
Que  rien  Ion  t'aille  présenter 
Dont  quelq'un  se  puisse  vanter. 
C'est  toi,  qui  n'as  point  dédaigné 
De  m'avoir  seul  acompaigné, 
duand  des  le  berseau  j'allai  voir 
Tes  compaignes,  dont  le  sçavoir 
M'a  tellement  ravi  depuis, 
20  Que  je  ne  sçai  si  je  me  suis 

Ivre,  de  leur  russeau  ami  3, 


lî 


10.  SS~7^  En  a  souheté  (et  souhaité)  la  moitié 

11-13.  jo  Pour  s'enorner...  |  SS'7^  Pour  s'en  tifer,  mais  je  ne  veus 
O  Phebus  roi  des  beaus  cheveus  Rien  de  ma  part  te  présenter 

15-18.  ;o  virgule  après  dédaigné  et  un  point  après  acompaigné  |  iy-jS 
Car  c'est  toi  qui  n'as  dédaigné  De  m'avoir  seul  acompaigné,  Quand 
premier  je  m'ivrai  de  l'eau  Qui  court  sur  le  double  coupeau  : 

19-21.  SS'7^  suppriment  ces  trois  vers,  dont  le  dernier  ne  rimait  avec 
aucun  autre  |  Le  texte  de  Bl  Car  sur  le  bord  je  m'endormi  pour  le  vers 
absent  en  i^^o  est  conjectural. 


1.  Cf.  Euripide,  Alceste,  début  du  prologue  ;  Jean  Lemaire,  Illustr.  de 
Gaule,  J,  XXVI. 

2.  On  peut  penser  que  la  composition  de  cette  ode  remonte  à  l'époque 
où  Ronsard  fut  tonsuré  (mars  1543)  et  qu'elle  était  au  nombre  de  celles 
«  non  mesurées  à  la  lyre  »  qu'il  montra  alors  à  Jacques  Peletier,  secré- 
taire de  l'évêque  du  Mans  (cf.  Peletier,  Art  poétique,  p.  64-65).  Pourtant 
cette  ode  isométrique  à  rimes  suivies  n'est  pas  irrégulière  à  proprement 
parler,  car  toutes  ses  rimes  sont  de  même  genre  ;  aussi  Ronsard  ne  l'a-t- 
il  pas  reléguée  dans  son  Bocage  (cf.  R.H.  L.  1905,  p.  69,  n.  6). 

3.  Il  s'agit  de  la  source  Hippocrène,  de  la  fontaine  de  Castalie  ou  du 
fleuve  du  Permcsse,  tous  trois  consacrés  aux  Muses  et  à  Apollon. 


LIVRE    III,    ODE   IV  9 

A  mon  réveil  il  me  sembla  [79  r^] 

Que  leur  collège  s'assembla  : 
Et  que  Calliope  aus  beaus  yeus 
25  M'acointant  sur  toutes  le  mieus 

Pour  présent  son  lue  me  donna  % 
Qui  depuis  le  premier  sonna 
Dedans  la  France  les  façons 
De  joindre  le  lue  aus  chansons  2. 

A  MACLOU  DE  LA  HAIE  3 

SUR  LE  TRAITÉ  DE  LA  PAIX  FAIT  ENTRE  LE  ROI  FRANÇOIS 
ET    HENRI    d'aNGLETERRE, 

Ode  IV 

Il  est  maintenant  tens  de  boire, 
Et  d'un  dous  vin  oblivieus 

23.  Si'7^  Qu'un  chœur  de  vierges  s'assembla, 

25.  S  S '7^  ^^  Muse  qui  chante  le  mieus, 

26.  6y-j8  son  Luth  (et  luth) 

27-29.  SS~7^  Q-'^i  depuis  en  France  sonna  Or  bien,  or  mal  en  divers 
sons  Bonnes  &  mauvaises  chansons 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  iv)  1550.  —  Supprimée 
en  1555.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II, 
p.  456.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,   1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  459);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  m). 

Titre.  PR  l6op  (in-X2)-i6jO,  ML  datent  cette  paix  i<y44.  par  erreur. 
2.  PR  i6op-iy,  16^0  vin  oublieux  {PR  162),  Bl,  ML  corr.) 


1.  Cf.  Hésiode,  Tbéog.,  début;  et  le  songe  de  Properce,  III,  m. 

2.  Cf.  ci-dessus  Odes,  I,  xii,  20.  En  réalité  ce  mérite  revient  à  Cl.  Marot, 
traducteur  des  Psaumes  de  David  (voir  mon  Ronsard  p.  lyr.,  Introduction, 
De  Vinvention  de  V  ode  française,  et  pp.  651-658,  Syyéjé,  706-710.) 

3.  Sur  ce  personnage,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  xi,  note  i  ;  xvi,  note 
finale  ;  et  ci-après,  IV,  xv,  notes. 

4.  Cette  date  est  erronée,  car  il  ne  peut  s'agir  que  du  traité  d'Ardres, 


10  ODES 

Faire  assoupir  en  la  mémoire 
Le  soin  de  nostre  aise  envieus. 
5  Que  c'estoit  chose  deftendue 

Au  paravant  de  s'esjouir, 
Ains  que  la  paix  nous  fust  rendue 
Et  le  repos  pour  en  jouir  '  ! 

Je  di,  quand  Mars  armoit  l'Espaigne 
10  Contre  les  François  indontés,  [79  v^] 

Et  ce  peuple  que  la  mer  baigne 

(Hors  du  monde)  de  tous  costés  ^, 

L'Espaigne  en  piques  violentes 

Furieuse,  &  ce  peuple  ici, 
15  Par  ses  flèches  en  l'air  volantes 

A  craindre  grandement  aussi. 

Puisque  la  paix  est  revenue 
Nous  embellir  de  son  séjour, 
La  joie  en  l'obscur  détenue 
20  Doit  à  son  ranc  sortir  au  jour, 

Sus  page,  en  l'honneur  des  trois  Grâces 
Verse  trois  fois  en  ce  pot  neuf, 

4.  Bl  seul  divise  cette  ode  en  quatrains, 

8.  jo,  p2,  PR  i6oç-i6)o  un  point  interrog.  (Bl  corr.  ML  met  un  point) 
19.  jo  en  l'oscur  (PR  160^-16^0,  Bl,  ML  corr.  — Cf.  ci-après  III,  ix,  10  ; 
XIV,  22) 


qui  futsigné  entre  François  I"  et  Henri  VIII,  le  7  juin  1546.  Cf.  Léonard, 
Recueil  des  traites  de  paix,  t.  II,  p.  458,  et  Dumont,  Corps  diplomatique, 
t.  IV,  2*  partie,  p.  305. 

1.  Cette  première  strophe  est  imitée  d'Horace,  Carm.  I,  xxxvii,  Nunc 
est  lihendum,  1-6.  Le  2'  vers  rappelle  un  autre  passage  d'Horace,  Carm. 
II,  VIT,  21  :  Oblivioso  laevia  Massico  Ciboria  expie. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.l,  xxxv,  29:  ultimos  Orbis  Britannos  ;  et  Vir- 
gile, Bue.  I,  67:  Et  penitus  toto  divises  orbe  Britannos. 


LIVRE   III,    ODE    IV  II 

Et  neuf  fois  en  ces  neuves  tasses 

En  l'honneur  des  seurs  qui  sont  neuf'. 

25  Ce  lis,  &  ces  roses  naïves 

Sont  épendues  lentement, 

Je  hai  les  mains  qui  sont  oisives, 

Qu'on  se  depesche  vitement: 

Là  donq  ami,  de  corde  neuve 
30  R'anime  ton  lue  endormi, 

Le  lue  avec  le  vin  se  treuve 

Plus  dous,  s'il  est  meslé  parmi. 

O  quel  Zephire  favorable  [80  r»] 

Portera  ce  folâtre  bruit 
35  Dedans  l'oreille  inexorable 

De  Madelaine  qui  nous  fuit  ^  ? 

Le  soin  qui  en  l'ame  s'engrave 

Secoure  aus  vens  ores  tu  dois  3  : 

C'est  chose  saige,  &  vraiment  grave 
40  De  faire  le  fol  quelquefois  -+. 

25.  PR  i6o^-iy,  16^0  Ce  lis,  &  les  roses  |  PR  162^,  ML  Ces  lys,  & 
les  roses  |  Bl  Ces  lys  et  ces  roses 

38.  PR  162^-16^0,  ML  Secourre  |  Bl  Secouer  aux  vents  or'  tu  dois 
{texte  fautif)  \  jo  tu  dois  sans  ponct.  {PR  161^-2^,  ML  corr.) 


1.  Ces  quatre  derniers  vers  et  les  douze  qui  suivent  sont  imités  libre- 
ment d'Horace,  Carm.  III,  xix,  10-24.  Cf.  Ronsard  p.  lyr,  p.  574  et  suiv. 

2.  Cette  Madeleine,  qui  correspond  à  la  femme  du  vieux  jaloux  Lycus 
de  l'ode  horatienne,  pourrait  bien  être  la  «  mal  mariée  »  que  Ronsard 
plaint  dans  la  pièce  suivante. 

3.  Ceci  rend  l'expression  d'Horace  :  tristitiam  et  metus  Tradam... 
ventis  {Carm.  I,  xxvi,  début).  —  Secoure  est  une  forme  d'infinitif,  qui 
s'écrivait  primitivement  secorre  ;  le  participe  secoiis  est  couramment  em- 
ployé du  temps  de  Ronsard  pour  secoué. 

4.  Cf.  Horace,  Carm.  III,  xix,  18  :  Insanire  juvat  ;  et  IV,  xii,  fin  :  Duke 
est  desipere  in  loco.  C'est  une  pensée  de  Ménandre:  Kal   auaaav^vat 


12  ODES 


A  MADELAINE  AIANT  MARI  VIEILLARD 

Ode  V 

Les  fictions  dont  tu  décores 
L'ouvraige  que  tu  vas  peignant, 
D'Hyacinthe,  Europe  &  encores 
De  Narcisse  se  complaignant 
De  son  ombre  le  dédaignant  2, 

Semblent  indinnes  de  la  peine 

Dont  tu  exercites  tes  dois. 

Car  plustost  soit  d'or,  soit  de  laine 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  v),  1550.  —  Suppri- 
mée en  1553.  —  Rétablie  en  1555  (III,  xi).  —  Œuvres  (Odes,  III,  xii) 
1560;  (xiir=xi)  1567^  1571^  1575  ;(>^)  1578;  (vu)  1584.  —  Suppriméedé- 
finitivement  en  1587.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œu- 
vres, t.  II,  p.  413. —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617, 1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  414)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  267). 

Titre,  ^o  viellart  (corr.  d'après  les  errata)  \  j  j-^4  A  Madeleine. 
3.  jj-7^  D'Hyacinth',  d'Europe  (^7-75  D'Hyacinth)  |  84  texte  primitif 
5.  jo  un  point  après  dédaignant  {éd.  suiv.  deux  points,  puis  virgule) 
6-7.  ^^-84  Ne  sont  pas  dignes  de  la  peine  Q.u'en  vain   tu   donnes  à 
tes  dois  {84  Que  tes  doigts  œuvrent  dextrement) 


8  ev'.a  §£1  (cf.  Sénéque,  De  tranquillitate  animi,  fin  :  Sive  Graeco  poetae 
credimus,  aliquando  et  insanire  jucundum  est).  Rapprocher  Du  Bellay, 
Vers  lyr.  vu,  fin  (éd.  Chamard,  t.  III  des  Œuvres,  p.  32). 

1.  Cette  odelette  est  comme  un  vestige  ou  une  réduction  savante 
des  chansons  médiévales  de  la  «  mal  mariée  ».  On  trouve  des  formes 
populaires  de  ce  genre  traditionnel  dans  les  Chansons  du  XV^  siècle  de 
G.  Paris  (Anciens  textes),  pp.  5,  109,  117,  118,  122,  131,  136.  Cl.  Marot 
avait  traité  le  même  sujet  sous  les  formes  du  rondeau  et  de  l'épigramme 
(éd.  Jannet,  t.  II,  pp.  131  et  164;  t.  III,  p.  63). 

2.  Pour  ces  légendes,  cf.  Ovide,  Met.  III,  VI  et  X.  L'enlèvement 
d'Europe  y  est  représenté,  comme  ici,  sur  une  toile  par  Arachné. 


LIVRE   III,    ODE   V  13 

Ta  toile  peindre  toute  pleine 
10  De  ton  tourment  propre  tu  dois. 

Quand  je  te  voi,  &  voi  encore  [80  v^] 

Ce  vieil  mari  que  tu  ne  veus, 
Je  voi  Tithone,  &  voi  l'Aurore, 
Lui  dormir,  elle  ses  cheveus 
15  Tresser  d'un  laqs  doré  comme  eus 

Pour  aller  chercher  son  Cephale, 
Et  quoi  qu'il  soit  alangoré, 
De  voir  sa  femme  morte,  &  palle, 
Si  suit-il  celle  qui  égale 
20  Les  roses  d'un  front  coloré  ^ 

Parmi  les  bois  errent  ensemble 
Se  soûlant  de  plaisir,  mais  las. 
Jamais  le  jeune  amour  n'assemble 
Un  vieillard  d'ans  recreu  &  las, 
2)  A  un  printens  tel  que  tu  l'as  ^. 


9-10.  84  Tu  dois  ta  gaze  toute  pleine  Peindre  de  ton  propre  tourment 

12.  ^o  viel  {corr.  d'après  les  errata  et  les  éd.  sutv.) 

13.  jo  Thitone  (éd.  suiv.  corr.)  \  PR  i6iy-2^,  Bl  Tithon 
15.  S  S '^4  Refrisoter  de  mile  neuds 

22.  i^-84  mais  lâs  ! 

24.  jo  viellart  {corr.  d'après  les  errata)  \  ^S-y8  Un  vieillard  de  Venus 
(6y-'j8  l'amour)  si  las  |    84  L'hyver  d'un  vieillard  sans  soûlas 


1.  Pour  cette  légende  de  Géphale  et  de  sa  femme  Procris,  cf.  Ovide, 
Met.  VII,  661  et  suiv.,  et  ci-après  Odes,  IV,  xvi,  2°  pose. 

2.  Rapprocher  V.  Hugo,  Contemplations,  I,    xvi  :  Denise,   ton  mari, 
notre  vieux  pédagogue... 


14  ODES 

A  LA  FONTAINE  BELLERIE  ^ 

Ode  VI 

Argentine  fonteine  vive 

De  qui  le  beau  cristal  courant, 

D'une  fuite  lente,  &  tardive 

Ressuscite  le  pré  mourant,  [8i  r°] 

5  Quand  l'esté  ménager  moissonne 

Le  sein  de  Ceres  devétu. 
Et  l'aire  par  compas  resonne 
Dessous  l'épi  de  blé  batu. 

A  tout  jamais  puisses-tu  estre  ^ 
ro  En  honneur,  &  religion 

Au  beuf,  &  au  bouvier  champestre 
De  ta  voisine  région. 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  vi)  1 5  50.  — Supprimée 
en  1553.  —  Rétablie  en  1555  (III,  xii).  —  Œuvres  (Odes,  III,  xiii)  1560  ; 
(xiii=xii)i567,  1571,  1573  ;(xi)i578;(viii)  1584,  1587  ;  1 592-1630.  — 
Prise  à  tort  pour  une  ode  retranchée  (à  cause  des  var.  des  premiers  vers) 
par  l'éditeur  lyonnais  de  1592  {Œuvres,  t.  II,  p.  458)  et  les  éditeurs  pari- 
siens des  Pièces  retranchées,  1609- 16 50  :  erreur  reproduite  dans  les  éditions 
Blanchemain  (t.  II,  pp.  208  et  461)  et  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  268  ; 
t.  VI,  p.  113). 

1-4.  SS~^7  Ecoute  un  peu  (84-Sy  Escoute  moy)  Fontaine  vive  En  qui 
j'ai  rebeu  si  souvent  Couché  tout  plat  de  sur  la  rive  (6y,  y8-8y  ta  rive) 
Oisif  à  la  fraîcheur  du  vent  |  jo  un  point  final  (éd.  suiv.corr.) 

7.  JO-JJ  virgule  après  aire  {éd.  suiv.  corr.) 

8.  JJ-éo  du  blé  I  67-^7  Gémissant  sous  le  bled  batu  : 

9-10.  SS~^4  Ainsi  toujours  puisses-tu  estre  En  dévote  religion 
9-12.  8j  Ainsi  tousjours  puisses-tu  estre  En  religion  à  tous  ceux  Q.ui 
te  boiront,  ou  feront  paistre  Tes  verds  rivages  à  leurs  beufs 


1.  Voir  ci-dessus  Odes,  II,  ix. 

2.  La  var.  de  ce  vers  contient  une  tournure  d'optatif  prise  à  Horace, 
Carm.  I,  m,  1-3  :  Sic  te  diva...  regat.  Cf.  ci-après  Odes,  IV,  vi,  7;  xv, 
fin. 


LIVRE    III,    ODE    VII  15 

Et  la  lune  d'un  œil  prospère 
Voie  les  bouquins  amenans 
15  La  Nimphe  auprès  de  ton  repère 

Un  bal  sur  l'herbe  demenans  % 

Comme  je  désire  fonteine 
De  plus  ne  songer  boire  en  toi  ^ 
L'esté,  lors  que  la  fièvre  ameine 
20  La  mort  dépite  contre  moi. 


A  MAISTRE  DENIS  LAMBIN  3 


Ode  VII 

Que  les  formes  de  toutes  choses 

Soient,  comme  dit  Platon,  encloses     [81  v°] 

1 3-16.  ^o  vîrg.  après  prospère  et  un  point  après  demenans  (éd.  suiv.  corr.) 
I  j;-<^7  Ainsi  toujours  la  lune  clere  Voie  la  nuit  (60  la  mi-nuit  6y-8j 
à  mi-nuit)  au  fond  d'un  val  Les  Ninfes  (et  Nymphes)  près  de  ton  repère 
A  mile  bons  (et  bonds)  mener  un  Bal  (67-^7  le  bal) 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  vu)  1550  ;  (m)  1553  ; 
(xiii)  1555. —  Œuvres  (Odes,  III,  xiv)  1560;  (xiv=zxiii)  1567,  1571, 
1573  ;  (xii)  1578  ;  (ix)  1584,  1587  ;  1592-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  208)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  269). 

Titre.  JJ-éo  A  Lambin  |  Sy-y^  A  Denys  Lambin,  à  présent  Lecteur 
du  Roy  I  '^8-84  A  Denys  Lambin,  Lecteur  du  Roy  |  S  y  sans  dédicace 


1.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  iv,  7-10;  et  le  poète  napolitain  Pontano, 
Avior.  lib.  II,  Laudes  Casis  fontis. 

2.  C.-à-d  :  De  même  que  je  souhaite  de  ne  plus  rêver  en  dormant 
que  je  bois  en  toi.  C'est  le  sens  le  plus  fréquent  du  verbe  «  songer  »  au 
XVI*  siècle.  Quant  à  la  construction,  elle  est  courante  à  cette  époque:  Ron- 
sard, sonnet  Veus  tu  sçavoir  Briiês,  v.  13  :  «  ...et  plus  je  ne  sens  vivre  L'es- 
pcrance  en  mon  cœur  «  (Contin.  des  Amours  de  1555,  Bl.  I,  202)  ;  Du 
Bellay,  Lettres,  éd.  de  Nolhac,  p.  37  «  Je  suis  délibéré  de  jamais  plus  ne 
retenter  la  fortune  »  ;  v.  encore  ci-après  Odes^  III,  ix,  29  ;  IV,  iv,  49-50. 
—  Pour  l'idée,  cf.  Pontano,  Amor.  lib.  II,  Casim  fontemaegrotus  aUoquitur . 

5.  Célèbre  philologue  de  Montreuil-sur-Mer  en  Picardie  (1519-1572). 


1 6  ODES 

En  nostre  ame,  &  que  le  sçavoir 
Est  seulement  ramentevoir  : 
5  Je  ne  le  croi,  bien  que  sa  gloire 

Me  persuade  de  le  croire. 
Car  véritablement  depuis 
Que  studieus  du  Grec  je  suis, 
Homère  devenu  je  fusse, 

lo  Si  souvenir  ici  me  pusse 

D'avoir  ses  beaus  vers  entendu, 
Ains  que  mon  esprit  descendu, 
Et  mon  corps  fussent  joins  ensemble  : 
Mais  c'est  abus,  l'esprit  ressemble 

i>  Au  tableau  tout  neuf,  où  nul  trait 

N'est  par  le  peintre  encor  portrait. 
Et  qui  retient  ce  qu'il  i  note  % 
Lambin,  qui  sur  Seine,  d'Eurote  ^ 

3.  ^o-yS  &  que  sçavoir,  (éd.  suiv.  corr.  ;  la  virg.  disparaît  dès  i>7^) 

4.  SS'^7  N'est  sinon  se  ramentevoir 
7.  8y  Car  de  jour  &  de  nuict  depuis 
II.  87  D'avoir  son  Roumant  entendu 

13.  jo-j^  virgule  après  corps  (éd.  suiv.  corr.) 

17.  8y  Et  qui  retient  l'encre  première 

18.  5'j-7^    qui    sur    Ganche  |  '^^8-84    qui    sur  Gange  |  8j     Lambin 
d'Horace  la  lumière 


Cf.  H.  Potez,  la  Jeunesse  de  Denys  Lambin  (R.  H.  L.,  juillet  1902);  Deux 
années  de  la  Renaissance  (R.  H.  L.,  juillet  et  octobre  1906).  D'après  une 
lettre  de  Lambin  à  Ronsard  (1553)  et  la  dédicace  du  2'  livre  de  son  édi- 
tion de  Lucrèce  (1563),  il  ne  fut  pas  seulement  le  compagnon  (socius)  de 
Ronsard  au  collège  de  Coqueret,  mais  encore  son  conseiller  ou  son  répé- 
titeur (admonitor).  On  sait  d'autre  part  que  Lambin  quitta  Paris  pour 
Toulouse  dans  la  première  moitié  de  1548  et  ne  revit  pas  notre  poète 
avant  la  publication  des  Odes.  Il  est  probable  que  Ronsard  a  écrit  ces  vers 
avant  le  départ  de  Lambin,  car  ils  sont  comme  l'écho  d'une  conversation 
entre  les  deux  jeunes  gens  sur  la  théorie  de  la  «  réminiscence  »  de  Platon. 

1.  Ainsi  Ronsard  est  partisan  de  la  théorie  sensualiste  de  la  «  table 
rase  ».  Il  pensait  encore  ainsi  vingt-cinq  ans  plus  tard  :  v.  le  sonnet  à 
Hélène  Bien  que  l'esprit  humain  (Bl.  I,    508).  Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  561. 

2.  La  var.  «  Ganche  »  (aujourd'hui  Canche)  désigne  le  petit  fleuve 
qui  passe  à  Montreuil-sur-mer,  patrie  de  Lambin.  La  var.  «  Gange  » 


LIVRE   III,    ODE   VIII  17 

Par  le  dous  miel  de  tes  douceurs 
20  As  ramené  les  saintes  seurs  ^ 


EPIPALINODIE  2 


Ode  VIII 

O  terre,  ô  mer,  ô  ciel  épars  3, 

Je  suis  en  feu  de  toutes  pars  : 

Dedans,  &  dehors  mes  entrailles  [82  r°] 

Une  chaleur  le  cueur  me  point, 

19-20.  84-8y  Par  tes  beaux  vers  {8y  Qui  par  tes  vers)  pleins  de  dou- 
ceurs As  ramené  les  Muses  Sœurs  |  Bl  a  des  points  de  suspension  fautif  s . 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  viii)  1550  ;  (iv)  1553  ; 
(xiv)  i5S$'  — Œuvres  (Odes,  III,  xv)  1560;  (xv=xiv)  1567,  1571, 
1573  ;  (xiii)  1578  ;  (x)  1584,  1587  ;  1 592-1630.  —  Recueillie  à  tort  parmi 
les  Pièces  retranchées  (à  cause  de  la  disparition  du  titre  en  1587),  par  les 
éditeurs  parisiens  de  1609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  209);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  270). 

Titre.  8j  sans  titre 

4.  84-8y  Une  ardente  chaleur  me  poind 


est  une  faute  d'impression.  —  Eurote,  c'est  l'Eurotas,  fleuve  de  Laconie 
(v.  ci-dessus  Odes,  I,  xviii,  10).  —  L'idée  est  empruntée  à  Virgile,  Gèorg. 
III,  10  (v.  ci-dessus  Odes,  II, xxix,  40).  —  Dans  la  var.  de  1587,  Lambin 
est  appelé  «  la  lumière  d'Horace  »,  parce  qu'il  a  commenté  ses  oeuvres. 

1.  Guillaume  des  Autels  a  répondu  à  cette  odelette  dans  une  pièce  de 
même  rythme,  qui  fait  partie  de  la  Suite  du  Repos  de  plus  grand  travail 
(Lyon,  15 51)  et  est  intitulée:  Pour  Platon,  de  la  réminiscence,  contre  la 
vu"  ode  du  III"  livre  de  Ronsard. 

2.  C.-à-d.  palinodie  supplémentaire,  ou  deuxième  rétractation.  Cette 
ode  en  effet  est  une  suite  de  la  Palinodie  à  Denise  (ci-dessus  Odes,  II,  xxvi). 
Aussi  perdit-elle  en  1587  son  titre  à'Epipalinodie,  qui  n'avait  plus  sa  rai- 
son d'être,  la  première  rétractation  étant  supprimée.  Blanchemain  a  eu 
tort  de  conserver  ce  titre  d'après  l'éd.  de  1560,  alors  qu'il  supprimait  la 
Palinodie  à  Denise  d'après  l'éd.  de  1587. 

5.  Apostrophe  reprise  par  La  Pcruse  dans  sa  Mcdée,  acte  II,  et  par 
Ronsard  au  début  de  sa  Reinonstrance  au  peuple  de  France  (B\.  VII,  54). 
Cf.  Erasme,  Adages,  art.  Loqui  tragice. 

Ronsard,  II.  2 


l8  ODES 


Plus  fort  qu'un  mareschal  ne  joint 
Le  fer  tout  rouge  en  ses  tenailles. 

La  chemise  qui  ecorcha  7 

Hercule  quand  il  la  toucha, 

N'égale  point  la  flamme  mienne, 

Ne  tout  le  feu  que  rote  enhaut 

Bouillonnante  en  soi  d'un  grand  chaut 

La  fornaise  Siciliennes 

Le  jour,  les  soucis  presidans 
Condamnent  ma  coulpe  au  dedans 
Et  la  genne  après  on  me  donne  : 
La  peur  sans  intermission 
Sergent'  de  leur  commission 
Me  point,  me  pique  &  m'eguillonne. 

La  nuit,  les  fantausmes  vollans, 

Claquetans  leurs  becs  violans, 

En  sifllant  mon  ame  épovantent. 

Et  les  furies  qui  ont  soin 

Vanger  le  mal,  tiennent  au  poin 

Les  verges  dont  ell'  me  tourmantent  ^. 


8.  SS'^7  Hercul'  si  tost  qu'il  la  toucha 

IO-I2.  ^o-6j  virgule  après  chaut  {éd.  siiiv.  corr.)  \  ^4-^7  Ny  de  Vésuve 
tout  le  chaud,  Ny  tout  le  feu  que  rote  en  hault  La  fournaise  Sicilienne 
17.  8y  Sergent  de 

20.  84-8'/  Claquetans  de  {8y  à)  becs  gromelans 

21.  71-8'^  espouvantent  j  Bl  Et  sifflant,  {texte  faiitij) 
24.  84-87  Les  couleuvres  qui  me  tourmentent 


1.  Ce  début  est  imité  d'Horace,  Epode  xvii,  30-33. 

2.  Cette  strophe  et  la  précédente  développent  les  vers  25  et   26  de 
YEpode  XVII,  avec  un  souvenir  des  Euménides  d'Eschyle. 


LIVRE    III,    ODE   VIII  19 

25  II  me  semble  que  je  te  voi  [82  v»] 

Murmurer  des  charmes  sur  moi  ' 
Tant  que  d'effroi  le  poil  me  dresse, 
Puis  mon  chef  lu  vas  relavant 
D'une  eau  puisée  bien  avant 

30  Dedans  la  mare  de  tristesse. 

Que  veus-tu  plus,  di,  que  veus-tu  ^, 
Ne  m'as-tu  pas  assés  batu, 
Veus-tu  qu'en  cest  âge  je  meure, 
Me  veus-tu  brûler,  foudroier, 
55  Et  tellement  me  poudroier, 

Qu'un  seul  osset  ne  me  demeure  ? 

Je  suis  apresté  si  tu  veus 
De  te  sacrifier  cent  beus 
Affin  de  ravaler  ton  ire, 
40  Ou  si  tu  veus  avec  les  dieus 

Je  t'envoirai  là  haut  aus  cieus 
Par  le  son  menteur  de  ma  Lire. 

Les  frères  d'Heleine  fâchés 
Pour  les  iambes  delachés 


30.  6^-84  Dedans  les  ondes  de  tristesse 

28-50.  8y  Et  que  mon  chef  tu  vas  lavant  D'une  eau  bourbeuse  bien 
avant  Puisée  au  fleuve  de  tristesse  |  Bl  Dedans  le  fleuve  de  tristesse 
{mélange  de  60  et  de  Sy) 

31-33.  y8-8'/  point  interrog.  en  fin  de  chaque  vers. 

54.  jo  brûler  sans  virgule  {éd.  suiv.  corr.) 

39.  S5~^7  Afin  de  desamfler  {et  desenfler)  ton  ire 

40.  S^-yi  virgule  après  dieus  {éd.  suiv.  corr.) 


1.  ft  Sabella  carmina  »,  «  Marsa  naenia  »,  dit  Horace,  op.  cit.,  28-29. 

2.  Mouvement  imité  d'Horace,  op.  cit.,  vers  30  :  Quid  amplius  vis  ?  — 
vers  36-37  :  Quae  finis...  Effare. 


20  ODES 


Contre  leur  seur  par  Stesichore, 

A  la  fin  lui  ont  pardonné, 

Et  pleins  de  pitié  redonné 

L'usaige  de  sa  veue  encore  ^  [83  r»] 

Tu  peus  helâs  (Denise)  aussi 

Rompre  la  teste  à  mon  souci 

Te  fléchissant  par  ma  prière  2, 

Rechante  tes  vers 3,  &  mes  trais 

Que  tu  as  en  cire  portrais 

Jette  au  vent  trois  fois  par  derrière  4. 

L'ardeur  du  courrous  que  Ton  sent 
Au  premier  âge  adolescent 
Me  feist  trop  nicement  t'escrire, 
Maintenant  humble,  &  repentant, 
D*œil  non  feint  je  va  lamentant 
La  juste  fureur  de  ton  ire  5. 


48.  6']'8']  L'usage  de  la  veûe  encore 

52-$ 5.  SS'^1  Rechante  tes  vers,  &  les  trais  De  ma  face  en  cire  portrais 

59.  60-8'j  je  vai  lamentant 


1.  Cette  strophe  et  la  précédente  sont  imitées  d'Horace,  0/.  aï.,  vers 
58-44:  Paratus  expiare...  La  périphrase  «  frères  d'Heleine  »,  déjà  em- 
ployée ci-dessus,  Odes,  I,  ix,  209,  pour  désigner  Castor  et  PoUux,  vient 
d'Horace,  Carm.  I,  m,  2.  —  La  palinodie  de  Stesichore  est  mentionnée 
par  Platon  dans  le  Phèdre. 

2.  Cf.  Horace,  op.  cit.  45  :  Et  tu,  potes  nam,  solve  me  dementia. 

3.  Ibid.  y  :  Citumque  rétro  solve,  solve  turbinem.  d.Carm.  I,  xvi, 
fin  :  recantatis  opprobriis.  —  Ronsard  veut  dire  :  Rétracte  tes  paroles  de 
façon  à  me  désensorceler.  C'est  là  «  parler  latin  en  français  ». 

4.  Détail  à  la  fois  horatien,  virgilien  et  ovidien  :  Horace,  Epode  xvii, 
ûn;Sat.  I,  viii,  29  et  suiv.  ;  Virgile,  jBuc.  vin,  73-81  et  102;  Ovide, 
Amor.  ni,  VII,  29.  Mais  les  sorciers  du  Moyen  Age  et  du  xvi*  siècle  se 
servaient  de  ces  figurines  de  cire  pour  les  envoûtements,  aussi  bien  que 
les  magiciennes  de  l'antiquité. 

5.  Cette  dernière  stroplie  rappelle  Horace,  Carm.  I,  xvi,  22-26. 


LIVRE    III,  ODE   IX  21 

HINNE  A  LA  NUIT  ' 

Ode  IX 

Nuit,  des  amours  ministre  &  sergente  fidèle 
Des  arrests  de  Venus,  &  des  saintes  lois  d'elle, 

Qui  secrète  acompaignes 
L'impatient  ami  de  l'heure  acoutumée, 
5  O  l'aimée  des  Dieus,  mais  plus  encore  aimée 

Des  étoiles  compaignes, 
Nature  de  tes  dons  adore  l'excellence,  [83  v°] 

Tu  caches  les  plaisirs  desous  muet  silence 

Que  l'amour  jouissante 
10  Donne,  quand  ton  obscur  étroitement  assemble 
Les  amans  embrassés,  &  qu'ils  tumbent  ensemble 

Sous  l'ardeur  languissante  ^. 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  ix)  1550;  (v)  1553  ; 
(xv)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xvi)  1560;  (Hymnes)  1567,  1571, 
1573.  —  Supprimée  en  1578.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de 
1592,  Œuvres,  t.  IV,  Hymnes,  p.  259.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées, 
1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  V,  p.  268);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  135). 

Titre.  6y-y^  Hymne  à  la  Nuit 

1.  Ji-y)  Nuict,  des  amours  ministre,  &  ministre  fidelle 

5.  jj  Mignonne  des  Dieus  |  60-j^  O  mignonne  des  Dieus 

6.  Aucune  séparation  strophique  dans  les  anciennes  éditions. 

7.  60-y^  honore  l'excellence 


1.  Cette  pièce  est  d'un  bout  à  l'autre  la  paraphrase  d'une  ode  saphique 
du  napolitain  Pontano,  intitulée  Hymnus  in  Noctem  dans  l'éd.  Aldine  de 
15 18  (Amor.  lib.  I,f°  8  v°),  et  Deprecatio  ad  Deam  noctis  dans  l'éd.  Aldine 
de  1553  {Epigr.  f°  230  v°).  C'est  la  première  de  ces  éditions  qui  a  servi 
à  Ronsard.  Cf.  mon  Ronsard  p.  lyr.,  p.  511  et  759. 

2.  Ronsard  me  semble  avoir  ici  combiné  avec  le  texte  de  Pontano  ce 
début  d'une  pièce  de  Nav.igero  {Lusus,  n°  22,  éd.  de  i')5o)  : 

Nox  bona,  quae  tacitis  terras  amplexa  tenebris 

Dulcia  jucundae  furta  tegis  Veneris, 
Dum  propero  in  carae  amplexus  et  mollia  Hyellae 

Oscula,  tu  nostrae  sis  comes  una  viae. 


22  ODES 

Lors  que  l'amie  main  court  par  la  cuisse,  &  ores 
Par  les  tetins,  ausquels  ne  s'acompare  encores 
15  Nul  ivoire  qu'on  voie% 

Et  la  langue  en  errant  sur  la  joue,  &  la  face, 
Plus  d'odeurs,  &  de  fleurs,  là  naissantes,  amasse 

Que  l'Orient  n'envoie. 
C'est  toi  qui  les  soucis,  &  les  gennes  mordantes, 
20  Et  tout  le  soin  enclos  en  nos  âmes  ardantes 
Par  ton  présent  arraches. 
C'est  toi  qui  rens  la  vie  aus  vergiers  qui  languissent, 
Aus  jardins  la  rousée,  &  aus  cieus  qui  noircissent 
Les  idoles  attaches  2. 
25  Mai,  si  te  plaist  déesse  une  fin  à  ma  peine, 
Et  donte  sous  mes  braz  celle  qui  est  tant  pleine 

De  menasses  cruelles, 
Affin  que  de  ses  yeus  (yeus  qui  captif  me  tiennent) 
Les  trop  ardens  flambeaus  plus  brûler  ne  me  viennent 
30  Le  fond  de  mes  mouelles. 

14.  jo  au  quels  {éd.  suiv.  corr.) 

13-15.  SS'75  Lors  que  la  main  tâtonne  ores  la  cuisse,  &  ore  Le  tetin 
pommelu  qui  ne  s'égale  encore  A  nul  rubi  qu'on  voie 

17.  jS'73  'i'^^  ^^^^'  baiser  amasse 

20.  SS-73  ^^  i^os  âmes  dolantes 

22.  j'J-75  aus  vergers 

24.  Le  texte  de  Bl  Les  estoiles  est  une  conjecture  inutile. 

25»  SS'7S  Mets  si  te  plaist  Déesse  ]  ^2,  PR  i6op-^o,  Bl,  ML  Mets, 
s'il  te  plaist,  Déesse  {texte  rajeuni) 

26.  JJ-yj  celle  qui  m'est  trop  pleine 

30.  PR  lôo^-iy,  16^0  Le  front  de  {PR  162^,  Bl,  ML  corr.) 


1.  Ces  trois  vers  rappellent  l'expression  «  tractare  manu  tumidas  papil- 
las  et  tenerum  fémur  »,  qui  revient  souvent  chez  Pontano  (v.  par  ex. 
Amor.  lib.  I,  Ad  Fanniam  :  Candidior  nivea...,  fin), 

2.  On  aurait  tort  de  remplacer  idoles  par  étoiles,  comme  l'a  fait  Blan- 
chemain.  Non  seulement  Ronsard  a  pu  se  souvenir  d'Apollonios  de 
Rhodes,  qui  nomme  les  constellations  sl'SojXa  oùpavia  (Argon.  III, 
1004),  ï^i^is  encore  il  emploie  le  mot  idole  pour  désigner  tantôt,  comme 
ici,  les  simulacres  ou  «  voiles  »  des  corps  transformés  en  étoiles,  tantôt 


LIVRE    III,    ODE   X  23 

DE  LA  VENUE  DE  L'ESTÉ  [84  r"] 

AU   SEIGNEUR   DE   BONNIVET   EVESaUE   DE   BESIERS  ' 

Ode  X 

Ja-ja,  les  grans  chaleurs  s'émeuvent, 
Et  presque  les  fleuves  ne  peuvent 
Leurs  peuples  escaillés  couvrir, 
Ja  voit  on  la  plaine  altérée 
Par  la  grande  torche  aithérée 
De  soif  se  lâcher,  &  s'ouvrir  ^. 

L'estincelante  Canicule, 

Qui  ard,  qui  cuist,  qui  boust,  qui  brûle, 


Éditions. —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (lll,  x)  1550;  (vi)  1553  ; 
(xvi)  ISS 5-  —  Œuvres  (Odes,  III,  xvii)  1560  ;  (xviiz=z  xv)  1567  ;  (xv) 
1571»  ^573  J  0^^^)  1578  ;  (xi)  1584,  —  Supprimée  en  1S87.  —  Réim- 
primée dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p,  410.  —  Recueil 
des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  41  s);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  272). 

Titre.  60-y^  De  la  venue  de  l'Esté,  Au  seigneur  de  Bonnivet.  [  y8  De 
la  venue  de  l'Esté.  |  84  De  l'Esté. 

1.  iS-84  Déjà  les  grans  chaleurs  s'émeuvent 

2.  84  Et  taris  les  fleuves  ne  peuvent 

3.  $0  éscallés  {corr.  aux  errata)  \  PR  i6i'/-2^,  Bl  Les  peuples  {texte 
fautif) 


les  âmes  ou  esprits  délivrés  des  corps  et  volant  par  l'espace  (v.  VHymne 
sur  le  trespas  de  Margueiitcde  Valois,  Bl.  II,  321-323), 

1.  Ce  fils  de  l'amiral  Bonnivet  n'occupa  l'évêché  de  Béziers  que  du 
IS  octobre  1S46  au  5  décembre  iS47-  Puis  il  fut  nommé  ambassadeur 
en  Grande  Bretagne,  où  il  mourut  dans  le  courant  de  1548  (Gallia  Chris- 
tiana,  VI,  366  E  et  367  B).  On  peut  donc  dater  cette  ode  de  juin  ou 
juillet  1547.  D'autres  documents  confirment  cette  date  :  l'année  1S47 
fut  particulièrement  chaude,  d'après  la  Chronique  du  chanoine  Garault 
(de  Trôo  en  Vendomois),  et  une  ode  de  Peletier  du  Mans  sur  Les  grands 
chaleurs  de  Vannée  1^47. 

2.  Cf.  Virgile,  Géorg.  II,  353  :  hiulca  siti  findit  Canis  aestifer  arva. 


24  ODES 

L'esté  nous  darde  de  là  haut, 
Et  le  souleil  qui  se  promeine 
Par  les  braz  du  Cancre,  rameine 
Ces  mois  tant  pourboullis  du  chaut  '. 

Ici,  la  diligente  troupe 

Des  ménagers  renverse,  &  coupe 

Le  poil  de  Ceres  jaunissant. 

Et  là,  jusques  à  la  vesprée 

Abbat  les  honneurs  de  la  prée. 

Des  beaus  prez  l'honneur  verdissant. 

Ce  pendant  leurs  femmes  sont  prestes     [84  v^] 

D'assurer  au  haut  de  leurs  testes 

Des  plats  de  bois,  ou  des  baris, 

Et  fillant,  marchent  par  la  plaine 

Pour  aller  apâter  la  peine 

De  leurs  laborieus  maris  2. 

Si  tost  ne  s'esveille  l'Aurore, 
Que  le  pasteur  ne  soit  encore 


9.  84  L'ardeur  nous  lance  de  là  haut  ]  jo  haut.  (éd.  sntv.  corr.) 
lo-ii.  SS-^4  Et  le  soleil  |  71-84,  PR  i6op-^o,ML  par  le  bras 
12.  SS~7^  Ces   mois  (jS  Ses   mois)    halés  d'un  si  grand  chaut  |  84 
Tels  jours  recuits  d'extrême  chaud 

14.  j^  Des  ménages  |  SS~^4  Des  ménagers  par  ordre  coupe 

15.  84  Le  poil  de  Cerés  dérobé 

18.  84  D'une  faucille  au  dos  courbé 

19-21.  jo  son  prestes  (éd.  suiv.  corr.)  \  S3~^4  &  ^^^  baris 

22.  éj  marchant  {éd.  suiv.  corr.) 

23.  S5~^4  Pour  aller  soulager  la  peine 


1.  Ces  deux  strophes  rappellent  Horace,  Carm.   III,  xxix,  17-24. 

2.  Cf.  Virgile,  Bue.  11,  10-11  :  Thestylis  et  rapido   fessis  messoribus 
aestu  Allia  serpylumque  herbas  contundit  olentes. 


LIVRE  III,  ODE    X  25 

Plustost  levé  qu'elle,  &  alors 
Au  son  de  la  corne  reveille 
Son  troupeau  qui  encor  sommeille 
50  Desus  la  fresche  herbe  dehors  ' . 

Parmi  les  plaines  découvertes, 
Par  les  bois,  &  les  rives  vertes, 
Paist  le  bestail,  plustost  courant 
Entre  les  fleurs  Apollinées  ^, 
35  Ou  entre  celles  du  sang  nées 

Du  bel  Adonis,  en  mourant  3. 

Au  long  des  flancs  des  belles  ondes 
Les  jeunes  troupes  vagabondes, 
Les  flUes  des  troupeaus  lacifs  4 
40  De  fronts  retournés  s'entrechocquent, 

Devant  leurs  pères  qui  s'en  mocquent 
Au  haut  du  prochain  tertre  assis.  [85  r^] 


27.  jo  quelle  {éd.  suiv.  corr.) 

32.  84  Par  les  bois,  par  les  rives  vertes 

33.  éo-yS  Paist  le  bestail  {éy-ji  bestial),  ores  courant 
35.  j'j  Et  plus  tost  entre  celles  nées 

35-36.  ôo-yS  Ort\et  Or')  entre  celles  qui  sont  nées  Du  sang  d'Adonis 
en  mourant  ]  Bl  Du  beau  sang  d'Adonis  mourant  {texte  de  fantaisie) 

33-36.  84  Par  l'herbe  quicroist  à  foison,  Paist  le  gras  troupeau  porte- 
laine,  Et  celuy  dont  l'eschine  est  pleine  De  long  poil  en  lieu  de  toison 

37.  jj-7<5  Sur  les  rives  des  belles  ondes  |  84  Parmi  les  prez  amis  des 
ondes 

38-39.   S0-6y  vagabondes  sansvirg.   {éd.  suiv.  corr.)  |  67-84  lascifs 

41.  84  Devant  les  vieux  boucs  qui  s'en  moquent 


1.  Cf.  Virgile,  Géorg.  III,  324  et  suiv. 

2.  «  Paeoniae  herbae  »  dit  Virgile,  En.  VII,  769;  «  Apollineae  medi- 
camen  prolis  »  dit  Ovide,  Met.  XV,  533.  Cf.  Ovide,  HeV.  v,  145  et  suiv. 

3.  Il  s'agit  des  anémones.  Cf.  Ovide,  Met.  X,  fin. 

4.  «  Lasciva  capella  »  dit  Virgile,  Bue.  11,  65. 


26  ODES 

Mais  quand  en  sa  distance  égale 
Est  le  souleil,  &  la  cigale 
45  Epand  l'enroué  de  sa  vois, 

Et  que  nul  Zephire  n'aleine 
Tant  soit  peu  les  fleurs  en  la  pleine, 
Ne  la  teste  ombreuse  des  bois  % 

Adonc  le  pasteur  entrelasse 
50  Ses  paniers  de  torse  pelasse^, 

Ou  il  englue  les  oiseaus, 
Ou  nu  comme  un  poisson  il  noue, 
Et  avec  les  ondes  se  joue 
Cherchant  tousjours  le  fond  des  eaus, 

55  Si  l'antique  fable  est  croiable, 

Erigone  la  pitoiable 
En  tels  mois  alla  luire  aus  cieus. 
En  forme  de  vierge,  qui  ores 


44.  SS-^4  Est  le  soleil  |  PR  160^-^0,  Bl  par  erreur  Et  le  soleil  |  jo 
sigale  (cojT.  aux  errata) 

45.  SS~7^  Enroiiement  épend  sa  vois  |  84  texte  primitif 
47.  SS~^^  ^^^^  ^^  pleine  |  6^-84  en  la  plaine 

5  T.  84,  p2,  ML  Où  il  englije  (texte  fautif) 
52.  jo  un  poison  (éd.  suiv.  corr.) 
$4.  SS~^4  Cherchant  le  plus  profond  des  eaus 
5  7.  /^  En  tel  mois  (éd.  suiv.  corr.) 


I.  Cf.  Virgile,  Bue.  11,  12-13  :  At  mecum  raucis, . .  Sole  sub  ardenti 
résonant  arbusta  cicadis;  Géorg.  III,  327-328:  Inde,  ubi  quarta  sitim 
caeli  coUegerit  hora.  Et  cantu  querulae  rumpent  arbusta  cicadae. . . 

'2.  Cf.  Virgile,  Bue.  11,  71-72  :  Quin  tu  aliquid. . .  Viminibus  molli- 
que  paras  detexere  junco  ?  et  x,  71  :  Dum  sedet  et  gracili  fiscellam  texit 
hibisco.  —  Dans  le  vocabulaire  du  Maine  et  du  Vendômois,  pelasse  ■= 
pelure;  il  s'agit  débranches  d'osier  et  de  leur  écorce. 


LIVRE   III,    ODE  X  27 

Reçoit  dedans  son  sein  encores 
00  Le  commun  œil  de  tous  les  dieus  ^  : 

Œil  inconnu  de  nos  valées, 
Où  les  fonteines  dévalées 
Du  vif  rocher  vont  murmurant, 
Et  où  mile  troupeaus  se  pressent,  [85  v*^] 

65  Et  le  nés  contre  terre  bessent 

Si  grande  chaleur  endurant  ^' 

Entre  les  bois  qui  refreschissent, 
Remaschent  les  beufs  qui  languissent 
Au  piteus  cri  continuel 
70  De  la  génisse  qui  lamente 

L'ingrate  amour  dont  la  tourmente 
Son  mari  félon  &  cruel  3. 

Lors  le  pasteur  qui  s'en  estonne, 
S'essaie  du  flageoi  qui  sonne 
75  Amenuiser  son  accident, 


'59.  84  Reçoit  en  son  giron  encores 

60.  jio-y^  un  point  après  dieus  (éd.  suiv.  corr.) 

62-65.  ^4  O*^  Iss  fontaines  emperlées  Des  iîeurs  remirent  la  couleur 

66.  84  Rebattant  leurs  flancs  de  chaleur 

67.  SS~^4  Sous  les  chênes  qui  refrechissent 

72.  /j  Par  les  bois  son  ami  cruel  [  60-84  P^"^  ^^^  bois  son  toreau  cruel 
75-75.  SS'^4  Le  pastoureau  qui  s'en  étonne,  S'essaie  du   flageoi  qu'il 
sonne   De  soulager  son  mal  ardant 


1.  Cf.  Virgile,  Gêorg.  I,  33;  Ovide,  Met.  X,  451  :  Erigoneque  pio 
sacrata  parentis  amore.  L'explication  de  ce  vers  d'Ovide  se  trouve  dans 
Hygin,  Fab.cxxx,  et  Poet.  rtsfron.  11,  Arctophylax  :  Erigone  se  pendit  sur 
la  tombe  de  son  père  Icarius,  et  son  chien,  qui  lui  avait  fait  découvrir 
cette  tombe,  y  mourut  aussi.  Tous  deux  furent  changés  en  constella- 
tions, celle  de  la  Vierge  et  celle  du  Chien. 

2.  Souvenir  certain  d'Horace,  Carvi.  III,  xiii,  9-12.  —  Il  s'agit  du  Bas- 
Vendômois  (cf.  ci-dessus  Odes,  II,  ix,  22-28). 

3.  Cf.  Virgile,  Géorg.  II,  470  ;  Ovide,  Ars  amat.   I,  279.  Ces  images 


28  ODES 

Ce  qu'il  fait,  tant  qu'il  voie  pendre 
Contre  bas  Phebus,  &  descendre 
Son  chariot  en  l'Occident. 

Puis  de  toutes  pars  il  r'assemble 
Sa  troupe  vagabonde  ensemble, 
Et  la  convoie  aus  douces  eaus. 
Laquelle  en  les  beuvant  ne  touche 
Sans  plus  que  du  haut  de  la  bouche 
Le  premier  front  des  pleins  russeaus. 

Adonc  au  son  de  ses  musettes, 

Marchent  les  troupes  camusettes  ^  [86  r°] 

Pour  aller  trouver  le  séjour, 

Où  les  aspres  chaleurs  déçoivent 

Par  un  dormir  qu'elles  reçoivent 

Lentement  jusque  au  point  du  jour  2. 


79.  j/-^4  Et  lors  de  toutes  pars  r'assemble 

82-84.  6'j-84  Qui  sobre  en  les  beuvant  ne  touche..  . .  ruisseaux 

85.  55-^4  Puis  au  son  des  douces  Musettes  (e/ musettes) 


de  la  nature  amoureuse  sont  fréquentes  chez  les  poètes  de  la  Renais- 
sance italienne  et  néo-latine,  tels  que  Sannazar,  Salmon  Macrin,  M.  Ant. 
Flaminio  (cf.  Ronsard  p.  /jyr.,  p.  456  et  suiv.). 

1.  «  Simae  capellae  »,  dit  Virgile,  Bue.  x,  7. 

2.  A  rapprocher  de  ces  deux  dernières  strophes  un  tableau  analogue 
de  Virgile,  Géorg .  III,  329  et  suiv.  —  Pour  l'originalité  de  toute  la  pièce 
cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  439.  —  Notre  poète  semble  avoir  voulu  rivaliser 
dans  la  description  de  l'été,  et  celle  du  printemps  (ci-dessus  Odes,  I,  xvii), 
avec  Jacques  Peletier,  qui  avait  fait  paraître  en  1547  dans  ses  Œuvres 
poétiques  quatre  odes  virgiliennes  sur  les  saisons,  suivies  d'une  autre  ode 
rustique  Au  seigneur  P.  de  Ronsart  Vinvitant  aux  champs  (rééd.  Séché-Lau- 
monier,  1904,  pp.  86-99).  Il  décrira  l'automne  dans  le  Bocage  de  1554 
(épître  A  Amhroise  de  la  Porte)  et  publiera  en  1563  dans  les  Nouvelles 
poésies  les  hymnes  des  quatre  saisons. 


LIVRE   III,    ODE   XI  29 

SUR  LA  NAISSANCE  DE  FRANÇOIS   DE    VALOIS 

DAUPHIN    DE    FRANCE 
A  LA    MUSE   CALIOPE  ' 

Ode  SANS  rime  xi  ^ 

En  quel  bois  le  plus  séparé 
Du  populaire,  &  en  quel  antre 
Pren  tu  plaisir  de  me  guider 
O  Muse  ma  douce  folie  3  : 
Afin  qu'ardent  de  ta  fureur, 
Et  du  tout  hors  de  moi,  je  chante 
L'honneur  de  ce  roial  enfant 
Qui  doit  commander  à  la  France? 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xi)  1550;  (vu)  1553  ; 
(xvii)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xviii)  1560;  (xviii  =  xvi)  1567; 
(xvi)iS7i,  1573;  C^v)  1578;  (xii)  1584;  (xi)  1587;  1592-1630. 

Blanchemain  (t.   II,  p.  212);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  275). 

Titre.  60  ajoute  à  France,  à  présent  Roi  treschrestien  |  6y-8j  sup- 
priment de  Valois,  remplacent  Vaddition  de  60  par  fils  du  Roy  Henry 
{78-87  Henry  II) 

Dédicace.  ^^-60  A  Calliope  |  67-87  sans  dédicace 

Sous-titre.  ^^-87  suppriment  s^us  rime 

8.  ^o  Vx3inct  sans ponct.  {éd.  suiv.   corr.) 


1.  Cette  naissance  remonte  au  19  janvier  1544  (n.  st.).  Cette  ode  en 
vers  blancs  est  donc  une  des  premières  que  composa  Ronsard.  Cf.  les 
pièces  écrites  pour  le  même  événement  par  Marguerite  de  Navarre,  tante 
du  nouveau-né  (éd.  Franck,  t.  III,  p.  205),  Cl.  Marot  (éd.  Jannet,  t.  I, 
p.  64),  Saint-Gelais  (éd.  Blanchemain,  t.  I,  p.  290)  ;  il  fut  aussi  célébré 
en  vers  par  Hugues  Salel  et  François  Habert  (v.  Jacques  Madeleine, 
Quelques  poètes  français  à  Fontainebleau,  1900,  p.  43-45)  et  par  des  poètes 
italiens  (v.  Emile  Picot,  Bull,  ital.,  t.  III,  1903,  p.  125). 

2.  Sur  les  rares  tentatives  de  vers  blancs  par  les  poètes  de  la  Renais- 
sance italienne  et  française,  cf.  Du  Bellay,  Deffence,  II,  vu  (éd.  Chamard, 
p.  265  et  suiv.)  et  Et.  Pasquier,  Rech.  delà  France,  VII,  vu,  début. 

3.  «  Amabilis  insania  »,  dit  Horace,  Carw.  III,  iv,  5  (Ad  Calliopen). 


3  O  ODES 

Je  crirai  des  vers  non  tantes, 
lo  Et  non  sonnés  de  nul  poëte  ', 

Plus  hautement  que  sur  le  mont 

Le  prestre  Thracien  n'entonne 

Le  cor  à  Baccus  dédié, 

Alors  qu'il  a  l'ame  remplie 
1$  De  sa  violente  fureur  2.  [86  v°] 

Il  me  semble  desja  que  j'erre 

Seul  par  les  antres,  &  qu'au  fond 

D'une  solitaire  valée  3, 

Je  chante  les  divins  honneurs 
20  Du  grand  père,  &  du  père  ensemble  : 

Tandis  Muse,  sur  son  berseau 

Semé  le  lis,  semé  la  rose, 

Et  l'olivier,  &  le  laurier. 

L'honneur  des  vainqueurs  es  batailles. 
25  Je  prevoi  qu'il  vous  aimera. 

Et  emploira  la  même  destre 

De  laquelle  il  aura  vaincu 

L'Espaignol,  &  l'Anglois  parjure, 

A  forger  des  vers  qui  feront 
30  Voler  son  nom  par  sus  la  terre  : 

Imitateur  du  grand  Cassar 

Vaillant  &  sçavant  tout  ensemble, 

9-10.  jj  J'écrirai  |  ^S'^7  J^  crirai  {et  cri'ray)  des  vers  non  sonnés  Du 
Grec  ni  du  Latin  poëte  |  Bl  de  vers  {erreur  qui  vient  de  Vèd.  de  162^) 
14-15.  SS~^7  Aiant  la  poitrine  remplie  D'une  trop  vineuse  fureur 
23.  ^8-84  Et  mainte  fueille  de  laurier  |  ^7  Semé  la  Palme  &  le  Laurier 

27.  6J-84  Dont  furieux  aura  veincu  |  8j  Dont  guerrier  il  aura  veincu 

28.  6j-yj  l'Anglois  gendarme  |  7^-^7  l'Anglois  superbe 

29.  SS~^7  A  polir  des  vers 


1.  Réminiscence  d'Horace,  Carin.  III,  i,  2-4. 

2.  Tout  ce  début  est  imité  d'Horace,  ibid.  xxv,  1-12  (Ad  Bacchum). 

3.  Mouvement  imité  d'Horace,  Carm.  III,  iv,  6-8  (cf.  II,  xix,  début), 


LIVRE   III,    ODE   XII  31 

Oui  le  jour  dontoit  ses  haineus, 
Et  la  nuit  écrivoit  sa  gloire  ^ 


A   SON  LIVRE 

Ode  XII 

Bien  qu'en  toi  mon  livre  on  n'oie 

Achille  es  plaines  de  Troie  [87  r°] 

Brandir  l'homicide  dard, 

Et  qu'un  Hector  ne  foudroie 

L'estomac  du  Grec  soudard, 

Ne  laisse  pourtant  te  mettre 
En  commun  jour,  car  le  mettre 
Qu'en  toi  bruire  tu  entens. 


54.  è"]-"]}  La  nuit  escrivoit  ses  victoires  |  y8~84  Et  la  nuict  escrivoit 
ses   gestes 

35-34.  ^jQui  le  jour  vestoit  le  harnois  Et  en  robe  escrivoit  ses  gestes  | 
Bl  a  mélangé  les  leçons  de  84  et  de  8y . 

Éditions. —  Quatre  premiet  s  livres  des  Odes(l\l,  xii)  1550;  (viii) 
i5  53;(xvm)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xix)  .1560;  (V,  xxxii  = 
xxxm)i567;  (xxxii)  1571,  1573.  — Supprimée  en  1578.  —  Réimpri- 
mée dans  l'èd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  443.  —  Recueil  des 
Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  443);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  94). 

1.  ^o  on  oie  (éd.  suiv.  corr.) 

4.  JJ-éo  ni  (pour  n'i)  foudroie  |  Sy-y^  ny  (pour  n'y)  foudroie 

5.  /J-7^  d'un  Grec  soudard  |  jo-y^  un  point  après  soudard 
6-7.  SH-73  Ne  laisse  pourtant  de  mettre  Tes  vers  au  jour 


I.  Souvenir  d'une  strophe  d'Horace,  Cann.  III,  iv,  37-41  ;  mais  le 
poète  latin  désigne  Auguste,  tandis  que  Ronsard  pense  ici  à  Jules  César  et 
à  ses  Commentaires.  —  Sur  le  ton  dithyrambique  de  cette  pièce  à  l'imi- 
tation d'Horace,  cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  371  et  38^. 


32  ODES 

Ose  assurer  &  promettre 
lo  Te  faire  vainqueur  du  tens. 

Si  la  gloire  &  la  lumière 
De  Smyrne  luist  la  première 
L'honneur  sur  tous  emportant, 
Une  muette  fumiere 
15  N'obscurcist  Thebes  pourtant  ^ 

Les  vers  qu'il  m'a  pieu  d'élire 
Dessus  les  nerfs  de  ma  lire 
Vivront,  &  supérieurs 
Du  tens  2,  on  les  voira  lire 
20  Des  hommes  postérieurs. 

Sus  donq  Renommée,  charge 
Dessus  ton  épaule  large 
Mon  nom  qui  tante  les  cieus. 
Et  le  couvre  sous  ta  targe  [87  v»] 

25  De  peur  du  trait  envieus. 

Mon  nom  des  l'onde  Atlantique, 
Jusque  au  dos  du  More  antique, 
Soit  immortel  témoigné 

9.  S>~73  T'ose  pour  jamais  promettre  (yj  par  erreur  J'ose) 
16-17.  55~73  Les  vers  qu'il  m'a  pieu  de  dire  Sus  (e^  Sur)  les  langues 
de  ma  lire  {et  Lyre) 

21.  S0-S3  renommée  (éd.  suiv.  corr.) 

22.  Le  texte  de  Bl  ton  espace  large  est  fautif. 

24.  jo  sa  targe  {corr.  aux  errata,  mais  repris  à  tort  en  1^92) 


1.  Allusion  à  Homère  et  à  Pindare.  —  Cette  strophe,  ainsi  que  la 
précédente  et  la  suivante,  est  inspirée  d'Horace,  Carni.  IV,  ix,  i-8. 

2.  C.-à-d.  vainqueurs  du  temps.  Pour  cette  tournure,  v.  ci-dessus 
Odes,  I,  I,  42  et  H,  xx,  20  ;  ci-après  la  Brève  exposition,  note  sur  ce  vers 
de  l'ode  I  :  Q.ui  moindre  des  Rois  ne  soit. 


LIVRE   III,    ODE    XIII  33 

Et  depuis  l'isle  erratique, 
Jusque  au  Breton  éloigné  '. 

Afin  que  mon  labeur  croisse, 
Et  sonoreus  apparoisse 
Lirique  par  dessus  tous, 
Et  que  Thebes  se  connoisse 
Faite  Françoise  par  nous  2. 


A  JANNE  IMPITOIABLE  3 

Ode  XIII 

O  grand  beaulté  mais  trop  outrecuidée 

Par  les  dons  de  Venus, 
Quand  tu  verras  ta  face  estre  ridée 

Et  tes  flocons  chenus, 

33.  j'o  pardessus  {éd.  suiv.  corr.) 

Éditions.  — -  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (\l\,  xiii). —  Supprimée 
en  1553. — Rétablie  en  1555  (III,  xix).  —  Œui/r^;  (Odes,  III,  xx)  1560  ; 

(XX=:XVII)  1567;  (XVII)  I57I,  1573;  (XVl)  1578;  (Xltl)  I584;  (Xll) 

1587;  1592-1630.  —  Prise  à  tort  pour  une  ode  retranchée  (à  cause  de  la 
variante  du  titre  et  du  début)  par  l'éditeur  lyonnais  de  1592  {Œuvres,  t.  II, 
p.  444)  et  les  éditeurs  parisiens  des  Pièces  retranchées,  1609-1630. 
Blanchemain  (t.  II,  p.  213);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  276). 

Titre.  iS'7^  A  Janne.  |  <?^  A  sa  maistresse.  |  8j  sans  titre 

1.  S5'7S  Ô  grand'  beauté  |  yS-Sy  Jeune  beauté, 

2.  /j'-^7  Des  presens  de  Venus 

3.  jo  cheneus  (éd.  suiv.corr.) 

3-4.  6j-8y  Quand  tu  verras  ta  peau  toute  ridée  Et  tes  cheveus  chenus 

4.  Aucune  séparation  strophique  dans  les  anciennes  éditions. 


1.  Le  «  dos  du  More  antique  »  désigne  les  confins  du  Ciel,  qu'Atlas 
portait  sur  son  dos  ;  1'  «  isle  erratique  »  c'est  Délos  ;  le  o  Breton  éloi- 
gné »   rappelle  Horace,  Cartn.  I,  xxxv,  29  :  ultimes  Orbis  Britannos. 

2.  C.-à-d.  :  Et  que  l'on  reconnaisse  que,  grâce  à  moi,  Pindare  est 
devenu  français. 

3.  Que  ce  nom  soit  imaginaire  ou  corresponde  à  une  personne  réelle, 

Ronsard,  IL  3 


34  ODES 

5  Contre  le  tens,  &  contre  toi  rebelle 

Tu  diras  en  tansant, 
Que  ne  pensoi-je  alors  que  j'estoi  belle 

Ce  que  je  va  pensant,  [88  r^] 

Ou  bien  pourquoi  à  mon  désir  pareille 
lo  Ma  pale  joue  n'est  ? 

Hâ  beauté  semble  à  la  rose  vermeille 
Qui  meurt  si  tost  qu'ell'  naist. 
Voila  les  vers  tragiques,  &  la  plainte. 
Qu'au  ciel  tu  envoiras 
15  Incontinent  que  ta  face  depainte 

Par  le  tens  tu  voiras  ^ 
Tu  sçais  combien  ardamment  je  t'adore 

Indocile  à  pitié, 
Et  tu  me  fuis,  &  tu  ne  veus  encore 
20  Te  joindre  à  ta  moitié  2. 

O  de  Paphos,  &  de  Cypre  régente 
Déesse  aus  noirs  sourcis, 


6.  S5'^7  Diras  en  te  tansant  |  jo  tansant  sans  pond.  (éd.  suîv.  corr.) 

8.  60-8"]  Ce  que  je  vai  pensant  {yi-Sj  point  interrogatif) 

9.  ^0-60  virgule  après  désir  {éd.  suiv.  corr.) 

10.  jj  Ores  ma  face  n'est  |  6o-8y  Ne  suis-je  maintenant 

11-12.  60-Sj  La  beauté  semble  à  la  rose  vermeille  Qui  meurt  inconti- 
nant  (6y-8j  guilleinetfent  ces  vers) 

l'i.  8'^  Tout  aussi  tost  que  ta  face  dépaiute 
22.  Le  texte  de  Bl  noirs  soucis  est  fautif . 


on  le  trouve  une  autre  fois  dans  les  Odes  de  1550  (ci-après  III,  xix)  ;  en 
outre,  il  reparaît  en  1554  dans  une  odelette  des  Mcslanges  :  Janne  en  te 
baisant  tu  me  dis...,  et  en  1555  dans  un  sonnet  de  la  Contin.  des  Amours: 
Je  ne  suis  variable...  ;  enfin,  cette  même  année,  il  est  substitué  à  celui  de 
Cassandre  dans  l'ode  Du  retour  de  Maclou   de  la  Haye  (ci-dessus,  II,  xi). 

1.  Ces  seize  premiers  vers  sont  directement  transposés  d'Horace,  Carm. 
IV,  X,  Ad  Ligurinum.  Cf.  Ronsard  p.  lyr..,  p.  580  et  suiv.  — On  peut  en  rap- 
procher un  sonnet  de  Bembo  :  O  superbaecrudele;  un  cinquain  de  Marot  : 
O  cruauté  logée  en  grand  beauté  (éd.  Jannet,  t.  II,  p.  189);  une  pièce  de 
G.  Colin  Bûcher,  Plainte  contre  Gylon  (éd.  Denais,  p.  100),  qui  a  pour 
source  la  92'  des  Epigr.  érot.  de  VAnthol.gr.  (éd.  Jacobs). 

2.  Allusion  au  mythe  platonicien  de  l'Androgyne. 


LIVRE   III,    ODE   XIV  35 

Plus  tost  encor  que  le  tens  soi  vangente 

Mes  dedignés  soucis, 
Et  du  brandon  dont  les  cueurs  tu  enflammes 

Des  jumens  tout  au  tour, 
Brusle-la  moi,  afin  que  de  ses  flammes 

Je  me  rie  à  mon  tour  '. 


A  JOACHIM  DU  BELLAI  ANGEVIN  ^ 

Ode  XIV 

Nous  avons  quelque  fois  grand'  faute      [88  v^] 

Soit  de  biens,  soit  de  faveur  haute, 

Comme  l'affaire  nous  conduit  : 

Mais  tousjours  tandis  que  nous  sommes 

Ou  mors,  ou  mis  au  rang  des  hommes. 

Nous  avons  besoin  de  bon  bruit  3. 

Car  la  louange  emmiellée 

24.  Jj-éo  dédignez  |  67-71  dédegnez  ]  7_j -^7  dédaignez  (^/ desdaignez) 

Editions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xiv)  1550;  (ix)  1555  ; 
(xx)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxi)  1560;  (xxi=xviii)  1567;  (xviii) 
157I'  1573;  (xvii)  1578  ;  (xiv)  1584;  (xiii)  1587;  1592-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  214);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  277). 

Titre.  8y  sans  titre  |  Bl.  suppr.  Angevin  d'après  Véd.  de  162) . 
I.  60-y^  Nous  avons,  du  Bellai,  grand'  faute  |  yS-Sj  Souventefois  nous 
avons  faute  {la  leçon  Souventesfois  est  postérieure) 

3.  éo-Sj  Selon  que  le  tans  (ôj-y^  l'heure  yS-Sj  l'Astre)  nous  conduit 


1.  Ces  huit  derniers  vers  sont  une  «  contamination  »  delà  strophe  où 
Horace  prie  Vénus  de  toucher  de  son  aiguillon  l'altière  Chloé  {Carni. 
III,  XXVI,  fin)  et  d'un  passage  de  l'ode  Ad  Lydiam  (jd.  I,  xxv,  9-19). 
Navagero  s'était  aussi  inspiré  du  Tange  Chloen,  mais  avec  plus  de  discré- 
tion, dans  la  pièce  38  de  ses  Lusus:  Diva,  quae  has  cœli... 

2.  V.  ci-dessus,  i"  préface  des  Odes;  I,  ix  et  xvi  ;  ci-après  III,  xxiv. 

3.  Idée  générale  qui  rappelle  d'assez  près  Pindare,  Isth.  i,  épode  i. 


3  6  ODES 

Au  sucre  des  Muses  mellée 
Nous  perce  l'oreille  en  riant  ^ 
lo  Je-di  louange  qui  ne  cède 

A  l'or  que  Pactole  possède, 
Ni  aus  perles  de  l'Orient  ^. 

La  vertu  qui  n'a  connoissance 
Combien  la  Muse  a  de  puissance 
15  Languist  en  tenebreus  séjour, 

Et  en  vain  elle  est  soupirante 
Que  sa  clarté  n'est  apparante 
Pour  se  montrer  aus  rais  du  jour. 

Mais  ma  plume  qui  conjecture 
20  Par  son  vol  sa  gloire  future. 

Se  vante  de  n'endurer  pas 
Que  la  tienne  en  l'obscur  demeure, 
Ou  comme  orpheline  elle  meure 
Errante  sans  honneur  là  bas  3.  [89  r°J 


10.  yS-Sy  Louange  qui  vrayment  (87  riche)  ne  cède 
13-18.  Ji-Sy  guillemettent  cette  strophe. 

22-23.  ^^'7 S  ^^  I  7S-S4  reprennent  la  conj.  Ou  |  ^7  Qjue  la  tienne  au 
sepulchre  meure  Ny  qu'orpheline  elle  demeure 


1.  C.-à-d.  :  pénètre  en  notre  esprit  par  l'oreille  agréablement.  Cf.  une 
idée  analogue  dans  les  odes  pindariques  A  J.  Dorât  et  A  J.  Martin  (ci- 
dessus  I,  XI,  7-14;  xiir,  9-14).  —  Les  vers  7  et  8  rappellent  des  expres- 
sions de  Pindare,  telles  que:  sùXoyca  çpopjxiyyL  auvaopoç  {Ném.  iv,  5), 
èv  £paT£ivt5  [AÉXtTi  xaXXivcx.ov  yàpij.a  et  jjLsXttpGo'YYO^  àotSai  (Jsth.  iv, 
54;  V,  9).  ' 

2.  Cf.  Pindare,  Ném.  iv,  80-85. 

3.  Pour  ces  deux  strophes,  cf.  Pindare,  Olymp.  xi,  91  etsuiv.  ;  Horace, 
Carin.  IV,  ix,  25-34.  Même  développement  que  dans  les  odes  A  Carna- 
valet et  A  Bertran  Berger  (ci-dessus  I,  vi,  142  et  suiv.  ;  xv,  61  et  suiv.). 


LIVRE    III,    ODE   XIV  37 

Nous  avons  bien  moi,  &  mon  mettre, 
Cette  audace  de  te  promettre 
Que  tes  labeurs  seront  appris 
De  nous,  de  nos  suivantes  races, 
S'il  est  vrai  que  j'aie  des  Grâces 
Cueilli  les  fleurs  dans  leur  pourpris  ^ 

Je  banderai  mon  arc  qui  jette 

Outre  rOcean  sa  sagette  ^ 

Pour  viser  tout  droit  en  ce  lieu 

Qui  se  rejouist  de  ta  gloire. 

Et  où  le  grand  fleuve  de  Loire 

Se  mesle  avec  un  plus  grand  Dieu  3. 

Bien  que  ta  douce  erreur  soit  telle 
Que  de  soi  se  rende  immortelle  4, 
Dédaigner  pourtant  tu  ne  dois 
L'honneur  que  la  mienne  te  donne, 


29.  ^o-éy  grâces  (éd.  suiv.  corr.) 

30.  ^7-75  dans  leurs  |  yS  en  leurs  |  84-8^  suppriment  cette  strophe 
32.  jj-^7  Contre  ta  maison  (84-Sy  race)  sa  sagette 

37.  SS-^7  Car  {6'j-8'j  Et)  bien  que  ta  Muse  soit  telle, 


1.  Métaphore  pindarique.  Cf.  Fyth.  vi,  2  ;  ht}),  vu,  lé;  surtout  Olyvtp. 
IX, 26-27  •*  £'-  ^"Jv  Ttvi  [JLotpiStco  TzaXocjJLa  j  âÇatpETOv  XapiTwv  véfxofjiat 
•/.àrtov,  dont  ces  deux  vers  sont  directement  imités. 

2.  Métaphore  pindarique  (v.  ci-dessus  Odes,  I,  i,  21  ;  m,  13  ;  v,  14  et 
25  ;  IX,  181).  Cf.  notamment  Olymp.  ix,  5  et  11-12,  dont  la  première  anti- 
str.  me  semble  avoir  suggéré  ce  sizain  à  Ronsard,  par  transposition. 

5.  Il  s'agit  de  Lire,  pays  natal  de  Du  Bellay,  en  face  d'Ancenis,  où  le 
poète  feint  par  hyperbole  que  la  Loire  mêle  déjà  ses  eaux  à  celles  de  la 
mer.  Cf.  ci-dessus  Odes,  I,  ix,  79-82. 

4.  C.-à-d.  :  Bien  que  ton  enthousiasme  poétique  Camabilis  insania,  dit 
Horace)  suffise  par  lui-même  à  te  rendre  immortel.  Cf.  ci-dessus  Odes,  I, 
IX,  33  et  suiv. 


3  8  ODES 

Ne  cette  lire  qui  te  sonne 

Ce  que  lui  commandent  mes  dois. 

Jadis  Pindare  sur  la  sienne 
Acorda  la  guerre  ancienne 
45  Des  Geans  de  foudre  couvers  % 

Et  je  sonnerai  ta  louange,  [89  y»] 

Et  l'envoirai  de  Loire  à  Gange, 
Desus  les  ailes  de  mes  vers  ^. 

Car  il  semble  que  nostre  lire 
50  Ta  race  seulle  vueille  élire 

Pour  l'engraver  là  haut  aus  cieus  : 
Macrin  a  sacré  la  mémoire 
De  l'oncle,  &  j'honnore  la  gloire 
Du  neveu  qui  s'honnore  mieus  3. 

41.  'j8-8']  Ny  ceste  Lyre  qui  te  sonne 

44-45.  S 5-^1  Acorda  la  gloire  ancienne  Des  Princes  vainqueurs  &  des 
Rois  {8y  Des  Athlètes,  Princes  &  Rois) 
46-47.  S'j  Je  veux  entonner  ta  louange  Et  l'envoyer  de  Loire  à  Gange 
48.  SS'^J  Si  tant  loin  peut  aller  ma  vois 

50.  S5'^7  veille  |  71-7^  veuille  |  yS-Sj  texte  primitif 

51.  S5~^4  Pour   la  chanter  (78-S4  pousser)  jusques  aus  cieus  |  8j 
Pour  la  pousser  dedans  les  Cieux  |  10-71  virg.  après  cieus  (^éd.  suiv.  corr.) 


1.  Ronsard  semble  avoir  confondu  ici  Pindare  avec  Hésiode  (d'où  la 
variante).  Pindare  n'a  fait  que  des  allusions  à  la  guerre  des  Géants,  à 
propos  d'Hercule  (Ném.i,  67;  vir,  90)  et  deTyphon(P)'//j.i,  13  ;  viii,  15). 

2.  Cf.  Pindare,  Olynip.  ix,  21  et  suiv.  :  'Eyw  os  xot., .  ravTà  àyYsXtav 
;i£[j.'ioj  xauxav. 

3.  Pour  l'idée  de  cette  strophe,  cf.  Pindare,  Isth.  v,  60-66;  Nèm.  v,  41- 
43  ;  VI,  33-38.  —  Salmon  Macrin,  poète  néo-latin  de  Loudun  (1491-1 5  57), 
a  célébré  les  quatre  frères  du  Bellay,  parents  de  Joachim,  notamment  le 
capitaine  Guillaume,  auquel  il  dédia  ses  Carminum  lihri  IV  en  1530,  et  le 
cardinal  Jean,  auquel  il  dédia  ses  Hymnoriim  lihri  VI  qu  1537.  Mais  il 
s'agit  ici  du  cardinal,  dont  il  publia  les  Poemata  à  la  suite  de  ses  Odarum 
lihri  III  en  1546.  Cf.  Du  Bellay,  Recueil  de  Poésie,  de  nov,  1549  (éd.  Cha- 
mard,  t.  UI  des  Œuvres,  p.  112).  Ronsard  cite  encore  Macrin  comme  pané- 
gyriste du  cardinal  dans  une  autre  ode  de  1550  (ci-aprés,  IV,  xi,  22).— 


LIVRE    III,    ODE   XIV  39 

France  sous  Henri  fleurît  comme 
Sous  Auguste  fleurissoit  Romme, 
Elle  n'est  pleine  seulement 
D'hommes  qui  animent  le  cuivre, 
Ni  de  peintres  qui  en  font  vivre 
Deus  ensemble  éternellement  ^  : 

Mais  grosse  d'Apollon  enfante 
Des  fils  dont  elle  est  triumphante, 
Qui  son  nom  rendent  honnoré  : 
L'un  en  beaus  sonnets  la  décore, 
L'autre  en  haus  vers,  &  l'autre  encore 
Sur  les  cordes  du  lue  doré  2. 

Entre  lesquels  le  ciel  ordonne 

Que  le  premier  lieu  l'on  te  donne,  [90  r»] 

Si  tu  monstres  au  jour  tes  vers 

Entés  dans  le  tronc  d'une  olive, 

Qui  hausse  sa  perruque  vive 

Jusque  à  l'égal  des  lauriers  vers  3. 


61.  SS~^7  Mais  grosse  de  sçavoir,  enfante 

64-66.  S) -^7  L'un  chantre  d'Amour  la  décore,  L'autre  de  Mars,  & 
l'autre  encore  De  Phebus  au  beau  crin  doré 

68.  6j-8j  Que  le  premier  rang  on  te  donne 

71.  S^'SS  hause  (éd.  suiv.  corr.) 

69-72.  yS-Sy  Du  Bellay,  qui  monstres  tes  vers  Entez  dans  le  tronc 
d'une  Olive,  Olive  dont  la  fueille  vive  Se  rend  égale  aux  Lauriers  vers 


D'autre  part,  Macrin  et  Joachim  étaient  liés  d'une  sincère  amitié  depuis 
leur  rencontre  à  Poitiers  en  1546  ;  les  Naeniae  de  Macrin  (1550)  en 
offrent  des  preuves (Chamard,  Joachim  du  Bellay,  pp.  30-52,  258-241). 

1.  ('La  personne    peinte  et  son  tableau  »,  dit  Richelet.  Ne  serait-ce 
pas  plutôt  la  personne  peinte  et  le  peintre  lui-même  ? 

2.  Rapprocher  de  ces  deux  strophes  le  début  d'une  ode  de  Du  Bellay, 
Recueil  de  Poésie,  xv,  1-12  (éd.  Chamard,  t.  III  des  Œuvres,  p.  142). 

3.  Allusion  au  recueil  de  50  sonnets  que  Du  Bellay  publia  à  la  suite 
de  la  Dcffence,  sous  le  titre  de  V Olive,  du  nom  d'une  cousine  (cf.  A.  Bour- 


40  ODES 

DE  LA  CONVALESCENCE  D'UN  SIEN  AMI  ^ 

Ode  XV 

Mon  âme  il  est  tens  que  tu  randes 
Aus  bons  dieus  les  justes  offrandes 
Dont  tu  as  obligé  tes  veus. 
Sus,  qu'on  face  un  autel  de  terre 
Puis  qu'ores  paier  tu  les  veus  2, 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xv)  1550  ;  (x)  1553  ; 
(xxi)  1555.  —  ŒuvreslOàcs,  III,  xxii)  1560  ;  (xxii=xix)  1567  ;  (xix) 
1571»  1573  ;  (xviii)  1578;  (XV)  1584;  (xiv)  1587  ;  1592-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  216)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  280). 

Titre.  60-84'Dt  la  convalescence  de  Joachim  du  Bellai,  1550.  |  8  y  sans 
titre  I  Bl  ajoute  la  dédicace  A  Louys  Megret  d'après  Véd.  de  162^. 

3.  67  tes  veux  |  yi-Sj  tes  vœux  |  Bl  obligez  (texte  fautif) 

4.  j^-60  Qu'on  nous  face  |  Sy-j^  (texte  primitif)  \  yS-Sy  Sus,  qu'on 
dresse  |  Bl  Qu'on  nous  dresse  (mélange  de  60  et  de  8y) 

5-6,  j)-8y  Avecq  toi  paier  je  les  veus  (y}-8y  le  veux),  Et  qu'on  le 
pare  de  Ihierre  (et  lierre) 


deaut,  Joachim  du  Bellay  et  Olive  de  Sévignè,  dans  les  Mémoires  de  la  Soc. 
d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  d'Angers,  1910).  —  D'après  Richelet,  Ron- 
sard comparerait  ici  ces  sonnets  «  aux  amours  de  Pétrarque  »,  jouant 
dans  le  dernier  vers  sur  le  nom  de  Laure  de  Noves,  à  l'imitation  de 
Pétrarque  lui-même.  Mais  Ronsard  songe  aussi  bien  aux  «  lauriers  » 
d'Apollon,  aux  «  belles  feuilles  toujours  vertes  Qui  gardent  les  noms  de 
vieillir  »  (Malherbe)  ;  les  deux  sens  sont  intimement  mêlés.  Rapprocher 
de  ces  vers  la  fin  du  sonnet  i  de  Y  Olive,  que  Du  Bellay  a  d'ailleurs  reprise 
dans  le  sonnet  cxvde  sa  2*  édition,  se  servant  des  termes  mêmes  de 
Ronsard  (éd.  Chamard,  t.  I  des  Œuvres, -p^p.  27  et  124). 

On  peut,  grâce  au  texte  princeps  de  cette  fin  de  l'ode  de  Ronsard,  en 
faire  remonter  la  composition  sensiblement  au  delà  de  la  première  édition 
de  VOlive,  dont  le  privilège  est  du  20  mars  1548  (n.  st.  1549).  ^^  Bellay  y 
repondit  par  une  pièce  des  Vers  lyriques:  Chante  l'emprise  furieuse..., 
parue  dans  le  même  recueil  que  VOlive  (éd.  Chamard,  t.  III  des  Œuvres, 
p.  40). 

1.  Sur  cette  maladie  de  Du  Bellay,  cf.  Chamard,  thèse,  p.  254  et  suiv. 

2.  Pour  ces  deux  vers  les  variantes  de  1 5  5  5  «  Qu'on  nous...  Avecq  toi...  » 
désignent  Louis  Meigret,  nommé  au  vers  22. 


LIVRE   III,    ODE   XV  4I 

L'environnant  de  verd  lierre, 

Et  de  vervéne  aus  saints  cheveus  ^ 


Les  dieus  n'ont  remis  en  arrière 

L'humble  soupir  de  ma  prière, 

Et  Pluton  qui  n'a  point  apris 

Se  fleschir  pour  dueil  qu'homme  meine, 

N'a  pas  mis  le  mien  à  mépris, 

Rapellant  la  Parque  inhumaine 

Qui  ja  nostre  ami  tenoit  pris. 

Mortes  sont  les  fièvres  cruelles  [90  vo] 

Qui  rongeoient  ses  chères  mouëlles, 

Son  œil  est  maintenant  pareil 

Aus  fleurs  que  trop  les  pluies  baignent 

Envieuses  de  leur  vermeil. 

Lesquelles  après  se  repaignent 

Aus  raions  du  nouveau  souleil. 


7.  Ji-67  sains  cheveus  |  yj-84  texte  primitif)  |  Sj  froids  cheveux 
10.  i^-Sy  Et  Pluton  qui  n'avoit  apris 
14.  éo-Sy  Qui  ja  du  Bellai  tenoit  pris 
18.  jo  Au  fleurs  (g'^.  suiv.  corr.) 

20-21.  SS'^7  Ojii  plus  gaillardes  se  repeignent  |  Bl  Et  qui  plus  vives 
(texte  de  fantaisie)  \  S 5-^7  nouveau  Soleil 


I.  Imité  pour  l'idée  et  le  mouvement  d'Horace,  Carm.  I,  xix,  13-15  ; 
IV,  XI,  6-8.  Sur  la  verveine,  plante  sacrée,  ornement  des  cérémonies 
religieuses  du  paganisme,  voir,  outre  ces  vers  d'Horace,  Ovide,  M^^.  VII, 
242  ;  Ronsard,  Eclogue  m,  et  Hymne  de  Calais  (Bl.  IV,  5S  ;  V,  28), 
C'était  à  la  fois  un  aphrodisiaque  et  un  fébrifuge  (v.  un  poème  grec 
anonyme  sur  les  Herbes  dans  la  coll.  Didot,  Poetae  bucol.  et  didact.,  p. 
170,  et  Rabelais,  Quart  livre,  chap.  m).  On  a  cru  longtemps  qu'elle  tirait 
ses  vertus  de  l'influence  de  la  planète  Vénus  (v.  une  trad.  des  Admirables 
secrets  d'Albert  le  Grand,  Lyon,  Beringue,  1629,  p.  40,  90-91). —  Lavar. 
de  1587  «  froids  cheveux  »  s'explique  par  cette  opinion  que  les  feuilles 
de  verveine  «  rafraichissaient  le  sang  ».  Cf.  Ronsard,  ode  de  la  Magie 
(1584)  :  Vien  viste,  enlasse  moy  le  flanc  Non  de  thym  ny  de  marjolaine, 
Mais  bien  d'armoise  &  de  vervaine,  Pour  mieux  me  rafraischir  le  sang. 


42  ODES 

Sus  Mégret  %  qu'on  chante,  qu'on  sonne 
Cest  heur  que  la  santé  lui  donne, 
Qu'on  chasse  ennuis,  soucis,  &  pleurs, 
25  Qu'on  semé  la  place  de  roses  2, 

D'œillés,  de  lis,  de  toutes  fleurs 
Qui  se  monstrants  au  ciel  descloses 
Le  font  mirer  en  leurs  couleurs. 

Lequel  s'esgaie  &  se  recrée 

50  De  te  voir  sain,  &  lui  agrée 

Le  jour  que  tu  fais  desous  lui  : 
Son  cours  qui  sembloit  apparoistre 
Malade  comme  toi  d'ennui. 
Tous  deus  sains,  avés  fait  connoistre 

35  Vos  belles  clartés  aujourdhui  3. 

Mais  quoi  ?  si  faut-il  que  l'on  meure. 

Rien  çà  bas  ferme  ne  demeure  : 

Nostre  François  veit  bien  la  nuit  4.         [91  r^J 


25-26.  50  roses  et  œillés  sansvirg.  (éd.suiv.corr.) 

27-28.  S 5'7^  En  ce  beau  mois  de  Juin  {yS  Jun)  décloses,  Où  le  ciel 
mire  ses  couleurs  :  |  84-8y  En  ce  beau  mois  d'Avril  écloses,  Riche  de 
cent  mille  couleurs  :  |  5/  de  juin  écloses  {mélange  de  60  et  de  Sy) 

31.  S^-S3  virgule  après  lui  {éd.  siiiv.  corr.) 

33.  Le  texte  de  Bl  contre  toy  est  fautif. 

36.  ôy-Sy  Mais  quoi  ?  Si  faut-il  bien  qu'on  meure 

37.  jo  demeure  sans  ponct.  {éd.  suiv.  corr.) 

38.  ^S-8y  Le  Roi  François  |  S^-y)  virgule  après  nuit  {éd.  sutv.  corr.) 
36-38.  y}-8y  guillemettent  ces  vers. 


1.  Sur  ce  réformateur  de  Vorthogaplie,  ami  de  Ronsard  et  de  Du 
Bellay,  v.  ci-dessus  Odes,  Avertissement  au  Lecteur,  1.  i-io,  notes. 

2.  Cf.  Horace,  Carni.  III,  xix,  20-22. 

3.  Après  s'être  adressé  à  son  âme,  puis  à  Meigret,  Ronsard  s'adresse, 
sans  nous  prévenir,  à  Du  Bellay.  Pour  comprendre  cette  strophe,  il 
faut  supposer  que  Ronsard  a  écrit  son  ode  en  présence  de  Du  Bellay  et 
de  Meigret,  par  une  belle  journée  de  printemps,  où  Du  Bellay  semblait 
tout  ragaillardi  et  avait  brillante  mine. 

4.  Réminiscence  d'Horace,  Carm.  III,  vu,  15. 


LIVRE   III,    ODE   XVJ  43 


Donc  tandis  qu'on  ne  te  menasse, 
^o  Et  la  mort  boiteuse  te  suit  % 

Il  faut  que  ta  docte  main  face 
Un  euvre  dinne  de  son  bruit  ^. 


LE  BAISER  DE  CASSANDRE  3 


Ode  XVI  4 

Baiser  fils  de  deus  lèvres  closes, 
Filles  de  deus  boutons  de  roses  s, 

40.  Le  texte  de  Bl  Xq  hùt  est  fautif  . 

42.  ôy-Sy  Un  œuvre  digne  de  ton  bruit 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xvij  1550  ;  (xi)  1553  ; 
(xxii)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxiii)  1560;  (xxiii=:xx)  1567; 
(xx)  1571-1573  ;  (xix)  1578.  —  Supprimée  en  1584.  —  Non  réimpri- 
mée dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  ni  dans  le  Recueil  des  Pièces  retranchées 
de  1609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  486)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  356). 

Titre.  SS'7^  ^^^  baisers. 


1.  C.-à-d.  :  Et  tandis  que  la  mort  te  suit  boiteuse  (en  boitant,  pede 
claudo,  dit  Horace  à  propos  du  Châtiment,  Carm.  III,  11,  fin).  Cf.  ci- 
après  Odes,  IV,  VII,  79-80. 

2.  Ces  quatre  derniers  vers  ont  été  suggérés  par  une  réminiscence 
d'Horace,  Carm.  I,  ix,  14-18.  Ronsard  s'adresse  encore  à  Du  Bellay.  Comme 
tout  porte  à  croire  que  la  maladie  de  son  ami  eut  lieu  d'avril  à  juin  1549, 
il  fait  allusion  ici  très  probablement  à  un  poème  que  Du  Bellay  se  pro- 
mettait d'écrire  pour  l'entrée  solennelle  d'Henri  II  à  Paris  (16  juin),  qu'il 
publia  en  effet  sous  le  titre  de  Prosphonétnatique,  en  même  temps  que  Ron- 
sard publiait  son  Avantentrée  (y.  éd.  Chamard,  t.  III  des  Œuvres,  p.  61).  — 
Peu  après,  Du  Bellay,  provisoirement  rétabli,  était  reçu  par  Madame  Mar- 
guerite au  palais  des  Tournelles,  puis  en  juillet  il  prenait  part  au  Folas- 
trissime  voyage  d'Hercueil  (Arcue'û)  raconté  par  Ronsard.  Mais  en  septembre 
la  fièvre  reparut,  à  preuve  un  passage  de  l'ode  de  Du  Bellay  sur  \  Avant7'e- 
tour  de  son  oncle  le  cardinal  (éd.  Chamard,  t.  III  des  Œuvres,  p.  113). 

3.  Sur  Cassandre,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  v,  n.  i. 

4.  Ce  «  baiser  »  résulte  de  la  fusion  de  deux  tercets  de  l'Arioste  et  de 
quelques  vers  disséminés  dans  les  Basia  de  J.  Second.  —  Cf.  Marot, 
Epigramme  c  :  A  la  bouche  de  Diane  (éd.  Jannet,  t.  III,  p.  43). 

5.  Second,  Bas.  i,  22  :  Humida  de  gelidis  basia  nata  rosis. 


44  ODES 

Qui  serrent,  &  ouvrent  ce  ris 
Qui  déride  les  plus  marris. 

5  Baiser  que  j'estime,  &  adore 

Comme  ma  vie,  &  dont  encore 
Je  sen  en  ma  bouche  souvent 
Bruire  le  soupir  de  son  vent  ^ 

Baiser  qui  fais  que  l'amant  meure, 
lo  Puis  qu'il  revive  tout  à  Theure, 

Resouflant  l'ame  qui  pendoit 
Aus  lèvres  où  ell'  t'attendoit  2. 

Bouche  d'Amôme  toute  pleine, 
Qui  m'engendres  de  ton  haleine  [91  v°] 

15  Un  pré  de  fleurs  en  chaque  part 

Où  ta  flairante  odeur  s'épart  3. 


3.  ^^-yS  ouvrent  le  ris 

5.  jj-(5o  Baiser  Ambrosin  que  j'adore  |  6y--]8  Baiser  ambrosin  que 
j'honore  |  Bl  ambroisin  (texte  fautif) 

6.  ôy-yS  Comme  mon  tout 

7.  y8  Je  sens  en 

8.  SS'7^  Plus  d'un  jour  après  le  dous  vent 
9-12.   jS-78  suppriment  ces  vers. 

13-14.  j'j-7^  Et  vous  bouche  de  sucre  pleine  Qui  m'engendres  de 
vôtre  (et  vostre)  aleine  |  Bl  d'aumône  toute  pleine  (texte  fautif) 

l'y.  Le  texte  de  Bl  à  chaque  part  est  fautif. 

16.   iJ-éo  Où  vôtre  douce  humeur  s'épart 

15-16.  67-76' Une  odeur  qui  au  cœur  descend,  Et  mille  parfuns  y  res- 
pend 


1.  Second,  Bas.x,  4  :  Fluxit  ab  bis  tepidus  saepe  sub  ossa  vapor. 

2.  Ibid.  :  Et  miscere  duas  juncta  per  ora  animas  Inque  peregrinum 
diffundere  corpus  utramque  Languet  in  extremo  cum  moribundus 
amor.  Cf.  Bas.  xiii. 

3.  Arioste,  Capitolo  vi,  22  etsuiv.  :  Bocca,  onde  ambrosia  libo... 


LIVRE    III,    ODE    XVII  45 

Et  VOUS  mes  petites  montaignes, 
Je  parle  à  vous  lèvres  compaignes 
Dont  le  Coral  naïf  &  franc 
Ouvre  deus  rans  d'ivoire  blanc  ^ 

Je  vous  suppli  n'aiez  envie 
D'estre  homicide  de  ma  vie, 
Qui  ne  vit  que  de  vostre  dous, 
Et  du  miel  qui  couUe  de  vous  2. 


A  MACLOU  DE  LA  HAIE  3 

Ode  XVII 

Et  puis  que  l'orage  est  à  son  tour  revenu 
Si  que  le  ciel  voilé  tout  triste  est  devenu, 
Et  la  veuve  forest  branle  son  chef  tout  nu 


17-18.  75  rimes  montagnes...  compagnes 

19.  S^'S?  virgule  après  tranc  (éd.  suiv.  corr.) 

20.  SS'7^  Cache  deus  rans  d'Ivoire  blanc  : 
21-22.  yS  Je  vous  suppli'  |  j'j-7^  homicides 

23-24.  yy-éo  Sans  vous  baiser  vivre  ne  puis,  Et  vous  baisant  vivant  je 
suis  I  6y  Bouche  sans  tes  baizers  je  meurs,  Car  je  vy  d'eux  &  non  d'ail- 
leurs I  77-76' Et  pour  endormir  {yS  Pour  du  tout  tuer)  mon  esmoy  Mille 
fois  le  jour  baizez  moy 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xvii)  1550;  (xii)  i  S  5  3  ; 
(xxiii)i555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxiv)  1560;  (xxivmxxi)  1567  ; 
(xxi)i57i,  1573  ;(xx)  1578  ;(xvi)  1584;  (xv)  1587  ;  1592-1650. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  218)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  281). 

Titre.  Sy  A  François  de  la  Brosse  Charrolois. 

1.  SS'^7  P"is  V^^  d'ordre  à  son  rang  l'orage  est  revenu, 

2.  Le  texte  de  Bl  et  devenu  est  fautif. 

3.  Ji-Sj  Et  la  vefve  forest 


1.  Second,  J5(T5.  xviii,  4  :  Corallinis  eburna  signa  baccis. 

2.  Second,  Bas.  i,  22  :  Inde  medella  meis  unica  nata  malis  ;  —  xvi, 
39-40  :  Et  vitam  mihi  longi  afflabis  rore  suavii. 

3.  Sur  ce  personnage,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  xi,  nota  i  ;   xvi,  note  fi- 
nale; ci-après,  IV,  xv,  29-40  et  la  note. 


46  ODES 

Sous  le  vent  qui  l'estonne  ^  : 
5  C'est  bien  pour  ce  jourdhui  (ce  me  semble)  raison, 
Qui  ne  veut  oiFencer  la  loi  de  la  saison  ^, 
User  des  dous  plaisirs  que  l'amie  maison 

En  tens  pluvieus  donnes. 
Mais  si  j'augure  bien  quand  je  voi  pendre  en  bas  [93  r»] 
10  Les  nuaus  avallés,  mardi  ne  sera  pas 

Si  mouillé  qu'aujourdhui,  nous  prendrons  le  repas 

Tel  jour  nous  deus  ensemble  4. 
Tandis  chasse  de  toi  tout  le  mordant  souci, 
Et  l'amour  si  tu  Tas  chasse  le  moi  aussi, 
15  Ce  garçon  insensé  aus  plus  sages  d'ici 
Mille  douleurs  assemble  5. 
Du  soin  de  l'avenir  ton  cueur  ne  soit  époint, 
Ains  contant  du  présent,  di  lui  qu'en  un  seul  point 
N'admire  les  faveurs  qui  ne  dureront  point 
20  Sans  culbuter  à  terre. 


5.  8j  C'estjla  Brosse,  aujourd'huy  |  jo-y^  se  me  semble  (ei.5/m'.co>T.) 

7.  JJ-57  Prendre  à  gré  les  plaisirs  que  l'amie  {y8-8y  que  tousjours  la) 
maison 

8.  Aucune  séparation  strophique  dans  les  anciennes  éditions . 

14.  6j-8y  Chasse  moy  le  procès,  chasse  l'amour  aussi 

15.  8"]  Ce  garçon  furieux  |  jo  au  plus  sages  (éd.  suiv.  corr.)  \  Bl  au 
plus  sage  {texte  fautif^ 

18-19.  ^7~^7  Ains  contant  du  présent,  ne  te  tourmentes  {et  tour- 
mente) point  Des  mondaines  faveurs  qui  ne  dureront  point  j  Bl  N'ad- 
mire des  faveurs  {texte  fautif) 


1.  La  «  veuve  forest  »,  c'est  la  forêt  dépouillée  de  ses  feuilles.  Cf. 
Horace,  Carm.  II,  ix,  6-8  :  ...aut  aquilonibus  Querceta  Gargani  laborant, 
Et  foliis  viduantur  orni . 

2,  C.-à-d.  :  Si  l'on  ne  veut  pas  offenser...  Tournure  fréquente  au 
XVI*  s.  (cf.  ci-dessus  Odes,  II,  xxvii,  9)  et  encore  au  xvii®. 

5.  D'inspiration  horatienne.  Cf.  Carm.  1,  ix,  à  Thaliarque  (i"  tiers). 
Ci-dessus  Odes,  II,  xiv. 

4.  Pour  nuaus,  v.  ci-dessus  Odes,  Suravertissement  au  Lecteur. 

5.  D'inspiration  horatienne.  Cf.  Carm.  III,  viii,  à  Mécène  (2"  moi- 
tié) ;  IV,  xii,  à  Virgile. 


LIVRE   III,    ODE   XVII  47 

Plus  tost  que  les  buissons  les  pins  audacieus 
Et  le  front  des  rochers  qui  menace  les  cieus, 
Plus  tost  que  les  caillous  qui  nous  trompent  les  yeus, 
Sont  punis  du  tonnerre  K 
25  Vien  soûl,  car  tu  n'auras  le  festin  ancien, 
Ne  le  past  que  donna  l'orgueil  ^Egyptien 
Au  Romain  qui  fuioit  l'antique  séjour  sien  ^  : 

Je  hai  tant  de  viandes. 
Tu  ne  boiras  aussi  de  ce  nectar  divin 
50  Qui  rend  Anjou  fameus,  car  voulontiers  le  vin 
Qui  a  senti  l'humeur  du  terroir  Angevin 
Suit  les  bouches  friandes  3. 


23.  71-84  qui  ne  trompent  les  yeux  ]  8y  abbaissez  à  nos  yeux 

24.  y8-8y  Sont  frappez  du  tonnerre 

26.  SS~^7  Q-"^  prodigue  donna  l'orgueil  Egyptien 

27.  j'^-^j  Au  Rommain  qui  vouloit  tout  l'empire  estre  sien  |  jo-j^  sien 
sans  pond.  (éd.  suiv.  corr.) 

30.  jS-8y  volontiers 


1.  Cette  strophe  est  une  «  contamination  »  de  deux  passages  d'Horace, 
Carm.  II,  x,  5-12  ;  xvi,  9-16. 

2.  C.-à-d.  :  Ni  les  mets  qu'offrit  l'orgueilleuse  Egyptienne  Cléopâtre  à 
Antoine.  D'après  Richelet,  Ronsard  aurait  pensé  ici  spécialement  au 
fameux  festin  où  Cléopâtre  avala  une  grosse  perle,  dissoute  dans  le 
vinaigre  (Pline  l'Ancien,  iï/y^  nat.  IX,  lviii,  3-4).  Le  contexte  indique 
plutôt  que  Ronsard  fait  simplement  allusion  à  l'abondance  des  mets 
offerts  d'ordinaire  par  Cléopâtre  à  Antoine  (v.  Pline,  loc.  ctt.^  et  Plu- 
tarque.  Vie  d' Antoine ,  xxviii).  Cf.  cette  strophe  des  Bacchanales  de  Ron- 
sard (1549-52)  :  Qu'on  prodigue,  qu'on  répande  La  viande  D'une  libérale 
main,  Et  les  pasts  dont  l'ancienne  Memphienne  Festia  le  mol  Rom- 
main. 

3.  Cette  strophe  est  imitée  d'Horace,  Carm.I,  xx,  début  et  fin.  Elle 
rappelle  encore  une  ode  à  Virgile,  IV,  xir,  21-24,  et  une  épître  à  Torqua- 
tus,  I.  V,  1-6. 


48 


ODES 


A  CHARLES  DE  PISSELEU  [92  v^] 

EVESaUE   DE    CONDON  ' 

Ode  XVIII 

Vous  faisant  de  mon  écriture 

La  lecture, 
Souvent  à  tort  m'avés  repris, 
Dequoi  si  bas  je  composoi, 

Et  n'osoi^ 
Faire  un  euvre  de  plus  haut  pris  3. 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xviii)  1550.  —  Sup- 
primée en  155?.  —  Rétablie  en  1555  (III,  xxiv),  —  Œuvres  (Odes,  III, 
xxv)  1560  ;  (xxv  =  xxii)  1567;  (xxii)  1571,  1573.  — Supprimée  défi- 
nitivement en  1578.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592, 
Œuvres,  t.  II,  p.  445.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623, 
1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  418)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  79). 

Titre.  60-^^  sans  titre 

3.  ^^    Souvent  Charles  |  60  Souvent  Grevin  |  6']-']^    Souvent  Gruiet 
ipn  lit  Gruïet  en  yi-y^) 
4-5.  SS~73  ^'i'>nes  composoie...  osoie  |  ^ovirg.  après  osoi  (éd.  suiv.  corr.) 
6.  71-7^  Faire  une  œuvre 


1.  Voir  ci-dessus  Odes,  II,  xviii,  n.  i.  —  Jacques  Grévin,  auquel 
Ronsard  s'adresse  en  1560,  est  l'auteur  de  VOlympc,  recueil  de  sonnets 
publiés  en  1560  avec  un  sonnet  liminaire  de  Ronsard  (Bl.  I,  208;  M.-L.  I, 
184),  et  du  Théâtre  publié  en  1561  avec  un  «  discours  »  liminaire  très 
élogieux  de  Ronsard  (Bl.  VI,  311  ;  M.-L.  VI,  216).  Après  la  violente 
polémique  survenue  entre  les  deux  poètes  pendant  la  première  guerre  de 
religion  (1562-63),  Ronsard  «  ôta  Grévin  de  ses  écrits  »  (cf.  L.  Pinvert, 
Jacques  Grévin,  thèse  de  Nancy  1899,  et  mon  Ronsard  p.  lyr.,  p.  240  et 
suiv.).  —  Quant  au  nom  de  Gruiet,  par  lequel  il  le  remplaça  ici,  faut-il 
le  lire  Grujet,  et  désigne-t-il,  comme  l'a  pensé  Blanchemain,  Claude 
Grujet,  traducteur  des  Dialogues  de  Sperone  Speroni  (15  51)  et  éditeur  de 
VHeptaméroîi(i')'^())  ?  On  ne  saurait  l'affirmer. 

2.  Ces  rimes  masculines  à  cette  place  enlevaient  à  l'ode  sa  régularité 
strophique.  Ronsard  les  corrigea  dès  l'édition  suivante  par  l'emploi  de  la 
finale  picarde  oie  ou  oye,  dont  les  Odes  mêmes  de  1550  offrent  des  exemples 
(v.  ci-dessus  II,  xviii,  9  et  xix,  65).  Cf.  VAbhrégc  de  l'Art  poétique  (Bl. 
VII,  333)-, 

3.  Ce  début  et  le  ton  de  toute  l'ode  permettent  de  croire  que  sa  com- 


LIVRE    III,    ODE   XVIII  49 

Un  chacun  (Charles)  qui  s'efforce 

N'a  la  force 
De  vomir  des  livres  parfaits  : 
Les  nerfs  foibles  souvent  se  treuvent 

S'ils  epreuvent 
Plus  que  leur  charge  un  pesant  fais  '. 

Qui  pensés  vous  qui  puisse  écrire 

L'ardente  ire 
D'Ajax  le  fils  de  Telamon, 
Ou  d'Hector  rechanter  la  gloire, 

Ou  l'histoire 
De  la  race  du  vieil  Emon  ^  ? 

Toute  muse  pour  tragédie  [93  r^'] 

N'est  hardie 
A  roter  un  stile  si  haut, 
Ne  propre  à  recenser  la  peine 

D'erreurs  pleine. 
Du  Grec  Ulysse  fin,  &  caut  3. 


7.  j'j  Chaque  poëte  qui  |  60-']^  Tout  esprit  gaillard  qui 

9.  S5~73  De  polir  des  livres  parfaits 

II.  jo  S'il  {éd.  suiv.  corr.)  et  virg.  après  epreuvent  (75  corr.) 

18.  jo  viel  {corr.  diaprés  les  errata  et  les  éd.  suiv.) 

21-24.  SS~7S  ^  tonner  sur  un  écharfaut  (PR  162^,  Bl,  ML  eschafFaut), 
Ne  propre  à  rechanter  la  peine  D'erreurs  pleine,  De  ce  Grégeois  qui  fut 
si  caut  I  PR  i6iy-2^,  Bl,  ML  D'erreur  pleine  {texte  fautif  ) 


position  est  antérieure  à  l'imitation  de  Pindare  et  aux  projets  d'épopée. 
Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  53-57. 

1 .  Sources  de  cette  strophe  :  quelques  mots  de  l'ode  d'Horace  à  Agrippa, 
Carw.  I,  VI,  5-9...  nec  conamur,  tenues  grandia...,  et  quelques  vers  de 
VEpist.  adPis.,  26-27  et  38-59  :sectantemlevia nervi  Deficiunt  aniniique... 
Sumite  materiam  vestris,  qui  scribitis,  aequam  Viribus... 

2.  Imité  d'Horace,  Carm.  I,  vi,  13-16  :  QuisMartem  tunica... 

3.  Ihid.  I,  VI,  5-12  :  Nos,  Agrippa,  neque  haecdicere... 

Ronsard^  II.  4 


50  ODES 

25  Adieu  donc  enfans  de  la  terre, 

Qui  la  guerre 
Entreprintes  contre  les  Dieus, 
Ce  n'est  pas  moi  qui  vous  raconte 
Ne  qui  monte 
50  Avecque  vous  jusques  aus  cieus  K 

Vos  vertus,  grâces,  &  mérites, 

Seront  dites 
Par  un  Maclou  mieus  fortuné  2, 
Ma  petite  lirique  muse 
35  Ne  m'amuse 

Qu'à  l'humble  vers  où  je  suis  né  3. 

Quant  est  de  moi  j'aime  ma  mode, 

Par  mainte  ode 
Mon  renom  ne  périra  point, 
40  Les  autres  de  Mars  diront  l'ire, 

Mais  ma  lire 
Bruira  l'amour  qui  me  point  4.  [93  v°] 

31-36.  S5~7S  suppriment  cette  strophe  (tion  rééditée  dans  les  PR,  ni  par 
Bl,  ML) 

37.  S5'73  Sans  plus  {60  Grevin  6y-j^  Gruiet)  je  poursuivrai  ma  mode 
39.  ôj-y^  Mes  vers  seront  fleurissans 
42.  6y-j^  Bruira  l'amour  que  je  sens 


1.  Imité  d'Horace,  Carm.  II,  xii,  6-9  :  domitosve  Herculea  manu... 

2.  Maclou  de  la  Haye.  Sur  ce  poète,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  xi,  note  i  ; 
XVI,  note  finale;  ci-après  IV,  xv,  notes. 

3.  Horace,  Carm.l,  vi,  début;  II,  xii,  9-16  :  Tuque  pedestribus  dices... 
—  Ronsard  supprima  cette  strophe  dès  1555,  soit  qu'il  eût  trouvé  le  2* 
vers  incorrect,  soit  que  l'allusion  à  Maclou  de  la  Haye  n'eût  plus  sa  rai- 
son d'être,  soit  enfin  que  le  ton  lui  parût  désormais  trop  modeste. 

4.  Ihid.  I,  VI,  fin  :  Nos  convivia,  nos  praelia  virginum...  — Même  idée 
développée  dans  Y  ode  A  sa  g  iiiterre,  ci-dessus  Odes,  II,  xix,  49  et  suiv. 


LIVRE   III,    ODE    XIX  5  I 

A   CUPIDON 

POUR   PUNIR   JANNE   CRUELLE  ' 

Ode  XIX 

Le  jour  pousse  la  nuit, 

Et  la  nuit  sombre 
Pousse  le  jour  qui  luit 

D'une  obscure  ombre. 

L'autumne  suit  Testé, 

Et  l'âpre  rage 
Des  vens,  n'a  point  été 

Apres  l'orage. 

Mais  le  mal  nonobstant 

D'amour  dolente, 
Demeure  en  moi  constant 

Et  ne  s'alente  ^. 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xix),  1 5  50  ;  (xi  11)  1 5  5  3  ; 
(xxv)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxvi)  1560  ;  (xxvi  =  xxii  i)  1567  ; 
(xxm)  1571,  1573  ;  (xxi)  1578  ;  (xvii)  1584  ;  (xvi)  1587  ;  1592  -1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  219);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  283). 

Titre.  S5~^4  ^  Cupidon.  |  87  sans  titre 
2,  jo-8y  n'ont  pas  les  vers  tétrasyllahes  en  retrait. 
7.  yS'^J  suppriment  la  virgule  après  vens 

9-11.  S5-^7  Mais  la  rage  {ôj-Sy  fièvre)  d'amours  Qui  me  tourmente, 
Demeure  en  moi  toujours  (et  tousjours) 


1.  Voir  ci-dessus  Odes,  III,  xiii,  n.  i. 

2.  Ces  trois  premières  strophes  sont  imitées  d'Horace,  Epode  xvii, 
25-26  :  Urget  diem  nox,  et  dies  noctem,  neque  est  Levare  tenta  spiritu 
praecordia.  Cf.  Carm.  II,  ix,  1-12.  —  Cette  antithèse  était  familière  à 
Ronsard  :  voir  le  sonnet  de  1552,  Tousjours  des  bois...  et  l'ode  de  1553, 
Tousjours  ne  tempeste  (Bl.  I,  96;  II,  278). 


52  ODES 

Ce  n'estoit  pas  nous,  Dieu, 
Qui  failloit  poindre, 
15  Ta  flèche  en  autre  lieu 

Se  devoit  joindre. 

Poursui  les  paresseus  [94  r^] 

Et  les  amuse, 
Mais  non  pas  moi,  ne  ceus 
20  Qu'aime  la  Muse  ^ 

Helâs  délivre  moi 

De  cette  dure, 
Qui  plus  rit,  quand  d'emoi 

Voit  que  j'endure. 

25  Redonne  la  clarté 

A  mes  ténèbres. 
Repousse  en  liberté 
Mes  jours  funèbres. 

Amour  soi  le  support 
30  De  ma  pensée, 

Et  guide  à  meilleur  port 
Ma  nef  cassée  ^. 

13.  60-8 j  Ce  n'estoit  pas  moi,  Dieu 

14.  6y-yi  Qu'il  failloit  j  yj-8y  Q.u'il  falloit 
19.-  Sj  Et  non  pas  moy,  ne  ceux 

23.  ^o-yi  de  moi  (éd.  suiv.  corr.:  y)  d'emoy  yS-Sy  d'esmoy)  |  Bî  Qui 
rit,  quand  plus  d'esmoy  (texte  fautif  qui  vient  de  ïed.  de  162^) 
27.  SS-^7  Remets  en  liberté 
29-31.  y8~84  sois  |  8y  soy'  |  ^o-6y  virg.  après  port  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Cf.  Plutarque,  'EpioTtxdç  (Moralia,  coll.  Didot,  t.  IV,  p.  924),  et 
Rabelais,  III,  xxxi  :  «  ...Comme  au  contraire  disent  les  philosophes, 
oisiveté  estre  mère  de  luxure...  » 

2.  Imité  de  Pétrarque,  sextine  iv,  fin  :  «  Signer  délia  mia  fine  c  délia 
vita...  Drizza  a  buon  porto  l'afFannata  vêla.  » 


LIVRE   III,    ODE    XIX  53 

Tant  plus  je  suis  criant 

Moins  el'  n'oit  goûte  ', 
Et  plus  je  SLiis  priant 

Moins  el'  m'écoute  ^, 

Ne  ma  palle  couleur 

D'amour  blémie,  [94  v»] 

N'a  émeu  à  douleur 

Mon  ennemie  3, 

Ne  sonner  à  son  huis 

De  ma  guiterre, 
Ni  pour  elle  les  nuis 

Coucher  à  terre  4. 

Plus  cruel  n'est  l'efFort 
De  l'eau  mutine 


34.  SS~^7  Plus  me  reboute 

55.  ^^-8j  Plus  je  la  suis  priant 

36.  iJ-60  Moins  eir  m'écoute  ]  6y-8y  Et  moins  m'escoute 

38.  TS-Sy  suppriment  la  virgule  après  blémie 

41.  SO-ôy  virgule  après  huis  (éd.  suiv.  corr.) 

44.  6o-8y  Dormir  à  terre 


1.  L'expression  n'ouir  goutte  est  dans  Cl.  Marot  et  dans  Rabelais. 
Pour  la  tournure  syntaxique  du  vers,  cf.  Ronsard,  Elégie  sur  le  trespas 
d'A-  Chasteigner  :  «...sans  ne  mourir  pas»  pour  «  sans  mourir»  (Bl.  VII, 
204).^ 

2.  Cf.  Pétrarque,  son.  vi,  5/  traviato,  5-6  :  «  Che,  quanto  richiamando 
più  l'invio...,  men  m'ascolta.  »  ;  Lxxxrx,  Anwrm'ha  posto.,  3-4  :  «...e  son 
già  roco,  Donna,  mercè  chiamando,  e  voi  non  cale.  » 

5.  Cf.  Ovide,  Ars  amat.  I,  729  et  suiv.  :  Palleat  omnis  amans...  : 
Pétrarque,  son.  xlviii,  Amor  cou  sue, un;  xxix,  Quel  ch'  in  TessagUa,  fin. 

4.  Ces  deux  strophes  semblent  l'écho  d'une  ode  qu'Horace  chante  à 
la  porte  de  l'impitoyable  Lycé,  Carni.  III,  x.  Ronsaid  trouvait  d'autres 
exemples  de    TcapaxXaujtOuoov  dans    Ovide,  Amores,  I,  vi;  Pontano. 


5  4  ODES 

Qu'elle,  lors  que  plus  fort 
Le  vent  s'obstine  ^ 

Eir  s'arme  en  sa  beauté, 
50  Et  si  ne  pense 

Voir  de  sa  cruauté 
La  recompense. 

Montre  toi  le  vainqueur, 
Et  d'elle  enflamme 
55  Pour  exemple  le  cueur 

De  telle  flamme 

Qui  la  seur  alluma 
Trop  indiscrette, 
Et  d'ardeur  consuma  [95  r^] 

60  La  Roine  en  Crète  ^. 


$3-54.  >o-/j  ont  la  virgule  après  enflamme  (^<;?.  suiv.  corr.) 
57-60.  ^7  Qui  Biblis  escoula  Trop  indiscrète,    Et  ferine   brûla  La 
Ro5me  en  Crète  |  Bl  a  mélangé  les  deux  textes. 


Amores,  I  :  Carmen  nocturnum  ad  fores  puellae.  Il  a  repris  l'idée  dans 
l'élégie  de  1554  Aus  faits  d'Amour  Diotime  certaine  (Bl.  IV,  374). 

1.  Ronsard  semble  avoir  pris  cette  comparaison,  qui  lui  est  familière 
(v.  ci-dessus  Odes,  I,  xix,  début;  ci-après,  III,  xxv,  17-20),  soit  à 
Sannazar,  Arcadia,  trad.  J.  Martin,  f°  50  r°,  soit  à  Erasme,  Adages,  art. 
Litiori  loqueris . 

2.  Pour  ces  trois  dernières  strophes,  cf.  Pétrarque,  madrigal  iv,  Or  vcdi, 
Amor.  Moins  retenu  que  son  modèle,  Ronsard  prie  l'Amour  de  le  ven- 
ger en  inspirant  à  sa  maîtresse  les  mêmes  ardeurs  «  indiscrètes  »  qu'à 
Byblis,  amoureuse  de  son  frère  Caunus,  et  à  Pasiphaé,  amoureuse  d'un 
taureau  (cf.  Ovide,  Ars  amat.  I,  283-326). 


LIVRE   III,    ODE   XX 


55 


AUS  MOUCHES  A  MIEL 

POUR   CUEILLIR   LES   FLEURS   SUR   LA   BOUCHE 
DE   CASSANDRE  ' 

Ode  XX  ^ 

Où  allez  vous  filles  du  ciel 
Grand  miracle  de  la  nature, 
Où  allés  vous  mouches  à  miel 
Chercher  aus  champs  vostre  pasture  ? 
Si  vous  voulés  cueillir  les  fleurs 
D'odeur  diverse,  &  de  couleurs, 
Ne  volez  plus  à  l'avanture. 

Autour  de  sa  bouche  alenée 
De  mes  baisers  tant  bien  donnés, 
Vous  trouvères  la  rose  née, 
Et  les  oeillets  environnés 


Éditions.  — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xx)  1550;  (xiv)  1553  ; 
(xxvi)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxvii)  1560;  (xxvii=xxiv)  1567; 
(xxiv)  1S71,  1575  ;  (xxii)  1578.  —  Supprimée  en  i$84.  —  Réimprimée 
dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  447.  —  Recueil  des  Pièces 
retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  419);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  80). 

Titre.  SS'7^  -^-us  Mouches  à  miel. 

4.  S(>'7S  deux  points  après  pasture  (éd.  suiv,  corr.) 

8.  jj-7^  de  Cassandre,  alenée  |  y8  de  ma  Dame  halenée 


1.  Sur  Cassandre,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  v,  n.  i. 

2.  Cette  pièce  est  la  paraphrase  du  Baiser  xix  de  J.  Second,  que  R. 
Belleau  a  de  son  côté  imité  dans  un  sonnet  de  sa  Bergerie  (éd.  M.-L., 
t.  II,  p.  93).  Le  thème  a  été  repris  en  chanson  :  Petite  abeille  ména- 
gère. Vous  qui  ne  cherchez  que  des  fleurs.  Approchez-vous  de  ma  ber- 
gère ;  Vous  pouvez  bien  vous  satisfaire  :  Sa  belle  bouche  a  des  dou- 
ceurs due  l'on  ne  trouve  point  ailleurs. 


5  6  ODES 

Des  florettes  ensanglantées 
D'Hyacinte,  &  d'Ajax  %  plantées 
Autour  des  rommarins  là  nés. 

15  Les  marjolenes  i  fleurissent, 

L'amôme  i  est  continuel,  [95  v°] 

Et  les  lauriers  qui  ne  périssent 
Pour  river  tant  soit-il  cruel, 
L'anis,  le  chevrefueil  qui  porte 

20  La  manne  qui  vous  reconforte, 

I  verdoie  perpétuel. 

Mais  je  vous  pri  gardez  vous  bien, 
Gardez  vous  qu'on  ne  l'eguillonne, 
Vous  apprendriés  bien  tost  combien 
25  Sa  pointure  est  trop  plus  félonne, 

Et  de  ses  fleurs  ne  vous  soûlez 
Sans  m'en  garder,  si  ne  voulez 
Que  mon  ame  ne  m'abandonne  ^. 


12.  7^  De  fleurettes 

14.  SS~7^  Ptcs  des  lis  sur  sa  bouche  nés 

16.  Le  texte  de  Bl  amône  est  fautif  . 

24,  Le  texte  desPRi6op-^o,  Bl,ML  aprendrez  (et  apprendrez)  est  fautif . 


1.  Sur  l'origine  fabuleuse  de  ces  fleurs,  v.  Ovide,  Met.  X,  174-219  ; 
XIII,  384-398.  Ronsard  afl"ectionnait  ces  périphrases  :  v.  ci-dessus  Odes, 
III,  X,  35,  et  ci-après,  III,  xxv,  121-128;  en  outre  le  sonnet  de  15 52 
D'un  Océan  oii  le  jour  se  limite,  i"  tercet,  et  l'ode  de  1560  Ni  la  fleur  qui 
porte  le  nom  (Bl.  I,  107  ;  II,  168). 

2.  Cette  strophe  finale  correspond  aux  dix  derniers  vers  de  Second, 
mais  dans  un  ordre  différent  :  Ronsard  a  paraphrasé  d'abord  les  quatre 
derniers,  ensuite  les  six  autres. 

Remarquer  la  structure  rythmique  de  cette  ode.  Elle  est  construite 
sur  deux  systèmes  strophiques,  qui,  au  lieu  d'alterner,  s'emboîtent  l'un 
dans  l'autre,  celui  des  strophes  i  et  j\{infmfm^  ni^  f)  encadrant  celui 
des  strophes  2  et  3  {ftnfmf^f^  m). 


LIVRE   III,    ODE   XXI  57 

COMPLAINTE  DE  GLAUCE  A  SCYLLE  NIMPHE  ' 

Ode  XXI 

Les  douces  fleurs  d*Hymette  aus  abeilles  agréent, 
Et  les  eaus  de  l'esté  les  altérés  recréent  : 

Mais  ma  peine  obstinée 
Se  soullage  en  chantant  sur  ce  bord  foiblement 
Les  maus  ausquels  Amour  a  misérablement 

Sumis  ma  destinée  ^. 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxi)  1550;  (xv)  1553  ; 
(xxvii)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxix)  1560;  (xxix  =xxvr)  1567  ; 
(xxvi)  1571,  1573  ;  (xxiv)  1578;  (xviii)  1584;  (xvii)  1587;  1592-1630. 

Blanchemain  ft.  II,  p.  221)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  285). 

Titre.  6o-8y  Complainte  de  Glauque  à  Scylle  Nimfe  (et  Nymphe) 

5.  S^-yi  auquels  amour  (éd.  suiv.  corr.) 

6.  yi-8j  Soumis  ma  destinée  |  Aucune  séparation  stropbique  dans  les 
anciennes  éditions. 


1.  Pour  la  fable  du  pêcheur  Glaucus,  changé  en  dieu  marin  et  amou- 
reux de  Scylla,  voir  Ovide,  Met.  XIII,  900-968.  Ronsard  s'est  en  outre 
inspiré  du  discours  de  Polyphème  à  Galatée  (ibid.,  789  et  suiv.)  ;  il 
publiera  dix  ans  plus  tard  le  Cychpe  amoweux,  »  contamination  »  de  ce 
discours  ovidien  et  de  l'idylle  xi  de  Théocrite  (Bl.  IV,  104) . 

Si  l'on  en  croyait  Cl.  Binet  dans  sa  Fie  de  Ronsard,  et  G.  Colletet  qui 
l'a  copié,  cette  ode  serait  la  première  que  le  poète  eût  composée.  Or  la 
raison  qu'ils  en  donnent  est  fausse  ;  cette  ode  ne  doit  nullement  être 
assimilée  aux  odes  «  non  mesurées  et  impropres  à  la  lyre  »  reléguées 
par  Ronsard  dans  son  premier  Bocage,  car  elle  est  parfaitement  régu- 
lière, toutes  les  strophes  étant  superposables  dans  tous  leurs  éléments 
rythmiques.  Cf.  R.  H.  L.  1903,  p.  yy^  n.  6,  et  mon  éd.  critique  de  la 
Vie  de  Ronsai'd,  p.  109-110.  —  Si  l'on  admet  avec  moi  que  cette  complainte 
est  une  allégorie,  dont  les  personnages  cachent  ceux  de  Ronsard  et  de 
Cassandre  Salviati,  on  peut  en  faire  remonter  la  composition  à  1546  au 
plus,  comme  celle  de  la  Défloration  de  Léde  et  du  Rossignol  abusé,  qui 
s'inspirent  également  d'Ovide  et  contiennent  des  doléances  analogues 
(cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  44). 

2.  Cf.  Théocrite,  Cyclope,  début  ;  Properce,  I,  ix,  fin  :  Dicere  quo 
perças  semper  in  amore  levât  ;  Pétrarque,  canzone  i,  4  :  Perché,  can- 
tando^  il  duol  se  disacerba.  —  Peut-être  ce  début  a-t-il  été  suggéré  aussi 
par  des  réminiscences  de  Virgile,  Bue.  11,  65  ;  v,  46-47;  x,  29-30. 


5  8  ODES 

Hê  Scylle,  Scylle,  lâs  !  cette  dolente  rive  S  [96  r^] 

Voire  son  flot  piteus  qui  bruiant  i  arrive 
Des  salées  campaignes 
10  Me  plaint  &  me  lamente,  &  ces  rochers  oians 
Mon  dueil  continuel  de  moi  sont  larmoians  : 

Seule  tu  me  dédaignes  ^. 
Ce  jour  fut  mon  malheur,  quand  les  Dieus  marins  eurent 
Envie  sus  mon  aise,  &  lors  qu'ils  me  connurent 
15  De  leur  grande  mer  digne. 

Lâs  !  heureus  si  jamais  je  n'eusse  dédaigné 
L'art  premier  où  j'estoi  par  mon  père  enseigné, 

Ni  mes  rets,  ni  ma  ligne  3  : 
Car  le  feu  qui  mon  cueur  ronge,  poinçonne,  &  lime, 
20  Me  vint  ardre  au  meilieu  (qui  l'eust  creu  !)  de  l'abime 
De  leur  mer  fluctueuse. 
Et  bien  en  autre  forme  adonc  je  me  changeai, 
Que  je  ne  fus  mué  alors  que  je  mangeai 
L'herbe  tant  vertueuse 4. 
25   Pourtant  si  j'ai  le  chef  de  longs  cheveus  difforme, 


7.  yo  lâs  sans  pond.  (éd.  suiv.  corr.) 

8.  SS'^7  l'^i  grumelant  (8y  gromelant)  arrive 

9.  78-8J  Des  ondeuses  campaignes 

16.  ^o-y^    Lâs  sans  pond.  (éd.  suiv.  corr.) 

17.  S'^-hj  enseigné  sans  pond.  {éd.  suiv.  corr.) 

19.  Sy  Car  la  flamme  d'Amour,  qui  m'espoinçonne  &  lime 

20.  jo  Me  vient  {corr.  aux  errata)  \  6j-8j  au  milieu 

24.  8y  L'herbe  trop  vertueuse 

25.  <^7  Pourtant  si  j'ay  la  teste  en  longs  cheveux  difforme 


1.  Ovide,  Afc/.  XIV,  17  :  Littore  in  Italico,  Messania  mœnia  contra... 

2.  Pour  cette  nature  animée  qui  partage  les  sentiments  de  l'homme, 
cf.  Virg.,  Bue.  I,  38-39;  V,  62-64;  x»  i3-i5' 

3.  Ovide,  Met.  XIII,  905-925  et  949. 

4.  Ibid.,  935-945.  Glaucus  veut  dire  ;  Alors  je  subis  par  l'amour  une 
métamorphose  autrement  grande  que  celle  que  j'avais  subie  pour  avoir 
mangé  l'herbe  si  puissante. 


LIVRE    III,    ODE   XXI  59 

Et  le  corps  monstrueus  d'une  nouvelle  forme 

Bien  peu  connue  aus  ondes  : 
Tel  honneur  de  nature  en  moi  n'est  à  blâmer, 
La  mère  Tethys  m'aime,  &  m'aiment  de  la  mer 
50  Les  nimphes  vagabondes  '. 

Circe  tant  seulement  ne  m'aime,  mais  encore 
Ardentement  me  suit,  &  ardente  m'adore. 

En  vain  de  moi  éprise  :  [96  v^] 

Ainsi  le  bien  que  cent  désirent,  une  l'a, 
55  Une  l'a  voirement,  &  en  lieu  de  cela 
Me  hait,  &  me  deprise  *. 
Et  bien  que  tu  sois  Nimphe  en  ces  rives,  si  esse 
Qu'indinne  je  ne  suis  de  toi  demidéesse. 
Un  dieu  te  fait  requeste, 
10  Thelys  pour  effacer  cela  qu'avoi  d'humain. 

Et  d'homme  au  tens  subjet,  m'a  versé  de  sa  main 

Cent  fleuves  sur  la  teste  3. 
Mais  las  !  dequoi  me  sert  cette  faveur  que  d'estre 
Immortel,  &  d'aller  compaignon  à  la  destre 
^5  Du  grand  prince  Neptune, 


21.  8y  Citoyenne  des  ondes 

32-35.  jo-yi  virg.  après  éprise  (^éd.  suiv.  corr.)  \  87  Toute  ardante  me 
suyt,  &  pourneant  m'adore  De  folle  amour  esprise.  Ainsi  mon  cœur  que 
mille  affectent^  une  l'a  :  Une  seule  en  jouyst  &  en  lieu  de  cela  Me  hait 
&  me  desprise  |  Bl  a  mélangé  les  deux  textes, 

37.  S^-Sj  Bien  que  Ninfe  tu  sois,  ah  cruelle^  si  esse  (et  si  est-ce) 

38.  /j'-^7  demi-déesse  |  Bide  toi  :  demy-déesse  (texte  fautif) 
40.  SS~^7  Tethys  (et  Thetis)  pour  effacer  cela  que  j'eus  d'humain 
43.  JO-/J  \ks  sans  ponct .  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Ovide,  Met.  XIII,  904,  914-919,  960  et  suiv. 

2.  La  passion  malheureuse  de  Circé  pour  Glaucus  et  la  vengeance 
qu'elle  tira  de  sa  rivale  Scylla  sont  exposées  dans  Ovide,  M^ï.  XIV,  25 
et  suiv. 

3.  Ovide,  Met.  XIII,  918,  949  et  suiv. 


éo  ODES 

Quand  Scylle  me  dédaigne  étant  au  ranc  admis 
De  ceus  qui  par  la  mort  ne  leur  est  plus  permis 
De  tromper  leur  fortune  ^  ? 


DE  FEU  LAZARE  DE  BAIE  ^ 

A  CALIOPE 

Ode  XXII 

Si  les  Dieus 

Larmes  d'yeus 
Versent  pour  la  mort  d'un  homme, 

A  cette  heure 

Dieus  qu'on  pleure,  [97  r^] 

Et  qu'en  dueil  on  se  consomme. 


ZJ6-48.  ;j-^7  Quand  Scylle  me  dédaigne  étant  franc  du  trépas  (et 
trespas),  Et  celui  qui  {ji-S'j  Et  cil  à  qui)  par  mort  permis  ne  lui  est  pas 
De  changer  sa  fortune  |  $0-']^  un  point  final  (éd.  suiv.  corr.) 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxii),  1550.  —  Sup- 
primée en  1553.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres, 
t.  II,  p.  448.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées ,  1609,  i^^??  ^^23,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  464)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  116). 

I.   jo  n'fl  pas  les  vers  trissyllabes  en  retrait. 


1.  Ovide,  Met.  XIII,  964-965  :  Q.uid  tamen  haec  species,  quid  dis  pla- 
cuisse  marinis,  Quid  juvat  esse  deum,  si  tu  non  tangeris  istis  ? 

2.  Lazare  de  Baïf,  conseiller  et  maitre  des  requêtes  ordinaire  du  roi, 
mourut  en  1547,  entre  le  11  avril,  jour  des  obsèques  de  François  l" 
auxquelles  il  assistait,  et  le  8  novembre,  date  de  l'inventaire  des  meubles 
de  son  château  des  Pins  (près  de  La  Flèche).  Cf.  L.  Pinvert,  Lazare  de 
Baïf,  Paris,  Fontemoing,  1900,  p.  88-89.  Antoine  de  Baïf,  né  en  février 
1532,  dit  dans  sa  Contretrene  à  N.  Vergece  qu'il  avait  15  ans  à  la  mort  de 
son  père  (éd.  Marty-Laveaux,  t.  II,  p.  203),  ce  qui  confirme  les  susdits 
documents. 


LIVRE   III,    ODE   XXII  6l 

Caliope, 

Et  ta  trope, 
Baïf  chantez  en  vois  telle, 

Que  sa  gloire 

Par  mémoire 
Soit  saintement  immortelle. 

En  maint  tour, 

Alentour 
Du  cercueil  croisse  l'ierre. 

Nuit,  &  jour 

Sans  séjour, 
A  l'ignorance  il  eut  guerre  ^ 

L'excellance 

De  la  France 
Mourut  en  Budé  première, 

Et  encores 

Morte  est  ores, 
Des  Muses  l'autre  lumière  ^. 


14.  p2,  PR  i6op-^o  A  l'entour 

15.  ^2  croisse  ierre  |  PR  iSop-^o  croisse  lierre 

23.  PR  162^,  Bl,  ML  suppriment  la  virgule  après  ores 


1.  Sur  les  travaux  d'érudition  de  Lazare  de  Baïf,  cf.  Pinvert,  op.  cit. 
Il  traduisit  l'Electre  de  Sophocle  (1537);  ^^^^  je  pense  avec  René  Sturel 
(Mélanges  E.  Châtelain,  19 10,  p.  S76  et  suiv.,  et  R.  H.  L.  191 3,  p.  280 
et  suiv.)  qu'on  lui  a  faussement  attribué  la  traduction  de  VHécube 
d'Euripide. 

2.  Cf.  Du  Bellay,  Deffence,  II,  xii  :  «  Je  ne  craindray  point  d'aleguer 
encores  pour  tous  les  autres  ces  deux  lumières  françoyses,  Guillaume 
Budé  et  Lazare  de  Baïf  »  (éd.  Chamard,p.  532).  —  Sur  Budé,  voir  les 
thèses  de  L.  Delaruelle  (Paris,  1907). 

Remarquer  la  structure  rythmique  de  cette  ode.  Elle  est  construite 
sur  deux  systèmes  strophiques  alternants;  mais  les  rimes  m.  des  vers 
16-17  ne  correspondent  pas  aux  rimes  f.  des  vers  4-5,  et  ce  fait  la  rend 
irrégulière  {ci.R.H.  L.  1903,  p.  79,  n.   i). 


62  ODES 

A  ANTHOINE  CHASTEIGNER         [97  v»J 

ABBÉ  DE   NANTUEIL  ^ 

Ode  XXIII 

Ne  s'efFroier  de  chose  qui  arive, 

Ne  s'en  fâcher  aussi, 
Rend  l'homme  heureus,  &  fait  encor  qu'il  vive 

Sans  peur,  ne  sans  souci  ^. 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxiii)  1550;  (xvi) 
1553  ;  (xxvm)  1555.  —  Œuvres  (Odes  III,  xxx)  1560  ;  (xxx  =  xxvn) 
1567;  (xxvii)  1571,1573  ;(xxvi)iS78;(xx)i584;(xix)i587;i592-i630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  225);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  288). 

Titre.  SS'7^  A.  Antoine  Chasteigner.  |  84  A  Antoine  de  Chasteigner, 
de  la  Roche  de  Posé.  |  87  sans  titre 

1-2.  ^7  N'estre  trop  resjouy  de  chose  qui  arrive,  Ny  trop  despit  aussi 
{162)  corrige  le  r"  vers  ainsi  N'estre  trop  gay) 

4.  Aucune  séparation  strophique  dans  les  anciennes  éditions. 


1.  Antoine  Chasteigner  de  la  Roche-Posay,  né  en  1530,  prieur  de 
Marignac,  puis  abbé  de  Nanteuil-en-Vallée  (Charente),  étudiait  à  Padoue 
en  1550.  De  retour  en  France,  il  résigna  ses  bénéfices  ecclésiastiques 
pour  suivre  la  carrière  militaire,  prit  le  titre  de  seigneur  de  l'Isle-Ba- 
paume  et  guerroya  en  Picardie  jusqu'au  siège  de  Thérouanne,  où  il  fut 
tué  le  23  juin  1553.  Ronsard  lui  a  consacré  une  longue  élégie  funèbre, 
publiée  en  1553  dans  la  2"  éd.  du  Cinquième  livre  des  Odes  (Bl.  VII,  202). 
D'après  cette  pièce  et  le  témoignage  de  ses  biographes,  A.  Chasteigner 
a  laissé  un  recueil  manuscrit  de  Poésies  françoises,  où  il  chantait  les  pas- 
sions de  l'amour^  et  aussi  la  vaillance  des  Français  dont  il  fut  le  compa- 
gnon d'armes  en  Italie  en  15  51  ;  on  y  trouve  trois  odes  à  Ronsard,  dont 
l'une  sur  la  mort  de  leur  ami  commun  Claude  de  Ligneri,  ancien  élève 
de  Dorât.  Il  avait  été  probablement  leur  condisciple,  ainsi  que  de  son 
cousin  A.  deBaïf,  au  collège  deCoqueret  vers  1548.  Cf.  André  du  Chesne, 
Hist.  généalogique  de  la  maison  des  Chasteigners,  Paris,  Cramoisy,  1634, 
p.  290;  Dreux  du  Radier,  Bibl.  hist.  et  crit.  du  Poitou  (art.  sur  Ant. 
Chasteigner). 

2.  Ce  début  est  imité  d'Horace,  Epist.  I,  vi,  1-5. 


LIVRE   III,    ODE   XXIII  63 

Comme  le  tens  vont  les  choses  mondaines  ' 

Suivant  son  mouvement  : 
II  est  soudain,  &  les  saisons  soudaines 

Font  leurs  cours  brevement. 
Desus  le  Nil  jadis  fut  la  science, 

Puis  en  Grèce  elle  ala, 
Romme  depuis  en  eut  l'expérience, 

Paris  maintenant  l'a. 
Villes,  &  forts,  &  roiaumes  périssent 

Par  le  tens  tout  exprès. 
Et  donnent  lieu  aus  nouveaus  qui  fleurissent 

Pour  remourir  après. 
Comme  un  printens  les  jeunes  enfans  croissent, 

Puis  viennent  en  été, 
L'iver  les  prent,  &  plus  ils  n'apparoissent 

Cela  qu'ils  ont  été  ^. 
Naguère  étoient  desus  la  vefve  arène  [98  r°] 

Les  poissons  à  l'envers, 
Puis  tout  soudain  l'orguilleus  cours  de  Sene 

Les  a  de  flots  couvers. 


8.  84  Font  leurs  cours  prontement  |  ^7  Se  changent  prontement  |  Le 
texte  de  Bl  leur  cours  est  fautif, 

15-16.  Sy  Pour  donner  place  aux  nouveaux  qui  fleurissent  Qui 
remourront  après 

13-20.  6j  -Sy  giiill.  ces  vers,  mats  8y  suppr.  les  quatre  derniers. 

21.  SS~^7  dessus  (et  dessur)  la  sèche  arène 

23.  SS~^7  l'orgueilleus  cours 


1.  C.-à-d.  :  les  choses  de  ce  bas  monde.  Cf.  Du  Bellay,  Deffence,  II, 
rv,  à  propos  de  l'ode  :  «  Et  quant  à  ce,  te  fourniront  de  matière  les 
louanges  des  dieux  et  des  hommes  vertueux,  le  discours  fatal  des  choses 
mondaines...  ».  C'est  précisément  l'idée  de  ce  discursus  rerum  que  Ronsard 
présente  ici  d'après  Horace. 

2.  Cf.  Cl.Marot,  Epigr.  ccxiii  (éd.  Jannet,  t.  III,  p.  85). — L'idée  a  été 
splendidement  développée  par  Bossuet,  Sermon  sur  la  Mort,  i"  point. 


64  ODES 

2s         La  mer  n'est  plus  où  elle  souloit  estre, 

Et  aus  lieus  vuides  d'eaus 
(Miracle  étrange)  on  la  lui  a  veu  naistre 

Hospital  de  bateaus  K 
Telles  lois  feit  dame  Nature  guide, 
30  Lors  que  par  sur  le  dos 

Pyrrhe  sema  dedans  le  monde  vuide 

De  sa  mère  les  os  ^  : 
A  celle  fin  que  nul  homme  n'espère 

S'oser  dire  immortel, 
35         Voiant  le  tens  qui  est  son  propre  père 

N'avoir  rien  moins  de  tel  3. 
Arme  toi  donc  de  la  philosophie 

Contre  tant  d'accidans, 
Et  courageus  d'elle  te  fortifie 
40  L'estomac  au  dedans, 

N'aiant  effroi  de  chose  qui  survienne 

Au  davant  de  tes  yeus, 
Soit  que  le  ciel  les  abimes  devienne. 

Et  l'abime  les  cieus  4. 


25.  84-87  La  mer  ne  flotte  où  elle  souloit  estre 

27.  8j  (Miracle  estrange)  on  la  voit  soudain  naistre  |  Bl  a  mélange  les 
deux  textes  des  vers  25-27. 

40-42.  ^o-y^  un  point  après  dedans  (eti.  suiv.  corr.)  \  Ji-Sj  Au  devant 


1.  Huit  vers  suggérés  par  Horace,  Carm.\,u,  <)-2o;Epist.  ad  Pis. 6^-6%. 
La  parenthèse  rappelle  le  mirahile  dictu  ou  visu  des  poètes  latins. 

2.  Quatre  vers  imités  de  Virgile,  Gèorg.  l,  60-63  •  Continuo  lias 
leges  aeternaque  foedera  certis...,  avec  une  réminiscence  d'Ovide,  Met. 
I,  383  :  Ossaque  post  tergum  magnae  jactate  parentis. 

3.  duatre  vers  imités  d'Horace,  Carm.  I,  iv,  22-25,  ^^  surtout  IV, 
VII,  7-8  :  Immortalia  ne  speres  monet  annus...  Il  y  a  aussi  réminiscence 
de  Pindare,  Olytnp.  ii,  15-18,  ou  d'Horace,  Carm.  III,  xxix,  45-48. 

4.  Conclusion  inspirée  de  divers  passages  d'Horace,  entre  .lutres 
Carm.  III,  i,  25  et  suiv.  ;  m,  1-8. 


LIVRE    III,    ODE    XXIV  6$ 

A   JOACHIM    DU    BELLAI  [98  v^] 

ANGEVIN  ^ 

Ode  XXIV 

Si  les  âmes  vagabondes 

Çà  &  là,  des  pères  vieus, 

Apres  avoir  beu  les  ondes 

Du  dous  fleuve  oblivieus, 

Dedignans  l'obscur  séjour, 
Pleines  d'amour  de  la  vie  première 
Reviennent  voir  de  nos  cieus  la  lumière. 

Et  le  clair  de  noslre  jour  ^  : 

Si  ce  qu'a  dit  Pythagore 
Pour  vrai  l'on  veut  estimer, 
L'ame  de  Pétrarque  encore 
T'est  venue  r'animer  3  : 
L'expérience  est  pour  moi, 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxiv)  1550.  —  Sup- 
primée en  1553.  —  Rétablie  en  1555  (III,  xxix),  —  Œuvres  (Odes,  III, 
xxxi)  1560.  —  Supprimée  définitivement  en  1567.  —  Réimprimée  dans 
l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres, t. Il,  p.  449.  — Recueil  des  Pièces  retran- 
chées, 1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  465);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  117). 

2.  /j-^o  Ans  enfers,  des  pères  vieus 

<).  PR  i6op-i6^o  Desdaignans 

8.  ^o-6o,  PR  i6o(^-i6^o  un  point  après ']onr  (^Bl,  ML  corr.) 


1.  Voir  ci-dessus  Odes,  I,  ix  et  xvi  ;  III,  xiv  et  xv. 

2.  Cf.  Virgile,  En.  VI,  748  et  suiv. 

3.  Cf.  Du  Bellay,  Recueil  de    Poésie,  ode  à   Heroët,  vers  21-28   (éd. 
Chamard,  t.  III  des  Œuvres,  p.  136), 

Ronsard,  IL  5 


66  ODES 

Veu  que  son  livre  antiq'  tu  ne  leus  onques, 
15  Et  tu  écris  ainsi  comme  lui,  donques 

Le  même  esprit  est  en  toi  ^ 

Une  Laure  plus  heureuse 

Te  soit  un  nouveau  souci, 

Et  que  ta  plume  amoureuse  [99  r^J 

20  Engrave  à  son  tour  aussi 

Des  contens  l'heur  &  le  bien, 
A  celle  fin  que  nostre  siècle  encore 
Comme  le  vieil,  en  te  lisant  t'honore, 

Pour  gaster  l'encre  si  bien. 

2$  D'une  nuit  oblivieuse 

Pour  quoi  tes  vers  caches-tu  ^  ? 

La  lumière  est  envieuse 

S'on  lui  cèle  la  vertu  : 

Par  un  labeur  glorieus 
30  Ont  surmonté  les  fureurs  poétiques 

D'Homère,  Horace,  &  des  autres  antiques 

Les  siècles  injurieus. 

14.  ^/-éo  Veu  que  ces  (pour  ses)  vers  Tuscans 

21.  JJ-éo  Des  amoureus  le  dous  bien 

23.  ^0-60  viel  (corr.  d'après  les  errata) 

31.  60  Du  vieil  Homère,  &  des  autres  antiques 


1.  Ceci  contredit  la  déclaration  de  Du  Bellay  lui-même  :  «  Vrayment 
je  confesse  avoir  imité  Pétrarque...  »  (i"'  prêt,  de  VOlive,  1549).  A  sup- 
poser même  que  cette  ode  ait  été  écrite  peu  de  temps  après  la  ren- 
contre de  Ronsard  et  Du  Bellay,  il  n'est  guère  vraisemblable  qu'à  ce 
moment-là  Du  Bellay  n'ait  pas  encore  lu  Pétrarque,  étant  données  ses 
relations  avec  Peletier  à  Poitiers  en  1 546  (cf.  Chamard,  Joachim  du  Bellay, 
p.  30-36). 

2.  Ainsi  la  composition  de  cette  ode  est  assez  antérieure  à  la  publica- 
tion de  l'édition  princeps  de  VOlive.  Pour  moi,  c'est  la  première  de  celles 
que  Ronsard  adressa  à  Du  Bellay  ;  la  deuxième  serait  l'ode  xiv  du  livre 
III  dans  le  recueil  de  1550. 


4 


LIVRE  III,  ODE  XXV  67 

LA  DEFLORATION  DE  LEDE 
A  CASSANDRE  ^ 

DIVISÉE   PAR   QUATRE  POSES  ^ 

Ode  XXV 

Le  cruel  amour  vainqueur 

De  ma  vie  sa  sugette, 

M'a  si  bien  écrit  au  cueur 

Vostre  nom  de  sa  sagette  3,  [99  v°] 

Que  le  tens  qui  peut  casser 

Le  fer  &  la  pierre  dure, 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxv)  1550  ;  (xvii) 
1553  ;  (xxx)  1555.  —  CEuvres  (Odes,  III,  xxxii)  1560;  (xxxii  =  xxviii) 
1567;  (xxvni)  1571,  1573;  (xxvii)  1578;  (xxi)  1584;  (xx)  1587; 
1 592-1650. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  226);  Ma rty-La veaux  (t.  II,  p.  290). 

Titre,  yj-^o.  . .  divisée  par  trois  poses  |  ôy-Sj  La  défloration  de  Lede. 
(6j par  erreur  deploration)  |  Bl  De  la  défloration...  d'après  l'éd.  de  162^. 

I.  Ven-tête  de  Bl  Première  pause  ne  se  lit  dans  aucune  édition. 

1-8.  8y  Amour  dont  le  traict  vainqueur  Fait  en  mon  sang  sa  retraite, 
M'a  si  bien  escrit  au  cœur  Le  nom  de  ma  Cassandrette,  Que  le  tombeau 
mange-chair.  Logis  de  la  pourriture,  Ne  pourra  point  arracher  De  mon 
cœur  sa  pourtraiture 


1.  Sur  Cassandre,v.  ci-dessus 0(/^5,  II,v,vii  etxxiv;III,  xvi,  xx  et  xxi; 
ci-après,  IV,  viii,  x  et  xiv  ;  Bocage,  11,  m  et  ix.  —  La  composition  de 
cette  ode  est  vraisemblablement  antérieure  au  mariage  de  Cassandre,  qui 
eut  lieu  en  novembre  1546  :  après  cet  événement,  le  récit  que  le  poète 
lui  fait  de  la  défloration  de  Léda  aurait  perdu  tout  son  à  propos  (v. 
Ronsard  p.  lyr.,  p.  43-44). 

2.  Ronsard  a  emprunté  cette  division  en  poses  à  quelques-uns  des 
plus  longs  psaumes  de  Cl.  Marot,  tels  qu'ils  se  présentaient  à  lui  dans 
les  premières  éditions  (v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  390,  n.  2). 

3.  Souvenir  de  Pétrarque,  son.  v,  Qiiando  io  movo  i  sospiri...,  premier 
quatrain.  Ronsard  a  souvent  dit  qu'il  portait  le  nom  de  Cassandre  dans 
son  cœur.  Voir  la  note  suivante. 


68  ODES 

Ne  le  sçauroit  effacer 

Qu'en  moi  vivant  il  ne  dure  ^ 

Mon  lue  qui  des  bois  oiants 
lo  Souloit  alléger  les  peines  2, 

De  mes  yeus  tant  larmoiants 
Ne  tarist  point  les  fontaines, 
Et  le  souleil  ne  peut  voir 
Soit  quand  le  jour  il  apporte, 
15  Ou  quand  il  se  couche  au  soir 

Une  autre  douleur  plus  forte  3. 

Mais  vostre  cueur  obstiné, 
Et  moins  pitoiable  encore 
Que  rOcëan  mutiné 
20  Qui  lave  la  rive  more. 

Ne  prend  mon  service  à  gré, 


9-10.  Sj  Mon  Luth  qui  aux  bois  oyans  Souloit  raconter  mes  peines 

II.  SS-S"]  Las  !  de  mes  yeus  larmoiants 

13-15.  $$-81  Et  le  soleil  |  S']  Ou  quand  il  le  cache  au  soir 

20.  $$-8"]  Qui  baigne  la  rive  more  {et  More) 


I.  Cf.  le  sonnet  de  1553,  Mille  vraiment^  fin;  l'épître  de  1554,  Je  veu$ 
mon  cher Paschal,  vers  la  fin  :  «  ...jamais  le  tans  vainqueur  Des  amours, 
n'oustera  ce  beau  nom  de  mon  cœur  »  ;  l'élégie  de  1569  A  Cassandre  : 

L'absence,  ny  l'obly,  ny  la  course  du  jour 
N'ont  effacé  le  nom,  les  grâces,  ny  l'amour 
Qju'au  cœur  je  m'imprimay  des  ma  jeunesse  tendre, 
Fait  nouveau  serviteur  de  toy,  belle  Cassandre. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  xii,  7-12.  Ronsard  a  parlé  ailleurs  de  «  l'o- 
reille oyante  »  de  la  forêt  de  Gastine  (ci-dessus  Odes,  II,  xxiii),  et  des 
«  chesnes  aureillés  »  {Isles  fortunées^  i553)>  traduisant  l'expression  hora- 
tienne  «  auritas  quercus  ». 

3.  Bien  que  Pétrarque  ait  souvent  exprimé  les  mêmes  plaintes,  Ron- 
sard se  souvient  ici  plutôt  de  Virgile  peignant  la  douleur  d'Orphée, 
Géorg.  IV,  463-465  et  506-509. 


LIVRE   III,   ODE   XXV  69 

Ains  a  d'immoler  envie 

Le  mien,  à  lui  consacré 

Des  premiers  ans  de  ma  vie  ^ 

Juppiter  époinçonné  ^ 

De  telle  amoureuse  rage,  [100  r°] 

A  le  ciel  abandonné, 

Son  tonnerre,  &  son  orage. 

Car  l'œil  qui  son  cueur  étraint 

Comme  étràints  ores  nous  sommes, 

Ce  grand  seigneur  a  contraint 

De  tenter  l'amour  des  hommes  3. 

Impatient  du  désir. 
Naissant  de  sa  flamme  éprise, 
Se  laisse  à  l'amour  saisir 
Comme  une  dépouille  prise. 
Puis  il  a  bras,  teste,  &  flanc. 
Et  sa  deité  cachée 


26.  8']  De  telle  poignante  rage 

27-28.  $$-60  A  jadis  abandonné  Et  son  trône  &  son  orage:  j  6^-84 K 
jadis  abandonné  Ciel,  Trosne  (throsne  et  throne),  femme,  ménage  :  |  8y 
A  le  Ciel  abandonné  Lié  d'amoureux  servage 

53-34.  84-8J  Luy  porté  de  son  désir.  Naissant  d'une  flame  esprise 

35.  S5'^7  Se  laissa  d'Amour  saisir, 

38.  SS'^7  Et  sa  poitrine  cachée 


1.  Cf.  Pétrarque,  son.  xxix,  Quel  ch'in  Tcssag^lia,  tercets.  —  Pour  la 
comparaison  avec  l'Océan,  cf.  ci-dessus  Odes,l,  xix,  début,  et  III,  xix, 
45  (sources  :  Erasme,  Adages,  art.  Litiori  loqueris;  Sannazar,  Arcadia, 
trad.  J.  Martin,  f°  50  r»). 

2.  A  partir  d'ici,  Ronsard  s'est  inspiré  surtout  de  V Enlèvement  d'Eu- 
rope de  Moschos,  des  imitations  qu'en  ont  faites  Ovide  et  Horace,  et  de 
VEnlèvement  de  Proserpine  traité  par  Ovide  et  Claudien  (v.  Ronsard  p. 
lyr.,  p.  388  et  suiv.) 

3.  Ovide,  Met.  II,  846  et  suiv. 


70  ODES 

Sous  un  plumage  plus  blanc 
40  Que  le  laict  sus  la  jonchée  ^ 

En  son  col  meit  un  carcan, 
Avec  une  cheine,  où  l'œuvre 
Du  laborieus  Vulcan 
Merveillable  se  déqueuvre  ^. 
45  D'or  en  étoient  les  cerçeaus 

Piolés  d'aimail  ensemble, 
A  l'arc  qui  verse  les  eaus 
Ce  bel  ouvrage  ressemble.  [loo  v^] 

L'or  sus  la  plume  reluit 
50  D'une  semblable  lumière. 

Que  le  clair  œil  de  la  nuit  3 

Desus  la  nege  première  : 

Il  fend  le  chemin  des  cieus 

Par  un  voguer  de  ses  ailes, 
55  Et  d'un  branle  spatieus 

Tire  ses  rames  nouvelles  -i. 

40.  $0  lait  içorr.  aux  errata)  |  6o-8'/  sur  la  jonchée 
42-44.  54-^7  Taillé  d'artifice,  où  l'œuvre...  Admirable  sedescœuvre  | 
Bl.  a  mélangé  les  deux  textes  de  ces  vers. 

47.  ^^-60  A  l'arc  qui  note  les  eaus  |  6'/-8'^  texte  primitif 
4g.  J5  sus  sa  plume  ]  S5'^7  sur  la  plume 

54.  ô-j-Sj  D'un  long  branle  de  ses  aesles  (aisles  et  ailes) 

55.  6j-8j  Et  d'un  voguer  spatieux  {et  spacieux) 


1.  Comparaison  familière  à  Ronsard  (v.  ci-dessus  Odes,  II,  viii,  4). 
Ovide  compare  la  blancheur  de  Jupiter-taureau  à  celle  de  la  neige  encore 
intacte;  notre  poète  s'en  souviendra  ci-après,  au  vers  52. 

2.  Soit  pour  faire  croire  à  Léda  qu'il  est  un  cygne  domestique  et 
l'approcher  plus  aisément  (cf.  le  cerf  de  Cyparissus  dans  Ovide,  Met.  X, 
iio  et  suiv.),  soit  pour  se  parer  par  coquetterie  et  mieux  séduire  Léda 
(cf.  Mercure  dans  Ovide,  Met.  Il,  732  et  suiv.). 

3.  Cette  périphrase  a  son  pendant  :  Ronsard  appelle  le  soleil  <r  l'œil 
des  Dieux  »  (ci -dessus.  Odes,  III,  x,  60),  ou  «  l'œil  de  Dieu  »  {Stances, 
Bl.  IV,  137),  comme  Ovide  avait  dit  :  Mundi  oculus  {Met.  IV,  228). 

4.  Souvenir  de  Virgile  décrivant  le  vol  de  Mercure  :  Volât  ille  pcr 


LIVRE   III,    ODE   XXV  7I 

Comme  l'aigle  fond  d'en  haut 
Ouvrant  Tépés  de  la  nuë, 
Sur  l'aspic  qui  lesche  au  chaut 
Sa  jeunesse  revenue  ^  : 
Ainsi  le  Cigne  volloit 
Contrebas,  tant  qu'il  arrive 
Desus  l'estang  où  soulloit 
Jouer  Lede  sur  la  rive  ^. 

Quand  le  ciel  eut  allumé 

Le  beau  jour  par  les  campaignes, 

Elle  au  bord  acoutumé 

Mena  jouer  ses  compaignes  : 

Et  studieuse  des  fleurs  3 

En  sa  main  un  panier  porte,  [loi  r»] 

Paint  de  diverses  couleurs, 

Et  paint  de  diverse  sorte  4. 


58.  ôj-Sy  Ouvrant  l'espés  {et  l'espais)  de  la  nuë 
66-68.  ^^-8j  rimes  campagnes...  compagnes 

72.  6y-j^  Qui  meinte  histoire  raporte  |  y8-8y  Et  d'histoire  en  mainte 
sorte 


aéra  magnum  Remigio  alarum  {En.  I,  300;  cf.  IV,  245-257).  Ronsard  a 
imité  tout  au  long  ces  passages  de  Virgile  dans  l'Hymne  triumphal  sur  le 
trépas  de  Marguerite  de  Valois,  paru  en  1551  (RI.  II,  321-322). 

1.  Souvenir  d'Ovide,  Met.  IV,  712  et  suiv.,  et  de  Virgile,  En.  II, 
473.  Une  comparaison  analogue,  qui  se  trouve  dans  Ovide,  Met.  Il, 
716  et  suiv.,  a  été  utilisée  par  Baïf  dans  son  Ravissement  d'Europe  (publié 
en  1552  ;  v.  l'éd.  M.-L.,  t.  II,  p.  427).  — Sur  le  serpent  qui  se  rajeunit 
en  changeant  de  peau,  v.  encore  Tibulle,  I,  iv,  27  et  suiv.,  et  Ovide, 
Ars  amat.  III,  77. 

2.  Ces  quatre  vers  sont  faits  de  deux  réminiscences  :  Virgile,  En.  IV, 
254-255  ;  Ovide,  Met.  II,  844-845. 

3.  Horace,  Carm.  III,  xxvir,  29  :  in  pratis  studiosa  florum, 

4.  Ronsard  a  emprunté  l'idée  de  la  description  du  panier  à  Moschos. 
Mais,  tandis  que  Baïf  dans  son  Ravissement  d'Europe  a  suivi  pour  cette 
description  le  modèle  grec  vers  par  vers  (éd.  M.-L.,  t.  II,  p.  424-425), 
Ronsard  a  pris  les  détails  ailleurs. 


72  ODES 


SECONDE    POSE 

D'un  bout  du  panier  s'ouvroit 

Entre  cent  nues  dorées, 
75  Une  Aurore  qui  couvroit 

Le  ciel  de  fleurs  colorées  : 

Ses  cheveus  vagoient  errans 

Soufflés  du  vent  des  narines 

Des  prochains  chevaus  tirans 
80  Le  souleil  des  eaus  marines. 

Comme  au  ciel  il  fait  son  tour 
Par  sa  voie  courbe  &  torte, 
Il  tourne  tout  à  l'entour 
De  l'anse  en  semblable  sorte  : 
85  Les  nerfs  s'enflent  aus  chevaus 

Et  leur  puissance  indontée 
Se  lasse  sous  les  travaus 
De  la  pénible  montée  ^ 

La  mer  est  painte  plus  bas, 
90  L'eau  ride  si  bien  sur  elle,  [loi  v°] 

Qu'un  pescheur  ne  nîroit  pas 
Qu'elle  ne  fust  naturelle  2. 

73-74.  84-8^  Seconde  pause.  Du  haut  du  panier  s'ouvroit  A  longues 
tresses  dorées 
78-80.  S'^'SS  '^'*r^'  (^P^'è^  narines  (éd.  suiv.  corr.)  \  ^S~^7  ^^  Soleil 
81.  éj-Sj  Ainsi  qu'au  Ciel  fait  son  tour 

86.  S^'7^  virg .  après  indontée  {éd.  suiv.  corr.) 

87,  y8-8j  Se  roidist  sous  les  travaux 


1.  Souvenir  d'Ovide,  Met.  II,  63-70. 

2.  Ihid.Vl,  104  :  Verumtaurum,  fréta  vera  putares.  C'est  précisément 
dans  cette  description  de  la  tapisserie  d'Arachné  que  se  trouve  le  seul 
vers  des  Met.  relatif  à  Léda  :  Fecit  olorinis  Ledam  recubare  sub  alis. 


LIVRE    III,    ODE   XXV  73 

Ce  soleil  tumbant  au  soir 
Dedans  l'onde  voisine  entre, 
95  A  chef  bas  se  laissant  cheoir 

Jusqu'au  fond  de  ce  grand  ventre. 

Sur  le  sourci  d'un  rocher 
Un  pasteur  le  loup  regarde, 
Qui  se  haste  d'aprocher 
oo  Du  couard  peuple  qu'il  garde  ^  : 

Mais  de  cela  ne  lui  chaut, 
Tant  un  limas  lui  agrée, 
Qui  lentement  monte  en  haut 
D'un  lis,  au  bas  de  la  prée  ^. 

05  Un  Satire  tout  follet 

En  folâtrant  prend,  &  tire 

La  panetière,  &  le  lait 

D'un  autre  follet  Satire. 

L'un  court  après  tout  ireus, 
10  L'autre  défend  sa  despouille. 

Le  laict  se  verse  sur  eus 

Qui  sein,  &  menton  leur  souille. 

Deus  béliers  qui  se  hurtoient  [102  r^] 

Le  haut  de  leurs  testes  dures, 


103.  SS'^7  monte  au  haut 

106.  SS'^4  Laron,  en  folâtrant  tire  |  8j  De  sa  main  larronne  tire 


1.  C.-à-d.  :  le  loup  regarde  un  pasteur  et  se  hâte  d'approcher  des  mou- 
tons dont  ce  pasteur  à  la  garde. 

2.  Cf.  une  description  analogue  de  Théocrite,  Idylle  i  :  sur  un  vase  le 
ciseleur  a  représenté  un  enfant  tellement  absorbé  par  la  fabrication  d'un 
piège  à  sauterelles,  qu'il  ne  voit  pas  le  renard  qui  lui  mange  sa  vigne,  ni 
celui  qui  lui  dérobe  son  déjeûner. 


74  ODES 

115  Portréts  aus  deus  borts  estoient 

Pour  la  fin  de  ces  paintures. 
Tel  panier  en  ses  mains  meit 
Lede  qui  sa  troppe  excelle, 
Le  jour  qu'un  oiseau  la  feit 

120  Femme  en  lieu  d'une  pucelle. 

L'une  arrache  d'un  doi  blanc 
Du  beau  Narcisse  les  larmes, 
Et  la  lettre  teinte  au  sang 
Du  Grec  marri  pour  les  armes  : 
125  De  crainte  l'œillet  vermeil 

Pallit  entre  ces  piglardes, 
Et  la  fleur  que  toi  soleil 
Des  cieus  encor  tu  regardes  ^ 

A  l'envi  sont  ja  cueillis 
130  Les  vers  trésors  de  la  plaine. 

Les  bascinets,  &  les  lis. 


115.  6']-']^  Pourtraits  |  'j8-8']  Portraits 

116.  $0  ses  paintures  {corr.  aux  errata^  mais  la  faute  reparait  en  JS  ^^ 
dans  les  éd.  suiv.,  y  compris  Bl  et  ML) 

125.  S^'^7  l'oillet  Icorr.  d'après  d'autres  passages  et  les  éd.  suiv.) 

126.  6'j-8'j  ces  pillardes 

131.  Sj  Les  Coquerets  &  les  Lis  |  Bl.  a  conserve  Les  bassinets  tout  en 
adoptant  le  texte  de  8j  pour  la  fin  de  la  strophe. 


I.  La  suite  des  idées  est  la  même  que  dans  Mosclios,  op.  cit.  :  «  Telle 
était  la  corbeille  de  la  très  belle  Europe.  Dés  qu'elles  furent  arrivées 
dans  les  prés  en  fleur^  elles  se  réjouirent  chacune  de  la  fleur  qui  lui 
plaisait  le  plus  :  l'une  cueillait  le  narcisse  odorant,  l'autre  l'hyacinthe, 
l'autre  la  violette,  l'autre  le  serpolet...  »;  mais  les  détails  de  l'expression 
viennent  d'Ovide  et  de  Claudien.  Cf.  Ovide,  Fastes,  IV,  429-444  (enlè- 
vement de  Proserpine);  pour  les  périphrases  mythologiques  désignant  les 
fleurs,  voir  Met.  III,  509  ;  IV,  254;  XIII,  395  et  suiv.  Claudien  a  fait  un 
tableau  analogue  des  jeunes  filles  pillant  les  fleurs  du  vallon  dans  son 
Raptus  Proserpinae,  II,  depuis  :  Pratorum  spoliatur  honos...  jusqu'à  : 
iEstuat  ante  alias. . . 


LIVRE   III,    ODE   XXV  75 

La  rose,  &  la  marjolaine  '  : 
Quand  la  vierge  dist  ainsi 
(Jettant  sa  charge  odorante 
Et  la  rouge  fueille  aussi 
De  l'immortel  Amaranthe.) 


TIERCE    POSE  [102  v»] 

Allon  trouppeau  bienheureus 
Que  j'aime  d'amour  naïve, 
Ouïr  l'oiseau  douloureus 
140  Qui  se  plaint  sur  nostre  rive. 

Et  elle  en  hastant  ses  pas 
Fuit  par  l'herbe  d'un  pié  vite, 
Sa  troupe  ne  la  suit  pas 
Tant  sa  carrière  est  subite. 

145  Du  bord  lui  tendit  la  main, 

Et  l'oiseau  qui  tresaut  d'aise, 
S'en  aproche  tout  humain 
Et  le  blanc  ivoire  baise  : 


134-136.  yj-^o  (Jettant  des  fleurs  l'odorante  Moisson,  &  la  fueille  aussi 
De  l'immortel  Amaranthe.)  |  6-J-84  (Laissant  la  rose  odorente  Et  la  belle 
fueille  aussy  De  l'immortel  Amaranthe.)  mais  ^8-84  deux  points  en  fin  de 
parenthèses  |  8y  De  son  Destin  ignorante  :  De  tant  de  fleurs  que  voicy 
Laisson  la  proye  odorante. 

137.  ^ ^-8 j suppriment  V en-tête  Titxct  pose 

140.  ^o-j^  deux  points  après  rive  {éd.  suiv .  corr.) 

141.  8j  Lors  elle  en  hastant  le  pas  \  Bl.   a  mélangé  les  deux  textes. 

142.  6'j-8']  Court  par  l'herbe  d'un  pied  vite 
146,  SS'^l  qui  tressaut 


I.  Cf.  Ovide,  Met.  V,   391-394  :  ,..Q.uo  dum  Proserpina  luco  Ludit, 
et  aut  violas,  aut   candida  lilia  carpit... 


76  ODES 

Ores  l'adultère  oiseau 
150  Au  bord  par  les  fleurs  se  joue, 

Et  ores  au  haut  de  l'eau 
Tout  mignard  foUatre,  &  noue. 

Puis  d'une  gaie  façon 

Courbe  au  dos  l'une  &  l'autre  aile, 
ISS  Et  au  bruit  de  sa  chançon 

Il  apprivoise  la  belle  : 

La  nicette  en  son  giron 

Reçoit  les  flammes  segrettes. 

Faisant  tout  à  l'environ  [103  r»] 

160  Du  Cigne  un  lit  de  fleurettes  ^ . 

Lui  qui  fut  si  gratieus, 
Voiant  son  heure  oportune, 
Devint  plus  audatieus 
Prenant  au  poil  la  fortune  : 
165  De  son  col  comme  ondes  long 

Le  sein  de  la  vierge  touche. 
Et  son  bec  lui  meist  adonc 
Dedans  sa  vermeille  bouche. 

Il  va  ses  ergots  dressant 
170  Sur  les  bras  d'elle  qu'il  serre, 

Et  de  son  ventre  pressant 
Contraint  la  rebelle  à  terre. 


152.  jj-<Ç7  Tout  mignard  près  d'elle  noiie 

158-160.  yi-Sy  flammes  secrettes  |  jo  virg.  après  QigwQ  (éd.  suiv,  corr.) 
161-163.  S^'SS  gratieus  sans  virg.  (éd.   suiv.  corr.)  |  7J-8y  rimes  gra- 
cieux... audacieux 


I.  Ces  deux  strophes  sont  imitées  d'Ovide,  Met.  II,  861-868. 


LIVRE    III,    ODE   XXV  77 

Sous  l'oiseau  se  débat  fort, 
Le  pince,  &  le  mord,  si  est-ce 
Qu'au  milieu  de  tel  effort 
Eir  sent  ravir  sa  jeunesse  '. 

Le  cinabre  çà  &  là 

Coulora  la  vergogneuse  ^, 

A  la  fin  elle  parla 

D'une  bouche  dédaigneuse  : 

D'oij  es  tu  trompeur  voilant, 

D'où  viens  tu,  qui  as  l'audace  [103  v^] 

D'aller  ainsi  violant 

Les  filles  de  noble  race  3  ? 

Je  cuidoi  ton  cueur,  helas, 
Semblable  à  l'habit  qu'il  porte, 
Mais  (hé  pauvrette)  tu  l'as 
A  mon  dam  d'une  autre  sorte. 
O  ciel  qui  mes  cris  entens, 
Te  voir  donc  encores  j'ose, 
Apres  que  mon  beau  printens 
Est  dépouillé  de  sa  rose. 

Plus  tost  vien  pour  me  manger 
O  vefve  Tigre  affamée, 

176,  j8-8j  Sentit  ravir  sa  jeunesse 

178.   71-^7  Couloura  la  vergogneuse  {et  vergongneuse) 
180.  S'^'73  virgule  après  dédaigneuse  (éd.  suiv.  corr.) 
190-191.  /j-^7  Morte  puissai-je  estre  enclose  (^7  Puisse-je  estre  morte 
enclose)  Là  bas,  puis  que  mon  printans 
194.  SS'^7  O  veufve  Tigre  (et  tigre) 


1.  Cf.  Ovide,  Met.  II,  430-436  (Calisto  violée  par  Jupiter) 

2.  Ibid.  450  :  ...et  laesi  dat  signa  rubore  pudoris. 

3.  Mouvement  imité  de  Moschos,  op.  cit.  :  «  Où  me  portes-tu,  divin 
taureau  ?  Qui  es-tu  ?...  » 


7  8  ODES 

195  Que  d'un  oisel  étranger 

Je  soi  la  femme  nommée  ^ 
Ses  membres  tombent  peu  forts, 
Et  dedans  la  mort  voisine 
Ses  yeus  ja  nouoient,  alors 

200  Que  lui  répondit  le  cigne. 


aUATRiÉME    POSE 

Vierge,  dit  il,  je  ne  suis 
Ce  qu'à  me  voir  il  te  semble, 
Plus  grande  chose  je  puis  [104  r°] 

Qu'un  cigne  à  qui  je  resemble. 
205  Je  suis  le  maistre  des  cieus. 

Je  suis  celui  qui  deserre 
Le  tonnerre  audacieus 
Sur  les  durs  flancs  de  la  terre. 

La  contraignante  douleur 
210  Du  tien  plus  chaut  qui  m'allume, 

M'a  fait  prendre  la  couleur 
De  cette  non  mienne  plume  : 
Ne  te  va  donc  obstinant 


195.  Le  texte  de  Bl  oiseau  estranger  est  fautif  . 

196.  ^o-y^  deux  points  après  nommÔQ  {éd.  suiv.  corr.) 

200.  y^-Sj  deux  points  en  fin  de  vers. 

201.  SS'^7  ^n-téte  Troisième  pose  (54-^7  pause)  |  S*^'?^  n'ont  pas  dit  il 
entre  virgules  (éd.  suiv.  corr.) 

205.  87  des  Dieux 


I.  Les  vers  189-196  sont  imités,  pour  le  mouvement  et  l'idée,  d'Ho- 
race, Carm.  III,  xxvii,  50-56. 


LIVRE   III,    ODE   XXV  79 

Contre  l'heur  de  ta  fortune, 

Tu  seras  incontinant 

La  belle  seur  de  Neptune  ^ 

Et  si  tu  pondras  deus  œufs 
De  ma  semance  féconde, 
Ainçois  deus  triumphes  neufs 
Futurs  ornemens  du  monde  : 
L'un,  deus  jumeaus  éclorra, 
PoUux  vaillant  à  l'escrime. 
Et  son  frère  qu'on  loura 
Pour  des  chevaliers  le  prime  ^. 

Dedans  l'autre  germera 

La  beauté  au  ciel  choisie,  [104  v°] 

Pour  qui  un  jour  s'armera 

L'Europe  contre  l'Asie  3. 

A  ces  mots  ell'  se  consent 

Recevant  telle  avanture. 

Et  ja  de  peu  à  peu  sent 

Haute  élever  sa  ceinture. 


225-224.  éy-y^  Et  son  frère  qui  sera  De  tous  chevaliers  l'estime  {yi- 
y]  par  erreur  De  son  frère)  |  yS-Sy  Et  son  frère  qui  aura  Sur  tous 
Chevaliers  Testime 

228.  jo-y^  deux  points  après  Asie  (éd.suiv.corr.) 

229,  Le  texte  de  Bl  elle  consent,  emprunté  à  Véd.  de  léoc^,  est  fautif. 


1.  Cf.  Moschos,  0^.  cit.  :«  Rassure- toi,  vierge,  et  ne  crains  pas  les 
flots  marins.  Je  suis  Zeus  lui-même...  L'amour  que  j'ai  pour  toi  m'a 
poussé  à  traverser  une  si  longue  mer  sous  la  forme  d'un  taureau...  Tu 
concevras  de  moi  d'illustres  fils...  »  ;  Horace,  Carm.  III,  xxvii,  dernière 
strophe.  Enfin,  dans  Claudien,  op.  cit.,  Pluton  console  aussi  Proserpine 
de  la  même  façon. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  xir,  25  :  «  puerosque  Ledae,  Hune  equis, 
illum  superare  pugnis  Nobilem  »  ;  Sat.  II,  i,  20  :  «  Castor  gaudet  equis  ; 
ovo  prognutus  eodem,  pugnis  ».  Source  grecque  :  Théocrite,  xxir,  début. 

3.  Cf.  Horace,  Epist.  ad  Pis.  147  :  Necgemino  bellum  Trojanum  ordi- 
tur  ab  ovo. 


80  ODES 


A  MERCURE 


Ode  XXVI 

Facond  neveu  d'Atlas,  Mercure, 
Qui  as  pris  le  soin  &  la  cure 
Des  bons  espris  sur  tous  les  dieus  : 
Accorde  les  nerfs  de  ma  lire, 
5  Et  fai  qu'un  chant  je  puisse  dire 

Qui  ne  te  soit  point  odieus  ^ 

Honore  mon  nom  par  tes  Odes,' 
L'art  qu'on  leur  doit,  leurs  douces  modes 
A  ton  disciple  ramentoi  : 
lo  Comme  à  celui  que  Thebes  vante 

Montre  moi,  affin  que  je  chante 
Un  vers  qui  soit  dinne  de  toi. 

Je  garnirai  tes  talons  d'ailes,  [105  r°] 

Ton  chapeau  en  aura  deus  belles, 


Éditions.  — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxvi)  1550  ;  (xviii) 
1553  ;  (xxxi)i555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxxiii)  1560;  (xxxiii  =  xxix) 
1567  ;  (xxix)  1571,  1575  ;  (xxviii)  1578.  —  Supprimée  en  1584.  — 
Réimprimée  dansl'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  450.  —  Recueil 
des  Pièces  retranchées,   1609,  1617,  1625,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  421)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  83). 

2.  S ^-78  Qui  le  soin  as  pris  &  la  cure 

5.  ^^-78  j'y  puisse  dire 

12.  67-78  digne  de  toy 

14.  SS~7^  Ta  Capeline  de  deus  belles 


I.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  x,  début  ;  III,  xi,  début.  Au  reste,  toute  la 
pièce  est  librement  imitée  de  la  première  de  ces  odes  ;  Ronsard  a  changé 
l'ordre  des  idées  et  les  a  développées  à  l'aide  de  souvenirs  de  Virgile  et 
d'Homère . 


LIVRE   III,    ODE   XXVI  8l 

Ton  baston  je  n'oublirai  pas, 
Dont  tu  nous  endors,  &  reveilles, 
Et  fais  des  euvres  nom  pareilles 
Au  ciel,  en  la  terre,  &  là  bas  K 

Je  ferai  que  ta  main  déçoive 
Sans  que  nul  bouvier  l'aperçoive 
Phebus,  qui  suit  les  pastoureaus  : 
Lui  dérobant  &  arc,  &  trousse, 
Lors  que  plus  fort  il  se  courrousse 
D'avoir  perdu  ses  beaus  toreaus. 

Je  dirai  que  ta  langue  sage, 
Aporte  par  l'air  le  message 
Des  dieus,  aus  peuples,  &  aus  rois. 
Lors  que  les  peuplés  se  mutinent. 
Ou  lors  que  les  rois  qui  dominent 
Violentent  les  saintes  lois  ^. 

Comme  il  me  plaist  de  te  voir  ores 

Aller  parmi  la  nuit  encores 

Avec  Priam  au  camp  des  Grées, 

Rachetant  par  or,  &  par  larmes, 

La  fleur  des  magnanimes  armes 

Hector,  qui  causa  ses  regrets  3.  [105  v°] 


20.  J/-75  mettent  ce  vers  en  parenthèses. 
25.  y^-yS  suppriment  la  virgule  après  sage 

33.  jS'7]  point  exclamât  if  après  Grées 

34.  jo  Rachatant  (corr.  aux  errata)  |  j y -7^  Racheter  par  dons 
56.  jj-60  tes  regrets  |  6'y-y8  texte  primitif 


1.  Horace,  Carm.  I,  x,  fin  ;  Virgile,  En.  IV,  242-244. 

2.  Horace,  ibid.,  5-6  ;  Virgile,  En.  I.  297  et  suiv.  ;  IV,  238  et  suiv. 

3.  Horace,  ibid.,  13  ;  Homère,  II.  XXIV,  334  et  suiv. 

Ronsard,  II,  6 


82  ODES 

C'est  toi  qui  guides,  &  accordes 
L'ignorant  pouce  sus  mes  chordes, 
Sans  toi  sourdes  elles  sont,  Dieu, 
40  Sans  toi  ma  guiterre  ne  sonne, 

Cest  par  toi  qu'ell'  chante  &  resonne. 
Si  elle  chante  en  quelque  lieu  ^ 

Fai  que  toute  France  me  loue. 
M'estime,  me  prise,  m'aloue 
45  Entre  ses  Poètes  parfaits. 

Je  ne  sen  point  ma  vois  si  basse, 
Qja'un  jour  le  ciel  elle  ne  passe 
Chantant  de  son  Prince  les  faits  2. 


A   MICHEL  PIERRE  DE  MAULEON 

PROTENOTERE   DE   DURBAN  3 

Ode  XXVII 

Je  ne  suis  jamais  paresseus 
A  consacrer  le  nom  de  ceus 


41.  yS  Par  toy  elle  chante  &  fredonne 

44.  jo  m'alouë (e'i.  suîv.corr.)  \  6 j-j8  m\vo\xt(^6'j par  erreur m\-\o\xt) 

48.  ôj'yS  de  mon  Prince 

Éditions. —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (III,  xxvii)  1550;  (xix) 
J553  ;  (xxxii)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  III,  xxxiv)  1560;  (xxxiv  =  xxx) 
1567;  (xxx)  1571,  1573;  (xxix)  1578;  (xxir)  1584.  —  Supprimée  eu 
1587.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  l.  II,  p.  452.  — 
Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  423)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  297). 

Titre.  84  sans  titre  \  Bl  protonot^ire  (texte  fautif  ) 


i.  Horace,  Carm.  I,  x,  6;  cf.  l'ode  à  Calliope,  Descende  cxlo,  passim. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  i,  fin  ;  IV,  m,  fin;  ci-dessus  Odes,  I,xx,  fin. 

3.  M. -P.  de  Mauléon,  d'abord  conseiller  au  Parlement  de  Toulouse, 


LIVRE   III,    ODE   XXVII  83 

Qui  sont  altérés  de  la  gloire. 

Et  nul  mieus  que  moi,  par  ses  vers 

Ne  bâtist  dedans  l'univers  [106  r°] 

Les  colonnes  d'une  mémoire  ^ 

Mauleon,  tu  te  peus  vanter 
Puisque  Ronsard  te  veut  chanter 
Que  tu  devanceras  la  fuite 
Du  tens  empané  jour  &  nuit, 
Qui  avec  lui  traine  &  conduit 
Le  long  silence  pour  sa  suite  2. 

Mais  par  où  doi-je  commancer 
Pour  tes  louanges  avancer  ? 
Ton  abondance  me  fait  pouvre, 
Tant  la  nature  heureus  t'a  fait, 
Et  tant  le  ciel  de  son  parfait 
Prodigue  vers  toi  se  découvre  3 . 


5,  SS'^4  Q-'^i  se  font  dignes  de  la  gloire 

4.  84  Et  nul  peut-estre,  par  ses  vers 

5.  SS'^4  ^^  ^^^^  bâtist  dans  {84  en)  l'univers  |  Bl.  a  mélangé  dans  les 
vers  3-5  les  leçons  de  jo  et  de  jj. 

9-12.  SS'^4  0}iQ  tu  devanceras  les  ailes  Du  tans  (et  temps)  qui  vole, 
&  qui  conduit  Volontiers  une  obscure  nuit  Aus  vertus  qui  sont  les  plus 
belles 


fut  nommé  conseiller  au  Parlement  de  Paris  en  juillet  1555  (Fr.  Blan- 
chard, Catalogue  des  Conseillers).  Ailleurs,  Ronsard  l'appelle  Durban,  du 
nom  de  son  bénéfice  ecclésiastique  (sonnet  De  toy  Paschal,  dans  les 
Amours  de  1552;  épitre  A  Pierre  de  Pascal,  fin,  et  ode  A  Michel  Pierre  de 
Mauleon^  début,  dans  le  Bocage  de  1554).  Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p,  50-51. 

1.  Pindare  dit  uTîspeïaai  XtOov  Moiaaiov  (Ném.  vin,  fin).  Cf.  ci-des- 
sus Odes,  II,  I,  15. 

2.  Cf.  Pindare,  Pyth.  v,  46  et  suiv.  ;  ci-dessus  Odes,  I,  i  et  vu. 

3.  Procédé  pindarique  (v.  ci-dessus  Odes,  I,  vi,  épode  i).  Peut-être 
Ronsard  l'a-t-il  emprunté  à  Théocrite,  Idylle  xvii,  11-12  :  «  Laquelle 
louerai-je  d'abord  des  mille  vertus  dont  les  dieux  ont  orné  le  meilleur 


84  ODES 

Certes  la  France  n'a  point  veu 
20  Un  homme  encores  si  pourveu 

Des  biens  de  la  Muse  éternelle, 
Ne  qui  dresse  le  vol  plus  haut, 
Ne  mieus  guidant  l'outil  qu'il  faut 
Pour  nôtre  langue  maternelle  ^ 

2$  Car  soit  en  prose  ou  soit  en  vers 

Minant  maint  beau  trésor  divers 

Tu  nous  fais  riches  par  ta  peine,  [106  v^] 

Industrieus  à  refuser 

Qu'un  mauvais  son  vienne  abuser 
50  Le  goust  de  ton  oreille  saine. 

Le  ciel  ne  t'a  pas  seuUement 
Elargi  prodigallement 
Mille  presens  :  mais  davantage 
Il  veut  pour  te  favoriser 
35  Te  faire  vanter  &  priser 

Par  les  plus  doctes  de  nostre  âge 2. 


22.  jo-j^  haut  sans  virg.  {éd.  sutv.  corr.)  \  PR  i6iy-i62)f  Bl  son  vol 
(texte  fautif) 

27-30.  So-S^  riche  (cd.  suiv.  corr.)  \  $$-13  Tant  soit  peu  ton  oreille 
saine  |  ']8-84  La  loy  de  ton  oreille  saine 


des  rois?  »  —  car  il  a  repris  les  mêmes  expressions  en  1555  dans  V Hymne 
du.  Roy  Henri  //,  v.  64-66,  imitant  l'Eloge  de  Ptolémée  : 

Ainsi  je  reste  pauvre,  &  le  trop  d'abondance 
De  mon  riche  sujet,  m'engarde  de  penser 
A  laquelle  de  tant  il  me  faut  commencer. 

1.  Mauléon    écrivait    en    français,   tandis  que   son  inséparable  ami 
Paschal  écrivait  en  latin.  Voir  les  notes  suivantes. 

2.  Muret  cite  cette  strophe  et  les  deux  suivantes  dans    son  commen- 
taire du  sonnet  de  Ronsard  De  toy  Paschal. . , 


LIVRE    111,    ODE   XXVII  85 

Languedoc  me  sert  de  témoin, 
Voire  Venise,  qui  plus  loin 
S'émerveilla  de  voir  la  grâce 
40  De  ton  Paschal,  qui  louengeant 

Les  Mauleons,  alla  vengeant 
L'outrage  fait  contre  ta  race  ^ 

Lors  qu'au  meillieu  des  Pères  vieus 
Dégorgeant  le  présent  des  Dieus 
45  Par  les  torrens  de  sa  harangue, 

Il  embla  l'esprit  des  oians 
Comme  épies  çà  &  là  ploians 
Dessous  le  dous  vent  de  sa  langue  : 

Liant  par  ses  mots  courageus  [107  r°] 

50  Au  col  du  meurtrier  outrageus 

Une  furie  vengeresse, 
Qui  plus  que  l'horreur  de  la  mort 
Encores  lui  ronge  &  lui  mord 
Sa  conscience  pécheresse  ^. 


37.  ^^-84  m'en  sert  de  témoin 

43.  /_j  Lors  au  milieu  |  j'j-7<?  Lors  qu'au  meilleu  (millieu  et  milieu) 
43-45.  84  Lors  qu'au  milieu  des  Sénateurs  Passant  les  premiers  inven- 
teurs D'éloquence  par  sa  harangue 
46.  SS'^4  Déroba  l'esprit  des  oians 
48.  ^o-j^  un  point  après  langue  (éd.  suiv.  corr.) 
50.  jJ-^4  meurdrier 


1.  Jean  de  Mauléon  fut  assassiné  à  Padoue,  où  il  s'était  rendu  pour 
étudier  le  droit  civil. 

2.  Sur  Paschal,  v.  ci-dessus  Odes,  I,  xix.  —  Du  Verdier  dit  dans  sa 
Bibliothèque,  t.  III,  p.  313  :  «  Je  n'ai  vu  d'icelui  Paschal  autre  chose  qu'une 
Oraison  ou  Harangue  en  latin,  parlui  prononcéeau  Sénat  de  Venise,  contre 
les  meurtriers  de  Jean  de  Mauléon;  une  autre  des  Loix,  faite  à  Rome, 
lorsqu'il  prit  son  degré  en  droit,  et  quelques  Epistrcs  latines  écrites  en 
son  voyage  d'Italie  :  le  tout  témoignant  à   la  vérité  qu'il  étoit  éloquent 


86  ODES 

5$  Mais  ni  son  stile,  ni  le  mien, 

Ne  te  sçauroient  chanter  si  bien 
Que  toi-même,  si  tu  découvres 
Tes  labeurs  écris  doctement. 
Par  lesquels  manifestement 

60  Le  chemin  du  ciel  tu  nous  ouvres. 

Car  toi  volant  outre  les  cieus 
Tu  as  pillé  du  sein  des  Dieus 
Le  Destin,  &  la  Prescience, 
Et  le  premier  tu  as  osé 
6^  Avoir  en  François  composé 

Les  secrets  de  telle  science  ^ 


FIN    DU   TROISIEME   LIVRE 


58-59.  jo  Par  les  quels  (éd.  suiv.  corr.  maïs  jj  a  lequels^flr  erreur)  \ 
84  Ton  labeur  doctement  escrit,  Où  par  le  vif  de  ton  esprit 
64.  SS'^4  Et  le  premier  as  bien  osé 


et  bon  orateur  en  latin,  et  imprimé  à  Lyon,  in-8°,  par  Sébastien  Gry- 
phius,  l'an  1548.»  —  De  son  côté,  Michel-Pierre  de  Mauléon  a  publié 
VOraison  de  M.  Pierre  Paschal.,  prononcée  au  Sénat  de  Venise,  contre  les 
meurtriers  de  l'archidiacre  de  Mauleon,  traduicte  de  latin  en  français.  Du 
mesme:  France  par  prosopopée,  à  la  Republique  de  Venise  (Paris,  Vascosan, 

1549)- 

I.  Cet  ouvrage  de  métaphysique,  ou  simplement  d  astrologie,  écrit 

en  français,  ne  semble  pas  avoir  été  publié,  malgré    les  instances   de 

Ronsard . 


QUATRIEME  LIVRE  DES  ODES 
DE    PIERRE    DE    RONSARD    VANDOMOIS 


EPITHALAME  D'ANTOINE  DE  BOURBON       [107  vo 
ET  DE  JANNE  DE  NAVARRE 

Ode  I 
(Voir  ci-dessus  Iqs [Premières  Poésies},  p.  9). 

A  BOUJU  ANGEVIN  ^ 

Odë  II 

Cetui-ci  en  vers  les  gloires 
Des  Dieus  vainqueurs  écrira, 
Et  cetui-là  les  victoires 
De  nos  vieus  princes  dira. 


Ode  I,  —  Les  var.  que  Bl.  donne  à  la  date  de  i^jo  sont  en  partie  erro- 
nées :  pour  le  vers  7,  En  chantant  toutes  nues  est  de  son  invention,  au  lieu  de 
En  dansant;  pour  le  vers  18, Telle  elle  est  entre  nous  est  le  texte  de  IS49  ! 
pour  les  vers  ^^  et  48,  Ny  ta  jeunesse...  Divin  présent  des  cieux  sont  des 
corrections  de  lui. 

I^DiTiONS.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (V^ ,  11)  1550.  —  Suppri- 
mée en  IS53-  —  Réimprimée  dans  Téd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II, 
p.  454.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617, 1625,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  457)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  109). 


I.  Sur  ce  personnage,  v.  ci-dessus  Odes,  I,  x. 


88  ODES 

5  Mais  moi  je  veil  que  ma  Muse 

Répande  ton  nom  par  l'air  % 
Et  que  toute  s'i  amuse 
Si  peu  qu'elle  sçait  parler  : 

Pour  estre  de  nostre  France 
lo  L'un  de  ceus  qui  ont  défait  [iio  v] 

Le  villain  monstre  Ignorance 
Et  le  siècle  d'or  refait  ^. 

Que  celui  qui  s'estudie 
D'estre  pour  jamais  vivant, 
T5  La  main  d'un  peintre  mandie 

Ou  l'encre  d'un  écrivant  ! 

Mais  toi  qui  hautain  deprise 
Une  empruntée  faveur 
De  la  main  (tant  soit  apprise) 
20  D'un  poëte,  ou  engraveur  : 

Tu  peus  maugré  la  mort  blême 
Mieus  qu'une  plume,  ou  tableau, 
T'arracher  vivant  toi  même 
Hors  de  l'oublieus  tumbeau. 


8.  jo,  p2f  PR  i6op-jy,  16^0  un  point  après  parler  (162^  corr.) 
10.  jo,  ^2,  PR  160Ç,  lôjovirg.  après  déhit  {i6ij-2^,  Bl,  ML   corr.) 
13.  PR  iSop-iy,  16^0  Q.ui  celui  (162],  Bl,  ML  corr.) 
16.  PR  i6iy  d'un  escrivant  ?  {162^,  ML  corr.  par  un  point) 
20.  jo,  ^2,  PR  i6oç-iy,  16^0  un  point  après  engraveur  (162^  corr.) 
24.  jo,  p2,  PR  iSi'j  un  point  après  tumbeau  (i6op,  16^0  corr.) 


1.  Mouvement  initial  imité  d'Horace,  Carm.  I,  vr  et  vu. 

2.  Voir  ci-dessus  Odes,  ï,  x,  47  et  suiv.  Du  Bellay  a  également  vanté 
Bouju  comme  arbitre  du  goût  et  poète  humaniste  (i"  préface  de  l'Olive, 
fin  ;  Recueil  de  Poésie,  ode  à  Bouju  ;  Musagnccoinachie  ;  cf.  l'éd .  des  Œuvres 
parChamard,  t.  I,  p.  9;  t.  III,  p.  120-122;  t.  IV). 


LIVRE   IV,    ODE   II  89 

2)  Faisant  un  vers  plus  durable 

Qu'un  Colosse  elabouré, 
Ou  la  tumbe  mémorable 
Dont  Mausole  est  honoré. 

Les  Pyramides  tirées 
30  Des  entrailles  d'un  rocher, 

Jadis  des  Rois  admirées,  [m  r°] 

Le  tens  a  fait  trébucher. 

Mais  si  l'esprit  poétique 
Qui  m'agite,  n'est  errant, 
35  Plus  que  nul  pilier  antique 

Ton  euvre  sera  durant  '. 

Et  si  prevoi  que  la  gloire 
De  ton  vagabond  renom, 
Ne  fera  sonner  à  Loire 
40  Contre  ses  bords  que  ton  nom-. 

Et  le  tournant  en  son  onde 
Le  rura  dedans  la  mer, 
Affin  que  le  vent  au  monde 
Le  puisse  par  tout  semer. 


51.  /o,  ç2,  PR  1609  admirées  sans  pond.  (éd.  suiv.  corr.) 
38.  PR  i6iy-2^,  Bl,  ML  suppriment  la  virg .  après  renom 
42.  92,  PR  1609-16)0,  Bl,  ML  Le  ru'ra 


1.  Souvenir  d'Horace,  Carm.  III,  xxx  :  Exegi  monumentum... 

2.  La  Loire  figure  ici  comme  le  fleuve  qui  arrose  l'Anjou,  patrie  de 
Bouju.  Mais  c'est  la  Sarthe  qu'on  attendrait,  Bouju  étant  né  à  Chateau- 
neuf-sur-Sarthe  (Maine-et-Loire) . 


90  ODES 

CONTRE  UN  QUI  LUI  DEROBA  SON  HORACE  ^ 

Ode  III 

Quiconques  ait  mon  livre  pris, 
Dorénavant  soit-il  épris 
D'une  fureur,  tant  qu'il  lui  semble 
Voir  au  ciel  deus  souleils  ensemble   [m  y°\ 
5  Comme  Penthée  ^. 

Au  dos  pour  sa  punition 
Pende  sans  intermission 
Une  furie  qui  le  suive  : 
Sa  coulpe  lui  soit  tant  qu'il  vive 
10  Représentée  3. 


Éditions. —  Quatre  premiers  livres  des  Odes(JV,  m)  1550.  —  Suppri- 
mée en  1553.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres, 
t.  II,  p.  456.  — Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  459);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  m). 

4.  92,  PR  i6op-i6)o,  Bl,  ML  soleils  («/Soleils) 


1 .  Horace  fut  le  principal  auteur  de  chevet  de  Ronsard,  de  1 540  à  1550. 
Cf.  mon  Ronsard  p.  lyr.,  pp.  20-21,  53-55,  69  (et  notée),  351  et  suiv. 

2.  Sur  la  fureur  et  la  mort  de  Penthée,  v.  les  Bacchantes  d'Euripide  et 
les  Métamorphoses  d'Ovide,  III,  fin.  Ronsard  se  souvient  ici  de  deux  vers 
de  Virgile,  En.  IV,  469-470  : 

Eumenidum  veluti  démens  videt  agmina  Pentheus 
Et  solem  geminum  et  duplices  se  ostendere  Thebas. 

3.  Allusion  à  Oreste,  poursuivi  par  les  Furies,  dont  Virgile  parle 
précisément  à  la  suite  des  vers  que  nous  venons  de  citer.  —  Cf.  ci-dessus 
Odes,  III,  XXVII,  49-54. 


LIVRE   IV,    ODE   IV  9I 

AU    PAIS    DE   VANDOMOIS 

VOULANT    ALLER   EN   ITALIE   ' 

Ode  IV 

L'ardeur  qui  Pythagore 
En  iEgypte  a  conduit, 
Me  venant  ardre  encore 
Doucement  m'a  séduit, 
A  celle  fin  que  j'erre 
Par  le  pais  enclos 
De  deus  mers,  &  qui  serre 
De  Saturne  les  os  ^. 


Terre,  à  Dieu,  qui  première 
10  En  tes  braz  m'as  receu, 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes{ïV,  iv)  1550  ;  (11)  i55î  ; 
(m)  1555.  —  Œww«  (Odes,  IV,  m),  1560,1567,  1571,  1573,  1578, 
1584,  1587;  1592-1630. 

Titre.  SS'^7  ^^  P^ï^  ^^  Vandomois . 
4.  jj-^4  Comme  lui  m'a  séduit 

2-5.  ^7  Mena  rEg;y'pte  voir.  Pareille  ardeur  encore  D'apprendre  &  de 
sçavoir  Me  tient  :  à  fin  que  j'erre 

9.  /j-^7  Terre,  adieu,  qui  première 

10.  Le  texte  de  Bl  m'a  receu  est  fautif. 


1.  Sur  la  date  probable  de  cette  ode,  voir  Ronsard  p.  lyr.,  p.  56-57. 
Malgré  son  désir,  et  quoi  qu'en  ait  dit  son  biographe  Cl.  Binet,  Ronsard 
n'est  jamais  allé  en  Italie,  pas  même  en  Piémont  (cf.  mon  édition  cri- 
tique de  la  Vie  de  Ronsard^  p.  79-80). 

2.  Sur  le  voyage  de  Pythagore  en  Egypte,  cf.  Strabon,  VII,  111,5  ; 
XIV,  I,  16  ;  Clément  d'Alexandrie,  Stromates,  I.  — Pour  Ronsard  l'Italie 
est  la  patrie  des  Arts,  comme  pour  Pythagore  l'Egypte  était  la  patrie  de  la 
Sagesse  ;  ce  sont  deux  pays  d'initiation  :  d'où  le  rapprochement.  —  Les 
périphrases  de  cette  fin  de  strophe  viennent  de  Virgile,  Gèorg.  II,  158  et 
173  (cf.  En.  VIII,  319-329). 


92  ODES 

Quand  la  belle  lumière 
Du  monde  j'apperceu  :  [112  r»] 

Et  toi  Braie  qui  roules 
En  tes  eaus  fortement, 
15  Et  toi  mon  Loir  qui  coules 

Un  peu  plus  lentement  K 

Adieu  fameus  rivages 
De  bel  email  couvers  ^^ 
Et  vous  antres  sauvages 
20  Délices  de  mes  vers  3  : 

Et  vous  riches  campaignes, 
Où  presque  enfant  je  vi 
Les  neuf  Muses  compaignes 
M'enseigner  à  l'envi  4. 

20.  S^'SS  "'^  point  après  vers  (éd.  suiv.  corr.) 

22-24.  ^^-Sj  rimes  campagnes...  compagnes  |  /o-^_j  muses  (éd.  suri'. 
corr.) 


1.  Adieu  au  Vendômois.  Ronsard  est  né  au  manoir  de  la  Possonnière, 
près  du  village  de  Couture,  dans  le  Bas-Vendômois.  C'est  à  Couture  que 
la  rivière  du  Loir  reçoit  son  affluent  la  Braye.  L'opposition  entre  ces 
deux  cours  d'eau  n'est  pas  seulement  une  réminiscence  d'Horace  {Carm. 
I,  VII,  praeceps  Anio  ;  xxxi,  rura  quae  Liris  quieta  mordet  aqua)  ;  elle 
correspond  à  la  réalité  (v.  ci-dessus  Odes,  II,  xvii,  et  ci-après  IV,  v). 

2.  Cf.  ci-après  IV,  vi,  l'ode  au  Loir,  2*  strophe. 

3.  Il  s'agit  des  cavernes  creusées  dès  l'antiquité  celtique  dans  le  tuf  des 
collines  qui  bordent  le  Loir  depuis  Couture  jusqu'à  Vendôme,  notamment 
àTrôo,  à  Montoire,  à  Lavardin,  à  Thoré.  Elles  servent  encore  de  caves 
ou  même  d'habitations.  Ronsard  en  a  souvent  parlé  :  v.  par  ex.  ci-dessus 
III,  xi;  ci-après  IV,  v,  début  ;  et  surtout  l'ode  de  1555  :  Quand  je  suis 
vingt  ou  trente  mois,  l'élégie  A  Pierre  l'Escot,  de  1560^  l'hymne  de  V Au- 
tomne,  de  1563  (Bl.  II,   259;  V,  189;  VI,  189  et  191). 

4.  Ronsard  s'est  vanté  maintes  fois  d'avoir  été  inspiré  dès  son  enfance, 
même  d'être  né  poète;  voir  notamment  ci-dessus  Odes,\,xiv,  fin  ;II,  11; 
III,  m  ;  ci-après  Bocage,  11  ;  en  outre  dans  l'éd.  Bl.  t.  V,p.  188  et  suiv.  ; 
t.  VI,  p.  44  et  191.  En  réalité,  il  est  devenu  poète  par  la  force  des  circon- 
stances ;  lui-même  a  déclaré  dans  une  épître  à  Odet  de  Coligny  qu'il  était 
né  pour  la  carrière  des  armes  (Bl.  VI,  233).  Il  aurait  pu  dire  comme 
Hugo  :  J'aurais  été  soldat,  si  je  n'étais  poète  (Odes  et  Ballades,  V,  ix, 
2).  —  Sur  la  vertu  inspiratrice  de  son  pays  natal,  voir  encore  ci-dessus 
Odes,  I,  XX  ;  II,  xvii  et  xxiii. 


LIVRE   IV,    ODE    IV  93 

Je  cours  pour  voir  le  Mince, 
Le  Mince  tant  connu, 
Et  des  fleuves  le  prince 
Eridàn  le  cornu  ^  : 
Et  les  roches  hautaines 
Qjue  donta  l'African, 
Par  les  forces  soudaines 
Du  soufre,  &  de  Vulcan  ^. 

De  la  Serene  antique 

Je  voirai  le  tumbeau  3, 

Et  la  course  erratique  [112  v°] 

D'Arethuse,  dont  l'eau 

Fuiant  les  braz  d'Alphée 

Se  dérobe  à  nos  yeus  4, 

Et  yEtne  le  trophée 

Des  victoires  aus  Dieus  s. 


25.  j'j-^7  Je  voirrai  le  grand  Mince  |  ^o-^^  sans  pond.  {éd.  suiv.corr.) 

28.   ^o-yi  un  point  après  cornu  {éd.  suiv.  corr.) 

32.  Le  texte  de  Bl  du  Vulcan  est  fautif. 

59-40.  y8-8y  Etne  |  Bl  Etna...  des  Dieux  {texte  fautif) 


1.  Souvenirs  de  Virgile,  Géorg.  III,  14-15,  ingens  Mincius  ;  I,  482, 
Fluviorum  rex  Eridanus;  IV,  371,  auratus  cornua  Eridanus. 

2.  Les  Alpes,  qu'Annibal  franchit  en  pulvérisant  des  rochers^  suivant 
une  tradition  recueillie  par  lite-Live,  XXI,  xxxviii. 

3.  Il  s'agit  de  la  Sirène  Parthenope,  dont  on  montrait  le  tombeau  à 
Naples,  nous  dit  Strabon,  V,  iv,  7,  Cf.  Pline  l'Ancien,  Hist.  Nat.  III,  62; 
J.  Lemaire,  lllustr.  de  Gaule,  I,  xxix,  Ronsard  a  désigné  encore  Naples 
de  celte  façon  dans  deux  hymnes  (Bl.  V,  91  et  107). 

4.  Sur  la  légende  de  la  fontaine  d'Aréthuse  en  Sicile,  cf.  Moschos, 
Idylle  vu;  Ovide,  Met.  V,  577  et  suiv.  ;  Virgile,  En.  III,  693  et  suiv. 

5.  Allusion  à  la  défaite  des  Géants  foudroyés  par  Jupiter.  D'après 
Pindare,  Eschyle,  Nicandre,  Ovide  (Met.  V,  346  et  suiv.),  le  géant 
enseveli  sous  l'Etna,  c'était  Typhée  ;  d'après  Virgile,  En.  III,  578  et  suiv. 
et  Claudien,  Rapt.  Pros.  I,  152  et  suiv.,  c'était  Encelade.  Ronsard 
adopta  cette  dernière  tradition  (v.  l'ode  A  M.  de  l'Hospital,  épode  viii) . 


94  ODES 

Je  voirai  cette  ville 
Dont  jadis  le  grand  heur 
Rendit  à  soi  servile 
Du  monde  la  grandeur  : 
45  Et  celle  qui  entrouvre 

Les  flots  à  Tenviron, 
Et  riche  se  découvre 
Dans  l'humide  giron  ^. 

Plus  les  beaus  vers  d'Horace 
50  Ne  me  seront  plaisans, 

Ne  la  Thebaine  grâce 

Nourrisse  de  mes  ans  : 

Car  ains  que  tu  reviennes 

Petite  Lire,  il  faut 
55  Que  trompe  tu  deviennes 

Pour  bruire  bien  plus  haut, 

Soit  que  tu  te  bazardes 
D'oser  chanter  l'honneur  [113  r»] 

Des  victoires  Picardes 
60  Que  gaingna  mon  seigneur  ^  : 

56.  SS'^7  Pour  resonner  plus  haut  |  jo-j^  un  point  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Rome  et  Venise.  Sur  l'abus  de  ces  périphrases,  cf.  Ronsard  p.  lyr., 
405  et  suiv. 

2.  Antoine  de  Bourbon,  lieutenant  général  du  roi  en  Picardie,  avait 
pris  en  1542  Enguinegatte,  la  Montoire,  Tournehem,  Saint-Omer, 
Béthune,  et  repoussé  l'armée  des  Impériaux;  au  printemps  de  1543,  il 
rejoignit  le  roi  dans  le  Cambrésis  et  contribua  à  la  prise  de  Landrecies  ; 
en  1545,  il  tenta  vainement  une  descente  en  Angleterre.  Il  était  duc  de 
Vendôme  et  comme  tel  suzerain  des  Ronsart  de  la  Possonnière  :  d'où 
l'expression  du  poète  «  mon  seigneur  »  (cf.  ci-dessus  Epithalatne  d'A. 
de  Bourbon,  début  ;  Odes,  II,  xvii,  Louanges  de  Vendômois  ;  et  le  sonnet  de 
1552  Que  Gasfine  ait,  tercet  final,  éd.  Bl.,  t.  V,  p.  318). 


LIVRE   IV,     ODE   IV  95 

Ou  soit  qu'à  la  mémoire 
Par  un  vers  assés  bon, 
Tu  consacres  la  gloire 
Du  haut  sang  de  Bourbon  ^ 

Heureus  celui  je  nomme, 
Qui  de  sçavoir  pourveu, 
A  les  meurs  de  maint  homme 
En  mainte  terre  veu  : 
Et  dont  la  sage  adresse. 
Et  le  conseil  exquis, 
Du  fin  soudard  de  Grèce 
Le  nom  lui  ont  aquis  2. 

Celui,  la  grand  peinture 
Du  ciel  n'ignore  pas, 


61.  S^'7^  virgule  après  soit  (éd.  suiv.  corr.) 

62.  y8-8j  suppriment  la  virgule  après  bon 
64.  SS'^7  D^s  Princes  de  Bourbon 

66.  84  supprime  la  virgule  après  pourveu 

67.  ^0-60  virgule  après  homme  (éd.   suiv.  corr.) 

68.  71-84  Et  mainte  terre  veu 

66-68.  8y   De   prudence    pourveu,  Qiii  les  meurs  de  maint  homme 
En  mainte  terre  a  veu  |  y^-8y  gnillemettent  les  vers  65-68. 


1.  Les  princes  de  Bourbon  descendaient  d'un  fils  de  Louis  IX.  Ici 
Ronsard  associe  dans  le  même  éloge  Charles  de  Bourbon,  gouverneur 
militaire  de  Picardie  en  1531,  mort  à  Amiens  en  1537,  et  deux  de  ses 
fils  :  Antoine,  dont  il  vient  d'être  parlé,  et  François,  vainqueur  des 
Impériaux  à  Cerizoles  en  avril  1544  (v.  ci-dessus  Gdes,  I,  v).  —  Pour 
cette  strophe  et  la  précédente,  cf.  Cl.  Marot,  fin  de  VEpisire  à  Monsieur 
d'Anguyen  (éd.  Jannet,  t.  I,  p.  75). 

2.  L'idée  de  cette  strophe  vient  d'Horace,  Epist.  I,  11,  19-22  ;  le  mou- 
vement a  été  suggéré  par  Virgile,  Géorg.  II,  490  :  Félix  qui  potuit  rerum 
cognoscere  causas...,  plutôt  que  par  Claudien,  Epigr.  11  :  Félix  qui  patriis 
aevumtransegit  in  agris...  ;  la  suite  le  prouve.  — A  rapprocher  le  premier 
quatrain  du  sonnet  de  Du  Bellay  :  Heureux  qui,  comme  Ulysse  (éd.  des 


96  ODES 

75  Ne  tout  ce  que  nature 

Fait  en  haut  &  çà  bas  : 

De  Mars  la  fiere  face 

Ne  lui  feist  onc  effroi, 

Ne  l'horrible  menace 
80  D'un  sénat  ou  d'un  Roi. 

Son  opposé  courage  [113  v"] 

Bâti  sur  la  vertu, 
Pour  nul  humain  orage 
Ne  fut  onc  abatu. 
85  Car  d'une  aile  non  mole 

Fuit  ce  monde  odieus, 
Et  indonté  s'en  vole 
Jusque  au  siège  des  Dieus  ^ 


76.  ^S-S'j  Fait  là  haut  &  çà  bas 

81.  S'j  Son  asseuré  courage  |  B\.  a  mélangé  cette  var.  au  texte  primitif 
conservé  dans  le  reste  de  la  strophe. 

85.  Sy  De  nul  humain  orage  |  Bl  Par  nul  (texte  fautif) 

85-88.  78-84  D'une  plume  non  molle...  |  8j  Son  teint  n'est  jamais 
blesme  D'un  péché  dissolu  :  Tout  Seigneur  de  soy-mesme,  Tout  sien,  & 
résolu 


Œuvres  par  Chamard,  t.  II,  p.  76).  Bien  que  les  deux  poètes  aient  pu 
puiser  aux  mêmes  sources,  Du  Bellay  semble  s'être  souvenu  de  cette 
strophe  de  Ronsard. 

I.  Dans  ces  deux  dernières  strophes  Ronsard  continue  à  s'inspirer 
d'Horace  et  de  Virgile.  Il  développe  ces  mots  appliqués  par  le  premier  à 
Ulysse  :  «  adversis  rerum  immersabilis  undis  »  (loc.  cit.),  en  combinant 
le  portrait  du  sage  épicurien  qui  est  dans  Virgile,  Gèorg.  II,  490-498, 
avec  celui  du  sage  stoïcien  qui  est  dans  Horace,  Carm.  III,  m,  i-io.  — 
Cf.  ci-dessus  Odes,  I,  xv,  97-102. 


LIVRE   IV,    ODE    V  97 


DE  L'ELECTION  DE  SON  SEPULCRE  ^ 

Ode   V 

Antres,  &  vous  fontaines 
De  ces  roches  hautaines 
Devallans  contre  bas 
D'un  glissant  pas  : 

5  Et  vous  forests,  &  ondes 

Par  ces  prez  vagabondes, 
Et  vous  rives,  &  bois 
Oiez  ma  vois  2. 

Quand  le  ciel,  &  mon  heure 
10  Jugeront  que  je  meure, 

Ravi  du  dous  séjour  [114  r»] 

Du  commun  jour  3, 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  v)  1550;  (m)  1553  ; 
(iv)  155$.  —  Œuvres  (Odes,  IV,  iv),  1560,  1567,  1571,  1573,  1578, 
1584,  1587  ;i592-i630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  249)  ;  Marty-La veaux  (t.  II,  p.  315). 

3.  fS'^7  Oyti  tumbés  (et  tombez)  contre  bas 

4.  S^-Sj  nont  pas  les  vers  têtrasyllabes  en  retrait. 

II.  SS'^7  ^^^^  séjour  |  jo-é/  virg.  après  séjour  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Cette  pièce  est  comme  une  suite  des  Louanges  de  Vendômois  (ci- 
dessus  Odes,  II,  xvn)  et  l'idée  en  est  peut-être  venue  à  Ronsard  d'Horace, 
Carm.  II,  vi,  fin.  —  On  trouvera  une  étude  des  sources  dans  la  Rev.  uni- 
versitaire du  1$  janvier  1906  (par  G.  Lanson),  et  dans  mon  Ronsard  p. 
lyr.,  p.  369. 

2.  Pour  ces  apostrophes  à  la  nature,  cf.  Pétrarque,  canzone  xi,  Chiare, 
fresche...  et  mon  Ronsard  p.  lyr.,  p.  448  et  suiv. 

5.  A  rapprocher  de  ces  trois  premières  strophes  les  quatrains  du  son- 
net de  1552  :  Quand  ces  beaux  yeux  jugeront  que  je  meure  (B\.  I,  37). 

Ronsard,  II.  7 


98  ODES 

Je  veil,  j'enten,  j'ordonne, 
Qu'un  sépulcre  on  me  donne, 
15  Non  près  des  Rois  levé, 

Ne  d'or  gravé. 

Mais  en  cette  isle  verte, 
Où  la  course  entrouverte 
Du  Loir,  autour  coulant, 
20  Est  accolant'  ^ 

Là  où  Braie  s'amie 
D'une  eau  non  endormie, 
Murmure  à  Tenviron 
De  son  giron  ^. 

25  Je  defFen  qu'on  ne  rompe 

Le  marbre  pour  la  pompe 
De  vouloir  mon  tumbeau 
Bâtir  plus  beau. 

Mais  bien  je  veil  qu'un  arbre 
30  M'ombrage  en  lieu  d'un  marbre  : 

19.  ^o-SS  coulant  sans  pond. 

13-24.  SS'^7  suppriment  ces  trots  strophes  |  Bl  les  a  insérées  à  tort  après  la 
strophe  suivante  \  ML  ne  les  a  pas  rééditées. 
29,  SS'^7  Mais  bien  je  veus  (et  veux) 


1.  Il  s'agit  d'un  ilôt  verdoyant  qu'on  peut  voir  encore  à  Couture,  à 
l'endroit  où  la  vieille  Braye  se  jetait  dans  le  Loir  (devant  le  moulin  du 
Pin)  —  et  non  pas  du  prieuré  de  Saint-Cosme-en-l'Isle  près  de  Tours, 
comme  l'a  cru  Sainte-Beuve,  qui  ne  connaissait  pas  le  texte  primitif  (cf. 
R.  H.  L.  1903,  p.  82,  n.  4;  Hallopeau,  le  Bas-Vendômois,  1906,  p.  93, 
171-176). 

2,  Pour  l'interprétation  de  ce  quatrain,  cf.  ci-dessus  Odes^  II,  xv, 
26-30,  où  le  n\ot  giron  est  pris  au  sens  propre,  comme  dans  la  3*  ode  du 
livre  I  (var.  des  vers  37-40).  D'autre  part  Ronsard  applique  souvent  ce 
mot  aux  cours  d'eau,  à  la  mer,  avec  le  sens  figuré  du  mot  sein  (v.  ci- 
dessus  IV,  IV,  48  ;  ci-après  IV,  xv,  42). 


LIVRE   IV,    ODE   V  99 

Arbre  qui  soit  couvert 

Tousjours  de  vert  K  [ii4  ^'°] 

De  moi  puisse  la  terre 
Engendrer  un  l'hierre, 
M'embrassant  en  maint  tour 
Tout  alentour. 

Et  la  vigne  tortisse 
Mon  sépulcre  embellisse, 
Faisant  de  toutes  pars 
Un  ombre  épars  ^. 

Là  viendront  chaque  année 
A  ma  feste  ordonnée, 
Les  pastoureaus  estans 
Prés  habitans  3 . 

Puis  aiant  fait  l'office 
De  leur  beau  sacrifice, 
Parlans  à  l'isle  ainsi 
Diront  ceci. 

Que  tu  es  renommée 
D'estre  tumbeau  nommée 

54.  SS-^7  ^"  lierre 

42.  y8-8j  suppriment  la  virgule  après  ordonnée 

43-44.  SS'^7  Avenues  leurs  troupeaus  (^7  toreaux)   Les    pastoureaus 


1.  Imité  de  Properce,  II,  xiir,  18  et  suiv.,  ainsi  que  les  strophes  3  et 
4.  —  Cf.  Sannazar,  Elegiae,  I,  11,  fin. 

2.  Cf.  Anthol.  gr.,  Epigr.  fun.,  n°  22  (de  Simmias  de  Thèbes  sur  la 
tombe  de  Sophocle)  et  n"  23  (d'Antipater  de  Sidon  sur  la  tombe  d'Ana- 
crèon).  —  A  rapprocher,  pour  marquer  les  différences,  Lamartine,  fin  de 
Milly,  et  Musset,  début  de  Lucie. 

3.  C.-à-d.  les  pastoureaux  qui  habitent  près  de  là. 


Universitaâ 
f      BIBLIOTHECA         I 


100  ODES 

D'un  de  qui  l'univers 
Ouira  les  vers  ^  ! 

Et  qui  onc  en  sa  vie  [115  r^J 

Ne  fut  brûlé  d'envie 
55  Mendiant  les  honneurs 

Des  grans  seigneurs  ^  ! 

Ni  ne  r'apprist  l'usage 
De  l'amoureus  breuvage, 
Ni  l'art  des  anciens 
60  Magiciens  3  ! 

Mais  bien  à  nos  campaignes, 
Feist  voir  les  seurs  compaignes 
Foulantes  l'herbe  aus  sons 
De  ses  chansons  +. 

65  Car  il  sçeut  sur  sa  lire 

Si  bons  acords  élire, 
Qu'il  orna  de  ses  chants 
Nous,  &  nos  champs. 

52.  S5'^7  Chante  les  vers  |  ^o-^^  point  interro^.  (éd.  suiv.  corr.) 
53-55.  8'^  Qui  onques  en  sa  vie  Ne  fut  bruslé  d'envie  D'acquérir... 

56.  SO-^^  point  interrog.  (éd.  suiv.  corr.) 

57.  8y  Ny  n'enseigna  l'usage 

60.  S'^'S)  point  interrog.  (éd.  suiv.  corr.) 

61-62.  jS-Sy   suppriment  la   virgule   après    campaignes  |  j^-Sj  rimes 
campagnes. . .  compagnes 
65.  SS-^7  Car  il  fit  à  sa  Lyre 


1.  Ces  vers  pleins  d'orgueilleuse   confiance  en  la  gloire  poétique  per- 
mettent de  penser  que  l'ode  fut  composée  en  1549. 

2.  Souvenir  de  Virgile,  Géorg.  II,  499  et  505,  d'ailleurs  démenti  par  les 
faits  et  par  maints  aveux  du  poète  lui-même. 

?.  Souvenir  de  Théocrite,  Idylle  11,  ou  de  Virgile,  Bur.  viir. 

4.  Souvenir  d'Horace,  Carm.  I,  iv,  5-6  ;  III,  iv,  25.  Il  s'agit  des  Muses. 


LIVRE    IV,    ODE   V  10 1 

La  douce  manne  tumbe 
A  jamais  sur  sa  tumbe, 
Et  l'humeur  que  produit 
En  Mai,  la  nuit. 

Tout  alentour  l'emmure 
L'herbe,  &  l'eau  qui  murmure,        [115  v°] 
L'un  d'eus  i  verdoiant, 
L'autre  ondoiant. 

Et  nous  aians  mémoire 
Du  renom  de  sa  gloire, 
Lui  ferons  comme  à  Pan 
Honneur  chaque  an  ^ 

Ainsi  dira  la  troupe, 
Versant  de  mainte  coupe 
Le  sang  d'un  agnelet 
Avec  du  laict^ 

Desus  moi,  qui  à  l'heure 
Serai  par  la  demeure 
Où  les  heureus  espris 

Ont  leurs  pourpris  3. 


72.  7^-1^7  suppriment  la  virgule  après  Mai 

75.  SS~^7  L'un  toujours  verdoiant 

78.  8y  De  sa  fameuse  gloire 

85.  ji-8y  Dessur  (e^  Desur)  moy 

88.  SS-^7  Ont  leur  pourpris 


1.  Pour  ce  culte  annuel  institué  par  les  pastoureaux  (vers  41  à  80), 
cf.  Virgile,  Bue.  v,  40-44,  65-80;  x,  31-35  ;  Sannazar,  Arcadia  (trad.  de 
J.  Martin,  publiée  en  1544,  f°  28  à  f°  32).  Ronsard  en  outre  s'est  souvenu 
de  VAnthol.  gr.,  Epigr.  fun.,  n°  657,  dont  A.  Chénier  a  donné  une 
traduction  dans  Mnaïs  :  Bergers,  vous  dont  ici  la  chèvre  vagabonde...  (éd. 
Becq  de  Fouquières,  p.  m). 

2.  Souvenir  de  Virgile,  5»c.  v,  6^,  et  d'Horace,  Carm.  IV,  xi,  6-8. 

3.  Cf.  Virgile,  En.    VI,  639  et  669,  et  Horace,   Carm.  II,  xiii,  23. 


102  ODES 

La  gresle,  ne  la  nége, 
90  N'ont  tels  lieus  pour  leur  siège, 

Ne  la  foudre  onque  là 
Ne  dévala. 

Mais  bien  constante  i  dure 
L'immortelle  verdure, 
95  Et  constant  en  tout  tens  [116  r°J 

Le  beau  printens. 

Et  Zephire  i  alaine 
Les  mirtes,  &  la  plaine 
Qui  porte  les  couleurs 
100  De  mile  fleurs  K 

Le  soin  qui  solicite 
Les  Rois,  ne  les  incite 
Le  monde  ruiner 
Pour  dominer. 

10$  Ains  comme  frères  vivent, 

Et  morts  encore  suivent 
Les  métiers  qu'ils  avoient 
Quand  ils  vivoient  ^. 


97-100.  SS'^7  suppriment  cette  strophe  {non  rééditée  par  ML). 
103-104.  8y  Leurs  voisins  ruiner  |  ^0-60  rimes  mineur. . .  domineur 
(éd.  suiv.  corr.) 


1.  Pour  ces   trois    strophes,  cf.  Homère,  Od.  IV,  563  et  suiv.  ;  Vir- 
gile, En.  VI,  638  et  suiv.;  Tibulle,  I,  m,  57  et  suiv. 

2.  Aux  Champs  Elysées,   les   rois    ont  les  avantages  de  la  puissance 
sans  en  avoir  les  mauvaises  passions.  Cf.  Virgile,  En.  VI,  653  et  suiv. 


LIVRE   IV,   ODE   V  I03 

Là,  là,  j'oirai  d'Alcée 
La  lire  courroucée, 
Et  Saphon  qui  sur  tous 
Sonne  plus  dous. 

Combien  ceus  qui  entendent 
Les  odes  qu'ils  rependent, 
Se  doivent  réjouir 

De  les  ouir  !  [116  v°] 

Quand  la  peine  receue 
Du  rocher,  est  deceue 
Sous  les  acords  divers 

De  leurs  beaus  vers  '  ! 

La  seule  lire  douce 
L'ennui  des  cueurs  repousse, 
Et  va  l'esprit  flattant 
De  l'écoutant  ^. 


114.  éy-Sj  Les  chansons  qu'ilz  respandent 

116,  jo -87  point  interrog.  (éd.  suiv.  corr .) 

118.   7^-8"/  suppriment  la  virgule  après  rocher 

119- 120.  JJ-^o  Et  quand  la  pale  fain  Saisist  Tantale  en  vain  (Bl. 
corrige  ce  vers  faux  ainsi  Et  quand  saisit  la  faim  Tantale  en  vain)  |  67-87 
Et  quand  le  vieil  Tantal'  N'endure  mal  |  ^0-87  point  interrog.  (sauf  ^^-67 
qui  ont  un  point) 

124.  ^ ^-87  guillemettent  cette  strophe. 


1.  Ces  trois  strophes  viennent  d'Horace,  Carm.  II,  xiu,  25-58.  Cf.  Pla- 
ton, Apol.  deSocr.  xxxii  :  «  Vivre  avec  Orphée,  Musée,  Hésiode,  Homère, 
à  quel  prix  chacun  de  nous  n'achéterait-il  pas  un  pareil  bien  ?  » 

2.  Cf.  Théocrite,  Idylle  xr,  début;  Horace,  Carm.  I,  xxxti,  fin  (rémi- 
niscences déjà  signalées  ci-dessus,  OdeSy  II,  xix,  début). 


104  ODES 

AU  FLEUVE  DU  LOIR  ^ 

Ode  VI 

Loir,  dont  le  cours  heureus  distille 
Au  sein  d'un  pais  si  fertile, 

Fai  bruire  mon  renom 

D'un  grand  son  en  tes  rives, 
5  Qui  se  doivent  voir  vives 

Par  l'honneur  de  mon  nom. 
Ainsi  Thetys  te  puisse  aimer 
Plus  que  nul  qui  entre  en  sa  mer  ^. 

Car  si  la  Muse  m'est  prospère,  [117  r^] 

10  Fameus  comme  le  Lot  3  j'espère 


Éditions. —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  vi),  1550;  (iv)  1 5  <;  5  ; 
(v)  1555.  —  Œuvres  (Odes  IV,  v),  1560,  1567,  1571,  157?,  1578.  — 
Supprimée  en  1584.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres, 
t.  II,  p.  414,  —    Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  425);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  85). 

1.  60  O  mon  Loir,  dont  le  cours  distille  |  6y-'/8  Loir,  dont  le  beau 
cours  distille  (vers  faux  reproduit  par  les  PR  i6oç-i6^o  et  ML) 

2.  71-7^  Au  sein  d'un  pays  fertile  (vers  faux  corrigé  en  y8,  mais  repro- 
duit par  les  PR  i6oç-i6^o  et  ML) 

6.  71-7^1  PR  i6op-i6^o,  ML  de  ton  nom  |  78  texte  primitif 

8.  SS~7^  s^  1^  ^^^ 

9.  78  Si  Calliope  m'est  prospère 

10.  SS'7^  Fameus  comme  Anfrise  (et  Amphryse),  j'espère 


1.  La  rivière  du  Loir,  qui  arrose  le  Vendômois,  et  que  Ronsard  a 
chantée  maintes  fois  (v.  par  ex.  ci-dessus  Odes,  II,  xvii  ;  IV,  v;  et  ci- 
après  IV,  XV  ;  cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  455). 

2.  «  Ainsi  »  marque  ici  le  souhait.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  m  :  Sic  te 
diva  potens  Cypri...  Ronsard  emploie  souvent  ce  latinisme  :  Ainsi 
toujours  puisses  tu  estre  (ci-dessus  III,  vi,  9,  var.),  Ainsi  tousjours  t'ho- 
nore, Ainsi  du  Dieu  vénérable  (ci-après  IV,  ix  et  xv).  Ainsi  Endymion 
soit...,  Ainsi  jamais  la  main  pillarde  (Bl.  I,  168;  VI,  350). 

3.  A  cause  de  Cl.  Marot,  né  àCahors,  où  passe  le  Lot  (cf.  Ronsard  p. 


LIVRE    IV,    ODE    VI  IO5 

Te  faire  un  jour  nombrer 
Aus  rangs  des  eaus  qu'on  prise, 
Et  que  la  Grèce  apprise 
A  daigné  célébrer: 
15  Pour  estre  le  fleuve  éternel 

Lavant  mon  pais  paternels 

Là  donc,  chante  moi,  &  me  sonne 
En  lieu  du  bruit  que  je  te  donne, 

Tu  voiras  désormais 
20  Ton  onde  brave  &  fiere 

S'enfler  par  ta  rivière 

Qui  ne  mourra  jamais, 
Résonant'  avec  un  grand  son 
L'honneur  de  ce  tien  nourrisson  2. 

25  Ecoute  un  peu  ma  vois  qui  crie, 

Et  moi  qui  de  ces  bords  te  prie. 


14.  jo-j?  un  point  après  ccléhrer  (éd.  suiv.  corr.) 

16.  fj-Z^Qui  baignes  mon  nyc  {et  nie)  paternel  (PR  160^-16 jo,  Bl, 
ML  mon  nid) 

17-18.  SS'^o  Là  donc  d'un  autre  bruit  resonne  Celui  que  ma  Muse 
te  donne  |  6y-y8  Sus  doncq  à  haute  voix  resonne  Le  bruit  que  ma  Muse 
te  donne  |  Bl  a  mélangé  les  deux  variantes  et  écrit  à  tort  résonne 

20.  SS'7^  P^r  moi,  ton  onde  fiere 

23-24.  jj-éo  Bruiant  aveques  un  grand  son  L'honneur  de  moi,  ton 
nourrisson  :  (Bl  a  mélangé  ^oet  60)  \  6y-y8  Car  l'honneur  (y 8  Le  renom) 
qui  des  Muses  vient  Ferme  contre  l'âge  se  tient  {yi-jS  guili.  ces  vers) 

25-26.  S5'^7  omettent  ces  vers  \  yi-j8  Loir  de  qui  la  bonté  ne  cède 
Au  Nil  qui  l'iÉgypte  possède 


lyr.,  p.  19).  —  Amphryse,  fleuve  de  Thessalie,  près  duquel  Phébus  fit 
paître  les  troupeaux  d'Admète,  d'où  les  expressions  virgiliennes  :  pastor 
ab  Amphryso  {Géorg.  III,  2),  Amphrysia  vates  (En.  VI,  597). 

1.  Allusion  au  manoir  de  la  Possonnière  (cf.  ci-dessus,  IV,  iv,  n.  3). 

2.  Souvenir  d'Horace,  Carm.  IV,  ix,  1-4.  —  Cf.  Du  Bellay,  Vers 
lyriques  i,  83-98  (éd.  des  Œuvres  par  Chamard,  t.  III,  p.  7-8),  pour  cette 
strophe  et  les  suivantes . 


I06  ODES 

Pour  le  paiment  d'avoir 

(Eternizant  ta  gloire 

De  durable  mémoire) 
30  Fait  si  bien  mon  devoir. 

Quand  j'aurai  mon  âge  acompli 
Enseveli  d'un  long  oubli, 

Si  quelqu'  homme,  ou  Dieu  arive         [117  v^] 
Aus  bords  de  ta  parlante  rive, 
35  Di  leur  (quand  plus  tu  bruis) 

Que  ma  Muse  première 
Aluma  la  lumière 
En  ces  champs  d'où  je  suis  ^ 
Di  leur  ma  race,  &  mes  aieus  ^, 
40  Et  le  beau  don  que  j'u  des  cieus, 

Di  leur,  que  moi  de  souci  vide, 
Aiant  tes  filles  pour  ma  guide 
J'allai  au  double  mont  3 


27.  71-78  Pour  le  loyer  d'avoir 

30.  71-78  deux  points  après  devoir 

33-39.  SJ-78  Si  quelque  pèlerin  arrive  Auprès  de  ta  parlante  rive,  Di 
lui  à  haute  vois  Q.ue  ma  Muse  première  Aporta  la  lumière  De  Grèce 
en  Vandomois,  Di  lui  ma  race.  . , 

40.  60-78  Et  le  sçavoir  que  j'u  (et  eu)  des  cieus 

41.  ^5-7^  d'affaires  vide  |  7^-78  d'affaire  vide  (et  vuide) 


1.  Souvenir  de  Virgile,  Gèorg.  III,  lo  et  d'Horace,  Carm.  III,  xxx, 
10-14.  —  Sur  les  prétentions  de  Ronsard  à  la  priorité  dans  l'invention 
de  l'ode  française,  v.  ci-dessus,  première  préface  des  Odes. 

2.  Cf.  ci-dessus  Odes,I,  ix,  épode4.  —  Sur  les  prétentionsde  Ronsard 
à  la  haute  noblesse,  cf.  mon  éd.  crit.  de  la  Vie  de  Ronsard  par  Cl.  Binet, 
p.  53-60;  H.  Longnon,  Pierre  de  Ronsard  (1912),  chap,  i. 

3.  Le  Parnasse  avait  deux  sommets  :  l'Hélicon  et  le  Cithéron,  le  pre- 
mier consacré  à  Phébus,  l'autre  à  Bacchus.  C'est  ce  que  Ronsard  appelle 
encore  «  la  jumelle  crope  »  (Bl.  II,  203),  se  souvenant  de  Lucain,  Phars.  V, 
72-74.  Les  «  pucelles  »  dont  il  est  le  disciple  sont  les  Muses. 


LIVRE   IV,    ODE   VII  IO7 

Disciple  des  pucelles, 
45  Et  dont  les  étincelles 

Si  bien  enflammé  m'ont, 
Que  pour  leur  grâce  deservir 
Seules  je  les  voulu  servir. 

A  GUI  PECCATE  PRIEUR  DE  SOUGÉ» 

Ode  VII 

Gui,  nos  meilleurs  ans  coulent 
Comme  les  eaus  qui  roulent 
D'un  cours  sempiternel, 


45-46.  jj  Je  vi  le  double  mont. . .  |  /j'-7<?  A  tes  bors  j'encordai  Sur 
la  Lyre,  ces  Odes  Et  aux  Françoises  modes  Premier  les  accordai 

47-48.  j^  Q.ue  pour  leurs  grâces  deservir.  ..  |  /J-éo  Di  lui  ma  Cas- 
sandre,  &  ces  vers  Qu'à  ton  bord  je  chante  à  l'envers  |  éj-yS  Et  tous- 
jours  rechante  ces  vers  Qu'à  ton  bord  je  sonne  à  l'envers 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  vu),  1550  ;  (v)  i$S3  ; 
(vi)  155$.— Œwfm  (Odes,  IV,  vi)  1560,  1567,  1571,  1575,  1578;  (v) 
1584,  1587;  1592-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  253);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  319). 

Titre.  Sy-ji  Pecate  ]  7^  Pacate  |  7^-^4  AGuy  Pacate.  |  8j  sans  titre  \ 
1624  A  Jean  Daurat  son  Précepteur  {d'après  la  var.  posthume  du  i"  vers) 
I.  8y  Mon  Daurat,  nos  ans  coulent 


I.  Sur  ce  personnage,  v.  La  Croix  du  Maine,  Bibl.  Franc,,  t.  I,  et  L. 
Froger,  Ann.  Fléch., seipt.  1909,  p.  570.  Religieux  profès  de  l'abbaye  delà 
Couture  (au  Mans)  dès  le  11  févr.  1529  (n.  st.),  il  devait  avoir  environ 
quinze  ans  de  plus  que  Ronsard,  ce  qui  nous  permet  de  penser  que  ce 
n'est  pas  lui,  mais  Julien  Peccate  (v.  ci-dessus  Odes,  II,  xvii),  que  le 
poète  a  mentionné  dans  les  Bacchanales  de  iS49-  ^'  ^^^'^  d'ailleurs  à  cette 
date,  depuis  quelques  années  déjà,  prieur  de  Sougé-le-Gannelon  (du 
doyenné  de  Fresnay  au  nord  du  Maine),  et  non  pas,  comme  on  pourrait  le 
croire,  de  Sougé-sur-Loir,  village  tout  proche  du  manoir  natal  de  Ron- 
sard. —  Guy  Peccate  (en  latin  Pacatus,  d'où  les  var.  du  titre)  fut  égale- 
ment curé  de  Spay(au  Maine),  puis  sacristain  de  l'abbaye  de  la  Couture, 
où  il  mourut  en  juillet  1580.  La  Croix  du  Maine  déclare,  «  sans  vouloir 


I08  ODES 


La  mort  pour  sa  séquelle  [ii8  roj 

5  Nous  ameine  avec  elle 

Un  exil  éternel  ^ 

Nulle  humaine  prière 
N'a  repoussé  derrière 
Le  bateau  de  Caron, 
lo  Quand  l'ame  nue  arive 

Vagabonde  en  la  rive 
De  Styx,  ou  d'Acheron. 

Toutes  choses  mondaines 
Qui  vestent  nerfs,  &  venes, 
15  Egalle  mort  attend^, 

Soient  povres,  ou  soient  Princes, 
Car  sur  toutes  provinces 
Sa  main  large  s'estend. 

La  puissance  tant  forte 
20  Du  grand  Achile  est  morte  3, 

8.  Ti-S'j  Ne  repousse  en  arrière 
12.  6']-8']  De  Styx  &  d'Acheron 
i).  Sy&^  La  mort  égale  prend  (avec guiîl,  pour  les  vers  15-16) 

17.  6y-8y  De  sur  (et  Dessus)  toutes  provinces 

18.  jj  Sa  main  dame  s'estend  |  SS'^7  ^^^^^  primitif 

19.  8 y  La.  jeunesse  tres-forte 


ôter  l'honneur  dû  à  M.  d'Aurat  »,  que  Ronsard  avouait  avoir  reçu  de  Guy 
Peccate  «  l'intelligence  des  poëtes  latins  »,  —  ce  qui  porte  à  croire  que 
Guy  Peccate  pourrait  bien  avoir  été  ce  «  précepteur  »  qui,  selon  Binet, 
instruisit  le  futur  poète  «  aux  premiers  traits  des  lettres  »  jusqu'à  l'âge 
de  neuf  ans  (éd.  crit.  de  la  Vie  de  Ronsard^  p.  70-71). 

1.  Cette  strophe  et  les  deux  suivantes  sont  une  «    contamination  » 
de  troistextesd'Horace,  Cflrm. II,  111,21-28;  xiv,  1-12;  III,  xxix,  33-40. 

2.  Latinisme.  Cf.  Horace,  Carm.  II,  xviii,  32:  iEqua  tellus  Pauperi 
recluditur  Regumque  pueris. 

3.  Hellénisme  :  l'ç  'A/^tXX^oç  pour  xparspo;   'AyjXXeûç. 


LIVRE   IV,   ODE   VII  IO9 

Et  Thersite  odieus 

Aux  Grecs,  est  mort  encores, 

Et  Minos  qui  est  ores 

Le  conseiller  des  Dieus  '. 

2)  Juppiter  ne  demande 

due  des  beufs  pour  offrande,  [118  v^'] 

Mais  son  frère  Pluton 

Nous  demande  nous  hommes, 

Qui  la  victime  sommes 
50  De  son  enfer  glouton  2. 

Celui  dont  le  Pau  baigne 
Le  tumbeau,  nous  enseigne 
N'espérer  rien  de  haut  : 
Et  celui  que  Pégase 
35  Volant  du  mont  Parnase 

Culbuta  si  grand  saut?. 

Las  on  ne  peut  connoistre 
Le  destin  qui  doit  naistre, 
Et  l'homme  en  vain  poursuit 
40  Conjecturer  la  chose, 


30,  S5'^7  guille  me  tient  cette  strophe. 

35.  SS~^7  (Q."i  fit  sourcer  Parnase) 

34-36.  (?7  Ny  celui  que  Pégase. . .  Culbuta  d'un  grand  saut 


1.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  xxviii,  7-16.  Le  fils  de  Panthoûs  est  remplacé 
par  Thersite,  le  plus  vil  des  hommes,  opposé  à  Achille  et  à  Minos. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  II,  m,  21-24. 

3.  Cf.  Horace,  Carm.  IV,  xi,  25  et  suiv.  Pour  ces  deux  périphrases 
mythologiques,  cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  400. 


no  ODES 

Que  Dieu  sage  tient  close 
Sous  une  obscure  nuit^. 

Je  pensoi  que  la  trope 
Que  guide  Caliope, 
45  (Dont  le  désir  me  mord) 

Soutiendroit  ma  querelle, 
Et  qu'indonté,  par  elle 
Je  donteroi  la  mort  *, 

Mais  une  fièvre  grosse  [119  r°] 

50  Creuse  desja  ma  fosse 

Pour  me  banir  là  bas, 
Et  sa  flamme  cruelle 
Se  paist  de  ma  mouelle, 
Misérable  repas  3. 

55  Que  peu  s'en  faut  ma  vie 

Que  tu  ne  m'es  ravie 

Laissant  ce  jour  tant  beau, 

Et  que  mort  je  ne  voie 

Où  Mercure  convoie 
60  Le  débile  troupeau  ! 


42.  s  S '^7  guilleinettent  cette  strophe. 

45.  jj'-57  (Troupe  mon  seul  confort) 

47.  jo  E  qu'indonté  (éd.  suiv.  corr.) 

57.  SS'Sj  Close  sous  le  tombeau 

60.  S^'53  point  interrog.  j  ^^'73  deux  points  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Cf.  Horace,  Car  m.  III,  xxix,  29  et  suiv, 

2.  Souvenir  d'Horace,  Carm.  III,  iv,  25-36,  d'autant  plus  certain 
qu'Horace  y  rappelle  au  vers  27  un  accident  de  sa  vie,  qui  est  le  sujet 
d'une  autre  ode  imitée  par  Ronsard  dans  les  strophes  suivantes. 

3.  Strophe  originale,  circonstance  de  la  vie  de  Ronsard  qui  a  été  le 
point  de  départ  de  l'ode  et  a  suggéré  au  poète  toutes  ses  réminiscences. 


LIVRE   IV,    ODE   VII  I  II 

Et  ce  Grec  qui  la  peine 
Dont  la  guerre  est  tant  pleine 
Par  ses  vers  va  contant, 
Poëte  que  la  presse 
Des  espaules  épaisse, 
Admire  en  écoutant  ^ . 

A  bon  droit  Promethée 

Pour  sa  fraude  inventée 

Endure  un  torment  tel. 

Qu'un  aigle  sur  la  roche 

Lui  ronge  d'un  bec  croche 

Son  poumon  immortel  *.  [119  v»] 

Depuis  qu'il  eut  robée 
La  flamme  prohibée 
Pour  les  Dieus  dépiter, 
Les  bandes  inconnues 
Des  fièvres  sont  venues 
Parmi  nous  habiter. 


61-66.  sS-^4  Et  ce  Grec  {67-84  Et  Alcé')  qui  les  peines  Dont  les 
guerres  sont  pleines  Va  là  bas  racontant,  Poëte  (78-84  Alcée)  qu'une 
presse  Des  épaules  épaisse,  Admire  en  l'écoutant  |  ML  Des  espaules 
espesses  (texte  fatitif)  \  8y  supprime  cette  strophe. 

6j.  8y  Qu'à  bon  droit  Promethée 

69.  sS-^7  tourment  |  Sy  Souffre  un  tourment  cruel  ! 

72.  67-84  Le  poumon  immortel  |  87  Son  cœur  perpétuel 

77.  78-84  De  fièvres  |  87  texte  primitif  \  SO-SS  virgule  après  fièvres  (éd, 
suiv.  corr.) 

78.  67-87  Nostre  terre  habiter 


1.  Cf.  Horace,  Carm.  II,  xiii,  21-22,  26-52,  pour  le  mouvement,  les 
idées  et  même  les  expressions  de  ces  deux  strophes,  en  y  ajoutant  pour 
les  vers  59-60  la  fin  de  l'ode  x  du  livre  I,  Mercuri  facunde  nepos. 

2.  Pour  cette  strophe  et  les  suivantes,  qui  forment  la  2°  partie  de 
l'ode,  Ronsard  s'est  inspiré  d'Hésiode,  Travaux  et  Jours,  47-105,  et  sur- 
tout d'Horace,  Carm.  I, m,  25-40.  On  trouvera  le  détail  des  sources  dans 
Ronsard  p.  lyr.,  p.  360. 


1 1  2  ODES 

Et  la  mort  dépiteuse 
80  Au  paravant  boiteuse 

Légère  gallopa  : 
D*ailes  mal  ordonnées 
Aus  hommes  non  données 
Dédale  l'air  coupa. 

8$  Uexecrable  Pandore 

Fut  forgée,  &  encore 

Astrée  s'en  vola, 

Et  la  boete  féconde 

Des  maus,  peupla  le  monde 
90  De  ses  vices  qu'il  a. 

Le  dépravé  courage 
Des  hommes  de  nostre  âge 
N'endure  par  ses  faits, 
Que  Jupiter  étuie  [120  r»] 

95  Sa  foudre,  qui  s'ennuie 

De  voir  tant  de  méfaits  ^ 


81-84.  55-^7  Fut  légère  d'aler  (et  aller),...   Dédale  coupa  l'air 

85.  84-8J  La  maudite  Pandore 

88-90.  SS~^7  Et  la  boetc  {8y  tasse)  féconde  Peupla  le  pauvre  monde 
De  tant  de  maus  qu'il  a 

91.  SS'^7  Ah,  le  méchant  courage 

95-96.  j'j'-7^  Sa  foudre  (6'^-y^  Son  foudre),  qui  s'ennuie  Vanger  tant 
de  méfaits  |  y8-8y  texte  primitif  j  Bl  donne  une  strophe  fautive  dans  les  mots 
et  la  ponctuation . 


I.  Pour  éclairer  le  sens  de  cette  strophe,  il  suffit  de  se  reporter  aux 
trois  derniers  vers  de  l'ode  horatienne  Sic  te  diva  potens  (I,  m),  qu'elle 
traduit. 


LIVRE   IV,    ODE   VIII  II 3 


A  CASSANDRE  FUIARDE  » 

Ode  VIII 

Tu  me  fuis  d'une  course  viste  ^ 
Comme  un  fan  qui  les  loups  évite 
Allant  les  mammelles  chercher 
De  sa  mère  pour  se  cacher, 
Sautelant  de  fraieur  ce  semble  3 
Si  un  rameau  le  vient  toucher  : 
Car  pour  le  moindre  bruit  que  face 
D'un  serpent  la  glissante  trace, 
Et  de  genous,  &  de  cueur  tremble  : 
Mais  ma  vie,  &  mon  ame  ensemble 


Éditions.  — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  viii),  1550;  (vi) 
1553;  (^")  iS$5-  —Œuvres  (Odes,  IV,  vu),  1560,  1567,  1571,  1573.  — 
Supprimée  en  XS78.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres, 
t.  II,  p.  458.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  427)  ;  Marty-Laveaux  (t,  VI,  p.  86). 

Titre.  6'j-'j^  sans  titre. 

1-6.  SS'7S  ^u  ^^  f^is  de  plus  vite  course  Qu'un  Fan,  la  dent  fiere 
d'une  ourse,  Fan  qui  va  les  tetins  chercher  De  sa  mère  pour  se  cacher, 
Alongeant  sa  jambe  fuiarde  Si  un  rameau  le  vient  toucher  (au  lieu  de 
fuiarde  Je  conjecture  fugace  ;  voir  note) 

10-13.  SS'^o  Mais  toi  belle  qui  m'es  ensemble  Ma  douce  vie  &  mon 


1.  Sur  Cassandre,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  v,  n.  i.  —  La  composition  de 
cette  pièce  est  sûrement  antérieure  au  mariage  de  Cassandre  Salviati 
(nov.  1546),  d'après  les  derniers  vers.  —  Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  44  et  510. 

2.  La  pièce  entière  paraphrase  l'ode  d'Horace  à  Chloé,  Carm.  1,  xxiii. 

3.  Dans  sa  3'  édition,  Ronsard  crut  bon  de  changer  ce  vers  qui  lui 
semblait  trop  éloigné  du  vers  co-rimant.  Mais  le  nouveau  texte  :  Alon- 
geant sa  jambe  fuiarde  —  est  inadmissible,  bien  qu'il  soit  resté  dans 
toutes  les  éditions  suivantes  ;  il  ne  rime  avec  aucun  vers,  soit  par  inad- 
vertance du  poète,  soit  plutôt  par  une  erreur  d'impression;  je  pense  que 
Ronsard  avait  écrit  :  Alongeant  sa  jambe  fugace  —  qui  rimait  avec  les 
vers  7  et  8. 

Ronsard,  IL  8 


1 1 4  ODES 

Ne  laissent  de  suivre  tes  pas, 
Comme  un  lion  je  ne  cour  pas 
Apres  toi  pour  te  faire  outrage. 
Mai  donc  ma  mignonne  un  peu  bas 
15  La  cruauté  de  ton  courage. 

Et  toi  ja  d'âge  pour  te  fandre 
Laisse  ta  mère,  &  vien  aprendre 
Combien  l'amour  donne  d'esbas^. 


VEU  A  LUCINE  [120  v^] 

AUS   COUCHES   d'aNNE  TIERCELIN  ^ 

Ode  IX 

O  déesse  puissante 
De  pouvoir  secourir 
La  vierge  languissante 

trépas,  Comme  une  ourse  je  ne  cour  pas  Apres  toi  pour  te  faire  outrage 
I  6']-']^  Las  I  toy  belle  qui  m'es  ensemble   Ma  douce  vie  &  mon  trépas, 
Attend  moy  :  je  ne  te  cours  pas  Gomme  un  loup  pour  te  faire  outrage  | 
Bl  a  mélangé  le  texte  primitif  et  la  première  des  deux  var. 

14.  6y-y^  Mets  donc 

16.  /j-7^  Areste,  fuiarde,  tes  pas  Et  toi  ja  d'âge  pour  m'atendre 

Éditions.  — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  ix)  1550  ;  (vii)  1553  ; 
(viii)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  IV,  viii),  1560,  1567,  1571,  1573;  (vu) 
1578  ;(vi)  1584,  1587;  1592-1630. 

JBlanchemain (t.  II,  p.  256);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  322). 

Titre.  6o-8j  Veu  (et  Vœu)  à  Lucine. 


1.  Dans  sa  3' édition,  Ronsard,  estimant  que  ce  dernier  vers  était  trop 
éloigné  du  vers  co-rimant,  ajouta  comme  16'  vers  :  Areste  fuiarde  tes 
pas  —  qui  fut  conservé  dans  toutes  les  éditions  suivantes. 

2.  Anne  Tiercelin,  d'une  famille  noble  du  Maine,  avait  épousé,  en 
oct.  IS37,  Claude  de  Ronsart,  frère  aîné  du  poète  et,  comme  tel, seigneur 
de  la  Possonnière  depuis  la  mort  de  son  père  en  1544.  De  cette  union, 
assombrie  par  les  folles  dépenses  du  mari,  naquirent  cinq  enfants,  dont 


LIVRE   IV,    ODE   IX  II5 

Ja-ja  preste  à  mourir, 
s  Quand  la  douleur  amere 

D'un  enfant  la  fait  mère  ' . 

Si  douce,  &  secourable 
Heureusement  tu  veus. 
D'oreille  favorable 
10  Ouïr  mes  humbles  veus, 

J'élèverai  d'ivoire 
Une  image  à  ta  gloire. 

Et  moi  la  teste  ornée 
De  deus  beaus  lis  recens, 
15  J'irai  trois  fois  l'année 

La  parfumer  d'encens, 
Acordant  sur  ma  lire 
L'honneur  de  ton  Osire  *. 

Desçen  Déesse  humaine  [121  r°] 

20  Du  ciel  3,  &  te  hâtant 


4.  ôy-yS  Qui  est  preste  |  84-87  Desja  preste 

6.  SS'^7  D'un  enfant  la  rend  mère 

8.  y8-8j  suppriment  la  virgule  après  tu  veus 

14-15.  ss-8y  De  beaus  lis  fleurissans  Irai  trois  fois  l'année 


deux  fils,  Louis  et  Gilles;  le  poète  devint  leur  tuteur  à  la  mort  de  son 
frère  (sept.  1556).  Cf.  L.  Froger,  Nouv.  rech.  sur  la  famille  de  Ronsard, 
ànnsla. Rev.  hist.  et  arch.  du  Maine,  X.  XV,  1884,  i"  semestre,  p.  113-115 , 
232-235. 

1.  Cette  prière  païenne  a  son  pendant  parmi  les  épigrammes  votives 
àcVAnthol.  gr.  (n°  244,  de  Critagoras  pour  les  couches  d'Antonia).  Mais 
les  idées  en  sont  prises  à  Ovide  et  à  Horace. 

2.  Ces  trois  premières  strophes  viennent  d'Ovide,  Amores,  II,  xiii, 
à  Isis  la  priant  de  protéger  la  grossesse  de  Corinne,  7  et  suiv.  Comme 
Ovide,  Ronsard  assimile  Juno  Lucina  à  la  déesse  égyptienne  Isis,  épouse 
d'Osiris.  Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  399. 

3.  Cf.  Horace,  Carm. III,  iv,  début  (et  ci-dessus  Odes,  II,  11,  début). 


1 1 6  ODES 

La  santé  douce  ameine 
A  celle  qui  l'atand, 
Et  d'une  main  maîtresse 
Repousse  sa  détresse. 

25  Ainsi  tousjours  t'honore 

Le  Nil  impetueus, 
Qui  Neptune  colore 
Par  sept  huis  fluctueus, 
Et  sur  ses  bords  la  pompe 

30  Dance  au  bruit  de  la  trompe 

Toi  déesse  Lucine 
Requise  par  trois  fois 
De  la  vierge  en  gésine 
Tu  exauces  la  vois  2, 
js  Et  deserres  la  porte 

Au  dous  fruit  qu'elle  porte  3. 

Tu  as  de  la  nature 

La  clef  dedans  tes  mains, 

Tu  donnes  l'ouverture 


24.  Sy  supprime  cette  strophe. 

29.  SS~^7  Ainsi  toujours  ta  pompe 

34.  8y  Tu  escoutes  la  voix 

35-  So~SS  Et  deserre'  (corr.  aux  errata  de  jo) 


1.  Pour  la  tournure  optative,  cf.  Horace,  Carm.  I,  m  :  Sic  te  diva 
potens  Cypri...  regat.  —  Pour  le  fond,  cf.  Ovide,  Amores,  II,  xiii,  loc.  cit. 

2.  Imité  d'Horace,  Carm.  III,  xxii,  2-3  :  Quae  laborantes  utero 
puellas  Ter  vocatas  audis,  adimisque  leto.  —  Ronsard  emploie  le  mot 
«  vierge  »,  ici  et  au  vers  3,  dans  le  sens  extensif  que  Virgile  donne  par- 
fois à  «  virgo  »  (Bue.  vi,  52). 

3.  Cf.  Horace,  Carm.  szcul.,  13-16  :  Rite  maturos  aperire  partus  Lenis 
Ilithya,  tuere  matres  ;  Sive  tu  Lucina  probas  vocari,  Seu  Genitalis. 


LIVRE   IV,    ODE   X  lîj 

40  De  la  vie  aus  humains, 

Et  ta  force  reboute 
Tout  ce  que  la  mort  oute^  [121  v»] 


DU  JOUR  NATAL  DE  CASSANDRE^ 

Ode  X 

Chanson,  voici  le  jour 
Où  celle  là  qui  la  terre  décore. 
Et  que  mon  œil  idolâtre,  &  adore, 

Vint  en  ce  beau  séjour. 

Le  ciel  d'amour  ataint 
Ardant  de  voir  tant  de  beautés  l'admire, 

41-42.  sS'^y  Et  des  siècles  avares  Les  fautes  tu  repares 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  x)  1550;  (viii)  1553, 
(ix)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  IV,  ix),  1560,  1567,  1571,  i575  ;  (vm) 
1578.  —  Supprimée  en  1584.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592, 
CEuvres,  t.  II,  p.  416.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623, 
1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  427);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  87). 

Titre,  ôy-j^  sans  titre.  \  y8  Du  jour  natal  de  sa  Dame.  A  loland 
Chantre. 

2-3.  SS~7^  O^  ctWt  là  {ôj-jS  la  beauté)  qui  la  terre  décore,  Et  que 
mon  œil  peu  sagement  adore 


1.  Oute  =  ôte  (v.  ci-après  Bocage,  11,  80;  v,  44).  Cf.  les  formes  ana- 
logues :  chouse,  approuche,  repous,  arrouser,  compouser,  Callioupe,  que 
Ronsard  employait  «  pour  faire  la  rime  plus  riche  et  plus  sonante  » 
(Abbregé  de  l'Art  poétique,  Bl.  VII,    329). 

2.  Sur  Cassandre,  V.  ci-dessus  Odes,  II,  v,  n.  i.  — Ce  chant  d'anniver- 
saire respire  une  félicité  si  pure,  qu'il  nous  semble  remonter  au  début 
des  relations  de  Ronsard  et  de  Cassandre  Salviati  ;  il  est  au  moins  sen- 
siblement antérieur  au  mariage  de  celle-ci  (nov.  1546). 


Il8  ODES 

Et  se  courbant  desus  sa  face,  mire 

Tout  l'honneur  de  son  taint  '. 

Car  les  divins  flambeaus, 
lo  Grandeur,  vertu,  les  amours,  &  les  grâces 

Lui  firent  don  quand  ell'  vint  en  ces  places 
De  leurs  presens  plus  beaus  ^, 

Affin  que  par  ses  yeus 
Tout  l'imparfait  de  ma  jeunesse  folle 
1$  Fust  corrigé,  &  qu'elle  fust  l'idole 

Pour  m'avoier  au  mieus3. 

Heureus  jour  retourné,  [122  r»] 

A  tout  jamais  j'aurai  de  toi  mémoire. 
Et  d'an,  en  an,  je  chanterai  la  gloire 
20  De  l'honneur  en  toi  né  4. 


9.  y8  Les  célestes  flambeaux 

lo-ii.  SS-7^  les  amours,  &  les  Grâces  (^7-7^  la  Grâce),  Aquimieus 
mieus  honorèrent  (6o-'/8  embellirent)  sa  face 

12.  7^  De  leurs  dons  les  plus  beaux  : 

16.  6'j-y8  Pour  me  guider  |  jo-j^j  virg.  après  mieus  (éd.  stiiv.  corr.) 

18-19.  7^  Mesme  là  bas  j'auray  de  toy  mémoire,  Et  vif  &  mort  je 
chanteray  la  gloire 


1.  De  même  dans  Pétrarque,  la  Nature  est  amoureuse  de  Laure  ;  voir 
notamment  le  tercet  final  des  sonnets  cv  et  cxl  de  la  i"  partie  du  canzo- 
niere,  et  la  canzone  iv  de  la  2*  partie,  stance  v  :  Il  di  che  costei  nacque... 

2.  Cf.  le  sonnet  de  Ronsard  :  Quand  ma  maistresse  au  monde  print 
naissance  (Conttn.  des  Amours,  1555),  Bl.  I,  41  ;  ML.  I,  53. 

3.  Ce  thème  de  l'influence  esthétique  et  morale  exercée  par  l'aimée 
sur  le  poète  était  cher  aux  troubadours  et  à  Pétrarque.  Voir  entre 
autres,  dans  la  i"  partie  du  canzoniere,  les  deux  tercets  du  sonnet  x  et 
le  début  de  la  canzone  vu.  Cf.  deux  sonnets  de  Ronsard  :  Vccil  qui  ren- 
droit  le  plus  barbare  appris  (1552),  et  :  Morne  de  corps  &  plus  morne  d'es- 
pris  (i$53),  Bl.  I,  40  et  57;  ML.  I,  33  et  48. 

4.  Cf.  Hercule  Strozzi,  Amores,  II,  De  natali  dominae  (éd.  de  Paris, 


LIVRE   IV,    ODE   X  II9 

Sus  page  vistement 
Donne  ma  lire,  affin  que  sur  sa  chorde 
D'un  pouce  dous  je  marie  &  accorde 

Ce  beau  jour  sainctement. 

2y  Sème  par  la  maison 

Tout  le  trésor  des  prez  &  de  la  pleine, 
Le  lis,  la  rose,  &  cela  dont  est  pleine 
La  nouvelle  saison  '  : 

Et  crie  au  temple  aussi, 
30  Que  le  soleil  ne  vit  oncques  journée 

Qui  fust  de  gloire,  &  d'honneur  tant  ornée 
Comme  il  voit  ceste  ci. 


25'  JJ-7i  D'un  pouce  dous  en  sa  faveur  j'accorde  |  PR  161^-162),  Bl, 
ML  s'accorde  {texte  fautif) 

21-24.  7^  Despan  de  ce  crochet  Ma  lyre  oisive,  à  fin  que  je  l'encordé  : 
Donne  ton  livre,  loland,  que  j'accorde  Ce  jour  sous  mon  archet 

29.  jS-78  Puis  crie 


Simon  de  Colines,  1S50,  f°  83  v°)  : 

Addite  thura  focis,  Idus  venere  Décembres, 
Semper  habenda  mihi  multo  in  honore  dies. 

Vagiit  his  primum  mea  Cynthia,  deque  parentis 
Ventre  recepta  tuo  gratia  pulchra  sinu  est. 

Os  tibi  legisti,  genulas  décor,  ignea  blandus 
Lumina  amor,  pectus  Cypria,  Juno  manus... 

I.  Ces  deux  strophes  rappellent  Horace,  Carm.  III,  xix,  20-22  (cf.  ci- 
dessus  Odes,  III,  IV,  25  et  suiv.)  ;  on  trouve  d'ailleurs  un  mouvement 
analogue  à  la  fin  de  la  pièce  susdite  d'Herc.  Strozzi,  et  surtout  au  début 
d'une  pièce  de  son  père  sur  le  même  sujet,  Erotica,  IV,  De  die  naiali 
Anthiae  (éd.  cit.,  f°  142  r°)  : 

Natalem  dominae  mecum  celebrate  coloni, 

Et  positis  curis  undique  cesset  opus... 
Nunc  agitate  choros,  et  carmina  dicite  laeti, 

Nec  madidum  verno  stet  sine  flore  caput. 


120  ODES 


AU   REVERENDISSIME    CARDINAL   DU   BELLAI  » 

Ode  XI 

Dedans  ce  grand  monde  où  nous  sommes 
Enclos  generallement,  [122  v^] 

Il  n'i  a  tant  seulement 

Q.u*un  genre  des  dieus,  &  des  hommes. 

5  Eus,  &  nous  n'avons  mère  qu'une, 

Tous  par  elle  nous  vivons, 
Et  pour  héritage  avons 
Cette  grand'  lumière  commune. 

L'esprit  de  nous  qui  tout  avise, 
10  Des  Dieus  compaignons  nous  rend. 


Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xi)  1550;  (ix)  1553  ; 
(x)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  IV,  x),  1560,  1567,  1571,  1575  ;  (ix)  1578; 
(vu)  1 584.  —  Supprimée  en  1587.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de 
1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  459.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617, 
1625,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  428);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  323). 

Titre.  84  A  Joachim  du  Bellay. 

I.  ^0-60  Dedans  ce  vnonàQ  (vers  faux,  que  les  éd.  suiv.  corr.) 

8.  78-84  Du  ciel  la  lumière  commune 

9.  SS'^4  Nôtre  (et  Nostre)  raison  qui  tout  avise 


I.  Le  cardinal  Jean  du  Bellay,  évêque  du  Mans  depuis  1546,  par 
suite  chef  spirituel  de  Ronsard,  qui  espérait  trouver  en  lui  un  Mécène 
(v.  ci-dessus  Hymne  de  France,  \âr.  du  vers  223  et  note).  Sur  ce  person- 
nage, ami  des  lettres,  cf.  Chamard,  thèse  sur  Joachim  du  Bellay  (1900), 
p.  27J  et  suiv.  ;  L.  Séché,  Rev.  Ren.  igoi-1902  ;  V.-L.  Bourrilly,  Jean  du 
Bellay,  les  protestants  et  la  Sorhonne  (Bull,  de  la  Soc.  d'hist.  du  Protest. 
fr%  1903-1904)  ;  Ambassades  en  Angleterre  de  Jean  du  Bellay,  Paris,  Picard, 
1905;  Le  cardinal  Jean  du  Bellay  en  Italie  (R.E.R.,  1907,  fasc.  3  et  4); 
et  ci-dessus  Odes,  I,  ix,  87  et  suiv.  —  Sur  la  date  probable  de  la  pièce, 
v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  40-41  et  note. 


LIVRE   IV,    ODE   XI  121 

Sans  plus  un  seul  différent 
Nostre  genre  &  le  leur  divise  ^ 

La  vie  aus  dieus  n'est  consumée, 
Immortel  est  leur  séjour, 
15  Et  l'homme  ne  vit  qu'un  jour 

Fuiant  comme  un  songe  ou  fumée. 

Mais  celui  qui  aquiert  la  grâce 
D'un  bien  heureus  écrivant, 
De  mortel  se  fait  vivant, 
20  Et  au  ranc  des  célestes  passe  ^ 

Comme  toi,  que  la  muse  apprise 

De  ton  Macrin  a  chanté, 

Et  t'a  un  los  enfanté  [123  r^] 

Qui  la  fuite  des  ans  mesprise^. 

25  Elle  a  perpétué  ta  gloire 

La  logeant  là  haut  aus  cieus, 
Et  a  fait  egalle  aus  dieus 
L'éternité  de  ta  mémoire. 

Aprenez  donc  vous  Rois,  &  Princes 
30  Les  Poètes  honorer, 

Qui  seuls  peuvent  décorer 
Vous,  vos  sugets  &  vos  Provinces. 

16.  ^^-84  guillemettent  les  quatre  premières  strophes. 


1.  Ceci  est  expliqué  par  la  strophe  suivante. 

2.  Tout  ce  début  vient  de  Pindare,  Ném.  vi,  1-9. 

3.  Sur  le  poète  Salmon  Macrin,  v.  ci-dessus  Odes,  III,  xiv,  52-54. 


122  ODES 

Le  donteur  d'Asie,  Alexandre 
Qui  au  monde  commandoit, 
35  Un  Homère  demandoit 

Pour  faire  ses  labeurs  entandre'. 

La  France  d'Homeres  est  pleine, 
Et  d'eus  liroit  on  les  fais, 
S'ils  estoient  tous  satisfais 
40  Autant  que  mérite  leur  peine. 


VEU  AU  SOMMES  [123  vo] 


Ode  XII 

Somme,  le  repos  du  monde, 
Si  d'un  pavot  plein  de  l'onde 
Du  grand  fleuve  oblivieus 


33.  SS'7^  Sans  plus  le  grand  prince  Alexandre 

34.  S 5  Q-"^^  presque  seul  |  ôo-jj  Qui  à  la  terre  (vers faux)  \  j8  Qui  à 
l'Asie  (vers  faux)  \  Bl  a  conservé  le  texte  de  60,  diaprés  les  PR   i6op-i6^o. 

40.  84  supprime  les  six  dernières  strophes  (non  rééditées  par  ML) . 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xii)  1550;  (x)  1553; 
(xi)  1555. —  Œuvres  (Odes,  IV,  xi),  1560,  1567,  1 571,  1573  ;  (x)  1578  ; 
(viii)  1584  ;  (vu)  1587;  1 592-1630. 

Blanchemain (t.  II,  p.  257);  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  324). 

1.  SO-7^  le  repos  (éd.  suiv.  corr). 

2.  S']  Si  d'un  pavot  teint  en  l'onde 


1.  Cf.  Plutarque,  Vie  d^ Alexandre,  xv,  3. 

2.  Nombre  de  poètes  néo-latins  avaient  adressé  au  Sommeil  soit  une 
prière,  soit  une  action  de  grâces,  par  ex.  Marulle  :  Somne,  pax  animi 
quiesque  lassi  (Epigr.  IV,  xxi)  ;  Navagero  :  Béate  Somne,  nocte  qui 
hesterna  mihi  Tôt  attulisti  gaudia  (Lusus,  xxix)  ;  J.  Second  :  Somne 
tenebrosae  Necis  ignavissime  frater  (Eleg.  II,  ix). 


LIVRE   IV,    ODE   XII  I23 

Tu  veus  arrouser  mes  yeus  % 

5  Tellement  que  je  reçoive 

Ton  dous  présent  qui  déçoive 
Le  long  séjour  de  la  nuit, 
Qui  trop  lente  pour  moi  fuit  : 
Je  te  voue  une  peinture  2, 

10  Où  refait  de  ta  nature 

Sera  portrait  à  l'entour, 
S'entresuivans  d'un  long  tour 
Tous  les  songes  &  les  formes 
Où  la  nuit  tu  te  transformes 

15  Pour  nos  espris  contenter, 

Ou  pour  les  espovanters. 
A  grand  tort  Vergile  nomme 
Frère  de  la  mort,  le  Somme  ^, 
Qui  charme  tous  nos  ennuis 

20  Et  la  paresse  des  nuis, 

"   Voire  que  nature  estime 
Comme  son  fils  légitime. 
Le  soin  qui  les  rois  époint  [124  r^'] 


10-12.  84-87  Où  l'effect  de  (8y  Où  toy  mesme  &)  ta  nature  Qjii  fuyt 
la  clarté  du  jour  Sera  portrait  (8y  Seront  portraits)  à  l'entour 

16.  7^-8'/  espouvanter 

17.  s ^-87  A  grant  tort  Homère  nomme 
20.  S^'SS  ï^^is  sans ponct.  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Souvenirs  mélangés  d'Ovide,  Me7.  XI,  603,605,623,  et  de  Virgile, 
En.  V,  854. 

2.  C.-à-d.  :je  te  promets  en  ex-voto  un  tableau. 

3.  Cf.  Ovide,  Mèt.Xl,  592  et  suiv. 

4.  Cf.  Homère,  //.  XIV,  231  :  "Ttîvoç  xaatyviQTOç  ©avaxoto  ; 
Virgile,  En.  IV,  278  :  Consanguineus  Leti  Sopor.  —  Ailleurs  encore 
Ronsard  rejette  l'autorité  des  écrivains  anciens,  par  ex.  de  Platon  (ci- 
dessus  Odes,  III,  vu),  de  Cicéron  (Bl.  I,  438),  d'Hésiode  (jbid.  Il,  559), 
de  Pindare  même  {ihid.  V,  360). 


124  ODES 

L'esprit  ne  me  ronge  point, 
25  Toutesfois  la  tarde  Aurore 

Me  voit  au  matin  encore 
Parmi  le  lit  travailler 
Et  depuis  le  soir  veillera 
Vien  donc  sommeil,  &  distille 
50  Dans  mes  yeus  ton  onde  utile 

Et  tu  auras  en  pur  don 
Un  beau  tableau  pour  guerdon 


DES  ROSES  PLANTÉES  PRÉS  UN  BLÉ? 

Ode  XIII 

Dieu  te  gard  l'honneur  du  printens. 
Qui  étens 


29.  S5-^7  Vien  doncque  Somme 
50.  jS-Sj  En  mes  yeus 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xiii)  1550;  (xi)  1553  ; 
(xiv)  1555. —  Œuvres  (IV,  xiv),  1560,  1567,  1571,  1573.  — Supprimée 
en  1578.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II, 
p.  461.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  430);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  88). 


1.  Ceci  rappelle  l'anecdote,  racontée  par  Cl.  Binet,  du  travail  intense 
auquel  se  livraient  Ronsard  et  Baïf  dans  leur  chambre  de  pensionnaires 
au  collège  de  Coqueret.  Mais  peut-être  vaut-il  mieux  comprendre  que 
Ronsard  ne  peut  dormir  à  cause  des  pensées  qui  le  travaillent  (cf.  l'ode 
de  1554,  Laisse  moy  sommeiller,  Amour,    Bl.  II,  393). 

2.  Ronsard  a  adressé  deux  autres  pièces  au  Somme:  l'ode  de  1554, 
Hé  mon  Dieu,  que  je  te  hay.  Somme  (contre-partie  de  celle-ci),  et  la  prière 
contenue  dans  l'ode  de  1555,  Cinq  jours  sont  ja  passe::^  (Bl.  II,  392;  IV, 
261). 

3.  Cette  ode  —  très  régulière  d'ailleurs  —  est  une  des  premières  que 
Ronsard  dut  composer;  elle  est  au  moins  antérieure  à  sa  connaissance 
de  Pindare  (voir  le  vers  18)  et  à  sa  rencontre  avec  Cassandre  (voir  le 
vers  final). 


LIVRE    IV,    ODE    XIII  I25 

Tes  beaus  trésors  [dejsur  la  branche, 
Et  qui  découvres  au  soleil 
5  Le  vermeil 

De  ta  beauté  naïve  &  franche. 

D'assés  loin  lu  vois  redoublé 

Dans  le  blé 
Ta  joue  de  cinabre  teinte, 
10  Dans  le  blé  qu'on  voit  rejouir  [124  v°] 

De  jouir 
De  ton  image  en  son  verd  peinte. 

Et  moi  en  sentant  ton  odeur. 

Plein  d'ardeur 
15  Je  façonne  un  vers,  dont  la  grâce 

Maugré  les  tristes  seurs  vivra, 

Et  suivra 
Le  long  vol  des  ailes  d'Horace  ^ 


3.  jo.  92  Les  beaus  (corr.  aux  errata  de  /o)  (  S0~7h  9^i  ^^  i6op- 
16^0,  Bl,  ML  sur  la  branche  (vers  faux  ;  je  conjecture  desur) 

4.  So-7h  9^y  P^  i6og-i6^o  virg .  après  soleil  {Bl,  ML  corr.) 
6.  S>'75  De  ta  couleur  vivement  franche 

9.  SS'73  Ta  face  de   vermillon  teinte  {Bla  mélangé   les  deux  leçons)  | 
PR  i6oç-i6]0,  ML  du  vermillon  texte  fautif) 
13.  SS'7S  ^^^^  ^^  ^oi  sentant  ton  odeur 
i).  ^o-)^  virgule  après  grâce  (éd.  suiv.  corr.) 
^^-  SS~7S  Maugré  mile  siècles  vivra 


I.  Souvenir  d'Horace,  Carm.   II,  xx,  début,   qui  revient   dans    une 
pièce  du  Bocage  (ci-après,  A  son  retour  de  Gascongne,  47-48).  —  Toute  la 
strophe  semble    une  réponse   à   Cl.  Marot,  qui  avait  jeté  ce   défi  aux 
lyriques  profanes  dans  la  préface  de  ses  Psaumes  (1541)  : 
Pas  ne  faut  donc  qu'auprès  de  luy  Horace 
Se  mette  en  jeu,  s'il  ne  veut  perdre  grâce  : 
Car  par  sus  luy  vole  nostre  poëte  (David) 
Comme  feroit  l'aigle  sur  l'alouette. 

Ronsard  eut  de  bonne  heure  l'ambition  de  rivaliser  avec  Marot  dans  la 


126  ODES 

Les  uns  chanteront  les  œillés 
20  Vermeilles, 

Ou  du  lis  la  fleur  argentée, 
Ou  celle  qui  s'est  par  les  prez 

Diaprez 
Du  sang  des  Princes  enfantée  ^ 

2'y  Mais  moi  tant  que  chanter  pourrai 

Je  lourrai 
En  mes  douces  Odes  la  rose, 
Pource  qu'elle  porte  le  nom 

De  renom  ^ 
De  celle  où  mon  âme  est  enclose  3. 


26.  Ji-y^  Je  louray 

27-30.  S5'73  Toujours  en  mes  odes  la  Rose  D'autant  qu'elle  porte  le 
nom   De  renom   De  celle  où  ma  vie  est  enclose. 


poésie  purement  lyrique,  mais  en   substituant  l'inspiration  païenne  à 
l'inspiration  biblique  (v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  17-21). 

1.  Hyacinthe,  Ajax.  Cf.  Ovide,  M^^  X,  210  et  suiv.  ;  XIII,  594  etsuiv. 

2.  Véritable  cliché.  Cf.  Cl.  Marot,  Etrennes,  xxxi  (éd.  Jannet,  t.  II, 
p.  205),  et  Ronsard,  début  de  l'ode  de  1555  ^  M.  d'Orléans (Bl.  II,  190). 
Le  sonnet  à  Hélène,  Quand  vous  sere^  bien  vieille,  contient  une  tournure 
synonyme  :  «  votre  nom  de  louange  immortelle  ». 

3.  Malgré  une  déclaration  semblable  aune  Marguerite  (ci-dessus  Odes, 
II,  XIII,  début),  cette  Rose  correspond  vraisemblablement  à  une  personne 
réelle,  dont  Ronsard  a  écrit  l'épitaphe  (Bl.  VII,  275),  placée  dans  les 
Odes  de  1 5  5  5  tout  près  de  cette  ode.  —  Peut-être  aussi  faut-il  voir  ici  sim- 
plement un  souvenir  du  Roman  de  la  Rose,  vers  4386  et  suiv.  (cf.  G. 
Paris,  Chansons  du  XP  siècle,  p.  30,  dans  la  coll.  des  Anciens  Textes).  — 
Ant.  de  Baïf  a  également  chanté  sur  le  même  mode  une  femme  nommée 
Rose  (JPassetems,  II,  éd,  Marty-Laveaux,  IV,  299). 


LIVRE   IV,   ODE   XIV  I27 

A  CASSANDRE^  [125  r°] 

Ode  XIV 

Nimphe  aus  beaus  yeus,  qui  souffles  de  ta  bouche 

Une  Arabie  à  qui  prés  s'en  approuche  ^, 
Pour  déraciner  mon  émoi 
Cent  mile  baisers  donne  moi, 
5  Donne  les  moi,  çà,  que  je  les  dévore, 

Tu  fais  la  morte,  il  m'en  faut  bien  encore, 
Redonne  m'en  deus  miliers  donc. 
Et  un  sur  tous  qui  soit  plus  long 

Que  n'est  une  onde  en  longueur  étendue 
10  Desous  le  vent  d'un  grand  branle  épandue. 

Ainsi  ma  Cassandre  vivons 
Puis  que  les  dous  ans  nous  avons  3. 

Incontinant  nous  mourrons,  &  Mercure 

Éditions. —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xiv)  1550;  (xa^) 
1553  ;  (xv)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  IV,  xv),  1560,  1567,  1571,  1573  ; 
(xiii)  1578;  (xi)  1584.  —  Supprimée  en  1587.  — Réimprimée  dans  l'éd. 
lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  462.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées, 
1609,  1617, 1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  431)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  327). 

Titre.  J8-S4  sans  titre. 

2.  jo,  92  prest  (corr.  aux  errata  de  jo)  j  67-54  près  en  approuche 

4.  Aucune  séparation  strophîque  dans  les  anciennes  éditions . 

5.  S^'SS  dévore  sans  pond.  (éd.  suiv.corr.  saufg2) 
8.  S ^-84  Et  sur  tous  un  qui  soit  plus  long 

9-10.  ^^-84  Que  n'est  celui  des  douces  colombelles  Prises  au  jeu  de 
leurs  amours  nouvelles  : 

11-12.  ^8-84  ma  Maistresse,  vivons  Tandis  que  le  temps  nous  avons 
13.  S0-6y  nous  mourons  {corr.  aux  errata  de  ;o) 


1.  Sur  Cassandre,  voir  ci-dessus  Odes,  II,  v,  n.  i. 

2.  C.-à-d.  le  parfum  de  l'encens  (cf.  ci-dessus  [Premières  Poésies],  ode 
A  Jacques  Peletier,  26-30).  —  Sur  la  forme  approuche,  v.  ci-dessus  Odes, 
IV,  IX, 42,  note. 

3.  Tout  ce  début  vient  de  J.  Second,  Basia,  iv,  début;  vu,  27-28  ;  xvi, 
19-22,  et  du  Vivamus,  mea  Lesbia,  atque  amemus  de  Catulle. 


128  ODES 

Nous  convoirra  sous  la  vallée  obscure, 
15  Et  au  froid  roiaume  odieus 

A  la  belle  clarté  des  Dieus, 
Tenant  au  poin  sa  verge  messagère 
Creinte  là  bas  de  la  trope  légères 

Si  qu'aussi  tost  qu'aurons  passé 
20  Le  lac  neuf  fois  entrelassé, 

Et  que  sur  nous  sa  sentence  implacable 
Aura  getté  le  juge  irrévocable, 

Ne  parens,  ne  dévotions,  [125  \°] 

Ne  rentes,  ne  possessions 
25  Ne  fléchiront  la  cruche  2,  ne  l'audace 

Du  nautonnier  si  bien  qu'il  nous  repasse, 
Nautonnier  fier  qui  n'a  souci 
De  povre,  ne  de  prince  aussi  3. 
Donc  ce  pendant  que  l'âge  nous  convie 
30  De  nous  ébatre,  égalons  nostre  vie  : 

Ne  vois  tu  le  tens  qui  s'enfuit, 
Et  la  vieillesse  qui  nous  suit  4  ? 

14-16.  jS-^4  Nous  voilera  d'une  bruine  (60  moresque  6y-j^  poudrière 
78-84  poussière)  obscure,  Et  guidera  nos  tristes  pas  Au  froid  Roiaume 
de  là  bas 

18.  67-^4  de  la  troupe  légère 

21-22.  SS'^4  l'i^^^  imploiable...  inexorable 

25.  jo  fléchirons  {éd.  suiv.  corr.) 

27-28.  SS'^4  -Dur  (67-84  Du)  nautonnier  qui  n'a  souci  De  pauvre, 
ne  de  riche  aussi 

30.  $0  nostre  vie  sans  pond.  (éd.  suiv.  corr.) 


T.  La  «  trope  légère  »,  c'est  la  foule  des  ombres  aux  Enfers  (levem 
turbam,  dit  Horace,  Carni.  I,  x,  fin).  Cf.  ci-dessus  Odes,  IV,  vu,  59-60. 

2.  La  «  cruche  »,  c'est  l'urne  fatale  dont  parle  Horace,  Carm.  II,  m, 
25-27  :  Omnes  eodem  cogimur;  omnium  Versatur  urna  ;  sérias  ocius 
Sors  exitura...  (cf.  ci-après  Bocage,  xiii,  107). 

3.  Les  vers  13-28  viennent  d'Horace,  Carm.  I,  x,  fin  ;  I,  xxiv,  fin  ; 
II,  XIV,  2-12  ;  II,  xviii,  32-36. 

4.  Cette  conclusion  vient  de  J.  Second,  Bas.  xvi,  fin.  Pour  ce  thème 
du  Carpe diem,  maintes  fois  repris  par  le  poète,  notamment  dans  sa  fameuse 
odelette  de  1553,  Mignonne,  allon  voir,  v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  579  et  suiv. 


LIVRE    IV,    ODE    XV  I29 


A  LA  SOURCE  DU  LOIR  ' 

Ode  XV 

Source  d'argent  toute  pleine, 
Dont  le  beau  cours  éternel 
Fuit  pour  enrichir  la  plaine 
De  mon  païs  paternel. 

5  Soi  hardiment  brave  &  fiere 

De  le  baigner  de  ton  eau, 
Nulle  Françoise  rivière 
N'en  peut  laver  un  plus  beau. 

Que  les  Muses  éternelles  [126  r<*] 

10  D'habiter  n'ont  dédaigné, 

Ne  Phebus  qui  montre  en  elles 
L'art  où  je  suis  enseigné  *. 

Qui  sur  ta  rive  velue 
Jadis  fut  énamouré 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xv)  i$50;  (xiii) 
1553  ;  (xvi)  1555.  — Œuvres  (Odes,  IV,  xvi)  1560,  1567,  1571,  157}  ; 
(xiv)  1578.  —  Supprimée  en  1584.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de 
1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  463  .  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609,  1617, 
1623, 1630. 

Blanchemain  (t,  II,  p.  432);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  89). 

5.  jj  Soi  sur  toutes  la  plus  fiere  |  60-"/^  Soi  donq  orguilleuse  & 
fiere  |  y8  Sois  toute  orgueilleuse  &  fiere 

II.  JJ-60  qui  dit  en  elles  |  6y-y8  qui  dit  par  elles 

13.  SS'7^  Q-^^  ^^  sur  (71-78  dessus)  ta  rive  herbue 

14.  JO'7j  virg.  après  énamouré  {éd.  suiv.  corr.) 


1.  Voir  Ronsard  p.  lyr.,  p.  435. 

2.  Voir  ci-dessus  Odes,  I,  xx,  52  ;  II,  xvii,  49 et  suiv. 

Ronsard,  II. 


130  ODES 

15  De  la  Nimphe  chevelue 

La  Nimphe  au  beau  crin  doré  : 

Et  l'atrapa  de  vistesse 
Fuiant  le  long  de  tes  bords, 
Où  il  ravit  sa  jeunesse 
20  Au  meilieu  de  mille  efforts  ^ 

Si  qu'aujourd'hui  d'elle  encores 
Immortel  est  le  renom 
Dedans  un  antre,  qui  ores 
Se  vante  d'avoir  son  nom. 

2$  Fui  donques,  heureuse  source, 

Et  par  Vendôme  passant, 
Retien  la  bride  à  ta  cource 
Le  beau  cristal  effaçant. 

Puis  salue  mon  la  Haie 
30  Du  murmure  de  tes  flots,  [12e  \°] 

Qui  pour  nëant  ne  s'essaie 
Vanter  l'honneur  de  ton  los. 


16.  /o-j'_j  lin  point  après  doré  (éd.  suiv.  corr.) 

19.  S^-yS  Et  là,  ravit  sa  jeunesse  {6o~j8  suppriment  la  virg.) 

20.  6y-y8  Au  millieu  (et  milieu) 
27,  éy-y^  à  la  cource  {et  course) 

31-32.  /j  En  vain  celui  ne  s'essaie  Sonner  comme   moi,  ton   los  | 
So-y^  C'est  celuy  qui  ne  s'essaye  De  sonner  en  vain  ton  los 


I.  Ces  deux  strophes  rappellent  deux  épisodes  des  Métavi.  d'Ovide 
celui  d'Apollon  et  Daphné,  celui  de  Jupiter  et  lo.  Mais  peut-être  Ron- 
sard a-t-il  songé  plutôt  au  récit  que  la  nymphe  Pegasis  fait  à  Paris  de  sa 
défloration  par  Apollon  dans  J.  Lemaire,  Illustr.  de  Gaule,  I,  xxvi, 
d'après  Ovide,  Hèroïde  v. 


LIVRE   IV,  ODE   XV  I3I 


Si  le  ciel  permet  qu'il  vive, 
Il  convoira  doucement 
55  Les  neuf  Muses  sur  ta  rive 

Pleines  d'ebaissement, 

De  le  voir  seul  desus  l'herbe 
Remémorant  leurs  leçons, 
Faire  aller  ton  cours  superbe 
40  Honoré  par  ses  chansons  ^ 

Va  donc,  &  reçoi  ces  roses 
Que  je  repan  au  giron 
De  toi  source  qui  aroses 
Mon  pais  à  l'environ, 

45  Lequel  par  moi  te  suplie 

En  ta  faveur  le  tenir, 
Et  en  ta  grâce  acomplie 
Pour  jamais  l'entretenir. 


39,  SS-7S  Faire  aller  ton  flot  superbe 

25-40.   y8  supprime  ces  quatre  strophes. 

41-43.  SS'73  ^a  donques  &  pren  ces  roses...  |  j8  Fuy  donq  Source, 
&  pren  ces  roses  Que  je  respan  au  giron  De  ton  onde,  qui  arroses 

45-48.  JJ-y^  Lequel  te  pri  (6j-y)  Q.ui  te  suply  jS  Et  te  prie)  par 
mes  Muses  De  toujours  l'avoir  à  cœur,  Et  que  toujours  tu  lui  uses  Des 
faveurs  de  ta  liqueur 


I.  Le  poète  picard  Maclou  de  la  Haye  ayant  épousé  une  Veudômoise, 
Jeanne  Desmons,  vers  1548,  se  fixa  dans  la  banlieue  d'aval  de  Vendôme 
(cf.  J.  Martellière  et  L.  Froger,  Ann.  Flcch.  de  juillet  1907  et  janvier 
1910).  Ses  Œuvres,  publiées  en  1553,  comprennent,  après  une  Epitre 
dédie,  au  Roi,  un  Chant  de  paix  (non  pas  sur  la  paix  de  Crespy,  comme 
le  dit  E.  Turquety  dans  le  Bull,  du  Bibliophile  de  1860,  mais  sur  celle  de 
Boulogne,  d'avril  1550),  un  Chant  d'amour,  où  il  célèbre  la  «  beauté 
Vendomoise  »  auprès  de  laquelle  il  a  trouvé  «  le  jardin  de  repos  »,  cinq 
blasons  «  des  cinq  contentemens  en  amour  »,  quarante  sonnets  où  il 


I  3  2  ODES 

Ne  noiant  ses  pastourages 
50  D'eau  par  trop  se  répandant, 

Ne  defFraudant  les  ouvrages  [127  r^] 

Du  laboureur  atandant, 

Mais  favorable  &  utile 
Lui  riant  joieusement, 
55  Fai  que  ton  onde  distile 

Par  ses  champs  heureusement  : 

Ainsi  du  Dieu  vénérable 
De  la  mer,  puisses  avoir 
Une  acolade  honorable 
60  Entrant  chés  lui  pour  le  voir  ^. 


55-55.  SS'7^  Mais  fai  que  ton  onde  utile. . .  Innocente  se  distile 
56.  7^  Par  noz  prez  |  ^o-éjvirg.  o/^m  heureusement  {éd.  siiiv.  corr.} 
60.  SS~7^  Entré  chés  lui 


chante  sa    «  Vendomoise  estoille  »,   deux  livres  d'Epigrammes,  dont  le 
premier  est  encore  consacré  à  Jeanne  Desmons  (avec  force  jeux  de  mots 
et  métaphores   sur  ce  nom  et  sur  le  sien),  et  le  second   contient   des 
pièces  à  ses  amis  (entre  autres  Ronsard  et  Du  Bellay). 
I.  Cf.  ci-dessus  Odes,  IV,  vi,  Au  fleuve  du  Loir,  7-8. 


LIVRE    IV,    ODE   XVI  I33 

LE  RAVISSEiMENT  DE  CEPHALE 

DIVISÉ   EN   TROIS   POSES' 

Ode  XVI 

L'iver,  lors  que  la  nuit  lente 

Fait  au  ciel  si  long  séjour, 

Une  vierge  vigilente 

S'éveilla  davant  le  jour  : 

Et  par  les  palais  humides, 

Oii  les  Dieus  dormoient  enclos, 

Hucha  les  seurs  Néréides  ^ 

Qui  ronfloient  au  bruit  des  flots. 

Sus,  reveillez  vous  pucelles,  [127  v^] 

Le  sommeil  n'a  jamais  pris 
Les  yeus  curieus  de  celles 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes(lY,  xvi)  1550  ;  (xiv)  1553  ; 
(xvn)  1555. —  Œuvres  (Odes,  IV,  xvii)  1560,  1567,  1571,  1573;  (xv) 
1578;  (xii)  1584;  (x)i587;  1592-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  260)  ;  Marty-Laveaux  (t.  Il,  p.  329). 

Titre.  84-8"/  . .  .divisé  en  trois  pauses 

I.  L'en  tête  de  Bl  Première  pause  ne  se  lit  dans  aucune  édition. 

3.  84-8y  Une  Nymphe  vigilante 

4.  71-87  devant  le  jour 

5.  SS'^4  Et  par  les  antres  |  8j  Puis  par  les  Antres 

6.  84  Où  les  Thons  dormoient  |  8y  Où  les  Thons  ronflent 
8.  87  Q.ui  dormoient  au  bruit  des  flots 


1.  Pièce  de  même  allure  que  la  Défloration  de  Lede  (ci-dessus  Odes, 
III,  xxv).  —  Pour  l'étude  générale  des  sources  et  de  la  composition,  v. 
Ronsard  p.  lyr.,  p.  390-393. 

2.  Note  marginale  de  l'édition  de  i')84  :  «  Hucha,  vieil  mot  François, 
pour  dire  appella.  De  là  vient  une  Huchée  :  c'est  autant  que  la  voix  se 
peut  estendre  appellant  quelcun.  Et  un  Huchet,  qui  sert  aux  Faucon- 
niers pourappeller  leurs  oyseaux.  » 


134  oi^ES 

Qui  ont  un  euvre  entrepris. 
Cette  parole  mordente 
Leur  front  si  honteus  a  fait, 
15  Q.ue  ja  chascune  est  ardente 

Que  l'ouvrage  soit  parfait. 

D'une  soie  non  commune, 
Et  d'un  or  en  Cypre  eleu, 
Elles  brodoient  à  Neptune 
20  Qui  mieus  mieus  un  manteau  bleu 

Pour  mener  Thetis  la  belle 
Où  les  Dieus  sont  ja  venus, 
Et  oia  son  mari  l'appelle 
Aus  dous  presens  de  Venus  ' . 

25  Au  vif  traitte  i  fut  la  terre 

En  boule  arondie  au  tour, 
Avec  la  mer  qui  la  serre 
De  ses  braz  tout  alentour  : 
Au  meilieu  d'elle  un  orage 

30  Mouvoit  les  flots  d'ire  pleins, 

Pâlies  du  futur  naufrage 
Les  mariniers  estoient  peins  ^. 


20.  84-8J  Le  tissu  d'un  manteau  bleu 

29.  Ji-8y  Au  milieu  d'elle  |  Bl  une  orage  (texte  fautif  ) 

30.  SS-Sy  Mouvoit  ses  flots  d'ire  pleins 


1.  Tout  ce  début  rappelle  Virgile,  Géorg.  IV,  335  et  suiv.  Les  vers 
21-24  s'inspirent  de  Catulle,  Noces  de  Pelée  et  de  Thétis  (cf.  une  brillante 
description  de  J.  Lemaire,  Illustr.  de  Gaule,  I,  xxviii). 

2.  La  description  de  cette  tempête  sur  mer  rappelle  celle  de  V Enéide, 
I,  81-156.  L'idée  même  de  décrire  des  scènes  historiées  sur  un  vêtement, 
Ronsard  la  doit  soit  à  Apollonios  (Argon.  I,  manteau  de  Jason  brodé  pat 
Pallas),  soit  à  Catulle  (Noces  de  Thétis,  tentures  du  lit  nuptial),  soit  à 
Ovide  (Met.  VI,  tapisseries  de  Pallas  et  d'Arachné). 


LIVRE    IV,    ODE    XVI  I35 

Desarmée  est  leur  navire  [128  r^] 

Du  haut  jusqu'au  fondement, 

35  Cà  &  là  le  vent  la  vire 

Serve  à  son  commandement, 
Le  ciel  foudroie,  &  les  flammes 
Tumbent  d'un  vol  écarté, 
Et  ce  qui  reste  des  rames 

40  Vont  léchant  de  leur  clarté. 

La  mer  pleine  d'inconstance 
Bruit  d'une  bouillonante  eau, 
Et  toute  dépite  tance 
Les  flancs  du  vaincu  bateau. 
45  D'une  soie  &  noire,  &  perse. 

Cent  nues  entrelassoient. 
Qui  d'une  longue  traverse 
Tout  le  serein  eflaçoient, 

Si  que  la  pluie,  &  la  grélle, 
50  Le  vent,  &  les  tourbillons, 

Se  menacent  pelle  melle 

Sur  les  humides  sillons. 

Les  bords  en  vois  effroiantes 

Crient,  d'estre  trop  lavés 
S  s  Des  tempestes  aboiantes 

Autour  de  leurs  pies  caves  ^ 


39.  Sj  Et  les  longs  esclats  des  rames 

42.  ^o-6o  bouUonnante  (corr.  aux  errata  de  /o)  |  yS-84  Jusqu'au  ciel 
arme  son  eau 

54.  S^^-^7  virgule  après  lavés  {éd.  suîv.  corr.) 
41-56.  8j  supprime  ces  deux  strophes. 


I.  Pour  l'idée,  cf.  ci-après  Bocage,  iv,  55  et  suiv. 


1^6  ODES 

Neptune  i  fut  peint  lui  même  [128  v^] 

Brodé  d'or,  qui  du  danger 
Tirant  le  marinier  blême 
60  L'eau  en  l'eau  faisoit  ranger. 

Les  troupes  de  la  mer  grande 
Sont  leur  prince  environnans, 
Palsemon,  Glauce,  &  la  bande 
Des  Tritons  bien  resonnans. 

65  Lui,  les  brides  abandonne 

A  son  char,  si  qu'en  glissant 
Sur  la  mer,  ses  lois  il  donne 
Au  flot  lui  obéissant  : 
Et  se  jouant  desus  l'onde 

70  Se  montre  seul  gouverneur, 

Et  Roi,  de  l'humide  monde 
Qui  s'encline  à  son  honneur  ^ 

Elles  finoient  de  portraire 
De  verd,  de  rouge,  &  vermeil, 
75  L'arc  qui  s'enflamme  au  contraire 

Des  sagettes  du  souleil, 
Quand  Nais  de  sa  parolle 


59-60.  8y  Sauvant  le  marinier  blesme,  Les  vagues  faisoit  ranger 

61 .   S0'7S  virgule  après  grande  (éd.  suiv.  corr.) 

62-64.  ^7  Toutes  entour  noyent  son  corps,  Palemon,  Glauque  &  la 
bande  Des  Tritons  aux  cornets  tors  |  Les  éd.  suiv.  corrigent  ainsi  h  i" 
vers  de  cette  variante  :  97  Toute'  entour  noyent  1604  Tout'  entour  noyant 
i6op  et  16^0  Tout'  entournoyant  i6iy-2^  Toutes  entournoyent  (et 
entournoient) 

67 .   6'/-'^^  Desur  la  mer,  ses  lois  donne  |  yS-Sy  texte  primitif 

73-76.  Jj-Sy  Elles  cessoient  de  portraire. .  .  du  soleil  (et  Soleil) 


I.  Cf.  Virgile,  En.  I,  142-156. 


LIVRE    IV,    ODE    XVI  I37 


Feit  ainsi  resonner  l'air  : 
Avec  sa  vois  douce  &  molle 
80  Le  sucre  sembloit  couUer  ^ 


Seconde  pose.  [129  r^] 

Reveillez  vous  belle  Aurore, 
Lente  au  lit  vous  sommeillez  : 
Et  avecque  vous  encore 
Le  beau  matin  reveillez  : 
8)  Ainsi  le  dolent  Cephale  ^ 

Vous  soit  amiable,  &  dous. 
Et  laissant  sa  femme  palle 
Daigne  aller  avecque  vous  5. 

Le  fils  de  Venus,  compaignes, 
90  Ce  cruel  archer  qui  peut 

78.  jo-y^  virgule  après  l'air  {éd.  stiiv.  corr.) 

79.  6*7  De  sa  voix  doucette  &  molle 

81.  84-8y  en  iéte  Seconde  pause. 

82.  84  Trop  au  lict  |  8j  Froide  au  lict 

83.  ^7  Et  vous  reveillant  encore 


1.  Cette  idée  de  faire  raconter  une  fable  mythologique  par  une  jeune 
fille  au  travail,  Ronsard  la  doit  soit  à  Virgile,  Géor^.  IV,  345  (la  nymphe 
Clymene  racontant  les  amours  des  Dieux),  soit  à  Ovide,  Met.  IV,  32- 
415  (récits  des  filles  de  Minyas,  filant  la  laine  au  milieu  de  leurs  ser- 
vantes :  l'une  d'elles  raconte  précisément  l'amour  de  Phébus  pour  Leu- 
cothoé,  avec  des  traits  dont  s'est  souvenu  Ronsard). 

2.  Latinisme  :  Sic  te,  diva  potens  Cypri...  regat  (cf.  ci-dessus  Odes, 
III,  VI,  var.  des  vers  9  et  13  ;  IV,  vi,  7-8  ;  xv,  57). 

3.  Cette  strophe  est  chantée  ;  vrai  couplet  d'  «  aubade  »  savante,  qui 
a  sa  source  dans  la  13'  élégie  des  Amours  d'Ovide  (quoique  Ovide  sup- 
plie au  contraire  l'Aurore  de  retarder  sa  venue).  On  peut  voir  dans  cette 
élégie  l'origine  littéraire  des  «  aubes  »  provençales,  ainsi  que  dans  les 
récits  des  filles  de  Minyas  celle  des  «  chansons  de  toile  »  du  Moyen 
Age  :par  Ovide,  Ronsard  a  plus  d'un  point  commun  avec  les  troubadours 
et  les  trouvères,  qu'il  rejoint  aussi  par  Pétrarque. 


138  ODES 

Et  bois,  &  eaus,  &  campaignes, 
Genner  d'amour  quand  il  veut, 
D'une  ruse  deceptive 
Nostre  Aurore  énamoura, 
95  Si  bien  que  d'elle  captive 

Ses  trophées  honora. 

Elle  qui  a  de  coutume 
D'allumer  le  jour,  voulant 
L'allumer,  elle  s'allume 
100  D'un  brandon  plus  violant  '  : 

Passant  les  portes  decloses 
Du  ciel,  elle  alloit  davant 
Çà  &  là  versant  ses  roses  [129  v°] 

Au  sein  du  souleil  levant  2. 

105  Son  teint  de  nacre,  &  d'ivoire 

Le  matin  embellissoit, 

Et  du  comble  de  sa  gloire 

L'Orient  se  remplissoit: 

Mais  Amour  en  son  courage 
iio  N'endura  de  la  voir  là. 


91.  //-^7  rimes    compagnes...    campagnes   (sauf  6f)  \  Sj    L'air,   la 
mer,  &  les  campagnes 

92.  S^'53  un  point  après  veut  {éd.  suiv.  corr.) 

102-104.  7 ^-^7  alloit  devant  |  78-Sy  versant  des  roses  \  ;j-^7  du  soleil 

109.  84-87  Mais  Amour  qui  tout  essaye 

iio.   Sj;-^7  N'endura  qu'un  si  beau  taint  (et  teint) 


1.  Concetto  à  la  façon  d'Ovide,  Met.  IV,    192-204  (cf.  ci-après  vers 
138,  161  et  suiv.). 

2.  Homère  :  ooBoôàxTuXoç    'HoSç;  Ovide,  Met.  VII,  70$  :  roseo  spec- 
tabilis  ore. 


LIVRE   IV,   ODE   XVI  I39 

Ains  surmonté  de  sa  rage 
Par  ses  roses  se  mella. 

Contre  la  belle  s'efforce, 

Et  lui  tenant  les  yeus  bas, 
II)  Lui  feit  voir  d'enhaut  par  force 

Ce  que  voir  ne  devoit  pas. 

Elle  vit  dans  un  bocage 

Cephale  parmi  les  fleurs, 

Faire  un  large  marescage 
120  De  la  pluie  de  ses  pleurs  '. 

O  ciel,  disoit-il,  ô  parque 
Avancez  mon  jour  dernier, 
Et  m'envoiez  en  la  barque 
De  l'avare  nautonnier, 
125  Je  hai  de  vivre  l'envie. 

Ce  monde  m'est  odieus  :  [130  r^] 

Puis  que  j'ai  tué  ma  vie 

A  quoi  me  gardent  les  Dieus  ? 

O  Javelot  exécrable 
130  Tu  m'es  témoin  aujourdui, 


III-IT2.  ^S'I^  Ne  sentîtun  peu  la  rage  {j8  l'outrage)  Dont  les  amans 
{6j-y8  hommes)  il  ataint  |  84-8^  Ne  sentist  la  douce  playe  Dont  les 
hommes  il  atteint 

113.  8-]  Contre  la  belle  il  s'efforce 

116.   84  Le  doux  amoureux  appas 

114-116.  8j  Et  les  yeux  luy  abaissant  Lui  fist  voir  du  Ciel  par  force 
Un  image  trespassant  (1604-16^0  Une  image  trespassant) 

118.  50-55  par  mi  les  fleurs  (éd.  suiv.  corr.) 

125.  ^7  Je  n'ay  plus  de  vivre  envie 


I.  Cf.  le  lacrymarum  rivas  de  Byblis  (Ovide,  Met.  IX,  656). 


140  ODES 

Qju'on  ne  voit  rien  de  durable 
En  ce  monde  que  l'ennui. 
Ainsi  disant  il  se  pasme 
Sur  le  cors  qui  trépassoit, 
13Î  Et  les  reliques  de  l'ame 

De  ses  lèvres  amassoit  ^ 

L'Aurore  au  dueil  de  sa  plainte 
Mal  saine  perd  sa  couleur, 
Et  toute  se  sent  étrainte 
140  Des  laz  de  même  douleur  : 

Par  une  nouvelle  porte 
En  elle  le  dard  vainqueur 
Entra  d'une  telle  sorte, 
Qu'il  se  feit  Roi  de  son  cueur  2. 

145  Ses  mouëlles  sont  ja  pleines 

D'un  appétit  déréglé, 

Et  nourrist  au  fond  des  veines 

Un  feu  d'amour  aveuglé  3, 

Ja  le  ciel  elle  déprise,  [130  v°] 

150  Et  plus  d'aimer  n'a  souci 


138.  'j8-8']  Malade  perd  sa  couleur 
140.  tS-Si  Au  cœur  de  mesme  douleur 


1.  Inspiré  par  Ovide,  lAèt.  VII,  fin  ;  Ars  amat.  III,  738  et  suiv.  Ovide 
a  fait  parler  Procris  expirante,  Ronsard  au  contraire  fait  parler  Céphale  ; 
mais  il  a  pris  tel  quel  le  détail  du  survivant  qui  reçoit  sur  ses  lèvres  le 
dernier  souffle  de  l'être  aimé  (v.  encore  Ovide,  Met.  XII,  424;  Virgile, 
En.  IV,  684,  et   Ronsard,  éd.   Bl.  IV,  254  et  249  ;  VII,  174  et  230). 

2.  Encore  un  trait  d'Ovide  :  les  pleurs  de  la  personne  aimée  la  rendent 
plus  séduisante,  Me/.  VII,  750-733, 

3.  Cf.  Virgile,  En.  IV,  début  :  At  regina,  gravi  jamdudum  saucia 
cura,  Vulnus  alit  venis  et  caeco  carpitur  igni. 


LIVRE   IV,    ODE   XVI  I4I 

De  Tithon  la  barbe  grise, 
Ne  les  blancs  cheveus  aussi  ^ 

Cephale  qui  lui  retourne 

En  l'ame  pour  l'offenser, 
155  Au  plus  haut  sommet  séjourne 

De  son  malade  penser, 

Et  dedans  l'ame  blessée 

La  fièvre  lui  entretient 

Ores  chaude,  ores  glacée, 
160  Selon  que  l'accès  la  tient  ^. 

En  vain  elle  dissimule 
Ne  sentir  le  mal  qui  croist, 
Car  la  flamme  qui  la  brulle 
Claire  au  visage  apparoist  : 
165  Au  pourpre  que  honte  allume 

Par  raions  dedans  son  teint, 
On  voit  qu'outre  sa  coutume 
Son  cueur  est  pris  &  ateint  5. 

Si  tost  par  la  nuit  venue 
170  Les  cieus  ne  sont  obscurcis, 


151.  /0-67  Titon  I  71-7^  Thiton  (éd.  suiv.  corr.) 

152.  y8  Ny  sa  vieille  couche  aussi  |  84  Que  la  vieillesse  a  transi  |  8j 
L'Orient,  ny  elle  aussi 

163.  y8-S'p  Sa  flame  qui  son  cœur  brûle 
168.  y8-8y  Son  cœur  d'amour  est  atteint 


1.  De  même  dans  Ovide,  Phébus  n'a  plus  d'yeux  que  pour  Leuco- 
thoé,  et  Vénus,  éprise  d'Adonis,  dédaigne  le  ciel  et  Tîle  de  Paphos  (Met. 
IV,  195-200;  X,  529-532). 

2.  Cf.  Virgile,  En.  IV,  3-5  :  ...animorecursat...haerentinfixi  pectore 
vultus  Verbaque,  nec  placidam  membris  dat  cura  quietem. 

3.  Concetto  qui  vient  d'Ovide,  A  mores,  I,  xiii,  fin. 


142  ODES 

Qu'el'  se  couche  à  terre  nue  ^ 
Sans  abaisser  les  sourcis,  [131  r^J 

Car  Tamour  qui  l'eguillonne 
Ne  soufre  que  le  dormir 
17)  En  proie  à  ses  yeus  se  donne: 

Elle  ne  fait  que  gémir. 

Et  bien  que  de  loin  absente 
De  l'absent  Cephale  soit, 
Comme  s'elle  étoit  présente 
180  En  son  esprit  l'aperçoit  ^  : 

Ores  pronte  en  ceci  pance, 
Et  ores  pance  en  cela, 
Sa  trop  constante  inconstance 
Ondoie  deçà  &  là  3. 

185  Mais  quand  le  paresseus  voile 

De  la  nuit  quitte  les  cieus, 
Et  que  nulle  &  nulle  étoille 
Plus  ne  se  montre  à  nos  yeus, 
Elle  fuit  eschevellée 

190  Portant  bas  le  front  &  l'œil, 


171.  sS-yj^  Qu'eir  se  couche  |  yj-j8 par  erreur  Qu'elle  se  couche  | 
84-8^  Qu'elle  couche 

181-182.  ^1-8^  en  ceci  pense,  Et  ores  pense  en  cela 


1.  Cf.  Ovide,  Met.  IV,  261  :  Sedithumo  nuda. 

2.  Ces  quatre  vers  et  la  strophe  précédente  viennent  de  Virgile,  En. 
IV,  8o-8j.  Ronsard  a  voulu  rendre  l'effet  du  vers  latin:  ...Illuni  absens 
absentem  auditque  videtque. 

3.  C'est  le  «  mens  dubia  »  de  Didon  {En.  IV,  55).  Même  agitation, 
même  incertitude  chez  Médée,  Byblis  et  Myrrha  {Met.  Vil,  19-21  ;  IX, 
517-52861630  ;X,  371). 


LIVRE   IV,    ODE   XVI  I43 

Et  par  bois  &  par  vallée 
Lasche  la  bride  à  son  dueil  ^ 

D'herbes,  l'ignorante  essaie 

De  donter  le  mal  enclos, 

Mais  pour  néant,  car  la  plaie  [131  v°] 

Est  ja  compaigne  de  l'os. 

Aus  augures  ell'  prend  garde, 

Aus  charmeurs,  &  à  leurs  vers, 

Ou  bien  en  béant  regarde 

Le  fond  des  gésiers  ouvers  : 

Pour  voir  si  en  quelque  sorte 
Pourra  tromper  sa  douleur. 
Mais  nulle  herbe  tant  soit  forte 
N'a  diverti  son  malheur  : 
Car  le  mal  qui  plus  s'encherne 
Et  moins  veut  estre  donté. 
Les  vagues  brides  gouverne 
Du  cueur  par  lui  surmonté  ^, 

Amour  qui  causa  la  peine 
De  telle  ardante  amitié, 


192.  ^0-^^  virgule  après  à\\t\\  (éd.  suiv.corr.) 

194.  67-84  De  garir  (et  guarir)  le  mal  enclos 

197.  78-84  Elle  prend  soigneuse  garde 

19g.  Le  texte  de  Bl  Ou  bien,  béante,  regarde  est  fautif  . 

200.  60  gosiers  (corr.  en  gésiers  aux  errata) 

204.  78-84  N'a  su  rompre  son  malheur 

193-208.  87  supprime  ces  deux  strophes. 


T.   Cf.  Ovide,   Met.  IV,  261  :   nudis  incompta  capillis  ;  Virgile,   En. 
IV,  68-72. 
2.  Ces  deux  strophes  viennent  de  Virgile,  En.  IV,  62-67. 


I 44  ODES 

La  voiant  d'ennui  si  pleine 
En  eut  lui  même  pitié, 
Et  guidant  la  foible  Aurore 
La  meine  où  Cephale  étoit, 
215  Qui  sa  femme  morte  encore 

A  longs  soupirs  regretoit. 

L'éhontée  maladie 

La  vierge  tant  pressa  là,  [132  r°] 

Qu'à  la  fin  toute  hardie 
220  A  Cephale  ainsi  parla  : 

Pourquoi  pers  tu  de  ton  âge 
Le  printens  à  lamenter 
Une  froide  &  morte  image 
Qui  ne  peut  te  contenter? 

225  Elle  à  la  mort  fut  sugette, 

Non  pas  moi  le  sang  des  Dieus, 
Non  pas  moi  Nimphe  qui  jette 
Les  premiers  raions  aus  cieus  : 
Reçoi  moi  donques,  Cephale, 

230  Et  ta  basse  qualité, 

D'un  étroit  lien  égalle 
A  mon  immortalité. 

Lui  dédaignant  sa  prière 
Fuit  la  supliante  vois, 
235  Et  tout  dépit  en  arrière 

S'écarta  dedans  les  bois  : 
Elle  comme  amour  la  porte 
Voile  après,  &  çà  &  là 

224.  SS~^7  Q.ui  ne  te  peut  contenter 

250.  y 8-8';/  suppriment  la  virgule  après  qualité 


LIVRE   IV,    ODE  XVI  I45 

Le  presse,  &  ja  sa  main  forte 
240  Dedans  ses  cheveus  elle  a. 

Puis  le  soulevant,  le  serre  [132  v^] 

Comme  un  prisonnier  donté, 
Et  lui  faisant  perdre  terre 
Par  force  au  ciel  l'a  monté  ', 
245  Oii  avecques  lui  encores 

Est  maintenant  à  séjour, 
Et  bien  peu  se  soucie  ores 
De  nous  allumer  le  jour  ^. 

Tierce  pose 

Ainsi  l'une  de  la  bande 
250  Mettoit  fin  à  son  parler. 

Quand  le  Dieu  marin  demande 
Sa  robe  pour  s'en  aller. 
D'elle  richement  s'abille 
S'agensant  de  mains,  &  d'yeus  3, 


241-243.  7S-Sy  Puis  comme  un  aigle  qui  serre  Un  lièvre  en  ses  pieds 
donté  En  luy  faisant  perdre  terre 
249.  84-87  en  tête  Tierce  pause. 


1.  Cf.  Ovide,  Met.  VII,  704:  Inviîumque  rapit.  — La  comparaison  de 
lavar.  vient  de  Virgile,   En.  IX,  563,  ou  d'Ovide,  Mét.Yl,  516  et  suiv. 

2.  Dans  Ovide,  l'Aurore  enlève  Céphale  du  vivant  de  Procris,  et,  dé- 
daignée de  lui,  le  renvoie  à  sa  femme  en  le  menaçant  (Met.  VII,  698- 
713  ;  Amores,\,  xiii,  33  et  suiv.).  Ronsard  suppose  au  contraire  que  l'en- 
lèvement de  Céphale  est  postérieur  à  la  mort  de  Procris,  et,  suivant  le 
plus  ancien  mythe,  que  l'Aurore  l'a  gardé  près  d'elle  (Hésiode,  lloéog. 
986;  Euripide,  Hippol.  451). 

3.  De  même  dans  Ovide,  Mercure  soigne  sa  toilette  comme  un  élégant 
de  Rome  {Met.  II,  732  et  suiv.), 

Ronsard  y  II.  10 


146  ODES 

255  Pour  mener  en  point  sa  fille 

A  l'assemblée  des  Dieus  % 

Où  Themis  la  grand  prestresse  2, 
Pleine  d'un  esprit  ardant 
La  tirant  hors  de  la  presse 
260  Lui  dist  en  la  regardant  : 

Bien  qu'Inon  soit  ta  compaigne  3, 
Reçoi  pourtant  doucement 
Ton  mari,  &  ne  dédaigne  [133  r^] 

Son  mortel  embrassement. 

365  Ains  que  soit  la  lune  entière 

Dix  fois,  tu  dois  enfanter 

Un  qui  donnera  matière 

Aus  Poètes  de  chanter. 

Le  monde  pour  un  tel  homme 
270  N'est  pas  assés  spatieus, 

Ses  vertus  reluiront  comme 

Les  étoiles  par  les  cieus. 

Il  passera  de  vitesse 
Les  lions,  &  nul  soudart 

2)6.  ']8-8']  Au  festin  de  tous  les  Dieux 


1.  Ronsard  fait  de  Thétis  une  fille  de  Neptune,  alors  que  les  poètes 
gréco-latins  et  les  mythographes  en  font  une  fille  de  Nérée. 

2.  A  partir  de  ce  vers,  toute  la  fin  est  une  «  contamination  »  de  Pin- 
dare  {Isthm.  vu,  31-60,  prédiction  de  Tliémis  dans  l'assemblée  des 
Dieux),  d'Ovide  (Met.  XI,  221  eisuiv.,  prédiction  de  Protée  à  Thétis  en 
personne  et  à  l'écart,  comme  ici)  et  de  Catulle  (Noces  de  PéJée  et  de  Thétis, 
prédiction  des  Parques). 

3.  C.-à-d.  :  Bien  que  tu   sois  une  divinité  delà  mer.  —  Ino,  fille  de 


LIVRE   IV,    ODE   XVI  I47 


275  Ne  trompera  la  rudesse 

De  son  homicide  dard  : 
Pront  à  suivre  comme  foudre 
Sa  main  au  sang  souillera 
De  Telephe,  &  en  la  poudre 
Ses  longs  cheveus  touillera  '. 


280 


Et  si  fera  voir  encore, 

Tant  ses  coups  seront  pesans, 

Au  noir  enfant  de  l'Aurore  ^ 

Les  enfers  davant  ses  ans  : 

Et  après  avoir  de  Troie 

Le  fort  rampart  abatu  3,  [133  v°] 

Ilion  sera  la  proie 

Des  Grecs,  &  de  sa  vertu  4. 


276-277.  jo'  a  les  deux  points  après  foudre  (sauf  certains  exemplaires) 
279-280.   S  S -^7  ^^  Telephe  &  sur  la  poudre  Mile  Rois  dépouillera 
281.  ^o-j^  encore  sans ponct.  (èd.suiv.  corr.) 
284.  71-S'/  devant  ses  ans 


Cadmus,  avait  été  changée  en  déesse  marine  par  Neptune,  sous  le  nom 
de  Leucothée  (Ovide,  Met.  IV,  524  et  suiv.).  —  Pour  ces  énigmes  mj'- 
thologiques,  v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  403  et  suiv. 

1.  Pour  ce  mot^  cf.  R.  H.L.  1903,  p.  88,  n.  2.  —  Telephe,  roi  de 
Mysie,  fut  seulement  blessé  au  flanc  par  la  lance  d'Achille,  puis  guéri  par 
cette  même  lance  (cf.  ci-dessus  Odes,  II,  xxvi,  6r  et  suiv.). 

2.  L'Ethiopien  Memnon,  fils  de  l'Aurore  et  de  Tithon,  d'après  Hé- 
siode. Cf.  Pindare,  Jsthm.  vu,  54  ;  Ném.  vr,  39  ;  Olymp,  11,  83  ;  Ovide, 
Méi.  XIII,  578  et  suiv.;  Amores,  I,  xiii,   3. 

3.  Ce  rempart  de  Troie  est  Hector  (Homère, //. XXII,  431-435  et  507; 
XXIV,  499  et  728-730). 

4.  La  Thémis  de  Pindare  prédit  à  Thétis  que  son  fils  Achille  lui-même 
mourra  dans  cette  guerre  ;  celle  de  Ronsard  s'en  garde  bien,  comme  le 
Protée  d'Ovide. 


148  ODES 

A  RENÉ  D'URVOI  ^ 

Ode  XVII 

Je  n'ai  pas  les  mains  apprises 
Au  métier  muet  de  ceus, 
Qjui  font  une  image  assise 
Sus  des  piliers  paresseuse. 

Ma  painture  n'est  pas  mue  5 
Mais  vive,  &  par  l'univers 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xvii)  1550;  (xv) 
1553  ;  (xxi  =.  xxii)  1555.  —  Œuvres  (Odes,  IV,  xxii),  1560,  1567,  1571, 
1573  ;  (xx)  1578;  (xvii)  1584.  —  Supprimée  en  1587.  —  Réimprimée 
dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  465.  — Recueil  des  Pièces 
retranchées,  1609,  1617,  1623,  1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  453)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  341). 

I.   Toutes  les  anciennes  éd.  ont  le  pluriel.  \  Bl.  corrige  la  main  apprise 
5.  Le  texte  des  PR  161  y-2^  n'est  pas  nuë  (et  nue)  est  fautij. 


1.  Gentilhomme  breton-angevin.  Fils  cadet  de  maitre  Pierre  Urvoy 
sieur  de  la  Brelaudière  en  Champtoceaux,  de  la  Touche  en  la  Boissière- 
Saint-Florent,  et  de  Fouillé  près  d'Ancenis,  René  Urvoy  portait  lui- 
même  le  titre  de  sieur  de  la  Rougelliére  en  Saint-Jean-des-Mauvrets, 
terre  qu'il  tenait  de  sa  mère,  et  qu'il  vendit  en  1550  à  l'Hôtel-Dieu 
d'Angers.  Dans  un  document  du  22  février  1539  (a.  st.),  il  est  qualifié 
«  maitre  René  Urvoy  »,  preuve  qu'à  cette  date  il  étudiait  le  droit  à 
Angers  (Arch.  dép.  de  Maine-et-Loire,  G.  106,  fF.  199-201).  Voisin  et 
ami  de  Joachim  du  Bellay,  il  le  suivit  à  Paris,  devint  élève  du  collège 
de  Goqueret  où  il  connut  Ronsard.  Du  Bellay  lui  adresse  la  troisième 
pièce  de  ses  Vers  lyriques  (éd.  Ghamard,  t.  III  des  Œuvres,  p.  11),  et  Ron- 
sard, outre  la  pièce  ci-dessus,  le  cite  parmi  les  gais  compagnons  des 
Bacchanales,  ou.  Folastrissime  Voyage  d'Hercueil,  qui  eut  lieu  en  juillet  1549 
avec  le  professeur  Dorât  (Bl.  Vl,  361).  Dans  un  document  du  5  août 
1553,  il  est  qualifié  «  écuyer,  sieur  de  la  Rougelliére  et  de  Fouillé  » 
(Arch.  dép.  de  Maine-et-Loire,  E.  4559).  —  Cf.  A.  Bourdeaut,  Jeunesse 
de  Joachim  du  Bellay,  p.  140  (Angers,  Grassin,  1912.  Extrait  des  Mémoires 
de  la  Soc.  nat.  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  d'Angers  ). 

2.  Imité  de  Pindare,  Ném.  v,  début.  Au  reste  les  métaphores  et  les 
mouvements  des  trois  quatrains  suivants  sont  également  pindariques 
(v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  353   et  suiv.). 

3.  Note  marginale  des  éditions  de   1578  et  de  1584  :  «  Mue,  muete, 


LIVRE   IV,    ODE   XVII  I49 

Guindée  en  Tair  se  remue 
De  sus  Tengin  de  mes  vers. 

Aujourdui  faut  que  j'ataigne 
10  Au  parfait  de  mon  art  beau, 

Urvoi  m*a  dit  que  je  paigne 
Ses  vertus  en  ce  tableau. 

Muses,  ouvrez  moi  la  porte 
De  vostre  cabinet  saint, 
15  Affin  que  de  là  j'apporte 

Les  trais  dont  il  sera  paint.  [134  r°] 

Si  ma  boutique  estoit  riche  ' 
De  hanas,  ou  vaisseaus  d'or, 
Vers  toi  je  ne  seroi  chiche 
20  Des  plus  beaus  de  mon  trésor. 

Et  si  te  seroie  encore 
D'une  main  large  baillant, 
Les  trepiés  dont  Grèce  honore 
Le  Capitaine  vaillant. 


8.  $$-6']  De  sur  l'engin  |  yi-84  Dessus  l'engin 
9-12.  ^8-84   Aujourd'huy  faut  que  j'aveigne  Des  Muses  les  traits 
pointus  :  Urvoi  m'a  dit  que  je  peigne  En  ce  tableau  ses  vertus 
18.  S ^-84  De  vaisseaus  labourés  (7^-^4  tous  massifs)  d'or 

21.  y 8-84  Et  si  te  serois 

22.  y ^-84  suppriment  la  virgule  après  baillant 

23.  ^$-84  Les  pris  {71-84  Le  pris)  dont  la  Grèce  honore 


vieil  mot  François  ».   On  le  trouve  dans  le  Roman  de  la  Rose,  v.  2 116  et 
2297. 

I.  A  partir  de  ce  vers,  la  pièce  n'est  qu'une  paraphrase  d'Horace,  Can«. 
IV,  vni,  déjà  faite  dans  une  ode  A  Charles  de  Pisseleu  (ci-dessus  Odes,  II, 
xvni)  et  plus  tard  reprise  dans  l'ode  de  1565  à  M.  de  Verdun  :  Si  favois 
un  riche  thresor(B\.  II,  569).  Et  Ronsard  oublie  sa  promesse  de  «  pein- 
dre les  vertus  »  de  son  ami. 


150  ODES 

25  Mais  je  n*ai  telle  puissance, 

Puis  tu  n'en  as  point  besoin  : 
Ta  contente  sufisance 
Les  repousseroit  bien  loin. 

Les  vers  sans  plus  t'ejouissent, 
50  Mes  vers  donq  je  t'ofrirai, 

Les  vers  seulement  jouissent 
Du  droit  que  je  te  dirai. 

Les  Colonnes  élevées, 
Ne  les  marbres  imprimés 
3$  De  grosses  lettres  gravées, 

Ne  les  cuivres  animés. 

Ne  font  que  les  hommes  vivent         [134  v°] 
En  images  contrefais. 
Comme  les  vers  qui  les  suivent 
40  Pour  témoins  de  leurs  beaus  fais. 

Si  la  plume  d'un  Poëte 
Ne  favorisoit  leur  nom, 
Leur  vertu  seroit  muete. 
Et  sans  langue  leur  renom. 

45  Du  grand  Hector  la  mémoire 

Fust  ja  morte,  si  les  vers 
N'eussent  empané  sa  gloire 
Voletant  par  l'univers. 


26.  6J-84  Tu  n'en  as  aussi  besoing  {et  besoin) 

33.  S 5-^4  Ne  {^8-84  Ny)  les   pointes  élevées 

34-36.  ^8-84  Ny  les  marbres  ...En  grosses  lettres  ...Ny  les  cuivres 

43-44.  éy-y^  La  vertu...  le  renom  |  '/8-84  La  vertu...  leur  renom 


LIVRE   IV,    ODE    XVII  I51 

De  mile  autres  l'excellence, 
50  Et  l'honneur  est  abatu  '  : 

Tousjours  l'envieus  silence 
S'arme  contre  la  vertu  ^. 

Les  plumes  doctes  &  rares 
Jusque  au  ciel  ont  envoie 
55  Araché  des  eaus  avares 

Achille  presque  noie  3. 

C'est  la  Muse  qui  engarde 
Les  bons  de  ne  mourir  pas,  [135  r^] 

Et  qui  nos  talons  retarde 
60  Pour  ne  dévaler  là  bas  4. 

La  Muse  l'enfer  défie, 
Seule  nous  élevé  aus  cieus 
Seule  nous  béatifie 
Ennombrés  aus  rengs  des  Dieus>. 


50.  S)-84  fût  {et  fust)  abatu 

63-64.  6^-84  Seule  nous  donne  la  vie  Et  nous  met  aux  rangs  (7^- 
au  rang)  des  Dieux 


1.  Les  vers  45  à  50  viennent  d'Horace,  Carm.  IV,  ix,  21-28,  mais  la 
suite  reprend  l'imitation  de  l'ode  horatienne  précédente. 

2.  Horace,  op.  cit.,  23-24:  si  taciturnitas  obstaret  meritis   invida... 

3.  Allusion  à  un  épisode  de  l'Iliade  (ch.  XXI).  L'exemple  d'Achille 
remplace  celui  d'Eaque  donné  par  Horace,  op.  cit.,  25-27. 

4.  Horace,  op.  cit.,  28  :  Dignum  laude  virum  Musa  velat  mori. 

5.  Ibid.,  29  :  CœloMusa  beat  (devise  de  Du  Bellay;  v.  ci-dessus  un 
sonnet  liminaire  des  Odes,  t.  I,  p.  56,  et  l'éd.  de  ses  Œuvres  par  Chamard, 
t.  I,  pp.  6,  10,  124  ;  t.  III,  pp.  54,  74,  149). 


152  ODES 

A  SA  MUSEï 

Ode  XVIII 

Plus  dur  que  fer,  j'ai  fini  mon  ouvrage, 
Que  l'an  dispost  à  démener  les  pas, 
Ne  l'eau  rongearde  ou  des  frères  la  rage^ 
L'injuriant  ne  ruront  point  à  bas 3  : 
5  Quand  ce  viendra  que  mon  dernier  trespas 

M'asouspira  d'un  somme  dur,  à  l'heure 
Sous  le  tumbeau  tout  Ronsard  n'ira  pas 
Restant  de  lui  la  part  qui  est  meilleure. 
Tousjours  tousjours,  sans  que  jamais  je  meure 
10  Je  volerai  tout  vif  par  l'univers  4, 

Éditions.  —  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (IV,  xviii)  15  so;  (xvi) 
1553;  (xxii  =  xxm)  1555. —  Œuvres  (OdQS,  IV,  xxiii)  1560;  (V,  xxxi) 
1567  ;  (V,  XXX)  1571,  I57Î  ;  (V,  xxxvi)  1578,  1584  ;  (V,  xxxii)  1587; 
1592-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  378)  ;  Marty-Laveaux  (t.  II,  p.  462). 

I.  84  Plus  dur  que  fer  j'ay  finy  cest  ouvrage 

3.  S  S '^4  Q-^^  l'eau  rongearde 

4.  y8-84  Qui  rompent  tout,  ne  ru'ront  point  à  bas. 

1-4.  8y  Plus  dur  que  fer  j'ay  basty  cet  ouvrage,  Qjie  l'An  qui  roule 
immortel  en  ses  pas,  Que  l'eau,  le  vent,  ou  le  brûlant  orage  De  Jupiter, 
ne  ru'ront  point  à  bas  |  Bl  a  mélangé  les  deux  textes. 

5.  SS~7S  Quand  ce  viendra  que  le  dernier  trespas  j  ^8-84  Le  mesme 
jour  que  le  dernier  trespas  j  8y  Quand  l'ennemy  des  hommes,  le  trespas 

6.  6o-8y  asoupira  (g^  assoupira)  |  ^o-Sy  deux  points  après  dur  {éd.  suiv. 
corr.  mais  yi  sans  ponctuer^ 

7.  8j  Sous  le  tombeau  toutl'Autheur  n'ira  pas, 
10.  8j  Je  voleray  Cygne  par  l'Univers 


1.  Paraphrase  de  l'épilogue  du  livre  III  des  Carmina  d'Horace  :  Exegi 
monumentum. . .  Voir  aussi  la  fin  des  Métamorphoses  d'Ovide.  —  Cf. 
Ronsard  p.  lyr., -p.   368. 

2.  Castor  et  Pollux,  «  fratres  Helenae  »  (cf.  Horace,  Car  m.  I,  m,  2). 

3.  Cf.  ci-dessus  Odes,  I,  ix,  61-64. 

4.  Cf.  Horace,  Carm.  II,  xx,  1-8,  et  ci-après  Bocage,  xiv,  47. 


LIVRE   IV,    ODE   XVIII  I53 

Eternizant  les  champs  où  je  demeure 

De  mon  renom  engressés  &  couvers  : 

Pour  avoir  joint  les  deus  harpeurs  divers  ' 

Au  dous  babil  de  ma  lire  d'ivoire,  [135  v°] 

15  Se  connoissans  Vandomois  par  mes  vers. 

Sus  donque  Muse  emporte  au  ciel  la  gloire 
Que  j'ai  gaignée  annonçant  la  victoire 
Dont  à  bon  droit  je  me  voi  jouissant, 
Et  de  ton  fils  consacre  la  mémoire 

20  Serrant  son  front  d'un  laurier  verdissant  ^. 


FIN    DU    QUATRIEME   LIVRE    DES   ODES 
DE      PIERRE      DE      RONSARD      VANDOMOIS 

SQS    '0    TÉPIIANAPOS  3. 


12.  JJ-éo  De  mes  lauriers  &  de  mon  nom  (60  fatalement)  couvers  | 
67-^7  De  mes  lauriers  honorez  &  couvers 

15.  ^^-84  Q.ui  se  sont  fais  |  8y  Que  j'ay  rendus 

19.  67-^4  Et  de  Ronsard  |  8y  Et  de  mon  nom 

20.  6^-84  Ornant  mon  front  {71-84  son  front)  |  87  Serrant  mon  front 
I  yo  d'un  l'aurier  (corr .  aux  errata) 

Devise  grecque .  On  la  retrouve  à  la  fin  de  l'Ode  de  la  Paix  en  ij^o  et 
ISS^-  —  SS~^7  ^'^  suppriment,  maii  jj  la  remplace  ici  par  ce  distique  de 
Properce  : 

At  mihi  quod  vivo  detraxerat  invida  turba 
Post  obitum  duplici  fœnore  reddet  opus. 


1.  Pindare  et  Horace.  Cf.  ci-dessus Oi«,  I,  ix,  16,  et  suiv.  et  xx,  31. 

2.  Bien  qu'aucune  édition  ne  présente  cette  ode  isométrique  sous 
une  forme  strophique,  ni  par  des  blancs,  ni  par  des  alinéas,  elle  se  com- 
pose en  réalité  de  quatrains  enchaînés  par  la  rime  finale.  Sur  ce  rythme, 
antérieur  à  Ronsard  ainsi  que  maint  autre,  v.  R.  H.  L.  1903,  p.  88,  n.  5. 

3.  Anagramme  de  Pierre  de  Ronsard,  déjà  vue  ci-dessus,  au  titre  des 
Quatre  premiers  livres  des  Odes.  Pour  sa  signification,  v.  ci-après  Brève 
exposition,  début.  —  Quant  au  distique  qui  la  remplaça  en  1555,  il  a  été 
singulièrement  démenti  par  l'injuste  disgrâce  de  Ronsard  pendant  plus 
de  deux  siècles. 


LE  BOCAGE^  [136  1-] 

I 

AVANTENTRÉE  DU  ROI  TRESCRESTIEN  A  PARIS, 

l'an  1549. 
(Voir  ci-dessus  les  [Premières  Poésies],  t.  I,  p.  17.) 

II 

A  SON  LUC^ 

Si  autrefois  sous  l'ombre  de  Gâtine 
Avons  joué  quelque  chanson  Latine 

N.  B.  —  Les  pièces  du  Bocage  ne  sont  pas  numérotées.  Nous  avons 
cru  devoir  les  numéroter  pour  faciliter  les  références. 

Éditions.  — Bocage  de  1550.  —  Bocage  de  1554  (f°4î  r°)et  réimpr.  de 
Rouen,  1557  (f°  44 v°).  —  (Étivres  (Odes,  II,  xxx)  1560;  (xxx  =  xxvii) 
1567,  1571,  1573.  —  Supprimée  en  1578.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyon- 
naise de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  467.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées, 
1609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  394)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  57). 

Titre.  67  A  son  Luth  |  71-7^  A  son  Lut 

1.  ^0-60  Gatine  (corr.  aux  errata  de  jo) 

2.  ^2  J'ay  fredonné  quelque  chanson  (texte  de  fantaisie) 


1 .  Sur  ce  recueil  de  pièces  irréguliéres,  imprimé  en  appendice  des 
Quatre  premiers  livres  des  Odes  de  1550,  voir  R.  H.  L.  1899,  p.  36  et  suiv.  ; 
1903,  pp.  89,  256  et  suiv.,  et  mon  Ronsard  p.  /jr.,  p.  34-39.  Cf.  ci-dessus, 
I'*  préface  des  Odes,  1. 35-40.  Le  poète,  dit  H.  Chamard,  «  les  a  reléguées 
à  la  fin  de  son  volume,  comme  des  ébauches  dont  on  n'est  pas  très 
satisfait  et  qu'on  ne  veut  pourtant  pas  désavouer.  »  Cela  est  si  vrai  que 
Ronsard,  tout  en  intitulant  ce  recueil  Bocage  et  répétant  ce  mot  en  tête 
du  verso  des  feuillets,  a  néanmoins  laissé  imprimer  Livre  V  en  titre 
courant  au  recto  des  mêmes  feuillets  (f"  156  v°  à  1S7  v°),  —  ce  qui  ne 
l'empêcha  pas  de  publier  en  1552  un  Cinquième  livre  des  Odes,  qui  ne 
contient  aucune  des  pièces  de  ce  primitif  Livre  V.  —  Ce  titre  de  Bocage 
correspondait  dans  l'esprit  de  Ronsard  à  celui  de  Silvae,  donné  par  Stace 
à  son  recueil  de  poésies  mêlées  (cf.  les  Selve  de  Laurent  de  Médicis,  les 
5^/t'<r  d'Alamanni  et  les  Sylvae  de  J.  Second).  —  Rappelons,  d'ailleurs, 
pour  réagir  contre  une  erreur  persistante,  que,  sauf  le  titre,  ce  Bocage 
de  1550  et  celui  de  1554  n'ont  aucun  rapport,  ni  pour  les  sujets  traités, 
ni  pour  la  forme  rythmique,  avec  \q  Bocage  royal,  qui  ne  fut  constitué  que 
dans  l'édition  de   1584. 

2.  On  lit  en  tête  de  cette  pièce,  dans  les  éditions  collectives  de  1560  a 


156  BOCAGE 

D'Amarille  énamouré, 
Sus,  maintenant  Luc  doré, 
5  Sus  l'honneur  mien,  dont  la  vois  délectable 

Sçait  rejouir  les  Princes  à  leur  table, 
Change  ton  stile,  &  me  sois 
Sonnant  un  chant  en  François'. 

Tes  nettes  &  saintes  cordes 
10  Ne  seront  par  moi  polues 

De  chansons  salles  &  ordes 
D'un  tas  d'amours  dissolues  ^  : 


3.  S4~73  ^^  Cassandre  énamouré 

4.  60-j^  Lut  {et  Luth)  doré 

6.  S^~57  table  sans  virgule  \  60-y^  les  Princes  à  la  table 

7-8.  60-y^  Change  ton  stile  (àj-j^  de  forme)  &  me  sois   Maintenant 

un  Lut  François 

9-1 1.  S4'73  J^  t'asseure  que  tes  cordes  Par  moi  ne  seront  polues  De 

chansons  salement  ordes 


1573,  la  note  que  voici  :  a  Cette  Ode  est  la  première  que  l'Auteur  ait 
{6j-y^  a)  jamais  composée  :  Et  celle  qu'il  adresse  à  Jaques  Peletier.  Celle 
(sic)  de  Gaspar  d'Auvergne,  et  de  Maclou  de  la  Haye.  Et  la  prie[re]à  Dieu 
pour  la  famine.  Aussi  ne  sont-elles  pas  mesurées,  ny  propre[s]  à  chanter.  » 
L'édition  de  1578,  n'ayant  conservé  que  deux  de  ces  odes  (à  Maclou  de 
la  Haye  et  à  Peletier),  transforma  cette  note  ainsi  :  «  Odes  non  mesurées, 
ny  propres  à  chanter.  Aussi  sont-ce  les  premières  que  fist  jamais  l'Autheur, 
l'an  mil  cinq  cens  quarante.  »  —  Ces  deux  notes  sont  contradictoires,  et 
la  date  même  donnée  par  la  deuxième  est  contredite  par  une  déclaration 
de  la  i'^'  préface  des  Odes  d'après  laquelle  Ronsard  aurait  commencé  à 
écrire  en  français  des  odes  horatiennes  «  des  le  même  tens  que  Cl.  Marot 
se  travailloit  à  la  poursuite  de  son  Psautier  »,  c.-à-d.  de  1541  à  1543. 

1.  Ce  début  —  d'ailleurs  imité  d'Horace,  Carm.  I,  xxxii,  1-4  — 
prouve  assez  que  l'ode  A  son  lue  fut  bien  composée  la  première  des 
œuvres  françaises  de  Ronsard.  Nous  y  voyons  en  outre  qu'il  s'était 
d'abord  essayé  dans  l'ode  latine;  il  a  reconnu  lui-même  l'insuccès  de 
cette  tentative,  dans  un  passage  du  poème  A  P.  Lescot  :  Je  fu  première- 
ment curieux  du  Latin .  . ,  (éd.  Bl.  VI,  191  ;  M.-L.  V,  177  ;  cf.  R.  H.L. 
1899,  p.  34  ;  Ronsard  p.  lyr.  p.  16  et  suiv.  ;  éd.  crit.  de  la  Vie  de  Ronsard, 
p.  234). 

2.  C'est  à  peu  près  ce  que  disait  Cl.  Mîirot  Aux  dames  de  France  à  pro- 
pos de  ses  Psaumes  (éd.  Jannet,  t,  IV,  p.  64).  Ronsard  n'a  pas  toujours 
tenu  sa  promesse  (v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  105). 


BOCAGE,    II  157 

Je  ne  chanterai  les  Princes, 
Ne  le  soin  de  leurs  provinces, 

15  Ni  moins  la  nau  que  prépare  [139  r»] 

Le  marchant  las  !  trop  avare 
Pour  aller  d'elle  chercher 
En  la  mer  rouge  les  pierres. 
Voire  aus  plus  lointaines  terres 

20  Jusqu'au  cueur  de  leur  rocher  ^ 

Tandis  qu'en  l'air  je  soufflerai  ma  vie, 
Sonner  Phebus  j'aurai  tousjours  envie, 

Et  ses  compaignes  aussi  2, 

Pour  leur  rendre  un  grand  merci 
25  De  m'avoir  fait  Poëte  de  nature, 

Idolâtrant  la  musique,  &  peinture, 

Prestre  saint  de  leurs  chansons 

Qui  accordent  à  tes  sons  3. 

L'enfant  que  Tamie  muse 
30  Naissant  d'œil  bénin  a  veu, 

Et  de  sa  science  infuse 


14.  75  Ni  le  soin 

15.  S4'7^  ^i  moins  la  nef 

16.  yo  (las  trop)  (éd.  suiv.  corr.) 

17.  jo  virg.  après  chercher  (éd.  suiv.  corr.) 

17-20.  J4-7J  Pour  aller  après  ramer  Jusqu'aus  plus  lointaines  terres 
Peschant  ne  sçai  quelles  pierres  Au  bord  de  l'Indique  mer 

21,  jo  que'n  l'air  {éd.  suiv.  corr.) 

26-27.  S 4-7^  Aime-musique  ensemble  aime-peinture,  Et  Prestre  de 
leurs  chansons 

29.  ^"4-75  L'enfant  que  la  douce  Muse 


1.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  i,  15-18;  Epist.  I,  i,  45-48;  Virgile,  Gèorg.  II, 
495-507. 

2.  Cf.   Virgile,  G^'or^.  II,  475-476  ;  III,  lo-ii. 

3.  Sur  le  goût  de  Ronsard  pour  les  arts,  cf.  Chamard,  Joachim  du 
Bellay,  p.  86. 


158  BOCAGE 

Son  jeune  esprit  a  pourveu, 

Tousjours  en  sa  fantaisie 

Ardera  de  poésie 
35  Sans  prétendre  un  autre  bien  : 

Encor  qu'il  combatit  bien, 

Jamais  les  Muses  peureuses 

Ne  voudront  le  premier  ^ 

De  laurier,  fust  il  premier  [139  yo] 

40  Aus  guerres  victorieuses  2. 

La  poésie  est  un  feu  consumant 
Par  grand  ardeur  l'esprit  de  son  amant. 
Esprit  que  jamais  ne  laisse 
En  repos  tant  elle  presse. 
45  Voila  pourquoi  le  ministre  des  dieus 

Vit  sans  grands  biens,  d'autant  qu'il  aime  mieus 
Abonder  d'inventions 
Que  de  grands  possessions  3. 

Mais  Dieu  juste  qui  dispense 
50  Tout  en  tous,  les  fait  chanter 


33-34.  S4'7S  Tousjours  en  safantasie  Bruslera  de  poésie 
35-36.  jo  virg.  après   autre  bien  et  un  point  après  combatit  bien  (^éd. 
stiiv.  corr.) 

57.  jo  les  muses  peureuses  |  S4-7S  ^^s  Muses  peureuses 

38.  jo  le  premier  {éd.  sutv.  corr.) 

44.   71-7^1  PR  i6o()-i6)o,  ML  tant  el'le  presse  {1617  ell'  le  presse) 


1 .  De  praemiare,  récompenser.  Ce  mol  est  antérieur  à  Ronsard.  On 
le  trouve  dans  Cl.  Marot  (éd.  Jannet,  t.  I,  p.  251),  dans  J.  Bouchet  (Epi- 
taphes,  éd.  de  1545,  f°  83  r°).  Cf.  R.  H.  L.,  1894,  p.  107. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  IV,  m,  1-12.  Repris  dans  l'ode  A  sa  lyre  (ci-des- 
sus Odes,  I,  xx). 

3.  Cf.  Cicéron,  Pro  Archia  poeta,  passim  ;  Horace,  Carm.  I,  xxxi  ; 
II,  XVI  ;  XVIII,  1.14;  III,  I,  fin;  xvi,  passim. 


BOCAGE,    II  1^9 

Le  futur  en  recompense 
Pour  le  monde  épovanter. 
Ce  sont  les  seuls  interprètes 
Des  vrais  Dieus  que  les  poètes  ^  : 
Car  aus  prières  qu'ils  font 
L'or  âus  Dieus  criant  ne  sont, 
Ni  la  richesse  qui  passe  : 
Mais  un  lue  tousjours  parlant 
L'art  des  Muses  excellant 
Pour  dessus  leur  rendre  grâce  ^. 

Que  dirons  nous  de  la  musique  sainte  ? 

Si  quelque  amante  en  a  l'oreille  attainte  [140  r»] 

Lente  en  lermes  goutte  à  goutte 

Fondra  sa  douce  ame  toute, 
Tant  la  douceur  d'une  armonie  éveille 
D'un  cueur  ardant  l'amitié  qui  someille. 

Au  vif  lui  représentant 

Son  tout,  par  ce  qu'elle  entent  3. 


52.  J1-7)  espouventer  |  PR  i6op-i6^o  espouvanter 

54.  J4-75  Des  haus  Dieus 

61.  jo  virgule  après  sainte  (éd.  suiv.  corr). 

63.  S4'73  Lente  en  larmes 

64.  60-y^  Fondra  sa  chère  ame  toute 
68.  S4-7}  L'aimé,  par  ce  qu'elle  entent 


1.  Horace,  Ep.  od  Pisones,  391  (sacer  interpresque  Deorum).  Ronsard 
a  souvent  repris  cette  idée  que  les  poètes  sont  des  prophètes,  des  «  mi- 
nistres ))  et  «  interprètes  »  des  Dieux  (v.  ci-dessus  Odes,  I,  xvi,  et  Ron- 
sard p.  lyr.,  p.  539  et  suiv.). 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  xxxi.  Ici  Ronsard  résume  l'ode  horatienne. 
Plus  tard,  il  la  développera,  dans  l'ode  de  1560  Gaspar  qui  loin  de  Pegas 
(Bl.  II,  253). 

3.  Pour  cette  strophe  et  la  suivante,  v.  Chamard,  op.  cit.,  p.  87.  Cf. 
R.  H.  L.,  1900,  p.  341,  art.  de  Ch.  Comte  et  P.  Laumonier  :  Ronsard  et 
les  musiciens  du  xvi'  siècle. 


I 60  BOCAGE 

La  nature,  de  tout  mère, 
70  Prevoiant  que  nostre  vie 

Sans  plaisir  seroit  amere, 

D'inventer  elle  eut  envie 

La  musique,  &  l'inventant 

Alla  ses  fils  contentant 
75  Par  le  son,  qui  loin  nous  gette 

L'ennui  de  l'ame  sujette, 

Pour  l'ennui  mesme  douter  : 

Ce  que  l'Emeraude  fine 

Ni  l'or  tiré  de  sa  mine 
80  N'ont  la  puissance  d'outer. 

Sus  Muses  sus,  célébrez  moi  le  nom 
Du  grand  Apelle  immortel  de  renom, 

Et  de  Zeuze  qui  paignoit 

Si  au  vif,  qu'il  contraignoit 
8$  L'esprit  ravi  du  pensif  regardant 

A  s'oublier  soi  mesmes,  ce  pendant 

Que  l'œil  humoit  à  longs  trais         [140  v°] 

La  douceur  de  leurs  portrais. 

C'est  un  céleste  présent 
90  Transmis  çà  bas  où  nous  sommes. 

Qui  règne  encor  à  présent 
Pour  lever  en  haut  les  hommes  : 
Car  ainsi  que  Dieu  a  fait 
De  rien  le  monde  parfait. 


72-75.   S4'7S  ^^  ^^  Musique  eut  envie,  Et  ses  acords  inventant 

81.  jo  Sus  muses  (éd.  suiv.  corr.) 

83.  71-7^  Et  de  Zeuxe 

88.  S4'7S  La  douceur  de  ses  portrais 

91.  S4~7S  ^^  terrestre  faix  exent 


BOCAGE,    II  16  l 

95  II  veut  qu'en  petite  espace 

Le  paintre  ingenieus  face 

(Alors  qu'il  est  agité) 

Sans  avoir  nulle  matière 

L'aer,  la  mer,  la  terre  entière, 
00  Instrument  de  deité  ^ . 

On  dit,  celui  qui  r'anima  les  terres 
Vides  de  gens  par  le  gét  de  ses  pierres 

(Origine  de  la  rude 

Et  grossière  multitude) 
05  Avoir  aussi  des  diamans  semé 

Dont  tel  ouvrier  fut  portrait  &  formé, 

Son  esprit  faisant  connoistre 

L'origine  de  son  estre  ^. 

Dieus  !  de  quelle  oblation 
10  Aquiter  vers  vous  me  puis-je,  [141  r^] 

Pour  rémunération 
Du  bien  receu  qui  m'oblige  ? 
Certes  je  suis  glorieus 

97.  jo  pas  de  parenthèses ,  mais  virgule  après  agité  (éd.  suiv.corr.) 
99.  57    L'aer  |  6o-6y  par  erreur  L'aër  |  71-75  L'air  |  Ce  vers  manque 
dans  Bl. 

loi.  S4'l)  ^^  "^i^»  1^^  <^il  l^^i  r'anima  les  terres 

105.  PR  i6og-i6jo,  Bl,  ML  Avoit  aussi 

106.  S4'73  Dont  tel  ouvrier  fut  vivement  formé 
109.  jo  Dieus  sans  ponct.  {éd.  suiv.  corr.) 


1.  Ovide,  Ars  amat.  III,  549  :  Est  deus  in  nobis,  agitante  calescimus 
illo.  Cf.  ci-dessus  Odes,  II,  11,  31-34. 

2.  Mythe  de  Deucalion  (Ovide,  Met.  I,  390-415).  L'idée  vient  de  Pla- 
ton, Rép.  III,  vi;  cf.  l'ode  de  1552  A  Robert  de  la  Haye,  début  (Bl.  II, 
332),  et  le  poème  de  1559  :  Nous  ne  sommes  pas  nés  de  la  dure  semence, 
début  (Bl.  VI,  234). 

Ronsard,  II.  it 


l62  BOCAGE 

D'estre  ainsi  ami  des  Dieus, 
ii<;  Lesquels  m'ont  fait  recevoir 

Le  meilleur  de  leur  sçavoir 
Pour  me  paistre,  &  m'en  nourrir  ^ 
Et  d'eus  mon  lue  tu  t'attens 
Vivre  çà  bas  en  tout  tens, 
I20  Non  de  moi  qui  doi  mourir. 

O  de  Phebus  la  gloire,  &  le  trophée, 
De  qui  jadis  le  Thracien  Orphée 
Faisoit  arrester  les  vens, 
Et  courre  les  bois  suivens, 
125  Je  te  salue,  ô  lue  armonieus 

Raclant  de  moi  tout  le  soin  enuieus 
Et  de  mes  amours  trenchantes 
Les  peines,  lors  que  tu  chantes  ^. 

115.  6y-y^  Qui  seuls  m'ont  fait  recevoir 

117.  54-7^  Pour  mes  passions  guarir 

118.  6o-y^  Et  d'eux  mon  Lut  tu  attens 

119.  j^otens  sans  ponct.  (éd.  suiv.  corr.) 

124.  S4~7S  Et  courir  les  bois  suivens  (g/ suyvans) 

125.  6y  ô  Luth  armonieux  |  71-7^  à  Lut  harmonieux 

126.  S4'73  soin  ennuieus 


1.  Cf.  Horace,  Carm.  IV,  vi,  29-30  :  Spiritum  Phœbus  mihi,  Phœ- 
bus  artem  Carminis  nomenque  dédit  poëtae...,  et,  dans  la  strophe  finale, 
l'expression  «  Dis  amicum  »  appliquée  au  chant  du  poète  latin. 

2.  Cette  strophe  est  une  «  contamination  »  de  deux  passages  dHorace: 
Carm.  I,  xxxii,  13-15  et  xii,  5-12. 


BOCAGE,    III  163 

III 

A  CASSANDRE  ^ 

Si  cet  enfant  qui  erre 

Vagabond  par  la  terre 

Avecques  le  carquois 

Frère  de  l'arc  turquois,  [141  \°] 

5  Arc  qui  me  point  &  mord, 

Avoit  son  flambeau  mort 

Allumé  dans  l'aleine 

Du  Géant,  qui  à  peine 

Tient  le  mont  envoie 
10  Sur  son  dos  foudroie  ^, 

Et  m'en  eust  en  dormant 

Bruslé  le  cueur  amant. 

Comme  (flamme  indiscrète) 

A  la  Roine  de  Crète  3, 
15  Encor  ne  m'auroit  tant 

Bruslé,  sa  flamme  étant 

Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Supprimée  des  recueils  suivants.  — 
Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  471.  — 
Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609-16 30. 

Blanchemain  (t.  II,  p,  463);  Marty-Laveaux  (t,  VI,  p.  115). 

5 .  yo'*   mord  et  un  point  interrog.  \  jo^  mord  et  un  point  (éd.  suiv,  corr.) 

6.  yo,  ()2,  PR  160^-16^0  mort  et  une  virgule  {Bl,  ML  corr.) 
14.  jo,  Ç2  Crète  et  un  point  {éd.  suiv.  corr.) 


1.  Voir  ci-dessus  0^«,  II,  v,  note  i.  Si  cette  déclaration  d'amour  a 
vraiment  été  composée  pour  Cassandre  Salviati,  elle  ne  peut  remonter 
au  delà  du  21  avril  1545,  date  de  leur  première  rencontre. 

2.  Encelade,  d'après  les  uns,  Typhée,  d'après  les  autres,  enseveli 
sous  l'Etna  par  Jupiter  (v.  ci-dessus  Odes,  IV,  iv,  40). 

3.  Pasiphaé,  amoureuse  d'un  taureau  (v.  ci-dessus  Odes,  III,  xix,  fin). 


I 64  BOCAGE 

Reprise  en  son  flambeau, 

Qjae  ton  visage  beau, 

Que  ta  bouche  qui  semble 
20  Roses,  &  lis  ensemble  % 

Que  tes  noirs  yeus  lascifs. 

Armés  d'archiers  sourcis, 

Qui  mille  flèches  tirent 

Dans  les  miens,  qui  se  mirent 
25  En  ta  face  ô  pucelle  ^, 

Me  plaisant  plus  que  celle 

Qui  dédaignant  Tithon, 

Au  matin  la  voit-on 

Paindre  de  mille  roses 
30  Ses  barrières  decloses  3.  [142  r°J 


27.  PR  i6og-iy,  16^0  Q.ue  desdaignant  (PRi62^,Bl,  ML  corr.) 

28.  PR  i6op-i6^o,  Bl,  ML  Au  matin  le  voit-on  {texte fautif) 


1.  Salmon  Macrin  avait  déjà  dit  que  les  flammes  du  Vésuve  ou  de 
l'Etna  étaient  moins  brûlantes  que  celles  qui  le  consumaient  {Carm. 
IV,  Ad  Gelonidem,  éd.  de  1530,  f°  73).  — Voir  la  parodie  de  cette  hyper- 
bole dans  les  Visionnaires  de  Desmarets  de  Saint-Sorlin  (acte  II,  se.  6). 

2.  Cf.  Salmon  Macnn,  Carm.  II,  Ad  Gelonidem,  éd.  de  1530,  f°  28: 
Stellatos  oculos,  puella,  pande,  Et  supercilii  nigrantis  arcum...;  et 
Pétrarque,  canzones  vi,  vu  et  viii  (sur  les  yeux  de  Laure). 

3.  L'Aurore,  épouse  du  vieux  Tithon  (v.  ci-dessus  Odes,  III,  v,  1 1-15  ; 
IV,  XVI,  2'  pose). 


BOCAGE,    IV  165 

IV 

D'UN  ROSSIGNOL  ABUSÉ  ' 

En  Mai,  lors  que  les  rivières 

Desenflent  leurs  ondes  fieres 

De  la  nége  de  l'iver  ^, 

Et  que  l'on  voit  arriver 
5  Le  beau  signe  qui  r'assemble 

Les  amoureus  joints  ensemble  5  : 

Duquel  la  clarté  naissant. 

Sur  un  bateau  périssant, 

Le  vent  se  couche,  &  la  mer 
10  Rengorge  son  flot  amer, 

Le  marinier  soucieus 

Prenant  un  front  plus  joieus  4. 

Donc,  au  retour  de  ce  tens 

Que  tout  rit  sous  le  printens, 
I)  Le  rossignol  passager 

Estoit  venu  r'assieger 

Sa  forteresse  ramée. 


Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Supprimée  des  recueils  suivants. 
—  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres^  t.  II,  p.  472. 
Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609-1650. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  466);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  118). 

12.   Toutes  les  éditions  ont  un  point  après  joieus 

15.  jo,  92,  PR  1609-16)0  virg.  après  passager  (jB/,  ML  corr.) 


1.  C'est  le  thème  médiéval  du  «  rossignolet  »,  mais   tout  transforme 
et  rehaussé  par  les  emprunts  aux  poètes  de  l'antiquité  païenne. 

2.  Cf.  Virgile,  Géorg.  I,  45-44  :  Vere  novo,  gelidus  canis  cum  monti- 
bus  humor  Liquitur,  et  Zephiro  putris  se  gleba  resolvit. . . 

3.  Signe  du  zodiaque  où  brillent  Castor  et  Pollux  (les  Gémeaux)  ;  le 
soleil  le  traverse  du  20  mai  au  20  juin. 

4.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  xii,  27  et  suiv.  :  quorum  simul  alba  nantis... 


l66  BOCAGE 

De  son  caquet  animée  : 

Là,  soit  qu'il  voulust  chanter 

20  Amour,  ou  le  lamanter, 

S'assit,  si  l'antiquité 

Chenue  dit  vérité  \  [142  v^] 

Sur  un  buis,  dont  s'écartoit 
Un  ruisseau  qui  cler  partoit, 

25  Chantant  de  vois  si  sereine, 

Si  gaie,  si  souveraine. 
Que  les  chênes  bien  oiants, 
Et  les  pins  en  bas  ploiants 
Leurs  oreilles  pour  l'ouir 

30  S'en  voulurent  réjouir  ^. 

Cette  nimphe  sonoreuse. 
Du  fier  enfant  amoureuse  3, 
Jusqu'au  ciel  le  chant  rapporte, 
Redoublant  la  vois,  de  sorte 

35  Que  les  rochiers  d'eaus  lavés, 

Et  leurs  pies  d'elles  caves. 
Le  ciel  feirent  assés  seur  4 
De  la  champestre  douceur. 
Mais  lui  qui  écoute  un  son 

40  Tout  semblable  à  sa  chanson, 

Puis  voiant  son  ombre  vaine 


31.  /o,  p2,  PR  i6op-i6^o,  Bl,  ML  sonoreuse  sans  pond. 
36.  PR  160^-16)0,  Bl,  ML  d'elle  cavez  (texte  fautif) 


1.  Cf.  Virgile,  En.  IX,  79  :    Prisca  fides  facto,  sed  fama  perennis  , 
Ovide,  Met.  I,  400  :  Quis  hoccredat,  nisi  sit  pro  teste  vetustas  ? 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  xii,  11-12  ;  et  ci-dessus  Odes,  II,  xxiii,  21-24  5 

III,  XXV,  9. 

5.  La  nymphe  Echo,  éprise  de  Narcisse  (Ovide,  AfcV.   III,  350-400). 
4.  C.-à-d.  informèrent  le  ciel  (latinisme  :ca;lum  fecerunt  certius) 


BOCAGE,    IV  167 

Remirée  en  la  fontaine, 
Pense  que  son  ombre  étoit 
Un  oiseau  qui  mieus  chantoit. 

45  Amour  de  gloire  obstinée 

Avec  toute  beste  est  née  : 
Voulant  demeurer  le  maistre 
Et  de  soi  le  vaincueur  estre,  [143  r°] 

Plus  haut  que  davant  il  sonne, 

50  Plus  haut  le  bois  en  resonne. 

Il  dit,  &  chante  comment 
Il  fut  témoin  du  torment 
Que  la  jalouse  receut 
Sous  faint  nom  qui  la  deceut  ^  : 

5)  Et  comme  le  chevalier 

Au  javelot  singulier 
Se  pâma  desus  la  face 
Que  déjà  la  miOrt  efface  ^, 
Appellant  plustost  les  Dieus, 

60  Et  les  astres  odieus  3, 

Plustost  avecque  grands  cris 
Comblant  l'air  de  sa  Procris, 
Dépitoit  le  nom  semblable, 
Et  le  vent  du  fait  coulpable  4. 


42.  PR  i6iy-2^,  Bl,  ML  en  sa.  fontaine  (texte  fautif) 
46.  PR  i6op-i6^o,  Bl,  ML  Avec  toute  beste  née{id.).  Toutes  les  éd. 
ont  d'ailleurs  une  virgule  après  née 

49.  92,  PR  i6op-i6^o,  Bl,  ML  que  devant 
59'  jo,  92  plus  tost  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Procris,  trompée  par  le  mot  «  aura  »  que  prononça  son  mari. 

2.  Céphale,  meurtrier  involontaire  de  sa  femme  Procris  (Ov.  Met.  VII, 
685-862). 

3.  Cf.  Virgile,  Buc.v,  23  :  Atquedeos  atque  astravocat  crudelia mater. 

4.  Le  mot  «  aura  »  pris  par  Procris  pour  le  nom  d'une  rivale. 


l68  BOCAGE 

65  II  vouloit  encore  dire 

De  Clitie  le  martire  % 

Lors  que  les  nimphes  des  bois 

D'aise  ne  tenans  leurs  vois, 

A  se  mocquer  commencèrent 
70  Et  le  mocquant  l'ofFencerent  : 

Lui,  qui  a  bien  aperceu. 

Les  oiant,  qu'il  est  deceu, 

Taignit,  tant  ire  le  donte,  [143  v°] 

Ses  joues  d'honeste  honte, 
75  Si  que  rompant  vite  en  l'air 

Le  vide  par  son  voler. 

Tellement  se  disparut 

Qu'onques  puis  il  n'apparut  ^. 

Qui  est  mieus  semblable  à  toi 
80  Petit  rossignol  que  moi  3  ? 

Tous  deus  des  nimphes  ensemble 

Sommes  trompés  ce  me  semble, 

Toi  de  ton  chant,  moi  du  mien, 

Ainsi  nous  nuit  nostre  bien. 
85  Car  vers,  ne  chansons  écrites. 

Ne  rimes  tant  soient  bien  dites, 

N'ont  rompu  la  cruauté 

D'une,  de  qui  la  beauté 

Me  lime  jusques  au  font 

71.  jo,  Ç2,  PR  i6op-i6^o,  ML  sans  ponctuation  {Bl.  corr.) 

73.  jo,  92,  PR  160^-1  y,  16^0  sans  ponctuation  {PR  162^,  Bl,  MLcorr .) 

76.  /o,  92,  PR  i6oç-iy,  16^0  voler  :  (PR  162 j^  Bl,  ML  corr.) 


1.  Amante  malheureuse  d'Apollon  (Ovide,  Me7.  IV,  234-270). 

2.  Il  y  a  aussi  un  rossignol  qui  se  lamente  de  son  amour,  puis  est 
tour  à  tour  consolé  et  raillé  par  un  passereau,  une  alouette,  une  linotte 
et  un  bruyant,  dans  VArcadia  de  Sannazar  (trad.  de  J.  Martin,  1544, 
f°  59  r°). 

3.  Rapprocher  le  sonnet  de  1555  :  Rossignol,  mon  mignon  (Bl.  I,  410). 


BOCAGE,    V  169 

90  Le  cueur  qui  en  flammes  fond  ^ 

Mais  ô  déesse  dorée 

Des  beaus  amans  adorée  : 

Livre  la  moi  quelque  jour 

Dedans  un  lit  à  séjour, 
95  Affin  qu'eir  me  baise,  &  touche, 

Qu'eir  me  mette  dans  la  bouche. 

Je  ne  scai  quoi,  dont  envie 

Ait  dépit  toute  sa  vie  : 

Qu'eir  me  serre,  qu'ell'  m'enchéne 
100  (Comme  un  l'hierre  le  chêne,         [144  r°j 

Ou  la  vigne  les  ormeaus) 

Mon  col,  de  ses  braz  jumeaus  ^. 

V 

A  GASPAR  D'AUVERGNE  3 

Soion  constants,  &  ne  prenon  souci. 
Quel  jour  suivant  poussera  cetui-ci, 

95.  jo,  92,  PR  lôo^-iy  touche  sans  pond.  {éd.  suiv.  corr.) 

96.  jo  Qu'el'  me  mette  (éd.  suiv.  corr.) 

Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Bocage  de  1554  (f°  45  v°)  el  réimpr. 
de  Rouen,  1557  (S°  47  ^°)'  —  Œuvres  (Odes,  II,  xxxi)  1560  ;  (xxxi  =r 
xxix)  1567,  1571,  1573.  —  Supprimée  en  1578.  —  Réimprimée  dans  l'éd. 
lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  476.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées 
1 609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  398);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  61). 

Titre.  6o-y^  sans  dédicace  ;  mais  la  pièce  est  qualifiée  Ode,  avec  la  mention 
Non  mesurée 


1.  On  peut  penser  qu'il  s'agit  de  Cassandre  (v.  ci-après,  n°  x,  fin). 

2.  Cette  prière  à  Vénus  rappelle  Horace,  Carm.  I,  xxx  et  xxxvi,  fin  ; 
Catulle,  II,  fin,  et  v,  fin,  combinés  ;  J.  Second,  Basia,  11,  début.  —  Cf. 
Ronsard  p.  lyr.,  p.  509. 

3.  Gaspar  d'Auvergne,  ou  Dauvergne,   était  originaire  de  Limoges.  Il 


lyO  BOCAGE 

Getton  au  vent,  mon  Gaspar,  tout  l'affaire 
Dont  nous  n'avons  que  faire  ^ 

5  Pourquoi  m'irai-je  enquerre  des  Tartares, 

Ou  des  païs  étranges,  &  barbares, 
Quant  à  grand  peine  ai-je  la  connoissance 
Du  lieu  de  ma  naissance  ^  ? 

A  propos,  l'ignorant 
lo  Va  tousjours  discourant 

Le  ciel  plus  haut  que  lui  : 
Las  !  malheur  sur  les  hommes. 
Nés  certes  nous  ne  sommes 
Que  pour  nous  faire  ennui. 

15  C'est  se  mocquer  de  genner  &  de  poindre 

Le  bas  esprit  des  hommes,  qui  est  moindre 
Que  les  conseils  de  Dieu,  ou  de  penser      [144  v^] 
Sa  volunté  passer  ?. 

5.  jo  \ent  sans  ponct .  {éd.  suiv.corr.) 

4-5.   Toutes  les  anciennes  éditions  (sauf  ^f)  divisent  ainsi  cette  ode  en  deux 
quatrains  suivis  d'un  diiain. 

5-6.  54-7)  Pourquoi  m'irai-je  enquérir  des  Tartares  Et  des  païs 
9-1 1.  /4-7J  Volontiers,  l'ignorant  Va  tousjours  s'enquerant  Du  ciel 

12.  jo  Lâs  sans  pond.  (éd.  suiv.  corr.) 

13.  jo  Nais  certes  (corr.  aux  errata)  |  ôy-';^^  Nais  au  monde  ne  sommes 


est  l'auteur  d'une  traduction  en  prose  du  Prince  de  Machiavel,  publiée  à 
Poitiers  chez  Marnef  en  avril  1553  (privil.  de  mars  1547,  a.  st.),  avec 
pièces  liminaires  de  deux  autres  Limousins,  l'humaniste  M. -A.  Muret  et 
l'avocat  royal  Jean  Maledan  (Maludanus).  Lors  de  cette  publication,  il 
était  lui-même  «  avocat  au  duché  de  Chastelleraut  »  (cf.  Ronsard  p.  lyr., 
p.  38,  n.  i). 

1.  Cette  strophe  est  faite  de  trois  souvenirs  d'Horace  :  Carnt.  II, 
iri,  début  (iEquam  mémento  servare  mentem)  ;  I,  ix,  13  (Quid  sit  futu- 
rum  cras  fuge  quaerere)  ;  I,  xxv,  début  (tristitiam  et  metus  tradam  pro- 
tervis  ventis). 

2.  Horace,  Carm,  II,  xi,  1-5  :  Quid  bellicosus  Cantaber  et  Scythes. . . 

3.  Ihid.,  11-12  :   quid  aeternis  minorem  consiliis   animum  fatigas? 


BOCAGE,    V  jyi 

Tousjours  en  lui  metton  nostre  espérance, 
20  Et  en  son  fils  nostre  ferme  asseurance, 

Quant  à  la  reste  alon  avec  le  tens 
Heureusement  contens. 

A  l'homme  qui  est  né, 
Peu  de  tens  est  donné 
25  Pour  se  rire,  &  s'ébatre. 

Nous  l'avons,  ce  pendant 
Que  vas  tu  attendant, 
Un  bon  jour  en  vaut  quatre  '. 

Soit  que  le  ciel  de  foudres  nous  dépite, 
50  Ou  que  la  terre  en  bas  se  précipite, 

Soit  que  la  nuit  devienne  jour  qui  luit. 
Et  le  jour  soit  la  nuit, 

Je  n'en  aurai  jamais  fraieur,  ne  crainte, 
Comme  assuré,  que  la  pensée  sainte 
55  De  l'Eternel  gouverne  en  équité 

Ce  monde  limité. 


19.  J4-7J  fichon  nostre  espérance 

21.  S4'7S  A'-^  demeurant,  alon  avec  le  tans  (e/ temps) 

25.  jo  &  se  batre  (éd.   suiv.  corr.) 

27.  S4-7S  Qu'alons  nous  attendant  (71-73  un  point  interrog.) 

29.  ^o  virgule  après  ciel  {éd.  suiv.  corr .) 

32.  S4~73  Soit  1^^  ^^  ]'^^^  ^°it  "^it  I  S^'T^  un  point  après  nuit  (73  corr.) 

53.  67-73  Jamais  de  rien  n'auray  frayeur  ne  crainte 

55.  J0-/4  De  l'éternel  (éd.  suiv.  corr.) 


I.  Horace,  Carin.  I, ix,  9-18  :  Permitte  divis  caetera, . .  et  II,  xi,  5-17 
Mélange  d'inspiration  chrétienne  et  d'éléments  horatiens   (cf.  Ronsard  p , 
lyr.,  p.    566-567). 


172  BOCAGE 

Le  seigneur  de  là  haut 
Connoist  ce  qu'il  nous  faut  [145  r^] 

Mieus  que  nous  tous  ensemble  : 
40  Sans  nul  égard  d'aucun, 

Il  départ  à  chacun 
Tout  ce  que  bon  lui  semble  ^ 

Je  t'apprendrai,  si  tu  veus  m'écouter  2, 
Comment  l'ennui  mordant  se  peut  outer, 
45  Et  tout  ce  qu'a  la  tristesse  avec  elle, 

D'importune  séquelle. 

Tu  ne  seras  convoiteus  d'amasser 
Cela  de  quoi  tu  te  peus  bien  passer, 
Comme  trésors,  honneurs,  &  avarices, 
so  Ecolles  de  tous  vices. 

Car  c'est  plus  de  refraindre 
Son  désir,  que  de  joindre 
L'Ourse  3  au  midi  ardent. 
Ou  l'Auvergne  pierreuse 

37-41.  jo  virg.  après  haute/  ensemble  et  chacun  (éd.  suiv.  corr.) 

57-42.  6y-j^  guillcmettent  cette  strophe. 

43.  $0-']^  écouter  sans  porict.  (éd.  suiv.  corr.) 

44-45.  S4'7^  Comment  l'ennui  d'un  cœur  se  peut  outer  Et  ce  que  (yi- 
7_j  qui  par  erreur)  tient  la  tristesse  cruelle 

47.  ^o-yi  virg.  après  amasser  (éd.  suiv.  corr.)  \  71-7^  Le  bien  que 
(pour  qui)  doit  si  vilement  passer 

S 3- 54.  jo  virg.  après  Ourse  et  pierreuse  (éd.  suiv,  corr.)  \  J4  Ou 
l'Ecosse  pierreuse  |  60-y^  L'Ecosse  sablonneuse 


1.  Ces  trois  strophes  développent  sur  le  ton  chrétien  l'idée  épicu- 
rienne d'Horace. 

2.  Souvenir  d'Horace,  E/îV/.  I,  i,  39-48.  Au  reste,  tous  les  vers  qui 
suivent  jusqu'au  vers  84  sont  une  paraphrase  de  l'ode  d'Horace  à  Lici- 
nius(n,  x). 

3.  Equivalent  du  latin  Arctos,  qui  désigne  dans  Lucain  et  Claudien 
les  régions  du  Nord.  Cf.  Du  Bellay,  Œuvres,  éd.  Chamard,  t.  III,  p.  52, 
V.  33. 


BOCAGE,    V  173 

55  A  l'Arabie  heureuse, 

Ou  l'Inde  à  TOccident. 

Tu  dois  encor  éviter  ce  me  semble 
Faveur  des  Rois,  &  des  peuples  ensemble  : 
De  ces  mignons,  tousjours  quelque  tempeste     [145  v°] 
60  Vient  foudroier  la  teste. 

Ce  n'est  pas  tout;,  avecques  providence 
Fai  un  ami,  dont  l'heureuse  prudence 
Te  servira  de  secours  nécessaire 
Contre  l'heure  aversaire. 

6>  Ton  cueur  bien  préparé, 

De  force  r'emparé 

En  la  fortune  averse 

Patience  prendra  : 

En  la  bonne,  craindra 
70  Que  Theur  ne  le  renverse. 

Apres  l'iver,  la  saison  variable 
Pousse  en  avant  le  printens  amiable  : 
Si  aujourdhui  nous  sommes  soucieus, 
Demain  nous  serons  mieus. 

75  Tousjours  de  l'arc  l'iré  Phebus  ne  tire, 

Pour  envoler  aus  Grecs  peste,  &  martire, 

58.  S4'7S  Faveurs    des  Rois  |  /0-71  vtrg.  après  ensemble  (y)  coir.) 

59.  S4~7?  ^^  leurs  mignons  |  jo  virg.  après  tempeste  (éd.  suiv.  corr.) 
62.  S4~7)  Fais  un   amy 

64.  7/-7J  Contre  l'heur  adversaire  (6y  leur  par  erreur) 
66.  S4~73  remparé 

72.  S4~7S  Pousse  à  son  rang  le  printans  amiable 
75~7^'  JO  "^^'  ^^  '^'■^i'  ^pfès  arc  (éd.  suiv.  corr.)  \  J4-y^  Tousjours  de 
l'arc  Apollon  ne  moleste  Le  camp  des  Grecs  pour  leur  tirer  la  peste 


174  BOCAGE 

Aucunefois  tout  paisible,  réveille 
La  harpe  qui  sommeille. 

En  orage  outrageus 
80  Tu  seras  courageus,  [146  r°] 

Puis  si  bon  vent  te  sort, 
Tes  voiles  trop  enflées, 
De  la  faveur  souflées, 
Conduiras,  sage,  au  port. 

85  Apres  avoir  prié,  devotieus. 

Les  deus  jumeaus  qui  décorent  les  cieus, 
Desquels  le  feu  flamboira  sur  ta  teste 
Vaincueur  de  la  tempeste  : 

L'un  escrimeur  en  vers  tu  décriras, 
90  L'autre  donteur  des  chevaus  tu  diras, 

Ou  pour  leur  seur  le  combat  merveilleus 
Des  deus  Rois  orgueilleus  ^ 


77.  jo  Acnnefois  (éd.  s  uiv.  cor  r.)  |  j'^-éo  il  reveille  |  6j-j^  texte  primitij 

78.  ^4-y^  Sa  harpe  qui  sommeille 

82.  S^~73  Q^^écs  sans  pond.  (PR  i6iy,  Bl  corr.) 

87-88.  jo  virg.  après  feu  |  ^4-J^  De  toujours  luire  au  fort  de  la  tem- 
peste Sur  le  haut  de  ta  teste  (Pi?  160^-16^0,  Bl,  ML  la  teste  texte  fau- 
tif) I  jo-75,  92,  PR  i6o^-ij  un  point  final  (PR  162^,  ML  corr.) 

89.  ^o-ji  virg.  après  escrimeur  (éd.suiv.  corr.) 

91-92.  jo  virg.  après  merveilleus  |  S4'7S  O^  pour  leur  Sœur  la  querelle 
ennemie,  D'Europe  &  de  l'Asie  (7^  et  éd.  suiv.  suppr.  la  virg.) 


I.  Sources  des  vers  85-92  :  Horace,  Carm.  I,  m,  2,  Sic  fratres  Hele- 
nae,  lucida  sidéra. . .  ;  III,  xxix,  fin  ;  IV,  viii,  31-32  ;  I,  xii,  25-52. 


BOCAGE,    VI  175 

VI 

A  LUI  MESME 

Que  tardes-tu,  veu  que  les  Muses 
T'ont  élargi  tant  de  sçavoir, 
Que  plus  souvent  tu  ne  t'amuses 
A  les  chanter,  &  que  tu  n'uses 
5  De  l'art  qu'ell'  t'ont  fait  recevoir  : 

Tu  as  le  tens  qui  faut  avoir, 
Repos  d'esprit,  &  patience, 
Dous  instruments  de  la  science  : 
Et  toutefois  l'heure  s'enfuit  [146  v»] 

10  D'un  pié  léger  &  diligent. 

Sans  que  ton  esprit  négligent. 
Face  apparoistre  de  son  fruit  ^ 

On  ne  voit  champ  tant  soit  fertil, 
S'il  n'est  poitri  du  labourage, 


Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Supprimée  des  recueils  suivants.  — 
Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  479.  — 
Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609-1650. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  469)  ;  Marty-La veaux (t .  VI,  p.  122). 

Titre.  PR  160^-16^0,  Bl,  ML  AGaspar  d'Auvergne 

5.  jo  De  l'art  quell'  (éd.  suiv.  corr.) 

6.  ^2,  PR  i6oç-i6jo,  Bl,  ML  qu'il  faut  avoir  (texte  rajeuni) 
8.  PR  160^-16^0,  Bl,  ML  Doux  instrument  (texte  fautif) 
II.  PR  162^ y  Bl,  ML  suppriinent  la  virg.  après  négligent 


I.  G.  d'Auvergne  n'a  suivi  qu'imparfaitement  le  conseil  de  Ronsard  : 
il  n'a  laissé  aucun  recueil  de  vers.  On.  ne  connaît  de  lui  que  sa  traduc- 
tion en  prose  du  Prince  de  Machiavel,  publiée  à  Poitiers  en  avril  1553 
(voir  l'ode  précédente,  note  i).  Toutefois  Ronsard  lui  adressa  en  1560 
une  nouvelle  ode,  qui  débute  ainsi  :  Gaspar,  qui  loin  de  Pégase,  As  les 
filles  de  Parnase  Conduites  en  ta  maison, . .  (Bl.  II,  235). 


176  BOCAGE 

15  Qu'à  la  fin  ne  vienne  inutil, 

Voire  &  le  champ  joignant  fut-il 

Du  Nil  l'iEgyptien  rivage  : 

Tant  soit  un  cheval  de  courage, 

Et  coutumier  à  surmonter, 
20  S'on  est  long  tens  sans  i  monter 

Il  devient  rosse,  &  fort  en  bride  : 

Ainsi  des  Muses  l'écrivain, 

S'il  les  délaisse,  hêlas  en  vain 

Il  les  invocque  après  pour  guide. 

2^  L'orfèvre  de  tenir  n'a  honte 

Les  instrumens  de  son  métier, 
Son  plaisir  sa  peine  surmonte. 
Tellement  qu'il  feroit  grand  conte 
Estre  oisif  un  jour  tout  entier  : 

30  Ton  art  le  passe  d'un  cartier. 

Quoi  ?  voire  du  tout  ce  me  semble. 
Toutefois  encre  &  plume  ensemble 
Tu  crains  paresseus  à  toucher.  [147  r°] 

D'orenavant  écri,  compose  : 

35  La  louange  pour  peu  de  chose 

S'achette,  &  qu'est-il  rien  plus  cher  '  ? 

Mainte  ville  jadis  puissante 
Est  ores  morte  avec  son  nom, 
Ensevelie,  &  languissante, 
40  Et  Troie  est  encor  florissante 

36.  jo  point  exclamatif  après  cher  (éd.  suiv.  corr.) 


I.  Cf.  Pline  le  Jeune  :  Tametsi  quid  homini  potest  dari  majus,  quam 
gloria,  et  laus,  et  œternitas  ?  (Lettres,  III,  xxi,  fin). 


BOCAGE,    VII  177 

Comme  un  beau  printens,  en  renom  : 
Bien  d'autres  Rois  qu'Agamemnon, 
Ont  fait  reluire  leur  vertu, 
Et  si  sont  morts,  car  ils  n'ont  'u 
45  Un  Homère,  qui  mieus  qu'en  cuivre, 

En  médaille,  en  bronze,  ou  tableau, 
Les  eust  arrachés  du  tumbeau. 
Faisant  leur  nom  vivre,  &  revivre  '. 


VII 
CHANT  DE  FOLIE  A  BACCHUS 

Délaisse  les  peuples  vaincus 
Qui  sont  sous  le  lit  de  l'Aurore  -^ 
Et  la  ville,  qui,  ô  Bacchus, 
Cérémonieuse  t'adore  3. 

De  tes  tigres  tourne  la  bride  [147  v^] 

En  France,  où  tu  es  invocqué, 

43.  j'O  On  fait  (éd.  suiv.  corr.) 

44.  PR  i6iy-2j,  Bl,  ML  car  ils  lî'ont  eu 

46.  jo  en  bronce  (éd.  suiv.  corr.  ;  cf.  ci-dessus  III,  i,  41). 

Éditions.  —  Bocage  de  1550. —  Supprimée  des  recueils  suivants.  — 
Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaisede  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  480.  —  Recueil 
des  Pièces  retranchées,  1609- 1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  470);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  123). 

3.  jo  qui  ô  Bacchus  {éd.  suiv.  corr.) 

4.  yo  adore  sans  ponct.  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Cette  dernière  strophe  est  faite  avec  des  souvenirs  d'Horace,  Cann. 
IV,  VIII,  13-24  et  IX,  21-28.  Ronsard  a  repris  ce  thème  à  satiété,  notam- 
ment dans  les  odes  A  Bertran  Berger  et  A  René  d'Urvoi  (ci-dessus  Odes, 
ï,  XV  et  IV,  xvii). 

2.  Les  Indiens,  domptés  par  Bacchus  (Ovide,  Met.  IV,  20). 

3.  Thèbes  en  Béotie  (ibid.,  III,  fin  ;  IV,  31  et  416). 

Ronsard,  II.  12 


lyS 


BOCAGE 


Et  par  l'air  ton  chariot  guide 
Dessus  en  pompe  coUocqué  '. 


Que  cette  feste  ne  se  face 
10  Sans  t'i  trouver  Père  joieus, 

C'est  de  ton  nom  la  dedicasse 
Et  le  jour  où  Ion  rit  le  mieus. 

Voi-le  ci  je  le  sen  venir, 
Et  mon  cueur  étonné,  ne  peut 
15  Sa  grand  divinité  tenir, 

Tant  elle  l'agite  &  l'émeut. 

Quels  sont  ces  rochiers  où  je  vois  ^ 
Léger  d'esprit,  quel  est  ce  fleuve, 
Quels  sont  ces  antres,  &  ces  bois 
20  Où  seul  égaré  je  me  treuve  3  ? 

J'enten  le  bruire  des  cimbales 
Et  les  champs  sonner  evoué  4, 
J'oi  la  rage  des  Bacchanales 
Et  le  son  du  cor  enroué  î. 


15.  jo  Voi-leci  {éd.  suiv.  corr.)  \  PR  162^,  ML  Voy-le-ci 
22,  ^o^  aux  errata  euôe  (qu'on peut  lire  evôe)  |  jo''  aux  errata  euuoé 
(qu'o7i  peut  lire  evvoé  ou  euvoé)  |  p2,  PR  i6op-i6^o,  ML  evoùé  {et  Evoûé) 
1  Bl  sonner  :  Evohé  ! 


1.  Dans  Ovide,  le  char  de  Bacchus  est  attelé  tantôt  de  lynx  (Met.  IV, 
24),  tantôt  de  tigres  (Ars  amat.  I,  550). 

2.  C.-à-d.  où  je  vais  (cf.  le  subjonctif,  que  je  voise  ;  ci-dessus  Hymne 
de  France,  5).  Ronsard  avait  cependant  déclaré  qu'il  substituait  la  forme 
je  va  à  Tancienne  forme  je  voi  (ci-dessus.  Suravertissement  au  Lecteur)  ; 
mais  ici  le  principe  a  cédé  au  besoin  de  la  rime, 

?.  Ces  deux  strophes  viennent  d'Horace,  Carm.  III,  xxv,  1-6. 

4.  Du  latin  euoe,  transcrit  lui-même  du  grec  sùoi,  cri  de  joie  des  Bac- 
chantes. Ronsard  l'avait  trouvé  chez  les  poètes  latins  (voir  références  des 
notes  suivantes).  L'expression  «  sonner  evoé  »  est  même  calquée  sur 
cet  hémistiche  d'Ovide,  Met.  IV,  522:  Evoe,  Bacche,  sonat. 

5.  Cf.  Horace,  Carm.  II,  xix,  1-8.  Le  «  cor  enroué  »  me  semble  venir 


BOCAGE,  VII  179 

25  Ici  le  chancellant  Silène 

Sus  un  tardif  asne  monté,  [148  r°] 

Les  inconstans  Satyres  mené 
Qui  le  soustiennent  d'un  costé*. 

Qu'on  boute  du  vin  en  la  tasse 
30  Soumelier,  qu'on  en  verse  tant 

Qu'il  se  répande  dans  la  place, 
Qu'on  mange,  qu'on  boive  d'autant. 

Amoureus,  menez  vos  aimées, 
Ballez,  &  dansez  sans  séjour, 
55  Que  les  torches  soient  allumées 

Jusques  à  la  pointe  du  jour. 

Sus,  sus,  mignons  aus  confitures 
Le  codignac^  vous  semble  bon, 

26.  Le  texte  de  Bl  Sus  un  asne  tardif  est  fautif. 

37.  92,  PR  160^-16^0,  ML  virg.  après  confitures  |  Bl  confitures  ! 

38.  /o  cotign ac  (corr.  aux  errata;  mais  les  éd.  posthumes  ont  cotignac) 


de  Catulle,  f/j/'/^a/.  de  Pelée  et  de  Théiis,  265  :  Multis  raucisonos  effla- 
bant  cornua  bombes.  Ronsard  s'en  est  encore  souvenu  dans  les  Baccha- 
nales de  1549  (publiées  en  1552)  :  Et  que  je  danse  sans  cesse  Par  ta 
presse  Au  son  du  cor  enroué.  —  A  rapprocher  Du  Bellay,  Vers  lyriques^ 
VII,  1-16  (éd.  des  Œuvres  par  Ghamard,  t.  III,  p.  29). 

1.  Cf.  Ovide,  Met.  IV,  26-27  ;  Ars  amat.  I,  541  et  suiv,  —  Même 
développement  dans  les  Bacchanales  de  Ronsard,  les  Dithyrambes  de  1553 
et  son  Hymne  de  Bacchus  de  1554,  et  dans  la  pièce  susdite  de  Du  Bellay, 
17-20.  —  M.  Parturier  a  cité  dans  lai^ev. i?^n.  de  1905,  p.  7,  des  vers  de 
Politien  sur  le  cortège  de  Bacchus,  où  il  voit  une  source  directe  de  ce 
passage  de  Ronsard.  On  pourrait  citer  aussi  J.  Lemaire,  Illustr.  de 
Gaule,  I,  XXVIII,  et  nombre  de  poètes  néo-latins,  entre  autres  Pontano, 
Marulle,  Salmon  Macrin,  M.  Ant.  Flaminio,  souvent  imités  par  Ron- 
sard. Mais  les  vers  d'Horace  et  d'Ovide  lui  ont  suffi  ici.  Ses  Dithyrambes 
et  son  Hymne  de  Bacchus  viennent  en  grande  partie  de  Marulle  (v.  mon 
Ronsard  p.  lyr.,  p.  735-742), 

2.  Forme  vendômoise  pour  cotignac  (cf.  Rabelais,  Gargantua,  éd.  A. 
Lefranc,  t.  I,  p.  165,  n.  4). 


l8o  BOCAGE 

Vous  n'avés  les  dens  assés  dures 
40  Pour  faire  peur  à  ce  jambon  ^ 

Amis  à  force  de  bien  boire 
Repoussez  de  vous  le  souci, 
Que  jamais  plus  n'en  soit  mémoire  : 
Là  donques,  faites  tous  ainsi  2. 

AS  Hêlas  que  c'est  un  dous  tourment 

Suivre  ce  Dieu  qui  environne 
Son  chef  de  vigne  &  de  serment,      [148  v°] 
En  lieu  de  roialle  couronne  3. 


VIII 
A  GASPAR  D'AUVERGNE  4 

Puis  que  la  mort  ne  doit  tarder 
Que  pronte  vers  nous  ne  parvienne, 

47.  jo  de  vigne  est  de  serment  (éd.  suiv.  corr.) 

Éditions.  —  Bocage  àt  1550.  — Bocage  de  1554  (f°  47  r°)  et  réimpr.  de 
Rouen,  1557  (f°  48 v°).  —  Œuvres  (Odes,  II,xxxii)  1560  ;  (xxxii=:  xxx) 
1567,  1571,  1573.  —  Supprimée  en  1578,  —  Réimprimée  dans  l'éd. 
lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  482.  —  Recueil  des  Pièces  retran- 
chées, 1609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  400)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  64). 

Titre.  60-1^  sans  dédicace;  mais  la  pièce  est  qualifiée  Ode,  avec  la  mrutioii 
Non  mesurée. 

2.  S4'7^  Q-"^  pronte  vers  moy 


j.  Pour  l'inspiration,  franchement  gauloise,  de  ces  trois  strophes,  et 
l'esprit  qui  anime  toute  la  pièce,  v.  E.  Bourciez,  Les  mxurs  polies  et  la 
littérature  de  cour  sous  Henri  II  (thèse  de  1886),  p.  227,  et  mon  Ronsard  p. 
lyr.,  p.  619  et  suiv. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  I,  vu,  31  ;  II,  xi,  17;  Epode  ix,  début  et  fin; 
Tibulle,  I,  II,  début;  III,  vi, 

3.  Cette  strophe  est  une  «  contamination»  de  deux  passages  d'Horace, 
Carm.  III,  xxi,  13  et  suiv.  ;  xxv,  18  et  suiv. 

4.  Voir  ci-dessus  Bocage,  v  et  vi. 


BOCAGE,    VIII  l8l 

Trop  humain  suis  pour  me  garder 
Qu'epovanté  ne  m'en  souvienne, 
S  Et  qu'en  mémoire  ne  me  vienne 

Le  cours  des  heures  incerténes, 
Gaspar,  qui  aus  bords  de  Vienne 
As  rebâti  Rome,  &  Athènes  '. 

En  vain  l'on  fuit  la  mer  qui  sonne 
10  Contre  les  goufres,  ou  la  guerre. 

Ou  les  vents  mal  sains  de  l'Autonne 
dui  soufflent  la  peste  en  la  terre  : 
Puis  que  la  mort  qui  nous  enterre 
Jeunes  nous  tue,  &  nous  conduit 
i)  Avant  le  tens,  au  lac  qui  erre 

Par  le  roiaume  de  la  nuit  ^ . 

L'avaricieuse  nature, 
Et  les  trois  seurs  filants  la  vie, 
Se  deulent  quand  la  créature  [149  r^] 

20  Dure  long  tens,  portant  envie 

A  la  fleur  qu'ell'  ont  poursuivie 
La  créant  rose  du  printens, 
A  qui  la  naissance  est  ravie 
Et  la  grâce  tout  en  un  tens  î . 

4.  Ti-T^  Q.u'espouvanté 
7.  Le  texte  de  Bl  de  la  Vienne  est  fautif. 
II.  SO-67  mal  seins  (éd.  suiv.  corr.  sauf  ^2) 

21-22.  jo  qu'elle  ont  {<)2  corr.)  |  S4~73  ^'^   cors,  si  tost  il  ne  dévie  : 
Le  créant...  [  5Z  A  la  fleur,  qui  si  tost  dévie  {texte  de  fantaisie) 
17-24.   éj-j)  guiUemettent  cette  strophe. 


1.  A  Limoges,  sa  ville  natale,  ou  à  Chatellerault,  où  il  est  avocat. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  II,  xiv,  15-20. 

3.  Ibid.  II,  III,  15-16.  Dans  la  strophe  latine,  il  est  question  aussi  des 
trois  Parques  et  de  la  rose  aux  charmes  éphémères.  Ronsard  pourrait 


l82  BOCAGE 

25  L'un  devient  aveugle,  ou  étique, 

L'autre  n'atant  que  le  Cyprès, 
Et  celui  qui  fut  hydropique, 
Regangne  les  fièvres  après  : 
Nous  sommes  humains  tout  exprès, 

îo  Pour  avoir  le  cueur  outragé 

D'un  aigle,  qui  le  voit  d'auprès 
Naistre,  afîin  qu'il  soit  remangé  ^ 

Bien  tost  sous  les  ombres,  Gaspar, 

La  mort  nous  guidera  subite, 
35  Ne  sceptre,  ne  triumphant  char. 

Ne  font  que  l'homme  resuscite  : 

Diane  son  cher  Hippolyte 

N'en  tire  hors,  ains  gist  parmi 

La  troupe,  où  Thésée  s'incite 
40  En  vain  de  r'avoir  son  ami  ^. 

L'homme  ne  peut  fuir  au  monde 

Son  inconnue  destinée,  [149  v^] 


2<;.  S4'73  L'un  devient  (^7  devint /»ar  ^rr^Mr) gouteus,  l'autre  éthique 
(s 0-6'^  éthique,  éd.  suiv.  corr.  sauf  ^2) 

27.  7_j  supprime  la  virg.  après  hydropique 

28.  J4-75  Guarit  pour  retomber  après 

31.  jo  qui  levoit  d'au  près  {éd.  suiv.  corr.  sauf  ^2) 

32.  $0  remangé  sans  ponct.  (éd.  suiv.  corr.) 
35.  S4'75  N'or  ni  argent  de  telle  part 

38.   jo  N'entire  {éd.  suiv.  corr.) 

39-40.  J4-7^  La  troupe  où  Thesé  se  dépite  Qu'il  n'en  peut  ravoir 

42.  éy-y)  Le  certain  de  sa  destinée  )  yi-J}  guillemettent  les  vers  41-4.2. 


bien  aussi  s'être  souvenu  du  Débat  de  la  Nature  et  de  la  Jeunesse  (Mon- 
taiglon,  Recueil  des  poésies  des  XV'et  XVI'  siècles,  t.  III,  p.  86).  Nous  avons 
ici  comme  le  germe  d'un  thème  que  le  poète  reprendra  maintes  fois  (v. 
Ronsard  p.  lyr.,  p.  578  et  suiv.) 

1.  Allusion  à  la  fable  de  Prométhée  enchaîné  sur  le  Caucase. 

2.  Il  s'agit  de  Pirithoiis.  Cf.  Horace,  Carm.  IV,  vu,  fin. 


f 


BOCAGE,    VIII  183 

Le  marinier  craint  la  fiere  onde, 
Le  soudart  la  guerre  obstinée, 
45  Et  n'ont  peur  de  voir  terminée 

Leur  vie,  sinon  en  tels  lieus. 
Mais  une  mort  inopinée 
Leur  a  tousjours  fermé  les  yeus  ^ 

De  quoi  sert  donc  la  médecine, 

50  Et  tout  le  Gaiac  étranger, 

User  d'onguents,  ou  de  racine, 
Boire  bolus,  ou  d'air  changer: 
Quant  cela  ne  peut  alonger 
Nos  jours  contés  ?  Où  cours-tu  Muse  ? 

55  Repren  ton  stile  plus  léger, 

Et  à  ce  grave  ne  t'amuse  2. 


44.  b'j-'j^  Le  soldat 

51.  jo  ou  de  racines  (éd.sutv.corr.) 

54.  /o  un  point  après  contés  (éd.  suiv.  corr.  sauf  p2) 

56.  60  k  ce  grand  (corr.  aux  errata) 


1.  Paraphrase  d'Horace,  Carm.  II,  xiii,  13-20. 

2.  Mouvement  et  idée  pris  à  Horace,  Carm.  III,  iir,  69  et  suiv.  —  Cf. 
ci-dessus  Odes,  I,  xv,  fin;  et  Du  Bellay,  Vers  lyriques,  xi,  fin  (éd.  des 
Œuvres  par  Chamard,  t.  Ilî,  p.  46). 


I 84  BOCAGE 

IX 

A  DIEU  POUR   LA  FAMINE  ' 


O  Dieu  des  exercites^, 

Qui  aus  Israélites 

Donnant  jadis  secours, 

Fendis  en  deus  le  cours 
5  De  la  rouge  eau  salée, 

Et  comme  une  valée 

Que  deus  tertres  épars  [150  r»] 

Emmurent  de  deus  pars. 

Tu  fis  au  milieu  d'elle 
10  Une  voie  fidelle, 

Où  à  pié  sec  parmi 

Passa  ton  peuple  ami. 

Et  puis  en  renversant 

Le  flot  obéissant 


Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Bocage  de  1554  (fo  48  r°)  et  réimpr.  de 
Rouen,  i557(f°  49  v°).  —  Œuvres  (Poëmes,  IV,  iv)  1560  ;  (III,  iv)  1567, 
1571,  1573. — Supprimée  en  1578.  —  Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise 
de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  484.  —  Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609-1650. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  451);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  102). 

Titre.  Ji-y^  Prière  à  Dieu  pour  la  famine  |  6o-jj  ajoutent  la  mention 
Vers  non  mesurez 


1.  Cette  pièce  d'inspiration  surtout  biblique  peut  remonter  au  delà 
de  1545.  Cependant  la  famine  dont  elle  parle  semble  bien  être  celle  que 
signale  le  chanoine  Michel  Garault  à  la  date  de  1546  :  «  En  laquelle  année 
fut  une  telle  grand  pitié  des  pauvres  gens,  lesquels  mouroient  presque  de 
faim.  »  {Chronique,  publ.  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  arch.  du  Vendôwois, 
t.  XVII,  p.  226  et  suiv.) 

2.  Expression  biblique.  Cf.  Marot,  Psaumes,  dédie,  (éd.  Jannet,  t.  IV, 
p.  61). 


BOCAGE,    IX  185 

15  Sus  le  Prince  obstiné, 

Tu  as  exterminé 

Lui,  &  sa  gent  noiée 

Sous  l'onde  renvoiée  ^ 

Ton  peuple  errant  de  là 
20  Aus  desers  çà  &  là, 

Les  veaus  de  fonte  adore, 

Mais  pour  sa  faute  encore 

Le  ciel  ne  laissa  pas 

De  pleuvoir  son  repas, 
2-;  Qu'il  receut  de  ta  grâce 

Par  quarante  ans  d'espace  2. 

O  Seigneur,  retourne  ores 

Tes  yeus,  &  voi  encores 

Ton  peuple  languissant, 
30  Ton  peuple  périssant, 

Que  la  palle  famine 

(Mort  étrange)  extermine. 

Père,  nous  sçavons  bien  [150  v^] 

Selon  tes  lois,  combien 
55  Nos  journalières  fautes 

Sont  horribles  &  hautes  : 

Et  voiant  nos  péchés 

Dont  sommes  entachés. 

Que  ceste  affliction 
40  N'est  pas  punition  : 

Mais  nous  sçavons  aussi, 

Que  nous  aurons  merci 


15.  ^o-y^,  92,  PR  i6op  deux  points  après  obstiné  (e'J.  suiv.  corr.) 
19.  S^'54>  ('O-ôj  ont  delà  et  delà  (^7,  71-7^  corr.) 


1.  Passage  de  la  mer  Rouge,  Exode,  xiv,  3. 

2.  La  manne  au  désert,  id.  xvi,  2. 


l86  BOCAGE 

Toutes  les  fois  que  nous 

Flechissans  les  genous 
45  Et  soulevans  la  face 

Demanderons  ta  grâce. 

Lâs,  ô  Dieu,  sur  nous  veille, 

Et  de  bénigne  oreille 

En  cette  âpre  saison 
50  Reçoi  nostre  oraison  : 

Ou  bien  sus  les  Tartares, 

Turcs,  Scytes,  &  Barbares 

Qui  n'ont  la  cognoissance 

Du  bruit  de  ta  puissance, 
55  O  Seigneur  hardiment 

Épan  ce  châtiment  S 

Et  ton  peuple  console 

Qui  croit  en  ta  parolle, 

Ou  fai  encor  renaistre  [151  r^] 

éo  Les  ans  du  premier  estre, 

L'âge  d'or  precieus, 

Où  le  peuple  ocieus 

Vivoit  aus  bois  sans  peine 

De  glan  cheut  &  de  feine*. 

56.  ^o-6j  se  châtiment  {éd.  suiv.  corr.) 


1.  Transposé  d'Horace,  Carm.  I,  xxi,  fin. 

2.  Cf.  Ovide,  Met.  I,  ici -106.  —  Remarquer  que,  des  six  odes  irrégu- 
lières du  Bocage  de  1550  conservées  par  Ronsard  dans  ses  premières  édi- 
tions collectives,  celle-ci  est  la  seule  qu'il  rangea  parmi  les  Poèmes,  tan- 
dis que  les  cinq  autres  trouvaient  place  parmi  les  Odes  (au  livre  II) . 
C'est  que  les  cinq  autres  sont  strophiques,  tout  en  laissant  à  désirer 
pour  la  régularité  d'alternance  des  rimes,  tandis  que  celle-ci,  écrite  en 
rimes  suivies  irrégulièrement  alternées,  eût  été  dans  les  Odes  un  véri- 
table monstre,  seul  de  son  espèce.  Ronsard,  dans  le  classement  de  ses 
pièces  en  1560,  a  tenu  compte  de  leur  forme  rythmique  au  moins  autant 
que  de  leur  caractère  intrinsèque. 


BOCAGE,  X  187 

X 

A  CASSANDRE  ^ 


Le  printens  vient,  naissez  fleurettes 
Coupables  de  mes  amourettes, 
Sus  naissez,  &  toutes  ensemble 
Variez  par  vostre  peinture 
5  Un  manteau  verd,  à  la  nature. 

Cassandre,  qui  tant  leur  resemble, 
Tu  crois  comme  elles,  ce  me  semble. 
Et  ton  petit  poil  accoursi, 
S'alonge  en  fils  d'or,  avec  l'âge 
10  Comme  un  reverdissant  fueillage  ^. 

Tu  croitras  donq  pour  le  souci 
De  maint  peuple,  &  de  moi  aussi. 
Et  si  feras  les  fleurs  compaignes 
Qui  croissent  à  l'envi  de  toi 
15  Pallir  de  l'amour  comme  moi  3. 


Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Supprimée  des  recueils  suivants.  — 
Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  486.  — Recueil 
des  Pièces  retranchées,  1609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  453);  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p,  104). 

7.  Le  texte  de  Bl  comme  elle  est  fautif. 

8.  PR  162^,  Bl,  ML,  suppriment  la  virg.  après  accoursi 

9.  jo  fil  d'or  (corr.  aux  errata,  mais  reproduit  par  les  éd.  posthumes) 


1.  Sur  Cassandre,  voir  ci-dessus  Odes, II,  v,  n.  i. 

2.  Cf.  le  sonnet  de  1552  :  fe  parangonne  à  ta  jeune  beauté  (Bl.  I,  73), 

3.  Cf.  le  sonnet  de  1552  :  Pour  la  douleur...,  tercet  final  (Bl.  I,  22). 


l88  BOCAGE 

Et  les  eaus  baignants  les  campaignes,    [[51  v^] 
Celles  qui  tonnent  aus  montaignes, 
Frappant  contre  leurs  bords  dolents, 
Bruiront  leurs  amours  éternelles 
20  Si  ton  bel  œil  se  mire  en  elles  ^ 

Apres  maints  cours  de  l'an  volant, 
Les  cieus  pour  t'enfanter,  voulant 
Se  piller  eus  mesmes,  ont  pris 
Tout  le  beau  vers  eus  retourné 
25  Et  de  toi  le  monde  ont  orné  2. 

Affin  qu'on  ne  mette  à  mépris 
Mes  chants  pour  t'amour  entrepris 
Qui  les  trais  de  ta  beauté  suivent, 
Et  qui  d'un  vers  laborieus 
30  La  font  remonter  jusqu'aus  Dieus. 

Les  beautés  jusque  aus  cieus  arrivent 
Si  les  Poètes  les  décrivent  3, 
Donc  Cassandre  si  tu  m'aimois, 
Tu  apprendrois  de  main  docile. 
L'art,  &  la  manière  facile 
35  Des  Odes  du  lue  Vandomois4. 


18.  PR  162^,  Bl,  ML  corr.  leur  bord  dolant 

30-31.  jo  au  Dieus...  au  ciens  (éd .  posthumes  corr .) 

35.  92,  PR  i6op-i6^o,  Bl,  ML  du  Luth  Vandomois 


1.  Cf.  ci-dessus  Odes,  IV,  x.  Pour  l'inspiration  néo-pétrarquesque  de 
ces  deux  strophes,  v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  457  et  suiv, 

2.  Laure  est  aussi  un  composé  des  merveilles  du    ciel  et  l'ornement 
du  monde;  on  sent  ici  une  vague  influence  de  Pétrarque. 

3.  Souvenir  d'une  élégie  de  Properce  à  Cynthie,  III,  m,  13  et  suiv. 

4.  Cette  strophe  a  un  vers  de  plus  que  les  précédentes,  pour  arrêter 
le  rythme,  dans  ce  système  de  cinquains  enchaînés  par  la  rime  médiane. 


BOCAGE,    XI  189 

XI 

CONTRE  LA  JEUNESSE  FRANÇOISE  [152  r^] 

CORROMPUE  ' 

Espérons  nous  l'Italie  estre  prise, 
Ou  regaigner  par  meilleure  entreprise 

D'un  bras  vindicatif, 
Le  serf  butin  de  nos  pertes  si  amples 
Dont  l'Espagnol  a  décoré  ses  temples 

De  sous  le  Roi  captifs  ? 
Que  telle  gloire  est  loin  de  l'espérance, 
Voiant  (ô  tens)  la  jeunesse  de  France 

A  tout  vice  estre  incline. 
Outrecuidée  en  ses  fautes  se  plaît, 
Hait  l'enseigneur,  l'ignorante  qu'ell'  est 

De  toute  discipline. 


Éditions.  —  Bocage  de  1550.  —  Supprimée  des  recueils  suivants.  — 
Réimprimée  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  487.  — Recueil 
des  Pièces  retranchées ,  1609-1630. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  454)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  106). 

2.  jo,  Ç2  meillure  (éd.  suiv.  corr.) 

6-7.  Aucune  séparation  strophique  dans  les  anciennes  éditions 

7.  j'O  et  loin  de  (corr.  aux  errata,  mais  reproduit  par  p2  et  PR  160^) 

II.  jo  quell'est  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Cette  ode  n'a  pu  être  composée  qu'entre  l'hiver  de  1542,  date  de 
la  reprise  des  hostilités  contre  Charles-Quint,  et  le  mois  de  septembre 
1)44,  date  de  la  paix  de  Crespy.  Elle  fut  sans  doute  inspirée  parles 
sentiments  divers  qui,  dans  l'entourage  de  François  l",  accueillirent  en 
mars  1544  l'idée  d'une  grande  bataille  rangéeenLombardie,qui  fut  celle 
de  Cerizoles.  Cf.  P.  Gourteault,  Biaise  de  Monluc  historien  (thèse,  1907), 
ch.  IV,  et  éd.  crit.  des  Commentaires,  t.  I,  p.  257  et  suiv. 

2.  Allusion  à  la  défaite  de  Pavie  et  à  la  captivité  de  François  I"  à 


190  BOCAGE 

Ni  escrimer,  combatre  à  la  barrière, 
Ne  façonner  poulains  en  la  carrière 
15  Peu  vertueuse  n'ose. 

Suit  les  putains,  les  naquets,  les  plaisans, 
Et  lâchement  corront  ses  jeunes  ans 

Sans  oser  plus  grand  chose. 
De  telles  gens,  Charles  ^  n'a  pas  donté 
20  Naples,  Venise,  &  Milan  surmonté, 

Dessous  son  joue  rebelle, 
Mais  d'un  soudart  brave,  vaillant,  &  fort 
Qui  de  soi  mesme  alloit  hastant  sa  mort 

Par  une  plaie  belle  2.  [152  v'^] 

25  Le  pigeon  vient  du  pigeon,  &  la  chievre 

Naist  de  la  chievre,  &  le  lièvre  du  lièvre. 

Le  fils  tousjours  raporte 
Le  naturel  des  parens  avec  lui  3  : 
Quel  peuple  donc  pourroit  naistre  aujourdhui 
30  De  race  si  peu  forte  ? 

La  fille  preste  à  marier,  accorde 
Trop  librement  sa  chanson  à  la  corde 
D'un  pouce  curieus  : 


14.  /o  poulins  {corr .  aux  errata,  mais  reproduit  par  ^2  et  PR  i6op) 

20.  /o  un  point  après  surmonté  (éd.  suiv.  corr.) 

22.  p2,  PR  1609-16^0,  Bl,  ML  Mais  d'un  soldat 

29.  jo  pourroit  nestre  (éd.  suiv.  corr.) 

31.  PR  i6op-i6^o.,  Bl,  ML  suppriment  la  virgule  après  marier 


Madrid.  Dans  toute  cette  pièce,  Ronsard  s'est  inspiré  habilement 
d'Horace,  Carm.  III,  vi.  Ici  on  reconnaît  la  3'  strophe  de  l'ode  latine. 
Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  370  et  suiv. 

1.  Charles-Quint,  roi  d'Espagne  et  empereur  d'Allemagne. 

2.  Cf.  Horace,  Carm.  ill,vi,  33-38. 

3.  Ihid.  IV,  IV,  25  et  suiv.  (souvenir  suggéré  par  la  fin  de  l'ode  Delicla 
majorum).  —  Ronsard  a  repris  ce  lieu  commun  en  1567,  dans  l'éloge  de 
François  de  Montmorency,  début,  et  en  1569  dans  l'hymne  Tel  qu'un 
petit  aigle  sort  (Bl.  III,  358  ;  V,  144). 


BOCAGE,    XII  191 

Et  veut  encor  Pétrarque  retenir, 
3  s  Affin  que  mieus  ell'  puisse  entretenir 

L'amant  luxurieus  '. 
Il  n'i  a  rien  que  cet  âge  où  nous  sommes 
N'ait  corrompu,  il  a  gâté  les  hommes, 
Les  noces  sont  polues  ^  : 
40  Des  Dieus  vangeurs,  sans  honneur  &  sans  pris 

Les  temples  met  l'Alemen  à  mépris 
Par  sectes  dissolues  3. 


XII 
A  JAQUES  PELETIER  DU  MANS 

DES   BEAUTÉS   Q.u'lL   VOUDROIT   EN    s'aMIE 
(Voir  ci-dessus  les  [Premières  Poésies]^  t.  I,  p,  3) 


XIL  —  jo-y^  ajoutent  au  texte  primitif  (l'^^.y)  cette  strophe  après  le  vers 
35  :  Le  pié  petit,  la  main  longuette  &  belle  Dontant  tout  cueur  dur  & 
rebelle  Et  un  ris  qui,  en  découvrant  Maint  diamant,  alât  ouvrant  Le  para- 
dis &  (J7  à)  quiconq'  mourroit  d'elle  (60  Sous  deus  couraus  où  Cyprine 
se  celle  6y-'^^  Le  beau  séjour  d'une  Grâce  nouvelle  yS  Le  beau  vermeil 
d'une  lèvre  jumelle). 


1.  Cf.  Horace,  Carni.  III,  vi,  21-28.  Cf.  une  strophe  de  l'ode  A 
J .  Peletier  où  Ronsard  souhaite  que  son  amie  sache  par  cœur  le  canzo- 
niere  de   Pétrarque  (ci-dessus  [Premières  Poésies],  1. 1,  p.  6). 

2.  Ibid.  III,  VI,  17-20. 

3.  Ibid.  III,  VI,  début.  —  Allusion  aux  Luthériens. 


192  BOCAGE 


XIII 

A  UN  SIEN  AMI 

FASCHÉ   DE   SUIVRE    LA    COURT  ^ 

Ami,  l'ami  des  Muses 

En  la  Musique  expert  2,  [154  v^] 

Pour  néant  tu  t'amuses, 

Le  tens  en  vain  se  pert 

Menant  un  dueil  apert, 

Il  vaut  mieus  que  tu  jettes 

Les  mordantes  sagettes 

Qui  ton  cueur  vont  grevant, 

Aus  Scythes,  ou  aus  Gétes, 

Ou  encor  plus  avant  3. 


Éditions.  —  Bocage  de  1 5  50.  —  Bocage  de  1554  (f°  50  r°)  et  réimpr.  de 
Rouen,  1557  (f°  52  r°).  —  Œuvres  (Odes,  II,  xxxiv)  1560;  (xxxiv  = 
xxxii)i567,  1571, 1573  ;  (xxxix)  1578.  — Supprimée  en  1584.  — Réim- 
primée dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  Il,  p.  489.  — Recueil  des 
Pièces  retranchées,  1609-16  30. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  404)  ;  Marty-Laveaus  (t.  VI,  p.  68). 

Titre.  ôo-jS  sans  dédicace  ;  mais  la  pièce  est  qualifiée  Ode,  avec  la  mention 
Non  mesurée  |  92  AMaclou  de  la  Haye  fasché  de  suivre  la  Cour  |  Bl  seul 
met  A  Maclou  de  la  Haye . 

I.  éo-yS  Maclou  ami  des  Muses 

5.  yS  Menant  un  dueil  couvert  : 

7-9.  jS  Les  soigneuses  sagettes. . .  Aux  Scythes  &  aux  Gétes 

10.  S4'7^  ^  l'abandon  du  vent 


1.  Comme  l'indique  la  variante  du  premier  vers,  il  s'agit  de  Maclou 
de  la  Haye,  poète  picard,  auquel  Ronsard  a  adressé  d'autres  odes  (v. 
ci-dessus  Odes,  II,  xi  et  xvi;  III,  iv  et  xvii). 

2.  Horace,  Carm.  III,  rv,  2$  :  Vestris  amicum  fontibus  et  choris. 

3.  Ibid.  I,  xxvi,  début  :  Musis  amicus,  tristitiam  et  metus  Tradani 
protervis  in  mare  Creticum  Portare  ventis. 


BOCAGE,    XIII  193 

Ceus  à  qui  point  n'agréent 

Tes  beaus  ars  tant  connus, 

Et  qui  ne  se  recréent 

De  voir  les  Silvans  nus, 
15  Et  les  pères  cornus 

Pendre  au  haut  d'un  rocher 

Doivent  bien  se  fâcher, 

Non  toi,  dont  poëzie 

Peut  le  soin  arracher 
20  Hors  de  ta  fantasie  '. 

Et  quoi  ?  je  voi  tes  yeus 

Moites  d'un  pleur  amer  : 

Soit  quand  Phebus  aus  cieus 

Vient  le  jour  alumer, 
2>  Ou  quand  dedans  la  mer 

Ses  chevaus  il  abreuve,  [155  r°] 

Pleurant  seul  je  te  treuve 

La  fin  de  ton  malheur. 

Puis  que  rocher,  ne  fleuve 
30  N'apaise  ta  douleur. 

Donq,  la  faveur  du  monde 
Te  fait  désespérer, 
Laquelle  on  peut  à  l'onde 
Justement  comparer, 


14.   71-7S  les   Silvains 

18.  S4'7^  ^o^  toi,  dont  la  poésie  (et  Poësie  ce  qui  fausse  le  vers) 

26-27.  /o  la  virg.  est  après  treuve  (éd.  stiiv.  corr.) 

27-29.  S4'7^  Gémissant  je  te  treuve.  . .   Puis  que  ne  bois,  ne  fleuve 

31.  jo  un  point  interrog .  après  Donq  (éd.  suiv.  corr.) 


I.  Horace,  Carm.  I,  xxxii,  14-15  :  ô  laborum  Duke  lenimen. 
Ronsard,  II.  13 


194  BOCAGE 

35  Qui  ne  sçauroit  durer 

Une  heure  sans  orage, 

Apren  à  ton  courage 

Voler  ainsi  qu'il  faut, 

Par  cette  aile  le  sage 
40  S'enfuit  aus  Dieus  là  haut. 

Il  est  vrai  que  la  Court 

Des  Princes  est  aimable. 

Mais  long  tens  on  i  court 

Sans  fortune  amiable. 
45  Sor  de  là,  pitoiable. 

Quand  la  mort  se  courousse 

Sans  égard  elle  pousse 

A  bas  un  Empereur, 

De  la  même  secousse 
50  Qu'eir  fait  un  laboureur  ^  [155  v»] 

La  vertu  qui  ordonne 
Aus  bons  immortel  nom, 
N'a  baillé  la  couronne 
De  Laurier,  pour  renom 
55  A  nul  homme,  sinon 

Qu'à  celui  qui  n'a  garde 
De  prendre  l'or  en  garde 
Vivant  du  sien  contant, 

40.  J4-75  S'en  vole  |  y^-yS  guillemettent  lesvers  37-40. 

42.  y 8  Des  Princes  est  louable 

45.  y 8  Sor  de  là  misérable  : 

50.  /o  Queir  (éd.  suiv.  corr.)  \  y8  Qu'un  pauvre  laboureur 

46-50.  7^-y8  guillemettent  ces  cinq  vers. 


I.  Horace,  Carm.  \,  iv,  19-21  ;  II,  in,  25  ;  xiv,  11-12;  III,  i,  15.  Pour 
ce  thème  de  l'égalité  des  hommes  devant  la  mort,  v.  Ronsard  p.  lyr., 
p.  360-361. 


BOCAGE,    XIII  195 

Et  à  qui  le  regarde 

D'un  œil  ferme,  &  constant. 

C'est  plus  de  commander 

Sur  ses  affections, 

Qu'aus  Princes  d'amander 

De  mille  nations. 
6$  Qui  de  ses  passions 

Est  maistre,  seullement 

Celui  vit  proprement, 

N'eust-il  qu'un  toict  de  chaume, 

Et  plus  assurément 
70  Qu'un  Roi  de  son  roiaume. 

Quand  nostre  vie  humaine 

Longue  en  santé  seroit, 

Chaq'un  à  juste  peine  [156  r^] 

Des  biens  amasseroit, 
75  Et  point  n'offenseroit  : 

Mais  pour  vie  si  brève 

Faut-il  tant  qu'on  se  grève 

D'amasser  &  d'avoir  ^  ? 

Matin  le  jour  se  levé 
80  Pour  mourir  sus  le  soir  ^. 

60.  j8  D'un  visage  constant 

62.  S^-Sy  Sur  ces  (éd.  siiiv.  corr.)  \  y 8  A  ses  affections 

66.  /4-7_j  Est  maistre  entièrement  |  y8  Est  maistre  absolument, 

67.  ^4-78  Celui  vit  seulement 
61-70.  67-78  guillemettent  cette  strophe . 

73.  j'o  Chaqu'n  (éd.  suiv.  corr.  en  Chaqu'un) 

76.  ^4-78  Pour  la  vie  si  brève 

79.  jo  séleve  (^(i.  suiv.  corr.) 

76-80.  67-71  guill.  les  deux  dern.  vers  \  7^-78 guill.  les  trois  prem.  vers. 


1.  Pour  cette  strophe  et  la  précédente,  cf.  Horace,  Carm.  II,  xvi,  9-18. 

2.  Ibid.  II,  XVIII,  15  :  Truditur  dies  die  ;  cf.  IV,  vu,  7-8. 


196  BOCAGE 

O  soin  meurtrier,  encores 

Que  l'on  s'alast  cacher 

Outre  le  chaut  des  Mores 

Tu  nous  viendrois  chercher 
8$  Pour  nous  nuire  &  fâcher  : 

Le  gendarme  en  sa  troupe 

Te  va  portant  en  croupe, 

Quoi  que  t'ailles  cachant 

Jusque  au  fond  de  la  poupe 
90  Compaignon  du  marchante 

Puis  que  soin,  &  envie 

Et  convoitise  forte, 

Sont  bourreaus  de  la  vie 

De  l'homme  qui  les  porte, 
95  Mon  ami  je  t'enhorte 

De  les  chasser,  entens  [156  v°] 

A  te  donner  bon  tens, 

Fui  les  maus  qui  t'ennuient. 

Qu'esse  que  tu  atens  ? 
100  Les  ans  légers  s'enfuient  ^. 

Le  tens  bien  peu  durable 
Tout  chauve  par  derrière, 
Demeure  inexorable 


83.  $0  de  Mores  |  J4-7J  Bien  loin  outre  les  Mores,  \  yS  Outre  les 
rives  Mores, 

85.  'j8  Pour  nos  esprits  fâcher. 

87.  J4-75  Tout  seul  te  porte  en  croupe  |  yS  texte  primitif 

88.  6'j-j)  Et  tu  te  vas  cachant  |  yS  texte  primitif 

89.  yS  Au  plus  creux  de  la  poupe 

91-92.  ^4-'j8  Doncques  puis  que  l'envie  Et  l'avarice  forte 


1.  Horace,  Carm.  II,  xvi,  21-24;  III,  i,  37-40. 

2.  Ibid.  II,  XVI,  25-27  ;  xiv,  début. 


BOCAGE,    XIII  197 


Si  franchist  sa  cariere. 
105  L'infernale  portière 

Hoche  de  main  égale 

La  grand  cruche  fatale, 

Soit  tost,  ou  tard,  le  sort 

Viendra  vers  toi  tout  palle 
iio  Pour  t'anonsser  la  mort  ^ 

Donques  un  jour  ne  laisse 
Voler  sans  ton  plaisir. 
L'importune  vieillesse 
Court  tost  pour  nous  saisir  : 

II',  Tandis  qu'avons  loisir 

Tes  amours  anciennes 
Chanton  avecq'  les  miennes, 
Ou  bien  si  bon  te  semble 
N'entonnon  que  les  tiennes 

120  Sur  nos  fleutes  ensemble^.  [157  r^j 

Pour  tuer  le  souci 
Qui  rongeoit  ton  courage, 
Assison  nous  ici 
Sous  ce  mignard  ombrage  : 
125  Voi  prés  de  ce  rivage 

T04.  JL-jS  S'il  franchit  sa  carrière  |  y)-j8  guill.  les  vers  99-104 

106,  jo  écale  (corr.  aux  errata) 

109.  jo  pale  (corr.  aux  errata) 

m.  y 8  Ex.  pource  un  jour  ne  laisse 

119.   jS  Ne  chantons  que  les  tiennes 

122.  S0-S4  rongoit  (éd.  suiv.corr.  sauf  ^2) 

123.  ^4-78  Asseon  (ef  Asséon)  nous  ici 

124.  yo  Sur  ce  mignard  (éd.  suiv.  corr.  sauf  Ç2) 


1.  Ibld.  II,  III,  25  :  Omnes  eodem  cogimur  :  omnium  Versatur  urna... 

2.  Ibid.  I,  IX,  13  et  suiv.;  II,  xi,  5  et  suiv.  ;  III,  xix,  18  et  suiv. 


198  BOCAGE 

Quatre  nimphes  qui  viennent, 
A  qui  tant  bien  aviennent 
Leurs  corsets  simplement, 
Et  leurs  cheveus  qui  tiennent 
130  A  un  neud  seulement. 

Hé,  quel  pasteur  sera-ce 
Qjai  au  prochain  russeau 
Ira  rincer  ma  tasse 
Quatre,  ou  cinq  fois  en  l'eau  ? 

155  D'autant,  ce  vin  nouveau 

Efface  les  ennuis, 
Et  fait  dormir  les  nuis. 
Autrement  la  mémoire 
De  mes  maus  je  ne  puis 

140  Etrangler  qu'après  boire  ^ 

130.  jo  seulement?  (éd.  suiv.  corr.) 

131.  S0-71  Hê  quel  (éd.  suiv.  corr.) 

132.  6o-y8  ruisseau 

135.  7^  D'autant  ce  vin  |  yS  D'autant  que  vin 


I.  Pour  ces  deux  strophes,  cf.  Horace,  Carm.  II,  xi,  13-24.  Sur  ce 
thème,  souvent  repris  par  le  poète,  v.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  570  et  suiv. 


BOCAGE,    XIV  199 

XIV 

A  SON  RETOUR  DE  GASCONGNE  [157V0] 

VOIANT   DE   LOIN    PARIS  ' 


Deus,  &  trois  fois,  heureus  ce  mien  regard, 
Duquel  je  voi  la  ville,  où  sont  infuses 
La  discipline,  &  la  gloire  des  Muses, 
C'est  toi  Paris  que  Dieu  conserve,  &  gard  : 
C'est  toi  qui  as  de  science,  avec  art 
Endoctriné  mon  jeune  âge  ignorant, 
Et  qui  chez  toi  par  cinq  ans  demeurant 
L'as  aiaicté  du  laict  qui  de  toi  part  2. 


Éditions.  — Bocage  de  1550.  — Supprimée  des  recueils  suivants. 
Réimprimée  dans  Téd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres,  t.  II,  p.  494. 
Recueil  des  Pièces  retranchées,  1609- 1650. 

Blanchemain  (t.  II,  p.  456)  ;  Marty-Laveaux  (t.  VI,  p.  106). 


1.  Sur  les  motifs  plausibles  de  ce  voyage  et  la  date  probable  de  cette 
pièce  (fin  de  1547)  ''! ou  Ronsard  p.  lyr.,  p.  37,  et  mon  édition  critique  de 
la  Vie  de  Ronsard  par  Binet,  p.  118  et  suiv. 

2.  Cf.  un  éloge  enthousiaste  de  Paris  «  seconde  Athéne,  honneur  de 
l'univers  »  dans  le  poème  à  François  de  Montmorency  (Bl.  III,  561). 
—  Etant  donné  que  dans  cette  pièce  Paris  est  nettementopposé  à  la  Cour 
(v.  42  et  suiv.)  —  distinction  courante  déjà  au  xvi'  siècle  —  et  qu'on 
sait  d'autre  part  que  Ronsard  quitta  la  Cour  pour  suivre  les  leçons  de 
Dorât  au  printemps  de  1545  (épitre  A  Pierre  de  Pascal  de  iS54>  fin)»  les 
«  cinq  ans  »  du  vers  7  désignent  seulement  le  temps  qu'il  fut  «  escolier  » 
sous  la  discipline  de  Dorât,  hors  de  Coqueret  et  à  Goqueret.  On  serait 
donc  tenté  de  dater  cette  ode  de  la  fin  de  1549,  ^^  ^^'^  n'était  pas  irré- 
gulière et  ne  contenait  pas  des  allusions  à  des  faits  qui  remontent  à 
1547.  —  Pour  moi,  l'ode  fut  écrite  en  1547,  mais  Ronsard  avait  d'abord 
mis  sur  son  manuscrit  «  par  deux  ans  demeurant  »  ;  puis  au  moment  où 
il  publia  son  recueil  à' Odes  (janv,  1550)  il  remania  son  vers  ainsi  «  par 
cinq  ans  demeurant  »,  sans  souci  de  la  contradiction  entre  ce  nouvel 
hémistiche  et  le  titre  primitif  qu'il  conservait. 


200  BOCAGE 

Combien  je  sen  ma  vie  heureuse  en  elle 
lo  En  te  voiant,  au  pris  de  ces  monts  blancs 

dui  ont  l'échiné,  &  la  teste,  &  les  flancs 
Chargés  de  glace,  &  de  nége  éternelle  '  : 
Je  voi  desja  la  bande  solennelle 
Du  saint  Parnase  en  avant  s'approcher, 
15  Et  me  baiser,  m'accoler,  &  toucher, 

Me  r'appellant  à  son  estude  belle. 

De  l'autre  part  ma  librérie,  hêlas, 
Grecque,  latine,  espaignole,  italique. 
En  me  tanssant  d'un  front  mélancolique 
20  Me  dit,  que  plus  je  n'adore  Pallas^. 

Un  milion  d'amis  ne  seront  las  [158  r^^ 

Deus  jours  entiers  de  me  faire  la  feste. 

Un  Peletier  qui  a  dedans  sa  teste 

Muses,  &  Dieus,  les  Nimphes,  &  leurs  lacs'. 

25  Daurat,  réveil  de  la  science  morte  4, 

Et  mon  Berger  qui  s'est  fait  gouverneur 

10.  jo  aupris  de  (éd.  siiiv.  corr.) 


1.  Ainsi  Ronsard  était  allé  jusqu'aux  Pyrénées,  peut-être  à  Pau, 
l'une  des  résidences  de  Marguerite  de  Navarre  (cf.  ci-dessus  Odes,  II, 
X,  5-8). 

2.  Sur  l'amour  de  Ronsard  pour  ses  livres,  «  ses  bons  hostes  muets 
qui  ne  faschent  jamais  »,  v,  l'éd.  Bl.  I,  362,  et  VI,  347  (fin). 

3.  Allusion  aux  Œuvres  poétiques  de  J.  Peletier  du  Mans,  qui  parurent 
en  1547  (priv.  du  i'"  sept.)  et  où  l'on  trouve  publiés  pour  la  première 
fois  des  vers  de  Ronsard  et  de  Du  Bellay  (v.  ci-dessus  [Premières  Poésies], 
p.  3,  ode  A  Jacques  Peletier).  Peletier  quitta  Paris  vers  le  milieu  de  1548 
pour  aller  enseigner  les  mathématiques  à  Bordeaux,  puis  à  Poitiers  (v.  la 
Notice  biographique  placée  en  tête  de  la  réimpr.  des  Œuvres  poétiques, 
supplément  à  la.  Rev.  Ren.  1904,  p.  xvii,  et  Cl.  Jugé^  J.  Peletier  du 
Mans,  thèse  de  Caen,  1907,  p.  50). 

4.  L'humaniste  limousin  Jean  Dorât  (v.  ci-dessus  Odes,  I,  xi  et  xiv). 


BOCAGE,    XIV  201 

Non  de  troupeaus,  mais  de  gloire,  &  d'honneur', 
Tiendra  mon  col  lassé  d'une  main  forte  : 
Tel  jour  hcureus  qui  tant  d'aise  m'apporte 
jo  Soit  par  mes  vers  jusque  au  ciel  coloquc, 

Et  sur  mon  cueur  d'un  blanc  travers  merqué, 
A  celle  fin  que  jamais  il  n'en  sorte  ^. 

Mon  Oradour,  ne  Maclou  n'i  sont  mie, 
L'un  est  allé  à  Romme  pour  le  Roi, 

35  L'autre  en  Anjou  esclave  de  sa  foi 

Vit  sous  l'empire  assés  dous  de  sa  mie  >. 
Soit  par  la  reste  une  joie  acomplie. 
De  folâtrer  faison  nostre  devoir. 
Ce  jour  passé,  je  suis  prest  d'aller  voir 

40  Si  pour  le  tens  les  lettres  on  oublie  4. 

Plus  que  davant  je  t'aimerai  mon  livre  : 
A  celle  fin  que  le  sçavoir  j'aprinsse, 


27.  jo,  92,  PR  160^-162^  honneur  5fln5  pond.  (PR  16^0,  Bl,  ML  corr.) 

31.  92,  PR  i6oç-i6^o,  Bl,  ML  d'un  blanc  travers  marqué 

33.  jo  ni  sont  (éd.  siiiv.  corr.) 

41.  92,  PR  i6op-i6^o,  Bl,  ML  Plus  que  devant  (texte  rajeuni) 


1.  Le  poète  poitevin  Bertran  Berger  (v.  ci-dessus  Odes,  1,  xv). 

2.  Rapprocher  de  tout  ce  passage  le  sonnet  cxxix  des  JRé'^rf  ^5.  Ronsard, 
aussi  bien  que  Du  Bellay,  a  pu  prendre  l'idée  à  l'Arioste,  Orl.  fur.  XLYl, 
i-xix  (cf.  Vianey,  Pètrarquisme  en  France,  p.  350  et  suiv.). 

3.  C'est  Maclou  de  la  Haye  qui  «  est  allé  à  Rome  pour  le  Roi  »,  et 
René  d'Oradour  en  Anjou.  Le  premier  a  fait  allusion  à  sa  mission  en 
Italie  dans  ses  Œuvres  (v.  notamment  le  Chant  d'amour,  ff.  14  et  15). 
Sur  ces  deux  personnages,  v.  ci-dessus  Odes,  II,  xi  et  xii. 

4.  De  ce  fait  que  Du  Bellay  n'est  pas  nommé  parmi  les  amis  litté- 
raires qui  fêteront  le  retour  de  Ronsard,  on  ne  peut  pas  conclure  que 
Du  Bellay  n'était  pas  à  Paris,  et  surtout  qu'il  ne  connaissait  pas  encore 
Ronsard  quand  cette  ode  fut  composée.  Ronsard  connaissait  intimement 
Ant.  de  Baïf  depuis  quelques  années,  et  pourtant  il  ne  le  nomme  pas. 
L'argument  a  silentio  n'a  ici  aucune  valeur. 


202  BOCAGE 

J'ai  délaissé  &  court,  &  Roi,  &  Prince 
Oùj'estoi  bien  quand  je  les  vouloi  suivre  %    [158V0] 
45  Pour  recompense  aussi  je  me  voi  vivre 

Et  jusque  au  ciel  d'ici  bas  remué  ^  : 
Ainsi  qu'Horace  en  Cigne  transmué 
J'ai  fait  un  vol  qui  de  mort  me  délivre  ^. 

Car  si  le  jour  voit  mon  euvre  entrepris, 
50  L'Espaigne  docte,  &  l'Italie  apprise, 

Celui  qui  boit  le  Rin,  &  la  Thamise 
Vouldra  m'apprendre  ainsi  que  je  l'appris, 
Et  mon  labeur  aura  louange,  &  pris  : 
Sus,  Vandomois  (petit  païs)  sus  donques 
5$  Ejoui  toi  si  tu  t'éjouis  onques, 

Je  voi  ton  nom  fameus  par  mes  écris  4. 

FIN   DU    BOCAGE 


50.  ^o,ç2,  PR1609,  i6^oap^risesansponci.(PR i6i'^-a^,  Bl,MLcorr.) 


1.  Sur  la  date  où  Ronsard  quitta  la  Cour  pour  travailler  avec  Dorât, 
voir  mon  édition  critique  de  la  Vie  de  Ronsard  par  Binet,  pp.  91-93  et  98. 

2.  Rapprocher  trois  strophes  d'une  ode  de  Du  Bellay  à  Ronsard, 
publiée  en  1549  dans  ses  Vers  lyriques  (éd.  des  Œuvres,  par  Chamard, 
t.  III,  p.  20,  V.  103-120), 

3.  Souvenir  d'Horace,  Carm,  II,  xx,  1-16.  Cf.  Du  Bellay,  Vers 
lyriqîies,  xiii  (éd.  des  Œmw«,  par  Chamard,  t.  III,  p.  52,  v.  25  et  suiv,). 

4.  Cette  strophe  est  une  habile  transposition  d'Horace,  Carm.  II,  xx, 
17  et  suiv.  —  Cf.  Ronsard  p.  lyr.,  p.  365. 


BREVE   EXPOSITION  20 3 

BREVE  EXPOSITION   DE  QUELCIUES  PASSAGES 

DU   PREMIER   LIVRE  DES  OdES  DE  PlERRE  DE  RoNSARD 

par  I.  M.  P.  ï 

Lecteur,  j'ai  bien  voulu  ^  dépandre  quelques  heures  oisives, 
pour  te  déclarer  une  douzaine  de  passages,  à  mon  jugement  les 
plus  difficiles  du  premier  livre  des  Odes  de  Ronsard  :  m'assurant 
que  telle  diligence  ne  te  pourroit  apporter  qu'un  grand  soulage- 
5  ment,  &  à  moi  plaisir,  de  t'avoir  fait  entandre  ce  que  l'auteur 
épris  d'une  trop  vergongneuse  honte,  vouloit  à  ton  dam,  &  au 
sien,  tenir  sous  silence,  sans  le  te  communicquer. 

Or  pour  venir  au  point,  je  commencerai  premièrement  à  te 

déclarer   sa  devise,   ou   autrement,   anagrammatisme,  qui  est, 

10  Swç  b  TspTiavSûOç  3,  invention,  non  de  l'auteur,  mais  de  Jan 

Éditions.  — Quatre  premiers  livres  des  Odes  (un),  1550,  1553.  —  ^^P" 
primée  en  1555.  —  Reproduite  dans  l'éd.  lyonnaise  de  1592,  Œuvres, 
t.  II,  p.  5-126,  sous  forme  de  notes  discontinues  à  la  fin  de  chaque  ode 
correspondante,  sans  signature  ni  indication  d'origine.  —  Signalée  par 
Marty-Laveaux  dans  l'Appendice  de  la  Pléiade  française,  1. 1,  p.  31,  et  t.  II, 
p.  423,  d'après  L.  FrogQr,  Premières  poésies  de  Ronsard,  p.  17,  note,  et40-42. 
—  Réimprimée  par  nous  dans  la  R.  H.  L.,  1903,  p.  268-273. 


1.  Ces  initiales  désignent,  croyons-nous,  Jean  Martin  Parisien,  le 
poète  architecte  auquel  Ronsard  adressa  en  1550  l'ode  xiii  du  livre  I  et 
dont  il  écrivit  Tépitaphe  en  1553.  Ainsi  pensait  G.  Colletet  (Vie  de  Ron- 
sard, publiée  par  Blanchemain  en  tète  des  Œuvres  inédites  de  Ronsard, 
Paris,  Aubry,  1855,  F-  73>  ^^  ^^^  ^'^  /•  Martin,  fragment  publié  par 
A.  de  Rochambeau  dans  \^  Famille  de  Ronsart,  Paris,  Franck,  Bibl.  elzé- 
vir.,  1868,  p.  236).  Notre  opinion  se  fonde  en  outre  sur  ce  fait  que  J. 
Martin  avait  déjà  écrit  et  inséré  à  la  fin  de  sa  traduction  de  VArcadia 
(1544)  une  «  Exposition  de  plusieurs  motz  contenus  en  ce  livre,  dont 
l'intelligence  n'est  commune  ».  Cf.  R.  H.  L.,  1903,  p.  267,  et  Ronsard 
p.  lyr.,  p.  66-67. 

2.  C.-à-d.  :  J'ai  tenu  à. . .  Cf.  Du  Bellay,  Deffence,  éd.  Chamard,  p. 
53,  n.  2,  et  275;  Ronsard,  Suravertissement  des  Oi«dei55o,  dans 
mon  édition,  p.  58,  1.  31  et  37. 

3.  Cette  devise  ouvre  et  clôt  les  Odes  de  1550.  Au  titre  du  recueil, 
elle  est  suivie  d'un  distique  grec  de  Dorât,  qui  signifie  :  Pierre  de  Ron- 


204  BREVE    EXPOSITION 

Daurat  Limosin,  homme  de  singulier  jugement,  8c  de  parfaite 
érudition,  qui  en  l'une  &  l'autre  langue  ne  doit  par  raison  céder 
à  nul  de  nostre  siècle,  lequel  Daurat  en  démellant  les  plus  déses- 
pérés passages  de   l'obscur   Lycophron,  que  nul  de  nostre  âge 

15  n'avoit  encores  osé  dénouer  ',  montra  publicquement  la  faconde 
remettre  en  usage  les  anagrammatismes,  &  s'en  servir  comme 
Lycophron  faisoit  en  la  court  du  Roi   Ptolémée,  aiant   gaiges 
de  I    lui,  non  pour  autre  raison  ^.  Tu  dois  entandre,  lecteur,  que  [15c 
Terpandre  fut  jadis  (ainsi  que  disent  Pollux,  &  Suide,  en  leurs 

20  vocabuléres  5)  neveu  d'Hésiode,  &  selon  aucuns,  d'Homère,  qui 
façonna  premièrement  la  lire  à  sept  cordes,  &  le  premier  com- 
posa les  accords,  &  les  tons  propres  à  elle,  bien  que  quelques 
uns  assurent  que  ce  fut  Philamon  +  :  voulant  Jan  Daurat  figurer 
par  cela,  que  Terpandre  est  vivant  &  resucité  par  Ronsard,  ana- 

25  grammatisant  nérpoç  'PtovaapBoç  par  Swç  6  TspTïavEpoç,  les 
deus  lettres  pp  se  joignans  &  unians  en  une,  ce  qui  est  mêmes 
concédé  en  nos  inversions  Françoises  5. 

25-26.  On  lit  la  seuUe  lettre  p  servant  deus  fois  (corr,  aux  errata) 


sard  est  pour  moi  un  nom  de  bon  augure,  car  c'est  Terpandre  vivant  avec 
sa  lyre  qui  charme  les  hommes.  —  La  devise  et  le  distique  sont  repro- 
duits au  titre  de  la  2*  éd.  des  Quatre  premiers  livres  des  Odes  (iSS3)» 
mais  disparaissent  de  la  5^  éd.  (15  5  5)  et  des  éd.  collectives. 

1.  Cf.  l'ode  pindarique  A  Jan  D'Orat  (Odes  de  1550,  I,  xi,  15-28). 

2.  Cf.  Du  Bellay,  De;ffence,  II,  xviii  (éd.  Chamard,  p.  275-277)  ; 
Tabourot  des  Accords,  Bigarrures,  chap.  ix  (des  Anagrammes),  éd.  de 
1588,  f°  102  v°.  Tous  deux  rappellent  ce  talent  de  Lycophron,  d'après  le 
témoignage  du  grammairien  byzantin  Tzetzès.  Au  reste,  Dorât  en  compo- 
sant des  anagrammes  et  en  préconisant  ce  jeu  d'esprit,  ainsi  que  l'acro- 
stiche, ramenait  inconsciemment  ses  élèves  à  l'école  des  Rhétoriqueurs  : 
Jehan  Bouchet  n'avait-il  pas  extrait  de  son  nom  l'anagramme  Ha  bien 

TOUCHÉ  ? 

3.  Pollux  et  Suidas,  lexicographes  grecs,  le  premier  du  11^  siècle,  le 
second  du  x*  siècle  après  J.-C. 

4.  Poète-musicien  légendaire,  père  de  Thamyris,  antérieur  de  trois  ou 
quatre  siècles  à  Terpandre  de  Lesbos,  qui  vivait  au  vin'  siècle  avant  J .  -C. 

5.  C.-à-d.  en  nos  anagrammes.  Même  synonyme  dans  Du  Bellay, /oc. 
cit.  —  Cf.  Tabourot  des  Accords,  op.  cit.,  {°  102  r°  :  «  Et  faut  bien  adviser 
que  l'orthographe  y  soit  bien  observé,  si  ce  n'est  que  pour  l'excellence 
de  quelqu'un,  on  se  puisse  dispenser  de  ceste  reigle.  »  Un  peu  plus  loin 


BREVE   EXPOSITION  20  5 

En   l'Ode   du  Roi.  Comme  tin  qui  prend  une  coupe)  Semblable 
comparaison  commance  la  7e   Ode  des  Olympies  de  Pindaie, 

50  faite  à  l'honneur  de  Diagore  Rhodien  cptàXav  wç  et  rt;.  Lepocte 
est  le  maistre  du  banquet,  sa  riche  tasse  c'est  son  hinne,  pource 
qu'elle  reçoit  toutes  choses,  le  vin  excelant  c'est  le  don  des 
muses,  le  Roi,  c'est  son  hôte,  ou  convié,  abreuvé  de  telle  liqueur. 
—  En  l'Ode  même.  Stro.  2.  De  Jupiter  les  Antiques)  Voluntiers 

35  Jes  anciens  donnoient  commancement,  &  fin  à  leurs  livres  par 
Jupiter,  témoin  Theocrit  âx  Btoç  àpya){X£(76a,  xal  elç  ot'a  AYjy£T£ 
[j-otcai  I.  —  Antistro.  2.  Qui  moindre  des  Rois  ne  soit)  Moindre 
est  un  comparatif  mis  avant  par  le  poëte  à  l'imitation  des  Latins, 
qui  di  I  sent,  minor  te,   moindre  de  toi,  ou  moindre  à  toi,  &  [160 

40  encores,  minor  quam  tu,  moindre  que  toi.  Telles  manières  de 
parler,  les  François  devroient  apprendre,  s'ils  veulent  donner 
quelque  perfection  à  leur  langue  ^. 

En  l'Ode  de  la  Roine.   Estomaq  pantois,  ou  pantais,  est  un 
propre   terme   de    fauconnerie,    qui   signifie  le  mal  qu'ont  les 

45  oiseaus  aus  poumons,  lors  qu'ils  ne  peuvent  qu'à  grand'peine 
respirer.  Ici  le  poëte  abuse  du  nom  de  la  maladie,  pour  son 
éfait  :  appellant  estomaq  pantois,  qui  ne   peut  haleter,   ou  par 


Tabourot,  après  avoir  cité  l'anagramme  latine  de  Joannes  Auratus,  ajoute  : 
«  Le  mesme  Aurat,  tres-heureux  à  la  rencontre  de  ceste  invention,  a 
trouvé  sur  Pierre  de  Ronsard,  Rose  de  Pindare.  J'avoy  trouvé  sur  le 
mesme  nom,  avec  mesme  liberté,  retranchant  deux  r,  Arrosé  de 
PiMDE. . .  »  —  On  retrouve  les  deux  anagrammes  que  Dorât  avait  tirées 
du  nom  de  Pierre  de  Ronsard  dans  les  Xenia,  seu...  Allusiones  de  Charles 
Utenhove  (à  la  suite  de  VEpitaphium  de  Henri  II,  Paris,  Robert  Estienne, 
1560),  en  ce  distique  explicatif: 

TépTcavBpoç  'PoSvaapSs  gooç,  Tzdxcp  èaii  7:otY)Twv, 
IItvoap£Y)ç    xiOapY);    eÙCTxÉcpavdv    t£  po'Ôov. 

1.  Idylle  XVII,  Éloge  de  Ptolémée,  début. 

2.  C'est  ce  que  pensait  Ronsard.  Mais  ici  J,  Martin  semble  s'être 
abusé  sur  la  nouveauté  de  la  tournure,  car  le  de  était  aussi  bien  employé 
que  le  que  après  un  comparatif  dans  la  syntaxe  française  antérieure  à 
Ronsard.  On  en  trouve  des  exemples  dans  Rabelais,  Marot,  Commines  ; 
en  voici  un  que  j'emprunte  au  Débat  de  deux  Demoiselles  (fin  du  xv*  siècle)  : 
Plus  de  moy  n'a  desconfortée  (=  Il  n'y  a  pas  de  femme  plus  malheu- 
reuse que  moi). 


206  BREVE   EXPOSITION 

crainte,  ou  par  quelque  ravissement  de  pensée,  comme  jadis  les 
Prestresses,    quand   leurs  Dieus  approchoient,  ce  que  Virgile  a 

50  nommé,  pectus  anhelum.  —  Antistro.  i.  Apollon  Florence  aima) 
Florence  fut  une  Nimphe,  fille  du  fleuve  Arne,  qui  arrose  Flo- 
rence, cité  capitale  d'Ethrurie,  région  d'Italie,  qui  depuis  porta 
le  nom  de  la  Nimphe.  Telle  fiction  est  pareille  à  celle  de  Pin- 
dare,  en  ses  Pythies,  où  il  parle  de  Cyrene,  du  nom  de  laquelle 

55  la  grande  cité  de  Cyrene  en  Lybie  fut  fondée  par  Apollon. 
Stro.  2.  de  ton  Julien)  C'est  Julien  de  Medicis,  grand  oncle  de  la 
Roine,  qui  r'apporta  les  lettres  grecques  &  latines  en  Italie  ^  Tes 
deux  grands  papes)  C'est  Clément,  &  Léon,  grands  oncles  aussi 
de  la  Roine. 

60       En  l'Ode  de  Madame  Marguerite.  Stro.  2 .  Par  un  miracle  nou- 
veau) Le  poëte  faint,  |  que  Madame  sortit  hors  de  la  teste  du  [^^ 
docte,  &  magnanime  Roi  François  son  père,  comme  jadis  Pal- 
las,  hors  du  chef  de  Jupiter,  jouxte  Pindare  en  ses  Olympies,  & 
Homère  en  ses  hinnes  :  depuis  faite  écoliere  des  muses  (lesquelles, 

65  en  lieu  de  matrones  &  saiges  femmes  l'avoient  receue  quand  elle 
naquit)  alla  combatre  l'Ignorance  &  le  (sic)  surmonta.  —  Anti- 
stro. 2.  Flottant  sur  la  face  horrible)  le  panache  de  son  abillement 
de  teste  ondoiét  sur  la  face  d'une  Méduse  engravée  dans  son 
morion.  —  Antistro.  3.  Répandon  devant  ses  yens)  Ici  nostre  poëte 

70  a  osé  le  premier  racler  la  lettre. S.  superflue  es  premières  per- 
sonnes des  subjonctifs  pluriers,  pour  les  faire  diférerdes  premières 
plurieres  personnes  présentes,  raison  à  mon  jugement  que  tu 
trouveras  valable,  si  de  bien  prés  tu  veus  regarder,  que  sans 
aucune  régie,  en  ton  parler  commun  naturellement  tu  en  uses, 

75  comme,  alon,  mangeon,  couron,  parlon.  —  Epo.  3.  Challimaq, 
Pindare,  Horace)  Il  dit  cela  pour  les  avoir  tous  trois  imités,  Chal- 
limaq en  son  hinne  de  France  2,  les  deus  autres  dans  le  discours 
de  ce  livre. 

En  l'Ode  du  Reveren.  Card.  de  Guise.  Stro.  i.  De  ton  grand 

80  Billon)  Il  entant  Godefroi  de  Billon,  Roi  de  Jérusalem,  &  de 
Sicile,    qui  vandit  sa  ville  de  Mes  aus  citoiens,  pour  le  voiage 

1.  Erreur.  Voir  ma  note  sur  ce  passage,  ci-dessus,  t.  I,  p.  67. 

2.  Erreur.  Voir  ma  note  sur  ce  passage,  ci-dessus,  t.  I,  p.  78. 


BREVE   EXPOSITION  207 

d'outremer,  desireus  de  recouvrir  (sic)  la  terre  sainte,  lequel  fut 
l'antique  tige  de  |  la  maison  de  Lorraine,  de  laquelle  sont  desçen-  [161 
dus  messieurs  de  Guise. 

8)  En  l'Ode  de  François  de  Bourbon.  Uhinne  que  Marot  tefeit) 
Telle  invention  se  voit  au  premier  front  de  la  neufiéme  Ode  de 
Pindare,  comparant  sa  poësie  à  celle  d'Archiloq,  laquelle  com- 
mance,  TO  [jlsv  'ApytXô/ou  [xsXoç'.  —  Epo.  i.  Voi  voler  mon 
dart  étrange)  Il  entend  sa  poësie  qui  vole   comme  un  dart,  em- 

90  miellée  par  sa  muse,  &  empanée  par  la  victoire  de  monsieur 
d'Anguien.  —  Stro.  2.  Du  vieil  Marquis ahatu)  C'est  le  Marquis 
Delguast  pour  lors  lieutenant  gênerai  de  l'empereur  en  Piémont. 
—  Antistro.  3  .  Fille  du  neveu)  C'est  la  Renommée  ainsi  appellée 
par  Pindare.  —  Et  à  Charles,  &  à  Pierre)  L'un  fut  Charles  de 

95  Bourbon,  nagueres  decedé,  &  l'autre  Pierre  de  Lucembour, 
antique  aieul  maternel  dudit  seigneur.  —  Epo.  3.  Les  hommes 
journaliers  meurent)  Ici  par  un  élégant  &  propre  vocable  le  poëte 
appelle  les  hommes  journaliers,  comme  ne  vivans  qu'un  jour, 
par  les  Grecs  nommés  aussi  ècp-fifi-épcoi,  &  des  Latins,  Diales  : 

100  dénotant  par  cest  epithete  la  brève  félicité  des  hommes,  &  la 
misérable  mort  de  monsieur  d'Anguien  ^. 

En  rOde  de  Carnavalé.  Antistro.   i.  Le   tens   venant   de  bien 
loin)  Le  tens  qui  vint   long  tens  après  la  promesse  faite  |  par  [i^i 
Ronsard  à  Carnavalé,  de  lui  faire  une  Ode.  —  Stro.  2.  Qiiap- 

105  porta  du  ciel  Pa/te)  Pallas  apporta  le  frain  à  Bellerophon  (comme 
dit  Pindare  en  ses  Olympies)  pour  donter  Pégase,  cheval 
emplumé  fils  de  Méduse,  qui  ne  vouloit  soufrir  qu'il  montast 
sur  lui,  pour  le  manier.  —  Cette  médecine  douce)  Il  entand  le 
frain  de  chevaus,  qui  les  guarist   de  toutes  leurs  opiniâtretés,  & 

iio  pour  cela  est  il  elegantement  appelle  de  Pindare,  cpiXxcov  ctitcsTov. 
A  la  fin,  Bellerophon  apprivoisant   le  cheval  volant,  il  tua  par 

104.  Onltt  un  Ode  (corr.  d'après  la  leçon  des  lignes:  32,98,  185). 


1.  Olymp.  IX,  début. 

2.  Cette  épode  s'applique  plutôt  à  Charles-Quint,  le  vaincu  de  Ceri- 
zoles.  Voir  ma  note,  ci-dessus,  t.  I,  p.  89-90. 


208  BREVE    EXPOSITION 

son  moien  la  Chimère,  de  laquelle  parle  Homère  en  l'Iliade  t. 
Tipoaôe  Xécov,  oTitOev  Bè  Bpàxcov,  [j.£(J(7-^  Bï  yi[i.aipa.  —  Et  des 
guerrières  la   vaillance^    Par    circumlocution,   les  Amasones.  — 

115  Les  Crèches  des  Dieus)  Ce  sont  étoilles  ainsi  nommées  par  Arat  % 
ausquelles  vola  le  cheval,  après  qu'il  eut  culbuté  son  maistre.  — 
Epo.  2.  Automedon  &  Sthenelé)  Ce  furent  deus  chartons  excelants 
durant  la  guerre  Troienne,  l'un  chartoit  Achille,  l'autre  Dio- 
mede. 

120  En  l'Ode  de  Gernac.  Antistro.  3.  Desus  ma  louarde  corde)  Le 
poëte  ardant  d'anrichir  sa  langue,  a  tourné  les  noms  que  les  Latins 
terminent  en  ax,  par  ard,  comme  loquax,  jazard,  qui  ne  cesse  de 
quaqueter,  bibax,  boivard,  qui  ne  cesse  de  boire,  pour  legrand  voi- 
sinage de  propriété,  que  l'un  &  l'autre  dénote  en  I  sa  signification  :  [i 

12)  ainsi louard,  qui  a  la  nature  propre  de  louer,  &  mille  autres  qui  se 
pourront  forger  sur  pareille  enclume  2.  — Stro.  4.  Sous  ton  oncle 
gouverneur)  Il  entend  feu  l'Amiral  Chabot,  oncle  dudit  Gernac. 

En  l'Ode  de  Joachim  duBellai.  Stro.  2.  Ils  sont  semblables  ans 
corbeaus)  Il  entend  les  mauvais  poètes  de  ce  règne.  —  Epo.   2. 

130  Affin  que  là  je  décore,  &  Gidlaume,  &  Jan  encore)  Ce  Guilaume 
fut  le  seigneur  de  Langé,  chevalier  de  l'ordre,  qui  tant  travailla 
pour  la  France,  &  Jan  c'est  le  Cardinal  du  Bellai,  son  frère, 
l'honneur  du  saint  consistoire  Rommain.  —  Antistro.  3.  Béante 
en  eus  s'émerveilla)  Béante  signifie  autant  que  inhians  en  latin,  & 

135  est  un  certain  geste  de  la  bouche  miouverte,  lors  que  nous 
sommes  ravis  de  quelque  chose  :  &  bien  que  ce  soit  un  vocable 

116.  Om /«ï  auquelles 

117.  On  lit  Se  furent 

120.  On  lit  Stro.  4.  Desous  {double  erreur) 


1.  Aratos  parle  bien  du  Cheval  ailé  et  emploie  le  mot  cpaivr],  crèche, 
pour  désigner  une  étoile  de  la  constellation  du  Cancer  (Phénoin.,  892, 
898  et  996).  Mais  Ronsard  a  emprunté  cette  appellation  au  passage  de 
Pindare  qu'il  imite,  Olymp.  xiii,  92  : 

Tov   8'èv  OùX'j[X7:w    çpatvat  Zt]v6ç  àpy(^aïai   Ôr/.ovtai. 

2.  Le  suffixe  ard  est  de  source  germanique  et  remonte  à  l'origine 
même  de  notre  langue.  Ronsard  n'a  fait  que  forger  quelques  adjectifs 
sur  le  patron  de  ceux  qui,  tels  que  raiUard,  existaient  bien  avant  lui. 


BREVE    EXPOSITION  209 

antique  ',  &  peu  familier  aus  oreilles  Françoises,  comme  est 
encores  ce  mot  louaageant,  en  l'Ode  du  Protenotére  de  Durban^, 
il  n'est  pas  pourtant  à  refuser,  mais  à  louer,  d'autant  que  nous 

140  n'avons  un  seul  vocable  (hors  lui)  propre  pour  desseiner  telle 
affection.  Avienne,  ô  bons  Dieus,  que  quelque  hardi  poëte  re- 
mette en  usage  les  vieus  mots  François,  lesquels  furent  nostres, 
&  que  nous  avons  cruellement  chassés,  pour  donner  place  à  ne 
sçai  quels  |  étrangers  Italiens,  &  Latins.  Bien  est  il  vrai  quand  un  [162  \ 

145  vocable  a  long  tens  régné,  faisant  à  l'imitation  des  vieus  arbres, 
reverdir  un  petit  regeton  du  pié  de  son  tronc,  pour  devenir  comme 
lui  grand,  &  parfait  :  on  ne  le  doit  plus  regretter,  ni  appeller 
séché,  ne  péri  :  aiant  laissé  en  sa  place  un  nouveau  fils,  pour 
lui  donner  la  même  verdeur,  force,  &  pouvoir,  qu'il  avoit  aupa- 

150  ravant,  comme  la  nouvelle  monnoie  succède  à  la  vieille,  en 
pareil  honneur  &  crédit.  Mais  un  vocable  ne  se  doit  jamais  appel- 
ler vieil,  tant  soit  il  mimangé,  &  par  le  tens  défiguré,  voire 
depuis  mille  ans  usité,  quoi  qu'en  murmurent  nos  courtisans, 
s'il  ne  laisse  un,  ou  deus  héritiers  en  sa  place,  ausquels  il  com- 

155  mande  comme  par  testament,  avant  sa  mort,  de  s'ensesiner  de 
sa  force,  &  naïvement  le  représenter  5.  —  Epo.  5.  Les  Amycîeans 
Jîamheaus)  Il  entend  Castor,  &  Pollux,  continuant  tousjours  en 
sa  métaphore. 

En  rOde  de  Bouju.  Epo.  2.  A  la  Dorienne  sorte)  C'est  à  dire, 

160  à  la  Thebaine  sorte,  pource  que  les  Thebains  sont  venus  des 
Dores,  ainsi  que  disent  les  comments  de  Pindare. 

1.  C.-à-d.  un  archaïsme  français  (v.  ci-après,  1.  142).  Cf.  Ronsard: 
Je  fis  des  mots  nouveaux,  je  r'appelay  les  vieux  {Res ponce  aux  injures,  Bl. 
VII,  127),  et  :  Fay  nouveaux  mots,  r'appelle  les  antiques  {Caprice  à  Simon 
Nicolas,  Bl.  VI,  329). 

2.  Voir  ci-dessus  Odes,  III,  xxvii,  40. 

î.  Cf.  Du  Bellay,  De^^wce,  II,  vr(éd.  Chamard,p.  256  et  suiv.);  Ronsard 
Abbregé  de  l'Art  poétique  français  (Bl.  VII,  53S"336);  préface  posthume 
de  la  Franciade  (Bl.  III,  33-54)  ;  Marty-Laveaux,  Appendice  de  la  Pléiade 
françoise,X.  I,  p.  421-424;  t.  II,  p.  50  et  suiv.  ;  F.  Brunot,  Histoire  de  la 
langue  française,  t.  II.  p.  182-188  ;  P.  Laumonier,  Rev .  Ren.,  1901, 
pp.  254-255,  article  sur  VArt  poétique  de  J.  Peletier,  et  R.  H.  L.  1903, 
p.  271,  n,  5.  On  voit  parce  remarquable  passage,  et  par  ceux  que  nous 
en  rapprochons,  avec  quelle  ardeur  les  membres  de  la  Brigade  se  sont 
faits  les  avocats  de  Tidiome  national. 

Ronsard,  II.  14 


210  BREVE   EXPOSITION 

En  la  seconde  Ode  de  Jan  Dorât  en  la  sixiesme  pose  '.  De  sa 
mère  Yapprentif)  C'est  Orphée  jouxte  Horace  :  Arte  materna 
rapides  morantem  fluminum  lapsus,  &  le  reste. 

165      En  l'Ode  de  Bertran  |  Berger  en  la  sixiesme  pose.  A  sa  Tor-  [J 
tue  bahiîlarde)  C'est  à  dire,  à  son  lue,  qui  fut   patronné  ou  à  la 
vérité  façonné  de  la  couverture  d'une  tortue.  Telle  description 
est  au  long  dans  l'hinne  de  Mercure  en  Homère. 

Au  veu  à  Phebus  Apollon,  pour  guarir  la  Valentine  du  Conte 

1 70  d'Alsinois .  0  Père,  ô  Phebus  Cynthierî)  En  ceci  nostre  poëte  a  in- 
dustrieusement  montré  la  manière  de  faire  des  veus  comme  les 
Antiques,  bien  qu'aujourdhui  telles  inventions  mécontantent 
l'oreille  de  nos  rimeurs,  pour  estre  du  tout  ignorans  des  bons 
poètes  Grecs,   &  principalement  d'Orphée,   qui  en   son   hinne 

175  d'Apollon,  lequel  se  commance  sXôè  [xàxap  7raiàv,TtTuoxTov£, 
^oïês  Xuxcopeîî,  ne  se  contante  pas  seulement  de  quatre  ou  cinq 
epithetes,  convenables  à  ce  Dieu,  mais  d'arache  pié,  il  en  redouble 
une  quarantaine  du  moins,  tant  l'abondance  des  adjectifs  a  tous- 
jours  semblé  belle  aus  anciens,  soit  en  hinnes  ou  en  veus.  — En 

180  la  septiesme  pose.  Par  toile  dons  enchantement')  Jadis  les  médecins 
fils  d'Apollon  souloient  guarir  les  maladies,  partie  par  breuvages, 
&  sections,  partie  par  unguents,  &  enchantemens  jouxte  Pindare 
en  ses  Pythies  parlant  d'Esculape  :  Toùç  [xàv  {JtaXaxaTç  sTraotSaï; 
afÀcpsTTwv,    TOÙç    8e     TTOOCJavéa  Trivovraç,  7^   •^mIok;  TrepaTCTtov 

18)  7:àvToÔ£v  I  cpàcjxaxa,...  *.  —  En  la  neufiéme  pose  de  l'Ode  [i 
même.  Et  celle  qui  boutonne  aussi)  Sur  le  mont  Caucase  naist  une 
herbe  du  sang  des  poumons  de  Promethée,  rongés  par  l'aigle, 

162.  On  lit  en  la  première  Ode.  Or  il  ne  s'agit  pas  de  rode  xi,  niais  de 
l'ode  XIV  du  livre  I. 

181.  On  lit  parties  par  breuvages 


1.  C.-â-d.  en  la  sixième  strophe.  Comme  Ronsard,  J.  Martin  réserve 
le  mot  strophe  pour  le  premier  groupe  de  la  triade  pindarique.  Pour 
désigner  les  groupes  rythmiques  des  odes  ordinaires,  que  J.  Martin 
appelle  des  poses,  Ronsard  se  sert  du  mot  couplet  et,  à  partir  de  1565,  du 
mot  stance;  en  1550,  il  emploie  le  mot  pose  dans  un  tout  autre  sens,  au.\ 
odes  XXV  du  livre  III  et  xvi  du  livre  IV. 

2.  Pyth.  ni,  $1-53. 


BREVE   EXPOSITION  2  I  l 

de  laquelle  se  fait  un  unguent  nommé  par  Apolloine  Rhodien, 
7rpo|i.-r^0etov,   comme  il  témoigne   lui   même  en  son  troisième 

190  livre  des  Argonautes,  parlant  de  Medée  qui  vouloit  secourir  Jason 

contre  les  Toreaus,  vj  8è  xécoç  Y^^'f^p'^Ç  l^eiXsTO...,  lequel  est 

bon  pour  rendre  les  gens  invulnérables,  les  endurcissans  contre 

le  fer. 

En  l'Ode  de  sa  lire.  Que  la  dame  oit)  Par  licence  poétique,  il  a 

195  laissé  le  relatif,  &  devoit  dire.  Que  la  dance  oit,  laquelle  s'éver- 
tue. —  En  la  cinquième  pose.  Sous  le  pouce  Angevin)  Il  entand 
Joachim  du  Bellai.  En  la  septième  pose.  Mais  ma  Gdtine)  Gâtine, 
le  Loir,  la  Neufaune,  Braie,  ce  sont  forests,  &  rivières  du  lieu  de 
sa  naissance,  les  célébrant  par  ses  vers  comme  les  Grecs,  &  Rom- 

200  mains  par  les  leur  '  :  te  supliant  (lecteur)    vouloir  recevoir  ce 
petit  labeur  de  bonne  voluntè  :  t'assurant  que  je   m'efforcerai 
(quand  ce  ne  seroit  que  pour  faire  crever  les  envieus)  de  com-  [15^ 
menter  plus  diligentement    le   reste,    &  |  ensemble    les  autres 
livres,  que  l'auteur,  mon  familier  ami,  m'a  promis.  Dieu  aidant, 

205  mettre  bien  tost  en  lumière  *. 

FIN    DE    l'exposition 
198.  On  lit  se  sont  forests 


1.  Forme  courante  en  1550.  Cf.  Du  Bellay,  Deffence,  I,  11  (éd.  Cha- 
niard,  p.  60,  n.  2). 

2.  Malgré  cette  promesse,  J.  Martin  ne  commenta  pas  les  autres 
livres  des  Odes  de  1550,  ni  aucune  des  poésies  que  Ronsard  publia  de 
1350  à  1553,  année  où  Martin  mourut.  Cf.  R.  H.  L.,  1903,  p.  273. 


212  SONNET 


SONNET 


Gentil  Ronsard,  la  mielliere  mouche 
Dans  le  nectar  de  toute  fleur  élite 
Aus  prez  des  Seurs,  a  ta  langue  confite 
Jusqu'à  combler  ta  regorgeante  bouche. 

Mêmes  Phebus  sa  lire,  dont  il  touche 
Le  los  des  Dieus,  ne  t'a  pas  écondite, 
Ains  t'enseigna  :  aussi  ta  vois  écrite 
Voile  où  le  jour  è  se  levé  è  se  couche. 

O  chaste  Cœur  des  muses,  vien  en  France 
Par  un  tel  prestre,  aiant  seure  espérance 
D'i  refonder  ta  destruite  chapelle. 

Ne  dédaignés  Muses,  divin  troupeau. 
Venir  ici  dresser  vôtre  coupeau. 
Puis  qu'Apollon  le  premier  vous  apelle. 

I.  A.  Bayf'. 


SONNET  [164  vo] 

L'antique  bruit  de  tous  les  siècles  vieus 
Avoit  jadis  érigé  pour  Orphée, 
Pour  Stesichore,  &  Pindare  un  trophée 
D'immortel  nom  qui  voloit  jusque  aus  cieus. 

Maint  autre  aussi  favorisé  des  Dieus 
Avoit  au  chef  la  couronne  étophée 
Du  saint  Laurier,  dont  la  gloire  étouphée 
L'on  voit  ici  par  vers  ambitieus. 


I.  Voir  ci-dessus  Odes,  I,  xii,  A  Anthoine  de  Baïf,  notes.  — Ce  sonnet, 
le  2"  publié  par  Baïf,  a  disparu  des  éditions  suivantes  des  Odes  et  n'a  pas 
été  recueilli  dans  les  Œuvres  de  son  auteur.  Il  n'a  été  réimprimé  que  par 
L.  Froger,  Premières  poésies  de  Ronsard,  p.  25,  note,  et  par  Marty- 
Laveaux,  Appendice  de  la  Pléiade  française,  t.  II,  p.  581. 


SONNET  2 I 3 

Muses  &  Dieus,  la  faveur  variable 
De  vos  effets,  a  rendu  admirable 
Nostre  Ronsard,  surmontant  les  antiques  : 

Vous  même  en  lui,  vostre  invincible  effort 
Avés  vaincu,  Ronsard  est  donc  bien  fort 
Vainqueur  des  Dieus,  des  Muses,  &  Liriques. 

R.  R.  S.  DE  LA  GUILLOTIERE  DU  BAS  POICTOU  '. 


SONNET 

Muse  va  veoir  un  autre  espoir  de  France, 
Qui  nuit  &  jour  de  sa  plume  féconde 
Aide  à  polir  la  Françoise  faconde. 
Sentant  encor  le  vieus  tens  d'ignorance. 

Il  est  en  lui  de  la  tirer  d'enfance,  [165  roj 

Et  le  fera,  si  mort  hors  de  ce  monde 
Ne  le  bannist,  dont  doit  sa  teste  blonde 
Toucher  des  cieus  la  dernière  distance . 

O  Dieu  courant  desous  la  ligne  oblique 
Donne  faveur  à  ce  nouvel  Ascrée, 
Tant  qu'egaller  on  le  puisse  à  l'antique. 

O  nobles  Seurs,  joignant  l'onde  sacrée. 
Couvrez  son  chef  de  branche  Cabarique, 
Pour  le  sauver  de  toute  langue  inique . 

Cœlum  non  solum  ^ 


1.  Robert  de  Rivaudeau,  sieur  de  la  Guillotiére.  Gendre  du  juriscon- 
sulte poitevin  Tiraqueau,  il  avait  suivi  son  beau-père  à  Paris  et  était 
devenu  valet  de  chambre  de  Henri  II.  Son  vrai  nom  était  Robert  Ribau- 
deau.  Anobli,  il  changea  une  lettre  à  ce  nom  qui  prêtait  à  rire.  En  1549,  il 
publia  une  traduction  du  De  nobilitate  civili  de  Jérôme  Osorio.  V.  l'intro- 
duction des  Œuvres  poétiques  de  son  fils  André  (éd.  Mourain  de  Sourdeval, 
Paris,  Aubry,  1859). 

2.  Devise  de  Jean-Pierre  de  Mesmes.  Sur  ce  poète,  v.  La  Croix  du 
Maine,  I,  573  ;  Du  Verdier,  II,  469  ;  G.  Colletet,  notice  rééditée  par 
Tamizey  de  Larroque  (Paris,  Picard,  1878).  On  trouve  de  lui,  signés  de 
sa  devise  ou  des  initiales  I.  P.  D.  M.,  de  nombreux  vers  italiens  et  fran- 


214  SONNET 


SONNET 

Les  uns  diront  le  vieil  Prestre  de  Thrace, 

Ou  le  Thebain,  qui  en  la  lire  excelle, 

Et  cetui-là  qui  son  païs  nous  celle, 

Ou  les  beaus  chans  du  Calabrois  Horace . 
Du  Mantuan  les  vers  de  bonne  race 

L'on  vantera,  ou  la  Lire  de  celle 

Docte  amoureuse  &  mignarde  Pucelle, 

Qui  ses  dous  maus  sucra  de  tant  de  grâce  : 
Mais  moi  poussé  par  ta  fureur  éprise 

Ton  lue  sur  tous  &  je  prise,  &  reprise . 

O  vive  corde,  ô  bien  heureus  sonneur. 
Ta  vertueuse,  &  première  entreprise,  [165  vo] 

Que  la  France  a  par  ton  audace  aprise, 

Du  Vandomois  éternize  l'honneur. 

A.  DE  LA  Fareï. 


EPIGRAMMA 

Longius  externos  ne  Galle  require  poëtas, 
Et  jam  nata  domi,  scriptaque  verna  proba. 

En  tibi  Ronsardum,  genuit  quem  Gallica  tellus, 
Eduxit  Pallas  docta,  novemque  deae. 

Pindaricos  hic  est  animos,  strepitusque  referre 
Ausus,  &  ignotas  primus  inire  vias. 


çaisdans  le  Tombeau  de  Marguerite  de  Valois  (1551),  et  parmi  les  liminaires 
des  livres  IX,  X,  XI  de  la  trad.  d'Amadis  de  Gaule  (1551-1554).  Il  publia 
en  1552  la  comédie  des  Supposés,  trad.  des  S  uppositi  d' AnostQ .  Ronsardl'a 
nommé  parmi  les  membres  de  la  Brigade  dans  le  texte  princeps  des  Isles 
foi-tunées  (1553),  mais  l'y  a  remplacé  par  Buttet  en  1560. 

I.  Ronsard  a  nommé  La  Fare  parmi  les  membres  de  la  Brigade  dans 
le  texte  princeps  des  Isles  fortunées  (1553),  mais  Ty  a  remplacé  par  Grévin 
en  1560. 


EPIGRAMME  2  I  5 


Hiclyricos  spirat  cantus,  hic  carmina  grandi 
Voce  sonat,  Graecis  aemula  sola  tubis. 

Pétri  Fabri  Tolosatis 
anno  aetatis  suae  xi  ^ 


'Iwàvvou  'Aupaxoîj  £'.ç  IleTpov  'PwvffapBov     [i6é  r°] 

'O  irplv  à|i,[[X7jT0ç  7r£cpaTt(T[jt,£voç,  ô  upiv  IcptXTOÇ 

OùSevi  (XT|8'  oX''yov  rii'voapoç  u<]/t6o7]ç 
Eupaxo  [xi{i.Y|T7iv  ô  li-syaç  K-^Y^îcv,  eupaO'  ixovra 

^Hç  ^ty(xkr\yopir[(;  Tretpaç  Itt'  àxpoTarov 
néxpov  xov   'PtovuapBov,  oç  sÙy^^^'î  «'-H"**  XeXoyxwç 

TewàSa  Ttàp  KsXxotç  Trpwxoç  expoixre  XupYiv. 
Oùx  ap  à[xt{j!.'ir|xoç  y'  '^"^^  ntvBapoç,  àvxi  û'èxeivou 

"E(y<yex'  àfxtjxVjxvj  BtvSoxtvYi  xtôàpiri  ^. 


'Avxcovtou  Baïcptou  elç  xbv  aùxdv. 

"OXêie,  crou  (yT0[xàxe<7(Tiv  eveffxà^avxo  (/.éXt(y<ïai 
TepTTvà  (xeXicpôOYywv  vàjxaxa  TtiepiSwv. 

Kat  <^otêoç  <y'  eBiBa^e,  xai  w   'PwvaapSe,  Trdpsv  aoi 
'^Hv  ysXuv,  àOavàxwv  xà  xXéa  ixeX^l'au.evTjV. 

Nuv  Sa  (TU  cpu^itji,6p(ov  [xsxoTrKJÔsv  àotSoç  aotSwv 

SwV  £7r£(j)V  £Xa<f>paiÇ  èv  7tX£pÙY£(î<Tl  TtÉXT;. 


1.  Pierre  du  Faur  de  Saint-Jory  (15 39-1600).  A  écrit  plusieurs 
ouvrages  en  latin,  et  est  mort  premier  président  du  Parlement  de  Tou- 
louse (v.  La  Croix  du  Maine,  II,  277  ;  Macary,  Généal.  de  la  maison  du 
Faur,  Toulouse,  1907).  Il  était  parent  de  Guy  du  Faur  de  Pibrac,  célèbre 
magistrat-poète,  avec  lequel  Ronsard  fut  lié  sous  Charles  IX  et  Henri  III. 
—  Ces  distiques  ont  disparu  des  éditions  suivantes  des  Odes,  ainsi  que 
les  quatre  sonnets  qui  précèdent. 

2.  Ces  distiques  de  Dorât  n'ont  reparu  qu'à  la  fin  de  la  2'  édition  des 
Quatre  premiers  livres  des  Odes  (1553). 


2  I  6  ODE 

'AXXà  (jÙ  TTieçt'Btov  (xoucjwv  /ops,  Beupo  tov  ujxbv 
Nabv  aTTOtxt'Ce'.v  eXO'  oltxo  nispirjç. 

Asup'  u^xa;  TiporpsTcet  7]YOÛu.£voç  aûxo;  'AttoXXcov, 
KaXXiêÔT^v  TrXrjXTpw  xoucpa  xpéxwv  xtOàpTjV  ^ 


AD  P.  RONSARDUM  VIRUM  NOBILEM   [i66  vo] 
10.    AURATI    ODE  ^ 

Strophe  i 

Lyrae  potentes  Camœnae 
Agite,  quis  deûm,  herosve, 
Homo  quis  fidibus  inseri 
Poscit  ?  Satis  Pisa  jam, 
Jovisque  memoratus 
Olympus,  sacrum  & 
Herculis  patris  opus  : 
At  nunc  patriae  principem 

2.  On  Ut  en  ISSO-IJSS  herosve  ?  (éd.  suiv.  corr.) 


1.  Ces  distiques  de  Baïf  ont  disparu  des  éditions  suivantes  des  Odes. 

2.  Cette  ode  pindarique  de  Dorât  a  reparu  à  la  fin  de  la  2'  et  de  la  5'  éd.  des 
Quatre  premiers  livres  des  0^«  (1553-1555),  puis  parmi  les  liminaires  des 
éditions  collectives  des  Œuvres  de  Ronsard  (i 560-1630  et  Bl.  1857).  La 
mention  «  ad  numéros  pindaricos  »  dont  Bl.  fait  suivre  le  titre  ne  remonte 
qu'àl'éd.  de  1578.  Cette  ode  me  semble  avoir  été  une  réponse  surtout  à 
l'ode  de  Ronsard  Puissai-je entonner  unvers  {Odesàt  1550, 1,  xiv).  —  Dans 
une  note  de  la  R.  H.L.,  1906,  p.  312,  L.  Foulet  a  voulu  prouver  que 
Dorât  n'a  pas  devancé  Ronsard,  mais  au  contraire  a  imité  son  élève  en 
écrivant  des  odes  pindariques  latines.  Peut-être  a-t-il  raison,  bien  que  sa 
démonstration  ne  soit  pas  concluante.  En  tout  cas,  Dorât  reste  à  mes 
yeux,  comme  philologue  et  humaniste,  l'initiateur  en  grande  partie  res- 
ponsable des  odes  pindariqvies  de  Ronsard.  Quant  à  l'influence  de  Luigi 
Alamanni  sur  la  métrique  de  ces  odes,  elle  reste  pour  moi  très  douteuse 
(v.  Rev.  Ren.,  1903,  p.  262-272,  et  Ronsard  p.  lyr..,  p.  704-706). 


ODE  21/ 

Chelys,  apud  Celticos 
lo  Decus  grande  populos, 

Decet  nos  suo 
Sibi  Pindari  can- 
tu  personare  :  numeros- 
que  Gallicos  Latiis 

Antistrophe 

15  Remunerari  haud  inultos. 

Itaque  par  pari  reddens 

Nova  plectra  resequar  novis  : 

Clavumque  clavo  velut,  [167  ro] 

Retundam  ego  reperta 
20  Meis  Italis 

Patria  Indigenaque 

Ronsarde  tua  :  ô  flos  virum,  & 

Decus  olivi,  aut  illius 

Virilis,  quo  oblinitur, 
25  Et  artus  terit 

Amyclaea  pubes  : 

Aut  illius,  quod  hilares 

Ferè  camœnae  obolent . 

Epode 

Nam  seu  quis  artem,  sinuosaque 
30  Corporis  volumina  volet, 

(Quibus  corpus  apte 
Vel  in  equum,  vel  de  equo 
Volans  micat  in  audacibus 


29.  On  lit  seu  quis  dans  toutes  les  éditions  contemporaines  de  Ronsard 
La  correction  si  quis  des  éditions  i^^y-i6o^  se  justifie  par  les  mots  corres~ 
pondants  du  vers  38  sin  alter. 


2l8  ODE 

Pugnis)  stupebit  dicatum  gravibus  umbris 
35  Musarum,  agilibus  quoque 

Saltibus  Martis  expedisse  membra. 


Strophe  ii 

Inertis  oci  laborem 

Probet  ametque  sin  alter  :  [167  vo] 

Iterum  stupeat,  ut  cavae 
40  Nervis  maritans  lyrae 

Virûm  décora  praesig- 

nium,  claraque 

Facta,  sydera  vehat 

Supra,  memoranda  omnibus, 
45  Sine  modo  fineque, 

Puellaribus  &  in 

Choris,  &  dapes 

Super,  Principumque 

Mensas  :  sacras  ut  epulas, 
50  Deumque  nectareos 

Antistrophe 

Soient  sonare  inler  haustus 
Patris  ApoUinis  grata 
Modulamina  :  superûm 
Intus  remugit  domus 
55  Beata,  geminatque 

Sonos  :  seu  libet 
Bella  dicere  deûm, 
Stragesque  Gigantum  &  neces  : 
Sua  cum  in  ipsos  gravi 

38.  On  lit  sui  alter  (corr.  aux  errata  de  50'') 


ODE  2  r  9 

60  Refluxêre  juga  cum 

Ruina,  Jovis  [168  r»] 

Manu,  fulminumque 

Vi  fracta,  ut  aetheris  apex 

Suas  opes  tremeret. 

Epode 

6<i  Sive  mavult  faciles  sui 

Patris  impetus,  &  aquilae 

Rapaces  volatus 

Strepere  dulci  lyra  : 

Quod  excutiat  e  frontibus 
70  Rugas  deorum,  serenetque  Jovis  ora  : 

Siquando  nimis  impiae 

Asperarunt  in  arma  saeva  gentes 

Strophe  m 

Ad  hos  canentis  lepores, 

Quasi  sopore  devictus 
75  Sua  tela  digitis  pater 

Ponit  remissis  :  jacet 

Utrunque  latus  aies 

Reclinans  super 

Sceptra  fulva  Jovis  :  & 
80  Ceu  sponte  fluitantia 

Gemina  dans  brachia  [168  vo] 

Tuis  victa  fidibus, 

Et  alas  pares, 

Fovet  frigidum  igné 
85  Languente  fulmen  :  ea  vis 

Tuis  modis  fidicen 


220  ODE 


Antistrophe 

Inest  Apollo  :  sed  in  diis 

Tua  Chelys  celebretur  : 

Modo  non  alia  regnet  in 
90  Terris  honoratior 

Eâ,  vada  Ledi  quae, 

Et  ornât  solum 

Vindocinum  :  ubi  super 

Somnos  puero  ab  arduse 
95  Apice  quercus  volans 

Apum  examen  agile 

Suum  melleum 

In  os  nectar  infans 

Ingessit,  hocque  tenerum 
100  Tibi  imbuit  latice 

Epode 

Ronsard  e  guttur  :  Tyrio  valut 
Aliti  ferunt,  prope  suae  [169  ro] 

Caput  juge  Dirces  : 
Nota  foret  quae  lyrae 
105  Utrunque  fore  mox  principem 

Gentilis  :  altos  sonans  quae  raperet  Orco 

Reges,  Jovis  Olympici 

Sanguinem,  melle  tinctulos  per  hymnos. 

Strophe  iv 

Amanda  virtus,  magistri 
iio  Negat  &  abnuit  curam  : 

Sine  fraude,  sine  &  artibus 


ODE  221 


Excurrit  in  campum  equus  : 
Canis  nemora  rimans- 
que  venaticus 

115  Prensat,  haustibus  hians 

Notis  sine  dolo,  feras 
Latibulis  jam  quoque 
Cubantes  :  nec  opéra 
Docentis  canunt 

120  Per  agros  amictae 

Pennis  aves  :  neque  sonum 
Amabilem  citharae 


Antistrophe 

Eburneae  temperas  tu 

Nisi  duce  &  magistro  te 
125  Tibi,  Petre  :  amor  at  in  tuos  [169  vo] 

Candorque  amicos,  suuni 

Decus  sibi  adimens,  ar- 

rogat  caeteris, 

Invidens  sibi  malè. 

Quos  inter  erat  &  locus 
130  Mihi  aliquis  :  nec  nego 

Tibi  saepe  latium 

Per,  &  Doricum 

Nemus  colligentem 

Thymbram,  thymumque,  casiam- 
IÎ5  que,  pabulo  solitum 

Epode 


Praebere  me  :  dulcis  apiculae 
More,  tu  labella  tenera 
Ad  haec  porrigebas 


222  ODE 

Rudia  fundamina 
140  Favi,  tibi  tua  quae  dein 

Polita  cura,  diu  saepeque  operosè, 

Nectar  coaluêre  in  hoc  : 

Quale  non  stillat  Hybla,  non  Hymettus. 


AD  EUMDEM  EJUSDEM  »  [170  ro] 

Quis  te  deorum  caecus  agit  furor 

Ronsarde,  Graiûm  fana  recludere 

Arcana  ?  lucos  quis  movere, 

Q.U0S  situs  &  sua  jam  vetustas 
5  Formidolosos  fecerat  ?  ô  novum 

Non  expavescens  primus  iter  lyrae 

Tentare  :  Romanis  quod  olim 

Turpiter  incutiat  pudorem 
Nil  taie  quondam  tangere  pectine 
10  Ausis  Latino,  quale  ferox  sonat 

Cadmi  colonus  septichordi 

Liberius  jaculans  ab  arcu. 
Tu  primus,  ut  jam  trita  relinqueres 

Testudinis  vestigia  Gallicae, 
15  Aggressus,  excluso  timoré, 

Ogygio  tua  labra  fonte 
Mersare  :  voces  indeque  masculas 


II.  Ou  lit  septicordi  (corr.  en  yo"*  dans  un  erratum  supplémentaire  qui 
suit  le  Suravertissement  au  Lecteur). 


I.  Cette  ode  alcaïque  de  Dorât  a  reparu  à  la  fin  de  la  2*  et  delà  3*  éd. 
des  Quatre  premiers  livres  des  0^^5(1555-1555),  puis  parmi  les  liminaires 
des  Œuvres  de  Ronsard  dans  les  éditions  collectives  contemporaines.  Les 
éditions  posthumes  l'ont  également  reproduite  (sauf  celle  de  M.-L.),  soit 
en  tête  des  Œuvres,  soit  à  la  fin  des  Odes^  soit  même  à  ces  deux  places 
à  la  fois. 


ODE  223 

Haurire,  dignas  principibus  viris  : 

Quorum  tua  sacrata  buxo 
20  Facta  sui  stupeant  nepotes. 

Félix  ter  ô  qui  jammodo  fortiter 

Te  vate  sese  pro  patria  geret, 

Quôd  non  suos  oblivioso 

Dente  teret  senium  labores. 
2$  Seu  quis  rebelli  frena  Britanniae  [170  vo] 

Portans,  ferocis  fregerit  impetus 

Gentis  :  suos  in  limitesque 

Reppulerit  nimium  vagantem. 
Avulsa  seu  quis  membra  rejunxerit 
30  Regno  resectae  brachia  Galiiae  : 

Atque  Italas  assertor  urbes 

Reddiderit  solitis  habenis. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


TOME    I 


P.  3,  note  sur  les  Éditions,  ligne  5,  lire  :  Bocage  de  1554  (f"  49  r")  et 
réimpression  de  Rouen,  1557  (f°  51  r").  —  Œuvres  (Odes,  livre  II, 
xxxiii),  1560  ;  (xxxiii  =  xxxi),  1567,  1571,  1573  ;  (xl),  1578, 

P.  3,  var.  du  titre,  lire  :  jo-j/  A  Jaques  Peletier  du  Mans,  des  beau- 
tés qu'il  voudroit  en  s'amie  (mais  la  pièce  perd  son  nom  i'Ode  ;  v.  ci-après 
p.  44)  I  ôo-yS  sans  dédicace  ni  titre,  mais  la  pièce  est  derechef  qualifiée  Ode, 
avec  la  mention  Non  mesurée. 

P.  II,  n.  3.  —  L'autre  sens  de  ce  quatrain  :  Toi  d'autre  part,  jeune 
et  heureuse,  tu  ne  voudrais  pas  changer  ton  sort  contre  celui  d'Hélène 
—  est  appuyé  par  la  variante.  Mais,  outre  que  ce  sens  est  moins  satis- 
faisant en  lui-même,  celui  que  j'adopte  a  l'avantage  d'être  corroboré, 
pour  l'idée  et  la  tournure,  par  l'avant-dernière  strophe  de  l'ode  précé- 
dente (p.  7,  V.  Si-55)- 

P.  II  et  12,  vers  35,  lire:  Jeunesse  —  vers  54,  lire:  voz 

P.  17,  n.  3,  lire  Epithalame  de  Julie 

P.  19,  n.  4.  —  Sur  le  mot  fioflotant,  v.  Marty-Laveaux,  Appendice  de  la 
Pléiade  française,  1. 1,  p  33.  —  Ronsard  a  employé  aussi  le  mot  trtèa/re dans 
l'ode  A  Michel  de  THospital,  strophe  m,  v.  10,  mais  l'a  remplacé  par 
haleter  en  IS78. 

P.  24-35,  —  Rapprocher  de  cet  Hymne  de  France  celui  que  Ronsard  a 
mis  en  1564  dans  la  bouche  de  la  princesse  Margot,  sœur  de  Charles  JX 
(Bl.  IV,  29-34). 

P'  35*39'  —  Ces  deux  pièces  ont  été  composées  vraisemblablement 
pour  Cassandre  Salviati  :  sur  cette  personne,  v.  l'ode  v  du  livre  II, 
n.  I. 

P.45,  n.  3.  —  Voir  notamment  R.H.L.,  1902,  p,  217,  article  de 
H.  Guy  sur  \ç.s  Sources  françaises  de  Ronsard. 

P.  50,  n.  2.  —  Voir  encore  Marty-Laveaux,  Appendice  de  la  Pléiade 
française,  t.  I,  p.  471-474. 

P.  56,  app.  crit.,  1.  3  et  4,  lire  :  des  Œuvres  de  Ronsard  de  1560  à  1578 
inclus;  supprimé  des  éditions  collectives  qui  suivent  (sauf  celle  de  1623 
et  celle  de  Blanchemain. .  .) 

P.  58,  note.  —  Ronsard  n'a  jamais  cessé  de  préconiser  l'usage  des 
dialectes  provinciaux  pour  enrichir  la  langue  littéraire  ;  v.  son  Abhregé  de 
V Art  poétique  àt  1565  (Bl.  VII,  321-322)  et  la  préface  posthume  de  sa 
Franciade  (Bl.  III,  32-33)  ;  cf.  la  préface  des  7Vfl^/ytt^5  de  d'Aubigné 
(éd.  Réaume  et  de  Caussade,  t.  IV,  p.  6),  Toutefois  VAhhregé  contient  ce 
correctif  à  la  déclaration  du  Suravertissement  des  Odes  :  «  . .  .mais  au- 
jourdhuy  pour   ce  que  nostre  France   n'obeist  qu'à  un  seul  Roy,  nous 

Ronsard,  II.  15 


226  ADDITIONS   ET   CORRECTIONS 

sommes  contraints,  si  nous  voulons  parvenir  à  quelque  honneur,  de 
parler  son  langage,  autrement  uostre  labeur,  tant  fust-il  honorable  & 
parfaict,  seroit  estimé  peu  de  chose,  ou  (peult-estre)  totalement  mes- 
prisé.  »  Et  en  fait  Ronsard  a  éliminé  peu  à  peu  de  son  œuvre  certains 
termes  qui  sentaient  trop  le  terroir  vendômois  (L.  Froger,  Premières 
poésies  de  Ronsard,  pp.  103  et  105).  —  Sur  l'introduction  des  mots  dia- 
lectaux dans  notre  langue  littéraire  au  xvi'=  siècle,  v.  F.  Brunot,  Histoire 
de  la  langue  française,  t.  II,  pp.  174  et  suiv. 

P.  83,  var.  du  vers  7,  lire  :  SS'7^  Pour  desseiner 

P.  110-120.  —  Les  épodes,  en  vers  heptasyllabes,  doivent  être  mises 
en  retrait  sur  les  strophes  et  antistrophes,  qui  sont  en  vers  octosyllabes. 

P.  134,  app.  crit.,  1.  4,  enlever  le  point  après  abonde, 

P.  134,  n.  2.  —  La  Sebette  du  vers  46  (var.  de  1587)  est  un  petit 
cours  d'eau,  dont  la  source  est  proche  de  Naples.  Voici  l'apostrophe  que 
lui  adresse  Sincero  (Sannazar)  dans  VArcadia  :  «  O  fleuve  limpide,  ô 
roi  de  mon  pays^  ô  gracieux  &  amiable  Sebetho,  qui  de  tes  eaux  fraiches 
&  claires  enroses  ma  noble  contrée.  Dieu  te  veuille  exaltera  jamais  !  » 
(Trad.  de  J.  Martin,  f°  99  v"). 

P.  135,  app.  crit..  1.  2,  lire  :  6y-8y  au  lieu  de  60-Sy 

P.  138,  n.  2,  1.  I,  lire  :  Poète  pastoral  et  dithyrambique,  originaire  de 
Montembeuf  en  Charente  (arr'  de  Confolens). 

P.  144,  rétablir  l'appel  de  note  2  après  la  dédicace  de  l'ode  xvi. 

P.  201,  lire  au  titre  courant  :  livre  ii. 

P.  220,  n,  I.  —  Pour  la  tournure  latine  «  O  qui. . .  Cleion  t'esjouis  », 
cf.  Du  Bellay,  Vers  lyriques,  i,  début  (éd.  des  Œuvres  par  Chamard, 
t.  III,  p.  4),  et  la  note' du  Q..  H. 

P.  221,  app.  crit.  ,1.  2  et  3,  mettre  un  point  et  virgule  après  1560  et 

1578. 

P.  234  et  235,  var.   des  vers  Set  13,  lire  :  suppriment 


TOME   II 

P.  55,n.  2, 1.  5,  lire  :  Le  thème  a  été  repris  en  chanson  au  xviii'  siècle 
—  et  faire  suivre  la  citation  de  cette  référence  :  Parodies  nouvelles,  Paris, 
Ballard,  1734. 

P.  66,  notes,  1.  2.  —  Dans  sa  Complainte  du  Désespéré  (1552),  Du  Bel- 
lay proclame  encore  que  dans  VOlive  il  a  imité  Pétrarque  (v.  67  :  Alors 
que  parmi  la  France.  . .). 

P.  86,  lire  :  fin  du  troisième  livre. 

P.  91,  note  sur  les  éditions,  ajouter  cette  ligne  :  Blanchemain  (t.  II, 
p.  246)  ;  Marty-Laveaux(t.  II,  p.  312). 

P.  122.  —  La  strophe  finale  de  l'ode  xi  rappelle  le  fameux  vers  de 
Martial:  Sint  Maecenates,  non  deerunt,  Flacce,  Marones. 

P.    159,  n.  2,  1.  2,  lire  :  Pégase. 

P.  i88,  vers  final,  reporter  le  chiffre  35  au  vers  précédent. 


TABLE    DES    MATIERES 


DU  TOME    SECOND 


TROISIEME   LIVRE   DES   ODES 

I.  A  Charles  de  Pisseleu i 

II.  Hinne  à  Saint  Gervaise  &  Protaise $ 

III.  A  Phebus,  lui  vouant  ses  cheveus 7 

IV.  A  Maclou  de  la  Haie 9 

V.  A  Madelaine  aiant  mari  vieillard 12 

VI.  A  la  fontaine  Bellerie 14 

VII.  A  maistre  Denis  Lambin 15 

VIII.  Epipalinodie 17 

IX.  Hinne  à  la  nuit 21 

X.  De  la  venue  de  l'esté 23 

XI.  Sur  la  naissance  de  François  de  Valois 29 

XII.  A  son  livre 31 

XIII.  A  Janne  impitoiable 33 

XIV.  A  Joachim  du  Bellai  Angevin 35 

XV.  De  la  convalescence  d'un  sien  ami 40 

XVI.  Le  baiser  de  Cassandre 43 

XVII.  A  Maclou  de  la  Haie 45 

XVIII.  A  Charles  de  Pisseleu 48 

XIX.  A  Cupidon,  pour  punir  Janne  cruelle 51 

XX.  Aus  mouches  à  miel 55 

XXI.  Complainte  de  Glauce  à  Scylle  nimphe 57 

XXIL      De  feu  Lazare  de  Baïf 60 

XXIII.  A  Anthoine  Chasteigner 62 

XXIV.  A  Joachim  du  Bellai  Angevin 65 

XXV.  La  défloration  de  Lede,  à  Cassandre 67 

XXVI.  A  Mercure 80 

XXVII.  A  Michel  Pierre  de  Mauleon 82 


228  ODES 

QUATRIÈME   LIVRE   DES   ODES 

I.  Epithalame  d'Antoine  de  Bourbon 87 

II.  A  Bouju  Angevin 87 

III.  Contre  un  qui  lui  déroba  son  Horace 90 

IV.  Au  pais  de  Vandomois 91 

V.  De  l'élection  de  son  sépulcre 97 

VI.  Au  fleuve  du  Loir 104 

VII.  A  Gui  Peccate,  prieur  de  Sougé 107 

VIII.  A  Cassandre  fuiarde 113 

IX.  Veu  à  Lucine 114 

X.  Du  jour  natal  de  Cassandre 117 

XI.  Au  reverendissime  Cardinal  du  Bellai 120 

XII.  Veu  au  Somme 1 22 

XIII.  Des  roses  plantées  prés  un  blé 124 

XIV.  A  Cassandre 127 

XV.  A  la  source  du  Loir 129 

XVI.  Le  ravissement  de  Cephale 133 

XVII.  A  René  d'Urvoi 148 

XVIII.  A  sa  Muse 152 

LE   BOCAGE 

I.  Avantentrée  du  Roi  trescrestien  à  Paris 155 

II.  A  son  Luc 155 

III.  A  Cassandre 163 

IV.  D'un  rossignol  abusé 165 

V.  A  Gaspar  d'Auvergne 169 

VI.  A  lui  mesme 175 

VII.  Chant  de  folie  à  Bacchus 177 

VIII.  A  Gaspar  d'Auvergne 180 

IX.  A  Dieu  pour  la  famine 184 

X.  A  Cassandre 1 87 

XI.  Contre  la  jeunesse  françoise  corrompue 189 

XII.  A  Jaques  Peletier  du  Mans 191 

XIII.  A  un  sien  ami  fasché  de  suivre  la  court 192 

XIV.  A  son  retour  de  Gascongne 199 


TABLE   DES    MATIERES  229 

Brève  exposition  de  quelques  passages  du  premier  livre 

des  Odes  de  Pierre  de  Ronsard,  par  I.  M.  P 203 

Sonnet  [de  J.  A.  BayfJ 212 

Sonnet  [de  R.  R.  S.  de  la  Guillotiere] > 212 

Sonnet  [de  J.  P.  de  Mesmes] 213 

Sonnet  [de  A.  de  la  Fare] 214 

Epigrainma  [de  Pierre  du  Faur] 214 

'Iwdtvvou  'AupaTOu  etç  néxpov  'Pcovaaooov 2 1 5 

'AvTwv'ou  Baïçiou   etç  xôv  auTOv. 215 

Ad  P.  Ronsardum  lo.  Aurati  ode 216 

Ad  eumdem  ejusdem 222 

Additions  et  corrections 225 


TABLE    ALPHABETIQUE 

DES   TOMES   I    ET   II 


N.  B.  —  Les  vers  en  italique  sont  des  variantes 
des  incipit  primitifs. 

Tome  Page 

Ami,  l'ami  des  Muses II,  192 

Amour  dont  le  traict  vainqueur II,  67 

Antres,  &  vous  fontaines II,  97 

Argentine  fonteine  vive II,  14 

Aujourdui  je  me  vanterai I,  108 

Baiser  fils  de  deus  lèvres  closes II,  43 

Bien  qu'en  toi  mon  livre  on  n'oie II,  31 

Cassandre  ne  donne  pas I,  197 

Celui  qui  ne  nous  honore I,  144 

Ce  pendant  que  tu  nous  dépeins I,  265 

Cetui-ci  en  vers  les  gloires II,  87 

Chanson,  voici  le  jour II,  117 

Comme  un  qui  prend  une  coupe I,  61 

Couché  sous  tes  ombrages  vers I»  24  3 

Dedans  ce  grand  monde  où  nous  sommes II,  120 

Déjà  les  grans  chaleurs  s'émeuvent II,  23 

Délaisse  les  peuples  vaincus II,  177 

Des  Autels,  qui  redoré* I,  221 

Desçen  du  ciel,  Caliope,  &  repousse I,  174 

Deus,  &  trois  fois,  heureus  ce  mien  regard II,  199 

D'Homère  grec  la  tant  fameuse  plume Ij  234 

Dieu  crespelu  qui  autrefois II,  7 


TABLE   ALPHABETiaUE  23  I 

Dieu  perruquier  qui  autrefois II,       7 

Dieu  te  gard  l'honneur  du  printens II,  124 

Donque  forest,  c'est  à  ce  jour I,  243 

D'où  vient  cela  (mon  Prélat)  que  les  hommes. ...  II,       i 

D'où  vient  cela  {Pisseîeu)  que  les  hommes II,       i 

Ecoute  un  peu  Fontaine  vive II,     14 

En  Mai,  lorsque  les  rivières II,  165 

En  mon  cueur  n'est  point  écrite I,  211 

En  quel  bois  le  plus  séparé II,     29 

Espérons  nous  l'Italie  estre  prise II,   189 

Et  puis  que  l'orage  est  à  son  tour  revenu II,     45 

Facond  neveu  d'Atlas,  Mercure II,     80 

Fai  refreschir  le  vin,  de  sorte I,  207 

Grossi-toi  ma  Muse  Françoise I,  236 

Gui,  nos  meilleurs  ans  coulent II,  107 

Il  est  maintenant  tens  de  boire II,       9 

Il  estoit  nuict  &  le  présent  des  cieulx I,     35 

Il  faut  aller  contenter I,     72 

Il  faut  que  j'aille  tanter I,     72 

J'ai  tousjours  celé  les  fautes I,  128 

Ja-ja,  les  grans  chaleurs  s'émeuvent II,     23 

Je  n'ai  pas  les  mains  apprises II,  148 

Je  ne  suis  jamais  paresseus II,     82 

Je  suis  troublé  de  fureur I,     65 

Je  te  veil  bastir  une  ode I,  167 

Jeune  beauté,  mais  trop  outrecuiâée II,     33 

La  fable  elabourée I,   131 

La  lune  est  coutumiere I,  189 

La  mercerie  que  je  porte I,  138 

L'ardeur  qui  Pythagore II,     91 

La  victorieuse  couronne II,       5 


232  ODES 

Le  cruel  amour  vainqueur II,  67 

Le  jour  pousse  la  nuit II,  51 

Le  médecin  de  la  peine I,  126 

Le  potier  hait  le  potier I,  121 

Le  printens  vient,  naissez  fleurettes II,  187 

Les  douces  fleurs  d'Hymette  aus  abeilles  agréent.  .  II,  57 

Les  fictions  dont  tu  décores II,  12 

Les  trois  Parques  à  ta  naissance I,  205 

Le  tens  de  toutes  choses  maistre I,  208 

L'hinne  que  Marot  te  fit I,  82 

Uhymne  qu'après  tes  comhas I,  82 

Lict  que  le  fer  industrieus I,  257 

L'inimitié  que  je  te  porte I,  238 

Lire  dorée,  où  Phebus  seulement I,  162 

L'iver  lors  que  la  nuit  lente II,  133 

Loir,  dont  le  cours  heureus  distille II,  104 

Lors  que  la  tourbe  errante I,  192 

Maclou  ami  des  Muses II,  192 

Ma  Dame  ne  donne  pas I,  197 

Ma  Guiterre  je  te  chanté I,  229 

Maintenant  une  fin,  Denyse I,  252 

Ma  petite  columbelle I,  246 

Ma  petite  nimphe  Maçée I,  200 

Ma  promesse  ne  veut  pas I,  90 

Mon  âme  il  est  tens  que  tu  randes II,  40 

Mon  Daurat  nos  ans  coulent II,  107 

Muses  aus  yeus  noirs,  mes  pucelles I,  219 

Ne  pilier  ne  terme  dorique I,  99 

Ne  s'efî"roier  de  chose  qui  arive II,  62 

Ne  seroi-je  pas  encore I,  160 

hPestre  trop  resjouy  de  chose  qui  arrive II,     62 

Nimphe  aus  beaus  yeus  qui  soufiles  de  ta  bouche.  II,  127 

Nous  avons,  du  Bcllai,  grand'  faute II,  35 

Nous  avons  quelque  fois  grand'faute II,  35 

Nuit,  des  amours  ministre  &  sergente  fidèle II,  21 


TABLE   ALPHABETIQ.UE  233 

O  déesse  Bellerie I,  203 

O  déesse  puissante II,  114 

O  Dieu  des  exercites II,  184 

0  fontaine  Bellerie I,  203 

O  France  mère  fertile I,  100 

O  grand  beaulté  mais  trop  outrecuidéc II,  33 

0  mon  Loir,  dont  le  cours  distille II,  104 

O  Père,  ô  Phebus  Cynthien I,  154 

O  pucelle  plus  tendre I,  248 

O  terre  fortunée I,  221 

O  terre,  ô  mer,  ô  ciel  épars II,  17 

Où  allez  vous  filles  du  ciel II,  55 

Où  print  Amour  ceste  grandeur  de  gloire I,  39 

Paccate,  qui  redore I,  22 1 

Plus  dur  que  fer  j'ai  fini  mon  ouvrage II,  152 

Puis  que  d'ordre  à  son  rang  forage  est  revenu. II,  45 

Puis  que  la  mort  ne  doit  tarder II,  180 

Puissai-je  entonner  un  vers I,  135 

Quand  Anthoine  espousa I,  9 

Quand  je  seroy'  si  heureux  de  choisir I,  3 

Quand  la  Guienne  errante I,  192 

Quand  la  tourbe  ignorante I,  192 

Quand  mon  Prince  épousa I,  9 

Quand  tu  aurois  des  Arabes  heureus I,  183 

Quand  tu  n'aurois  autre  grâce I,  79 

Que  les  formes  de  toutes  choses II,  15 

Que  nul  papier  dorennavant I,  226 

Que  tardes- tu,  veu  que  les  Muses II,  175 

Quiconques  ait  mon  livre  pris II,  90 

Refraischy  moy  le  vin^  de  sorte I,  207 

Si  autrefois  sous  l'ombre  de  Gatine II,  155 

Si  cet  enfant  qui  erre II,  163 

Si  les  âmes  vagabondes II,  65 


234  ODES 

Si  les  Dieus I 

Si  l'oiseau  qu'on  voit  amener 

Soion  constants,  &  ne  prenon  souci I 

Somme,  le  repos  du  monde I 

Source  d'argent  toute  pleine I 

Souventefois  twus  avons  faute I 

Sus  lue  doré,  des  Muses  le  partaige 

Tableau  que  l'éternelle  gloire 

Ta  génisse  n'est  assés  drue 

Telle  fin  maintenant  soit  mise 

Telle  fin  que  tu  vouldras  mettre 

Toreau  qui  desus  ta  crope 

Tu  me  fuis  de  plus  vile  course I 

Tu  me  fuis  d'une  course  viste I 

Vien  à  moi  mon  lue  que  j'acorde. . .  > 

Voici  venir  d'Europe  tout  l'honneur 

Vous  faisant  de  mon  écriture I 


.        universités 
i         BIBLIOTHECA 
.     Ottavionsis 


60 

214 
169 
122 
129 

35 

24 

259 
217 
252 
252 
147 
113 
113 

179 

17 
48 


Achevé  d'imprimer  à  Mâcon, 
par  Protat  frères^ 
le  28  Mai  1^14. 


MAÇON,  PROTAT  FRERES,   IMPRIMEURS. 


168 


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La  Biblloth^qu© 
Université  diQttawii 
Echéance 


The  Ubr 

Universlty  c 

Date  Oi 


W^  î  4  201 


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ROIMSflRD,  PIERRE  DE 

OEUVRES  CORPLETES 


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